L’expression « maquis d’Embrun » est attestée dans certains récits ou légendes mémorielles comme désignation géographique générale, notamment lorsqu’une liaison est évoquée depuis l’Ubaye par le col de l’Aupillon. Elle ne correspond cependant pas, dans les sources les plus précises retrouvées, à une organisation unique et incontestable portant officiellement ce nom. Les recherches font apparaître plusieurs maquis distincts dans le secteur d’Embrun, Hautes-Alpes, France, principalement le maquis de Boscodon, le maquis des Orres et, dans une notice thématique publiée par MVR, le maquis du Mont Guillaume.
Afin de ne pas créer artificiellement une organisation qui ne serait pas établie, la présente fiche retient comme forme générique « maquis de l’Embrunais » et distingue les groupes documentés. Une source relative à l’ORA mentionne notamment « René Eymin du maquis d’Orres près d’Embrun », ce qui confirme que l’appellation exacte du groupe commandé par Eymin est bien le maquis des Orres plutôt que « maquis d’Embrun ».
Création des maquis de l’Embrunais
Les premiers maquis de l’Embrunais se structurent en mars 1943 dans le contexte de l’instauration du Service du travail obligatoire. Les sources locales identifient notamment les groupes de Boscodon et des Orres comme refuges organisés pour les jeunes réfractaires.
Le groupe qui donnera naissance au maquis des Orres trouve son origine dans le maquis de Combe-Brézès, constitué de réfractaires au STO. Il devient ensuite le maquis des Orres sous le commandement du lieutenant René EYMIN, officier issu de l’Organisation de Résistance de l’Armée. À l’été 1944, ce groupe atteint selon une source locale environ 150 hommes.
Une notice MVR publiée en 2026 distingue par ailleurs un « maquis du Mont Guillaume », constitué progressivement dans le secteur d’Embrun entre 1943 et 1944. Cette notice emploie comme variantes « maquis du secteur d’Embrun », « groupes FFI du Mont Guillaume » et « maquis de l’Embrunais ». Cette publication confirme l’existence d’une tradition d’appellation géographique large, mais elle ne permet pas d’effacer la distinction documentée avec Boscodon et les Orres.
Organisation interne
Les maquis de l’Embrunais s’insèrent progressivement dans les structures départementales de la Résistance, notamment celles des MUR, de l’ORA puis des FFI. Les groupes utilisent les espaces boisés, les alpages, les chalets et les secteurs montagneux pour dissimuler les hommes, les armes et les points de rassemblement.
Le maquis des Orres est commandé par René EYMIN. Les témoignages étudiés par l’historienne Sylvie Reynaud montrent qu’un groupe de réfractaires de l’Embrunais tient un journal collectif pendant près de seize mois, du 12 mars 1943 au 3 juillet 1944, documentant la vie quotidienne et la transformation progressive d’un groupe de réfractaires en formation résistante.
Les sources disponibles ne permettent pas de réunir les maquis de Boscodon, des Orres et du Mont Guillaume dans une seule chaîne de commandement intitulée « maquis d’Embrun ».
Actions menées pendant la Résistance
Les groupes de l’Embrunais assurent d’abord la protection des réfractaires au STO et la vie clandestine en montagne. Avec leur militarisation progressive, ils conduisent des missions de renseignement, des sabotages et des actions de harcèlement contre les forces allemandes et leurs voies de communication.
En juin 1944, René EYMIN et le maquis des Orres tentent d’intervenir contre les troupes allemandes progressant vers le col de Vars. La source MVR consacrée à l’ORA dans les Basses-Alpes précise qu’Eymin tente une action de harcèlement mais arrive trop tard, les forces allemandes ayant déjà franchi le col. Cette donnée est particulièrement importante car elle documente une liaison opérationnelle entre le secteur d’Embrun et les combats de l’Ubaye.
En juillet 1944, le maquis des Orres, soumis à la pression allemande, change régulièrement de refuge. Une opération allemande vise notamment le groupe lorsqu’il cherche à se replier dans le secteur de Caléyère, près d’Embrun. Les sources locales rapportent qu’une dénonciation ou trahison permet aux Allemands de préparer leur intervention.
Après le débarquement de Provence du 15 août 1944, les groupes FFI de l’Embrunais participent aux opérations de libération du secteur d’Embrun et à la désorganisation des déplacements allemands dans la vallée de la Durance.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le maquis des Orres est explicitement lié à l’ORA par son commandant René EYMIN. Les groupes de l’Embrunais sont ensuite intégrés au dispositif FFI des Hautes-Alpes.
Une liaison géographique avec l’Ubaye est attestée : depuis le poste de guet du Tréoux et le secteur de La Pare, le col de l’Aupillon permet de rejoindre ce que la source journalistique appelle « le maquis d’Embrun ». Cette mention confirme l’existence d’un itinéraire entre les résistants de l’Ubaye et ceux de l’Embrunais, sans identifier à elle seule lequel des maquis d’Embrun était précisément le correspondant de cette liaison.
