L’expression « maquis des vallées du Verdon » doit être considérée comme une désignation géographique collective et non comme le nom d’un maquis unique possédant une direction propre.
Les sources distinguent plusieurs formations opérant dans le bassin du Verdon ou sur ses accès, notamment le maquis Fort-de-France autour de Barrême et Saint-André-les-Alpes, la 5e compagnie FTP engagée au col des Robines, les formations de la haute vallée accueillant des résistants repliés de l’Ubaye, ainsi que, plus au sud dans le Var, des groupes distincts tels que le maquis Vallier. L’ORA elle-même parle des « maquis » du Verdon lorsqu’elle décrit les opérations allemandes de juillet 1944.
La forme principale retenue est donc « maquis des vallées du Verdon ». Parmi les variantes rencontrées figurent « maquis du Verdon », « maquis de la haute vallée du Verdon » et, pour des formations identifiées, « maquis Fort-de-France » et « maquis Vallier ». Ces appellations ne sont pas synonymes et ne doivent pas être fusionnées.
Création des Maquis
Il n’existe pas de date unique de création des « maquis du Verdon ». Leur formation relève de plusieurs processus engagés principalement à partir de 1943, lorsque l’instauration du Service du travail obligatoire provoque l’arrivée de réfractaires dans les zones montagneuses et que l’Armée secrète, l’ORA, les MUR et les FTP développent des structures armées dans les Basses-Alpes et le Haut-Var.
Le maquis Fort-de-France constitue l’une des formations les mieux identifiées du secteur bas-alpin. Il prolonge l’expérience du maquis-école de La Lavanderaie et rassemble progressivement des résistants sous le commandement de Gérard PIERRE-ROSE. Il est armé notamment grâce à un parachutage reçu au début du mois de mars 1944.
Dans le Var, le maquis Vallier est créé en novembre 1943 sur le plateau de Canjuers sous l’autorité de Gleb SIVIRINE. Il constitue cependant un maquis varois distinct et ne doit pas être assimilé aux formations bas-alpines de Saint-André-les-Alpes et Barrême.
Organisation interne
Les maquis du Verdon appartiennent à plusieurs organisations. Dans les Basses-Alpes, l’ORA est structurée sous l’autorité départementale du capitaine CHAUMONT et dans le cadre régional de Jacques LÉCUYER, alias « Sapin » ou « Perpendiculaire ». Des unités FTP disposent parallèlement de leur propre commandement. L’unification progressive au sein des FFI favorise leur coordination au cours de l’année 1944.
Le plan d’opérations de l’ORA pour la région R2 considère le Haut-Var, le Haut-Verdon et l’Ubaye comme une zone alpine dont les maquis doivent contrôler les vallées, interdire les communications allemandes entre la Côte d’Azur et l’intérieur des Alpes et préparer l’action au moment du débarquement allié.
La situation géographique du Verdon favorise les déplacements entre Saint-André-les-Alpes, Colmars-les-Alpes, Castellane, Barrême et les vallées voisines. Après l’évacuation de l’Ubaye le 13 juin 1944, une partie des maquisards de ce secteur se replie dans la haute vallée du Verdon, renforçant temporairement les forces déjà présentes.
Actions menées pendant la Résistance
Les principales activités attestées comprennent l’accueil de réfractaires, la réception de parachutages, le renseignement, le sabotage des communications, les barrages routiers et les embuscades contre les convois allemands.
Le 9 juin 1944, deux colonnes allemandes venant respectivement de Digne et de Nice convergent vers Saint-André-les-Alpes. La 5e compagnie FTP commandée par Henri HUTINET attaque l’une d’elles au col des Robines. Le maquis Fort-de-France vient renforcer les positions FTP. Les forces allemandes reprennent l’offensive le 11 juin et les résistants se replient après plusieurs heures de combat.
Les combats du secteur s’accompagnent d’une répression particulièrement meurtrière. Onze otages sont exécutés à Saint-Julien-du-Verdon le 11 juin 1944. Cet épisode appartient au contexte des opérations allemandes destinées à reprendre le contrôle des voies de circulation du Verdon.
