Le 28 mars 1942, une force combinée de la Royal Navy et des commandos britanniques lance l’opération Chariot contre le port de Saint-Nazaire, en Loire-Inférieure.
L’objectif principal est la destruction de la forme-écluse Joubert, le seul bassin de radoub de la façade atlantique capable d’accueillir le cuirassé allemand Tirpitz.
Le destroyer HMS Campbeltown, transformé pour ressembler à un navire allemand et chargé d’explosifs à retardement, remonte l’estuaire de la Loire et s’encastre dans la porte de l’écluse à 1 heure 34.
Simultanément, des commandos débarquent pour saboter les infrastructures portuaires. À 10 heures 35 le lendemain matin, les charges explosent, détruisant définitivement l’écluse. Les combats sont d’une extrême violence dans la zone portuaire, les commandos tentant de se replier vers la ville alors que les troupes allemandes bouclent le secteur.
Circonstances
Le contexte est celui de la menace navale allemande sur les convois alliés dans l’Atlantique.
Le Tirpitz, stationné en Norvège, représente une menace permanente ; le priver d’un port de réparation sur l’Atlantique est une priorité stratégique pour l’Amirauté britannique.
L’opération est préparée par le QG des Opérations Combinées sous la direction de Louis MOUNTBATTEN. Elle nécessite une coordination parfaite entre la marine et les unités de commandos terrestres. Les renseignements fournis par la Résistance locale et la reconnaissance aérienne ont été cruciaux pour cartographier les défenses de la base sous-marine et des installations électriques.
Héros et figures marquantes
Robert RYDER, commandant de la marine pour l’opération, reçoit la Victoria Cross pour son courage sous le feu.
Augustus Charles NEWMAN, chef des commandos à terre, mène ses hommes dans les rues de Saint-Nazaire avant d’être capturé.
Stephen BEATTIE, commandant du HMS Campbeltown, réussit la manœuvre périlleuse de l’échouage sous un déluge d’acier.
Thomas DURRANT, sergent de marine, continue de servir son arme malgré 25 blessures et reçoit la Victoria Cross à titre posthume.
Micky BURN, capitaine de commando, est l’un des rares officiers à avoir pénétré profondément dans la ville avant d’être fait prisonnier.
Victimes
Le bilan est lourd côté britannique : sur les 611 hommes engagés, 169 sont tués et 215 sont faits prisonniers.
Les Allemands comptent environ 360 morts, dont une centaine d’officiers et techniciens tués lors de l’explosion du Campbeltown alors qu’ils inspectaient le navire.
Quelques civils nazairiens sont victimes de balles perdues ou de la répression immédiate dans la zone portuaire suite à l’explosion.
Survivants
Seuls 227 hommes parviennent à regagner l’Angleterre à bord des vedettes rapides. Ceux qui ne sont pas tués ou capturés sont parfois cachés par la population locale avant d’être repris.
Conséquences
L’opération est un succès stratégique total car la forme Joubert reste hors d’usage jusqu’à la fin de la guerre, rendant inutile toute incursion du Tirpitz dans l’Atlantique.
Le raid remonte considérablement le moral des Alliés et des Français occupés. En représailles, les Allemands renforcent massivement les défenses du Mur de l’Atlantique et durcissent la surveillance des côtes.
Cinq Victoria Cross sont décernées pour cette seule action, ce qui en fait l’une des opérations les plus décorées de l’histoire militaire britannique.
Mémoire et lieux commémoratifs
Monument commémoratif du Commando de Saint-Nazaire, Place du Commando, Saint-Nazaire.
Stèle dédiée au HMS Campbeltown à Falmouth, port de départ en Cornouailles.
Plaque à l’entrée de la forme Joubert rappelant l’impact du navire.
Cimetière militaire de la forêt d’Escoublac à La Baule où reposent de nombreux participants.
Références bibliographiques
Saint-Nazaire : Opération Chariot de James G. DORRIAN aux éditions Heimdal. Un récit complet et illustré du raid, s’appuyant sur des rapports officiels et des témoignages de survivants. L’ouvrage détaille la préparation technique du HMS Campbeltown. Il offre une vision précise des combats secteur par secteur.
Le raid de Saint-Nazaire de Robert RYDER aux éditions France-Empire. Témoignage direct du commandant de la force navale, ce livre offre une perspective unique sur les décisions prises en pleine action. Il décrit l’approche de l’estuaire et la gestion de la flotte sous le feu. L’auteur rend hommage à la coordination avec les commandos.
Les commandos de Sa Majesté de Jean Mabire aux éditions Fayard. Cet ouvrage replace l’opération Chariot dans l’histoire plus large des unités de commandos britanniques. Il analyse les tactiques employées et le recrutement de ces troupes d’élite. Une large section est dédiée à l’audace du plan contre Saint-Nazaire.
Saint-Nazaire sous l’occupation de Luc BRAEER aux éditions Ouest-France. Ce livre se concentre sur l’impact de l’opération pour la population civile et la ville elle-même. Il documente les réactions allemandes et l’état des destructions. L’ouvrage permet de comprendre l’environnement urbain du raid.
Chariot : The Story of the Great Raid on Saint-Nazaire de Jon COOKSEY aux éditions Pen and Sword. Une analyse stratégique moderne qui évalue l’efficacité du raid par rapport aux pertes subies. L’auteur utilise des sources d’archives britanniques et allemandes. Le livre contient de nombreuses cartes détaillées des mouvements de troupes.
Références internet
Site de la ville de Saint-Nazaire Le portail municipal propose une section dédiée à l’histoire locale où l’opération Chariot est présentée avec des archives photographiques. Il liste les lieux de commémoration dans la ville. https://www.saintnazaire.fr
Imperial War Museum Le site du musée britannique conserve des enregistrements sonores de survivants et des objets provenant du raid. Il propose une fiche technique détaillée sur le déroulement de la mission. https://www.iwm.org.uk
Musée de l’Ordre de la Libération Bien que l’opération soit britannique, ce site mentionne le raid dans le cadre de la coopération interalliée et de son impact sur la Résistance française. https://www.ordredelaliberation.fr
Operation Chariot – The Saint-Nazaire Society Site d’une association dédiée à la mémoire du raid, regroupant des listes nominatives et des recherches généalogiques sur les participants. https://www.stnazairesociety.org
Chemins de Mémoire Ce site du ministère des Armées propose une fiche historique synthétique sur l’opération et son importance dans la défense des côtes françaises. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr
Sources consultées : SHD, Imperial War Museum, Archives départementales de Loire-Atlantique, Fondation de la Résistance, Wikipédia (recoupée), Site de la ville de Saint-Nazaire.