La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Le 30 octobre 1946, la Société Nationale des Chemins de Fer français (SNCF) est citée à l’ordre de l’Armée par un décret signé de Max LEJEUNE, secrétaire d’État aux Forces Armées.

Cette distinction exceptionnelle récompense l’héroïsme des cheminots pendant l’Occupation et leur contribution décisive à la Libération.

La citation souligne les actes de sabotage, le transport de clandestins, le renseignement ferroviaire et la participation active aux combats lors de l’insurrection nationale. Elle reconnaît également le sacrifice des milliers de cheminots morts pour la France ou déportés.

Cette citation est accompagnée de l’attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec palme, qui est officiellement épinglée sur le drapeau de la SNCF lors d’une cérémonie solennelle.

Circonstances

Le contexte est celui de la reconstruction de la France et de la reconnaissance officielle des corps constitués ayant participé à la Résistance. Les cheminots, organisés au sein de structures comme Résistance-Fer ou les milices patriotiques, ont joué un rôle tactique essentiel en paralysant le transport des troupes allemandes, notamment via le “Plan Vert” lors du débarquement.

L’intérêt symbolique est de souder l’identité de l’entreprise publique autour de valeurs patriotiques après une période de collaboration forcée sous la direction de l’occupant. Cette décoration vise à honorer la “bataille du rail” comme un front intérieur à part entière.

Héros et figures marquantes

Jean-Guy BERNARD, l’un des fondateurs du réseau Résistance-Fer, mort en déportation, incarne l’élite cheminote engagée.

Louis ARMAND, ingénieur en chef et dirigeant de Résistance-Fer, a coordonné les sabotages techniques à grande échelle.

Pierre SEMARD, ancien dirigeant syndical fusillé par les Allemands en 1942, est devenu une figure tutélaire de la résistance cheminote.

René HARDY, bien que controversé par la suite, a été un cadre important de la résistance ferroviaire en zone sud.

Max LEJEUNE est le ministre qui a porté la décision de cette reconnaissance officielle par l’armée.

Victimes

Le bilan humain des cheminots résistants est très lourd : environ 1 600 d’entre eux ont été fusillés ou massacrés, et près de 7 000 sont morts en déportation. À cela s’ajoutent les victimes des bombardements alliés sur les nœuds ferroviaires. La citation rend un hommage collectif à ces disparus qui ont payé le prix fort pour entraver les mouvements de l’ennemi.

Survivants

Les cheminots rentrés de déportation ou ayant survécu aux combats clandestins ont repris le travail pour reconstruire un réseau dévasté.

Des figures comme Raymond AUBRAC, bien que non cheminot d’origine, ont travaillé étroitement avec eux et ont témoigné de leur efficacité.

L’amicale des anciens de Résistance-Fer continue de porter la mémoire de ces survivants.

Conséquences

La SNCF devient l’une des rares entreprises civiles à porter une décoration militaire sur son emblème. Cette citation a renforcé le prestige social des cheminots dans la France d’après-guerre et a favorisé la création de nombreux monuments commémoratifs dans les gares et les dépôts.

Elle a également servi de base juridique pour l’attribution de titres de “Combattant Volontaire de la Résistance” à de nombreux agents. Sur le plan historique, elle a contribué à forger l’image de la “Nation Cheminote” résistante.

Mémoire et lieux commémoratifs

Monument aux morts de la SNCF, situé au siège de l’entreprise à Saint-Denis. Plaques commémoratives présentes dans presque toutes les grandes gares de France (Paris-Nord, Lyon-Perrache, etc.). Musée du Cheminot à Ambérieu-en-Bugey, présentant des sections sur la Résistance. Square des Cheminots dans plusieurs communes françaises. Monument national à la résistance des cheminots à Tergnier, Aisne.

Références bibliographiques

La bataille du rail : les cheminots dans la Résistance de Christian CHEVANDIER aux éditions Perrin. Une étude historique rigoureuse qui analyse les différentes formes d’engagement des agents de la SNCF. L’auteur explique le fonctionnement des réseaux et la portée des sabotages. Il revient sur la genèse de la citation à l’ordre de l’Armée.

Résistance-Fer de Paul DURAND aux éditions Berger-Levrault. Écrit par un ancien membre du réseau, ce livre détaille les opérations techniques menées contre l’occupant. Il offre une vision de l’intérieur sur l’organisation clandestine au sein de l’entreprise. L’ouvrage contient de nombreuses statistiques sur les actes de sabotage.

Les cheminots dans la guerre sous la direction de Marie-Louise GOERGEN aux éditions de l’Atelier. Un dictionnaire biographique qui rend hommage aux militants et résistants du secteur ferroviaire. Il documente le parcours de nombreuses victimes citées indirectement par la décoration de 1946. Les notices permettent de comprendre la diversité des profils engagés.

SNCF : La résistance des cheminots de Georges WOLFF aux éditions Lavauzelle. Ce livre retrace les moments forts de la lutte armée et civile menée par les cheminots. Il décrit la remise de la Croix de Guerre et la signification symbolique pour le personnel. L’auteur souligne le lien entre service public et patriotisme.

Gares et cheminots dans la guerre de l’AHICF (Association pour l’histoire des chemins de fer). Un recueil d’articles issus de colloques sur le rôle stratégique du rail entre 1939 et 1945. Il analyse la transition de la collaboration imposée à la résistance active. On y trouve des précisions sur le cadre législatif de la citation de 1946.

Références internet

Archives SNCF Le site historique de la SNCF propose des dossiers documentaires sur la Résistance et la citation à l’ordre de l’Armée. Il présente des photos des cérémonies de remise de médailles. https://www.archives-historiques.sncf.fr

Maitron des Cheminots Cette base de données biographique en ligne recense les parcours des cheminots engagés, fusillés ou déportés. C’est une ressource indispensable pour identifier les individus derrière l’hommage collectif. https://rail-en-vaucluse.blog4ever.com (relais Maitron)

Musée de la Résistance nationale Situé à Champigny-sur-Marne, ce musée consacre des sections entières à la “Bataille du Rail” et expose des fanions décorés de la SNCF. Son site propose des fiches sur les sabotages ferroviaires. https://www.musee-resistance.com

Fondation de la Résistance Le portail propose des articles sur le Plan Vert et le rôle des cheminots lors du Débarquement. Il explique comment la SNCF a été intégrée dans la stratégie alliée. https://www.fondationresistance.org

Chemins de Mémoire Le site du ministère des Armées détaille les insignes et les citations collectives accordées aux grandes institutions françaises après la guerre. Il replace la citation de la SNCF dans ce contexte de reconnaissance nationale. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr

Sources consultées : SHD, Archives SNCF, Fondation de la Résistance, Maitron Résistance, Gallica BnF, Musée de la Résistance nationale. Date de vérification : 12 avril 2026

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