Le Champsaur, vallée des Hautes-Alpes située au nord de Gap, constitue pendant l’Occupation un territoire favorable au développement de la clandestinité par son relief montagneux, ses vallées secondaires et la possibilité d’y héberger des hommes recherchés ou réfractaires. La Résistance locale ne constitue cependant pas dès l’origine un maquis unique placé sous un commandement permanent. Elle se développe progressivement à travers différents groupes, réseaux de relations, structures clandestines et formations qui finissent par s’intégrer à l’organisation départementale de la Résistance. La notice thématique de Mémoire Vive de la Résistance désigne sous l’appellation « Maquis du Champsaur » les différents groupes implantés dans la vallée et confirme leur rattachement ultérieur aux structures FFI départementales.
Les premières structures clandestines précèdent l’arrivée massive des réfractaires au Service du travail obligatoire. La mémoire locale identifie notamment un noyau actif à Saint-Léger-les-Mélèzes et décrit ensuite le développement de groupes et de camps dans différents secteurs du Champsaur. À partir de 1942 et surtout de 1943, la Résistance se renforce considérablement. L’instauration du STO en février 1943 favorise l’arrivée de jeunes qui cherchent à échapper au départ pour l’Allemagne. Plusieurs rejoignent les maquis, tandis que d’autres sont dissimulés dans les villages ou les exploitations agricoles.
La vallée de Champoléon devient l’un des principaux secteurs d’implantation. Des groupes sont notamment installés aux Garnauds, aux Méollions, aux Tourronds et dans le secteur des Borels. Les sources locales décrivent également Saint-Jean-Saint-Nicolas comme un point important d’accueil et d’orientation de jeunes clandestins. Ces implantations bénéficient de soutiens dans la population locale pour le ravitaillement, l’hébergement, les liaisons et la dissimulation.
L’évolution militaire du département modifie profondément les conditions de la clandestinité. Après l’occupation italienne d’une partie du Sud-Est, les forces allemandes prennent le contrôle de Gap et du secteur en septembre 1943. La pression exercée sur les groupes résistants s’accroît alors fortement. Les ressources mémorielles locales signalent notamment des opérations allemandes contre les implantations de Champoléon à l’automne 1943.
Dans le même temps, la Résistance haut-alpine se structure. Après la constitution des Mouvements unis de la Résistance, Paul HÉRAUD, en liaison avec le commandant Ricard, participe à l’organisation militaire départementale : découpage du département en secteurs, création d’une école de cadres et instruction des maquisards. En octobre 1943, Paul HÉRAUD devient chef départemental des Groupes francs des Hautes-Alpes et adjoint départemental de la Section des atterrissages et parachutages. En mai 1944, il est nommé chef départemental FFI des Hautes-Alpes. Ces responsabilités sont établies par sa notice officielle de l’Ordre de la Libération.
Déroulement des actions de Résistance
L’activité résistante dans le Champsaur recouvre plusieurs formes. Les groupes clandestins assurent d’abord l’accueil et la protection des hommes recherchés, notamment des réfractaires au STO. Des filières d’hébergement et de ravitaillement fonctionnent grâce aux habitants et à différents relais locaux. La récupération et la dissimulation d’armes constituent également une activité importante. À mesure que les structures se renforcent, l’instruction militaire des futurs combattants et la préparation d’opérations armées prennent davantage de place.
La Résistance locale participe également au renseignement, aux liaisons entre groupes, à la recherche de terrains utilisables pour les parachutages et à la réception de matériel allié. L’Ordre de la Libération confirme que Paul HÉRAUD est chargé, comme adjoint départemental de la SAP, de la reconnaissance et de l’homologation des terrains ainsi que du développement des équipes de réception. Son activité ne se limite d’ailleurs pas au Champsaur puisqu’il participe à des sabotages dans plusieurs secteurs de la région R2.
Le développement des FFI en 1944 transforme progressivement les groupes clandestins en forces susceptibles d’intervenir directement contre l’occupant. Le Champsaur devient alors une composante importante du dispositif entourant Gap. Les opérations de harcèlement, de contrôle des axes et de préparation de la Libération s’intensifient au cours de l’été 1944.
Un épisode particulièrement meurtrier se déroule à Laye, Hautes-Alpes, France, le 17 juillet 1944. Des résistants affrontent des forces allemandes dans le secteur du col Bayard et de Laye. Plusieurs résistants sont tués et le village subit des destructions en représailles. Cet événement occupe une place centrale dans la mémoire résistante du Champsaur et explique notamment l’implantation ultérieure du monument de la Résistance du Champsaur-Valgaudemar à Laye. La source encyclopédique disponible sur cet épisode reste complémentaire et doit être rapprochée des travaux historiques locaux avant d’en établir une liste nominative définitive des combattants.