En juillet 1944, les services de renseignement de la Résistance annoncent une opération allemande de grande ampleur visant notamment à dégager la Route Napoléon. Les Allemands attaquent simultanément les vallées du Verdon, de l’Asse et de la Bléone. Les maquis appliquent une tactique de guérilla : ils se retirent lorsqu’une force supérieure intervient, puis reprennent position une fois les colonnes allemandes éloignées. Les combats durent environ une dizaine de jours.
Après le débarquement de Provence du 15 août 1944, les formations résistantes contrôlent progressivement une grande partie des routes du secteur. Castellane est prise le 17 août et les axes conduisant vers Digne sont largement ouverts, permettant aux colonnes américaines de progresser rapidement vers le nord.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Les groupes du Verdon appartiennent principalement à l’ORA, à l’Armée secrète et aux FTP avant leur intégration progressive aux FFI. Les combats du col des Robines montrent directement la coopération entre la 5e compagnie FTP d’Henri HUTINET et le maquis Fort-de-France, relevant de l’environnement AS-ORA.
La haute vallée est également reliée à la Résistance ubayenne. Après les combats de juin 1944, des maquisards de l’Ubaye se replient vers le Haut-Verdon. L’organisation régionale de l’ORA établit également des relations avec les maquis des Alpes-Maritimes et avec les partisans italiens.
Gérard PIERRE-ROSE, alias « Prince » puis « Manfred », commande le maquis Fort-de-France. Après les combats de juin et le repli vers l’Asse, il poursuit l’action clandestine. Capturé, il est fusillé avec Victor ARNOUX le 18 juillet 1944 à la Barre d’Auran.
Henri HUTINET commande la 5e compagnie FTP engagée au col des Robines en juin 1944. Les sources MVR lui attribuent la conduite de l’attaque contre une colonne allemande convergeant vers Saint-André-les-Alpes.
Jacques LÉCUYER, alias « Sapin » et « Perpendiculaire », commande l’ORA dans la région R2 et établit le plan d’opérations englobant notamment le Haut-Verdon. Il survit à la guerre.
Gleb SIVIRINE, alias « Vallier », commande le maquis Vallier dans le Haut-Var. Son groupe opère notamment dans le pays du Verdon varois mais demeure distinct des unités bas-alpines. Il survit à la guerre et reçoit la médaille de la Résistance avec rosette le 3 août 1946.
Victimes et morts
Marcel PASCAL, résistant associé aux combats du col des Robines, est tué le 11 juin 1944.
Roger BONNEFONT est également commémoré sur le monument du col des Robines.
Onze otages sont exécutés à Saint-Julien-du-Verdon le 11 juin 1944. Les sources mémorielles nationales et départementales distinguent ce massacre des pertes directement enregistrées parmi les maquisards engagés dans les combats voisins.
Gérard PIERRE-ROSE et Victor ARNOUX sont fusillés le 18 juillet 1944. Leur mort appartient à la répression qui frappe les cadres de la Résistance opérant entre Barrême, l’Asse et le Verdon.
Aucun bilan global des morts de l’ensemble des « maquis du Verdon » ne peut être fourni, car cette expression recouvre plusieurs formations différentes.
Survivants identifiés
Jacques LÉCUYER et Gleb SIVIRINE survivent à la guerre. De nombreux combattants du maquis Fort-de-France et des compagnies FTP survivent également, mais aucune liste nominative exhaustive couvrant l’ensemble des formations du Verdon n’a été retrouvée dans les sources numériques consultées.
Fin du réseau
Les maquis des vallées du Verdon ne connaissent pas de dissolution commune. Après le 15 août 1944, les formations clandestines passent progressivement à la guerre ouverte, participent à la libération des localités et des routes, puis sont intégrées aux FFI et, pour une partie de leurs membres, aux unités régulières de l’armée française.
La libération de Castellane le 17 août et l’ouverture de la Route Napoléon contribuent à mettre fin à leur fonction de maquis clandestins. La guerre se poursuit toutefois sur les frontières alpines après la libération de la majeure partie de la région R2.
Conséquences et mémoire
L’action des formations du Verdon contribue à désorganiser les communications allemandes entre la Côte d’Azur, Digne et la vallée de la Durance. En août 1944, le contrôle résistant des axes facilite la progression rapide des forces américaines vers Digne, Gap puis la vallée du Rhône.