René EYMIN, lieutenant issu de l’ORA, commande le maquis des Orres. Il organise la transformation d’un groupe de réfractaires en unité résistante armée et tente en juin 1944 de harceler les forces allemandes se dirigeant vers le col de Vars. Les sources consultées attestent qu’il survit à la guerre et poursuit ensuite une carrière militaire.
Roger GUION fait partie des anciens réfractaires de l’Embrunais dont le témoignage et les archives privées ont été étudiés par Sylvie Reynaud. Avec René Philip, il conserve le journal collectif du groupe couvrant la période du 12 mars 1943 au 3 juillet 1944.
René PHILIP est également identifié comme ancien réfractaire et détenteur de cette documentation privée permettant d’étudier la vie quotidienne des clandestins puis maquisards de l’Embrunais.
Victimes et morts
Les sources consultées attestent plusieurs opérations allemandes contre les maquis de l’Embrunais, notamment contre le maquis des Orres en juillet 1944, mais les résultats disponibles ne permettent pas d’établir ici une liste exhaustive et vérifiée des victimes propres à l’ensemble des groupes qualifiés de « maquis d’Embrun ».
Une telle liste nécessiterait de distinguer précisément les pertes de Boscodon, des Orres, du Mont Guillaume et des autres unités FFI opérant dans le secteur. Aucun bilan global ne doit donc être attribué artificiellement à une structure unique appelée « maquis d’Embrun ».
Survivants identifiés
René EYMIN survit à la guerre. Roger GUION et René PHILIP sont également identifiés comme survivants par les enquêtes orales réalisées plusieurs décennies après le conflit et utilisées dans une étude historique publiée par la revue Provence historique.
Fin des maquis
Les différents maquis de l’Embrunais cessent progressivement leur activité clandestine à mesure que les FFI prennent part à la libération des Hautes-Alpes en août 1944. Les combattants sont ensuite intégrés aux unités régulières ou aux formations militaires reconstituées après la Libération.
À Embrun, le 11e bataillon de chasseurs alpins est recréé après la Libération par le commandant Terrasson-Duvernon ; son fanion est présenté aux hommes le 22 septembre 1944. Cette reconstitution militaire appartient au contexte de réintégration des combattants et cadres résistants dans les forces régulières, sans signifier que tous les maquisards de l’Embrunais rejoignent nécessairement cette seule unité.
Conséquences et mémoire
Les maquis de l’Embrunais jouent un rôle dans l’accueil des réfractaires, la préparation de la lutte armée et le harcèlement des forces allemandes dans la vallée de la Durance et les massifs environnants. Leur position permet également des contacts avec les secteurs voisins de Guillestre et de l’Ubaye.
La mémoire locale conserve particulièrement le souvenir des maquis de Boscodon et des Orres. Des associations patrimoniales de l’Embrunais ainsi que la presse régionale ont consacré des travaux et commémorations à leur création au printemps 1943 et aux combats de l’été 1944.
Divergences et risque de confusion
L’expression « maquis d’Embrun » ne doit pas être employée comme si elle désignait avec certitude une formation unique. Les sources permettent d’identifier au minimum le maquis de Boscodon, le maquis des Orres et une appellation « maquis du Mont Guillaume » ou « maquis de l’Embrunais ». Par conséquent, lorsqu’un document évoque seulement le « maquis d’Embrun », il est nécessaire d’examiner la date, le lieu et les personnes concernées avant de l’identifier à l’un de ces groupes.
La notice MVR consacrée au Mont Guillaume présente une synthèse générale. Plusieurs de ses affirmations restent moins précisément documentées que celles concernant le maquis des Orres dans les travaux universitaires et sources locales. Elle doit donc être utilisée conjointement avec ces dernières et non comme preuve que tous les groupes de l’Embrunais constituaient un seul maquis.
Fiabilité B pour l’appellation générique « maquis d’Embrun » ; Fiabilité A pour l’existence des maquis des Orres et de Boscodon. Les sources croisées établissent clairement l’existence de plusieurs formations résistantes dans l’Embrunais, mais elles ne justifient pas leur fusion en une seule organisation. Le maquis des Orres, son commandement par René EYMIN et son activité en 1944 sont particulièrement bien documentés.
Références bibliographiques
La Seconde Guerre mondiale dans les Hautes-Alpes et l’Ubaye, Henri Béraud, Société d’études des Hautes-Alpes, 1990. Cet ouvrage régional constitue une synthèse sur l’occupation, les maquis et les combats des Hautes-Alpes et de l’Ubaye. Il permet de replacer les groupes de l’Embrunais dans l’ensemble des opérations alpines.