Au début du mois d’août 1944, la préparation de la libération de Gap entre dans sa phase décisive. Le Comité départemental de Libération clandestin demande à Paul HÉRAUD de préparer un plan d’insurrection. Celui-ci prévoit de déployer des unités FFI autour de Gap lors de l’approche des Alliés afin d’isoler et de contraindre la garnison allemande à la reddition. Le plan est présenté le 8 août 1944 à la mission interalliée Confessionnal, qui l’approuve.
Paul HÉRAUD ne voit pas l’aboutissement de ce plan. Le 9 août 1944, alors qu’il circule à moto avec son agent de liaison, le gendarme Méyère, il rencontre une colonne allemande près de Neffes. Après un contrôle, il tente de s’échapper et est abattu par des soldats allemands. L’Ordre de la Libération fixe son décès au 9 août 1944 à Neffes, Hautes-Alpes, France. Il est fait Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 19 octobre 1945.
Le 19 août 1944, à l’annonce de l’approche de la Task Force Butler, l’encerclement de Gap est préparé avec neuf unités FFI. Des éléments provenant ou opérant depuis le Champsaur participent à ce dispositif. Après l’intervention de forces américaines, la neutralisation de positions allemandes et des négociations avec le commandement de la garnison, celle-ci capitule. Les FFI entrent dans Gap le 20 août 1944. Une photographie conservée aux Archives départementales des Hautes-Alpes et présentée par le Musée de la Résistance en ligne montre un commando FFI entrant dans la ville ce jour-là.
Figures marquantes
Paul HÉRAUD, alias Dumont, constitue l’une des principales figures de la Résistance haut-alpine. Entré en contact avec Combat à Gap en octobre 1942, il participe ensuite à l’organisation des MUR et des groupes francs, aux sabotages et à la SAP. Nommé chef départemental FFI des Hautes-Alpes en mai 1944, il joue un rôle majeur dans la préparation des opérations de Libération. Il est tué à Neffes le 9 août 1944. Sa carrière résistante est exceptionnellement bien documentée par l’Ordre de la Libération.
Richard DUCHAMBLO, prêtre et résistant, constitue une autre personnalité importante pour la connaissance de la Résistance haut-alpine. Après la guerre, il recueille de nombreux témoignages et documents et publie les dix-neuf cahiers de Maquisards et Gestapo. Cette œuvre constitue aujourd’hui une source majeure pour l’histoire de la Résistance dans les Hautes-Alpes, mais, comme tout témoignage et travail réalisé immédiatement après les événements, elle doit être confrontée aux archives et aux recherches historiques ultérieures. La Bibliothèque nationale de France répertorie l’édition en fac-similé de 2005, qui représente environ 1 208 pages.
D’autres acteurs apparaissent dans la documentation consacrée aux maquis du Champsaur, notamment Henri BAUDEL, Paul-Marie RADIUS, Jean-Bernard ROUXEL, Pierre POUTRAIN et différents responsables locaux. Toutefois, le protocole imposant de ne retenir aucune information insuffisamment vérifiée, leurs fonctions précises et leurs parcours doivent faire l’objet de notices individuelles fondées sur leurs dossiers et sources propres avant d’être développés davantage.
Victimes
Les combats, arrestations, exécutions et déportations frappent directement la Résistance du Champsaur. Les sources mémorielles locales recensent un ensemble de résistants et d’habitants morts pendant la période, tandis que le monument de Laye rassemble la mémoire des morts et disparus de la Résistance du Champsaur-Valgaudemar. La détermination exhaustive des victimes nécessite cependant un contrôle individuel dans Mémoire des Hommes, les dossiers du SHD, l’état civil et les dossiers d’homologation. Une liste locale ou monumentale ne suffit pas, à elle seule, pour attribuer à chaque personne un statut administratif tel que FFI, FFC, RIF, CVR ou la mention « Mort pour la France ».
Parmi les décès directement établis par une source officielle figure Paul HÉRAUD, tué par des soldats allemands le 9 août 1944.
Survivants
De nombreux résistants du Champsaur survivent aux combats et certains participent ensuite à la transmission de la mémoire locale. Une part importante de la documentation disponible a été constituée grâce aux témoignages recueillis après-guerre, notamment par Richard DUCHAMBLO, puis plus récemment par les chercheurs et associations mémorielles locales. Le travail de Philippe Lecourtier repose notamment sur plus de dix années de collecte de témoignages, documents familiaux et photographies dans la vallée.