Le monument du col des Robines rappelle les combats de juin 1944 et la mémoire de Marcel PASCAL et Roger BONNEFONT.
Saint-Julien-du-Verdon possède également un monument consacré aux onze otages fusillés le 11 juin 1944.
Fiabilité A pour l’existence et les opérations des différentes formations identifiées ; Fiabilité B pour l’expression collective « maquis des vallées du Verdon », qui ne correspond pas à une organisation unique.
Références bibliographiques
De l’Armistice à la Libération dans les Alpes de Haute-Provence, 17 juin 1940-20 août 1944, Jean Garcin, Digne-les-Bains, 1983, réédition 1990. Ouvrage départemental de référence sur la structuration de la Résistance, les maquis, les combats de juin et juillet 1944 et la Libération.
Méfiez-vous du Toréador, Jacques Lécuyer et collaborateurs, Toulon, AGPM, 1987. Témoignage du chef régional de l’ORA permettant de comprendre le plan d’opérations couvrant le Haut-Verdon et les relations entre les différents départements de la région R2.
Fort-de-France, maquis des Basses-Alpes, Amicale du maquis Fort-de-France, Barrême, 1984. Ouvrage mémoriel directement consacré à l’une des principales formations combattant entre Barrême, Saint-André-les-Alpes et le Verdon.
Mémoires d’un maquis, Fort-de-France, Basses-Alpes, Michel Truffet et Bernard Valentini dir., Le Manuscrit, 2009. Témoignages et documents relatifs à la vie et aux opérations du maquis Fort-de-France.
Le Cahier rouge du maquis / L’Homme boussole, Gleb Sivirine, Claude et Jean-Michel Sivirine, Artignosc-sur-Verdon, Parole Éditions, 2007. Journal de Gleb SIVIRINE complété par une étude historique sur le maquis Vallier et la Résistance dans le Haut-Var.
Références internet
Mémoire Vive de la Résistance – L’ORA dans la région R2 décrit le rôle stratégique du Haut-Verdon, les combats de juin et juillet 1944, les replis et le contrôle progressif des routes avant la Libération. https://mvr.asso.fr/lora-dans-la-region-r2-par-boris-de-gueyer/
Mémoire Vive de la Résistance – Maquis Fort-de-France présente l’origine, l’organisation et les principales opérations du maquis commandé par Gérard PIERRE-ROSE. https://mvr.asso.fr/maquis-fort-de-france/
Mémoire Vive de la Résistance – Combats du col des Robines documente les affrontements de juin 1944, les unités engagées et le lieu de mémoire consacré aux résistants tués. https://mvr.asso.fr/combats-du-col-des-robines/
Mémoire Vive de la Résistance – Massacre des otages de Saint-Julien-du-Verdon décrit l’exécution des onze otages du 11 juin 1944 et la mémoire du massacre. https://mvr.asso.fr/massacre-des-otages-de-saint-julien-du-verdon/
Musée de la Résistance en ligne offre le corpus scientifique régional consacré à la Résistance et à la Libération en Provence-Alpes-Côte d’Azur. https://www.museedelaresistanceenligne.org/
Sources consultées —
Mémoire Vive de la Résistance : résultats positifs multiples. https://mvr.asso.fr/
Maitron Résistance : recherches effectuées sur les résistants et victimes du Verdon. https://maitron.fr/
Fondation de la Résistance : ressources régionales et études sur les maquis consultées. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne : résultats positifs sur les combats et la Libération des Basses-Alpes. https://www.museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes : recherche effectuée ; aucune notice autonome consacrée aux « maquis des vallées du Verdon » identifiée. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération : recherche effectuée ; aucune notice autonome sous cette appellation. https://www.ordredelaliberation.fr/
Gallica – Bibliothèque nationale de France : recherche effectuée ; aucune monographie numérisée directement consacrée à une organisation unique appelée « maquis des vallées du Verdon » identifiée. https://gallica.bnf.fr/
Service historique de la Défense : instruments relatifs aux FFI et à la région R2 consultés ; aucune structure unique de ce nom identifiée. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence : fonds relatifs à la Résistance départementale et à la vallée du Verdon identifiés. https://www.archives04.fr/
Wikipédia : consultation complémentaire géographique uniquement ; aucune donnée historique non recoupée retenue.