La vie quotidienne de réfractaires dans l’Embrunais, Sylvie Reynaud, Provence historique, tome 44, fascicule 178, 1994. Cette étude universitaire exploite des entretiens avec Roger GUION et René PHILIP ainsi que leur journal collectif tenu de mars 1943 à juillet 1944. Elle constitue une source particulièrement importante pour comprendre la formation et la vie interne des groupes de réfractaires devenus maquisards.
La Résistance dans les Hautes-Alpes, travaux historiques départementaux consacrés à l’organisation clandestine, aux maquis et aux combats de 1943-1944. Cette documentation générale permet de replacer Boscodon, les Orres et les autres groupes de l’Embrunais dans le cadre départemental.
Méfiez-vous du Toréador, Jacques Lécuyer et collaborateurs, Toulon, AGPM, 1987. Les mémoires du chef régional de l’ORA apportent le contexte de l’organisation militaire résistante dans la région R2 et des relations entre les maquis des Alpes du Sud.
Références internet
Persée – La vie quotidienne de réfractaires dans l’Embrunais donne accès à l’étude de Sylvie Reynaud consacrée aux réfractaires et au maquis des Orres à partir d’archives privées et de témoignages. https://www.persee.fr/doc/prohi_0033-1856_1994_num_44_178_2470
Mémoire Vive de la Résistance – L’ORA dans les Basses-Alpes mentionne explicitement René EYMIN et le « maquis d’Orres près d’Embrun », ainsi que sa tentative d’intervention contre les Allemands au col de Vars en juin 1944. https://mvr.asso.fr/lora-dans-les-basses-alpes-par-boris-de-gueyer/
Mémoire Vive de la Résistance – Maquis du Mont Guillaume présente une autre formation du secteur d’Embrun et recense les variantes « maquis du secteur d’Embrun » et « maquis de l’Embrunais ». https://mvr.asso.fr/maquis-du-mont-guillaume/
Patrimoine embrunais consacre une étude locale à la naissance des premiers maquis de l’Embrunais en mars 1943, notamment Boscodon et les Orres, ainsi qu’au commandement exercé par René EYMIN. https://www.patrimoine-embrunais.fr/articles.php?lng=fr&pg=1795&tconfig=0
Embrun 1939-1945 – Les combats du maquis des Orres retrace la transformation du groupe de Combe-Brézès en maquis des Orres sous le commandement du lieutenant René EYMIN et ses opérations de 1944. https://embrun3945.wordpress.com/2020/05/02/les-combats-du-maquis-des-orres/
Sources consultées —
Mémoire Vive de la Résistance, résultats positifs pour « maquis du Mont Guillaume », « maquis d’Orres près d’Embrun » et le contexte ORA. https://mvr.asso.fr/
Maitron Résistance, recherches « Embrun », « Orres », « Boscodon », « René Eymin » ; aucune notice autonome unique intitulée « maquis d’Embrun » identifiée. https://maitron.fr/
Fondation de la Résistance, recherche effectuée sur les maquis de l’Embrunais ; aucune notice unique « maquis d’Embrun » identifiée. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne, recherche effectuée sur Embrun, les Orres et Boscodon ; aucune fiche permettant d’assimiler tous ces groupes à un seul « maquis d’Embrun » identifiée. https://www.museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes, recherches sur les combattants et victimes du secteur ; aucune notice thématique autonome « maquis d’Embrun » identifiée. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération, recherche sur René EYMIN et les groupes de l’Embrunais ; aucune notice autonome consacrée à un « maquis d’Embrun » identifiée. https://www.ordredelaliberation.fr/
Gallica – Bibliothèque nationale de France, recherches « maquis d’Embrun », « maquis des Orres », « Boscodon Résistance » ; aucun dossier numérisé directement exploitable supérieur aux sources retenues identifié. https://gallica.bnf.fr/
Service historique de la Défense, recherche dans les instruments concernant les FFI, l’ORA et les Hautes-Alpes ; aucun dossier numérisé autonome sous l’intitulé générique « maquis d’Embrun » identifié. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Persée, résultat positif majeur avec l’étude universitaire de Sylvie Reynaud consacrée aux réfractaires de l’Embrunais et au maquis des Orres. https://www.persee.fr/doc/prohi_0033-1856_1994_num_44_178_2470
Patrimoine embrunais – ASEPE, résultats positifs relatifs aux premiers maquis de Boscodon et des Orres et au lieutenant René EYMIN. https://www.patrimoine-embrunais.fr/
Le Dauphiné Libéré, résultats positifs sur la naissance des maquis de l’Embrunais, le maquis des Orres et les liaisons vers l’Ubaye. https://www.ledauphine.com/
Wikipédia, consultation complémentaire du contexte géographique et militaire ; aucune affirmation propre à l’existence ou à l’organisation d’un « maquis d’Embrun » n’a été retenue exclusivement sur cette base.