Conséquences
L’activité des maquis et des FFI du Champsaur s’inscrit dans la préparation plus générale de la libération des Hautes-Alpes. Le contrôle des axes, le renseignement, l’organisation militaire, les sabotages et les actions de harcèlement contribuent à réduire la liberté de mouvement des forces allemandes. Le Musée de la Résistance en ligne souligne que, à l’approche de la Libération, les déplacements de la garnison allemande de Gap sont gênés par les attaques des maquis.
La libération de Gap, le 20 août 1944, résulte toutefois d’une combinaison d’actions et ne doit pas être attribuée à un seul groupe. Les FFI, les unités présentes autour de la ville, les commandos associés au commandant Drouot-Lhermine et les forces américaines de la Task Force Butler interviennent dans le processus conduisant à la reddition allemande. Le Musée de la Résistance en ligne signale d’ailleurs explicitement l’existence de récits divergents concernant l’attribution du mérite de la libération de Gap.
Cette divergence historiographique doit être conservée dans toute notice : il n’est pas établi qu’un groupe unique ait « libéré Gap ». La formulation documentaire correcte est celle d’une opération associant la Résistance haut-alpine et les forces alliées, dans laquelle les formations FFI préparées dans le département et les groupes issus du Champsaur jouent un rôle documenté.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le principal lieu mémoriel directement associé à cette histoire est le Monument de la Résistance du Champsaur-Valgaudemar, situé à Laye, Hautes-Alpes, France. Élevé après la guerre, il commémore les résistants morts et disparus du Champsaur et du Valgaudemar et est étroitement lié au souvenir des combats de juillet 1944. La source complémentaire consultée donne 1947 comme année de construction et situe son inauguration au 20 juillet 1947.
La mémoire de cette Résistance est également conservée par les monuments aux morts communaux, plaques, archives privées et photographies familiales. La documentation photographique conservée aux Archives départementales des Hautes-Alpes comprend notamment des images de l’entrée des FFI à Gap le 20 août 1944. Le Musée de la Résistance en ligne en publie plusieurs sous la cote AD Hautes-Alpes, 2 FI 119.
Le Service historique de la Défense conserve également des photographies de la libération des Hautes-Alpes. Son inventaire photographique identifie notamment une photographie des FFI occupant la préfecture de Gap au moment de la Libération.
Références bibliographiques
Maquisards et Gestapo, Richard DUCHAMBLO, Gap, Imprimerie Ribaud frères, 1946-1950 ; réédition en fac-similé, Gap, Éditions des Hautes-Alpes, 2005. Ensemble fondamental de dix-neuf cahiers consacrés à la Résistance et à l’Occupation dans les Hautes-Alpes. La réédition représente environ 1 208 pages et comprend également plusieurs textes complémentaires sur la Résistance départementale. La notice bibliographique est vérifiée dans le catalogue général de la Bibliothèque nationale de France.
Résistance 39-45 dans le Champsaur, Philippe LECOURTIER, Mémoire du Champsaur, 2018, 160 pages. L’ouvrage présente chronologiquement la Résistance dans la vallée de juin 1940 à août 1944. Il repose notamment sur une collecte de témoignages menée pendant plus de dix ans et comporte environ soixante-quinze photographies anciennes ou contemporaines. Il constitue une source mémorielle locale à confronter systématiquement aux archives officielles.
Paul Héraud : l’artisan de la Résistance haut-alpine, Jean-Pierre PELLEGRIN, Éditions des Hautes-Alpes, 2024, 184 pages. Cette biographie récente est consacrée à Paul HÉRAUD et à son rôle dans la Résistance des Hautes-Alpes. Elle permet d’approfondir l’organisation des groupes francs, des FFI et les opérations précédant la libération du département.
La libération de Gap : un événement providentiel, des récits controversés, Jean-Pierre PELLEGRIN, Bulletin de la Société d’Études des Hautes-Alpes, 2001, pages 101-123. Cette étude est particulièrement importante pour examiner de façon critique les récits concurrents relatifs à la libération de Gap et éviter d’attribuer abusivement l’opération à un acteur unique. Elle est citée comme référence par le Musée de la Résistance en ligne.
Les Alliés et la Résistance. Un combat côte à côte pour libérer le sud-est de la France, Arthur Layton FUNK, traduction Christine Aliquot, Aix-en-Provence, Édisud, 2001, 229 pages. L’ouvrage élargit l’étude locale au cadre des opérations conduites conjointement par les résistants et les Alliés dans le Sud-Est en 1944. