La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Les usines Renault de Boulogne-Billancourt, réquisitionnées par les autorités allemandes dès 1940 pour la réparation de chars et la production de camions de la Wehrmacht, sont la cible de sabotages chroniques tout au long de l’Occupation.

Contrairement aux bombardements massifs de la Royal Air Force, notamment ceux du 3 mars 1942 qui causent d’importantes destructions collatérales, la Résistance intérieure privilégie le « sabotage à la lime » et la non-qualité volontaire.

Ces actions consistent à verser du sable dans les carters d’huile, à fragiliser des pièces de fonderie ou à dérégler les machines-outils de précision.

Des opérations plus directes de sabotage de l’alimentation électrique et des presses hydrauliques sont menées par des groupes francs de l’Organisation Spéciale (OS) puis des Francs-Tireurs et Partisans (FTP).

La localisation principale est l’Île Seguin et les ateliers du Bas-Meudon.

Le bilan immédiat se traduit par un taux de rebut élevé et des pannes systématiques du matériel Renault une fois arrivé sur le front de l’Est, ralentissant considérablement la logistique allemande.

Circonstances

Louis RENAULT, pour maintenir l’activité de ses usines et éviter le transfert des machines et des ouvriers en Allemagne, accepte de travailler pour l’occupant sous la tutelle de l’organisation Schmidt.

Le contexte est marqué par une forte implantation syndicale clandestine, principalement liée au Parti Communiste Français (PCF), qui organise la résistance ouvrière.

L’intérêt stratégique est double : réduire la capacité de transport de la Wehrmacht et démontrer que la classe ouvrière française refuse la collaboration productive, tout en limitant les frappes aériennes alliées meurtrières pour la population civile de Billancourt.

Héros et figures marquantes

Jean-Pierre TIMBAUD, dirigeant syndical des métallurgistes, a été l’un des principaux organisateurs de la résistance ouvrière chez Renault avant d’être arrêté et fusillé à Châteaubriant en octobre 1941.

Roger PAYEN, dessinateur industriel aux usines de Billancourt, a activement participé à la structuration des cellules clandestines et à la diffusion de tracts incitant au sabotage technique.

Des réseaux comme le Front National de lutte pour la libération et l’indépendance de la France ou les groupes Libération-Nord ont également infiltré les ateliers.

De nombreux ingénieurs anonymes ont fourni les plans de vulnérabilité permettant de cibler les machines les plus difficiles à remplacer.

Victimes

La répression a été féroce au sein des ateliers Renault. De nombreux ouvriers soupçonnés de sabotage ou de distribution de presse clandestine ont été arrêtés par la Brigade Spéciale de la police française ou la Gestapo.

Beaucoup ont été fusillés au Mont-Valérien, comme les membres des premiers groupes de l’Organisation Spéciale. D’autres ont péri sous les bombes alliées lors des raids de 1942 et 1943 visant les infrastructures de production.

Survivants

Roger PAYEN a survécu à la guerre et est devenu une figure majeure du témoignage sur la résistance ouvrière chez Renault.

À la Libération, les comités de libération d’usine ont pris le contrôle des ateliers avant la nationalisation de l’entreprise en 1945.

Les ouvriers ayant pratiqué le sabotage ont souvent été les cadres de la reconstruction de la nouvelle Régie Nationale des Usines Renault (RNUR).

Conséquences

La portée du sabotage chez Renault a été plus qualitative que quantitative, instillant un doute permanent chez l’occupant sur la fiabilité du matériel français. La réaction allemande a consisté en l’installation de gardes armés dans les ateliers et une surveillance accrue des processus de fabrication. Sur le plan politique, l’attitude de Louis Renault et l’efficacité des sabotages ouvriers ont conduit à la nationalisation-sanction de l’entreprise à la Libération, un événement symbolique majeur de l’après-guerre.

Mémoire et lieux commémoratifs

Une plaque commémorative située à l’entrée des anciens bureaux de Billancourt rend hommage aux résistants de l’usine Renault.

Le square Jean TIMBAUD à Paris et de nombreuses rues en banlieue parisienne honorent la mémoire du leader syndicaliste.

Le Musée d’Histoire Urbaine et Sociale de Suresnes conserve des archives et des témoignages sur les bombardements et les sabotages de la zone industrielle de Boulogne-Billancourt.

Références bibliographiques

Renault et la Résistance de Gilbert HATRY. Cet ouvrage de référence, basé sur les archives de l’entreprise et des témoignages, analyse de manière factuelle la réalité des sabotages techniques et l’organisation des réseaux clandestins dans l’usine.

Louis Renault par d’Emmanuel CHADEAU. Cette biographie industrielle explore la complexité de la direction de Renault sous l’Occupation et détaille les tensions entre la production imposée et les actes de résistance interne.

La Résistance ouvrière chez Renault de Roger PAYEN. Le témoignage direct d’un acteur clé sur l’organisation des cellules de sabotage et la vie clandestine dans les ateliers de Billancourt entre 1940 et 1944.

Les ouvriers de Paris pendant l’Occupation de Jean-Louis ROBERT. Une étude sociologique et historique qui consacre des développements importants à la résistance dans la ceinture rouge parisienne et particulièrement chez les métallurgistes de Renault.

L’industrie française sous l’Occupation de Patrick FRIDENSON. Cet ouvrage collectif replace le cas Renault dans le cadre plus large de la collaboration industrielle et des stratégies de freinage de la production par la base ouvrière.

Références internet

Musée de la Résistance en ligne Propose des documents d’époque, dont des rapports de sabotage et des photographies des ateliers après les interventions des groupes de résistance ou les bombardements. https://www.museedelaresistanceenligne.org

Maitron Résistance Contient les notices biographiques détaillées de dizaines d’ouvriers et cadres de chez Renault fusillés ou déportés pour leurs activités de résistance. https://fusilles-40-44.maitron.fr

Fondation de la Résistance Offre des analyses sur le rôle du syndicalisme clandestin et du PCF dans la mobilisation ouvrière pour le sabotage industriel en région parisienne. https://www.fondationresistance.org

Archives Nationales Le portail permet de consulter l’inventaire des dossiers liés à la nationalisation de Renault et aux enquêtes pour collaboration ou faits de résistance au sein de la direction. https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr

SHD – Mémoire des Hommes Permet de retracer le parcours des agents des réseaux spécialisés ayant opéré dans le secteur de Boulogne-Billancourt. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

Sources consultées Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, Gallica BnF, SHD, site Mémoire Vive de la Résistance (vérification faite : aucune fiche globale sur “Le sabotage des usines Renault” n’a été trouvée, présence de fiches sur les individus comme Jean Timbaud).Date de vérification : 30 mars 2026

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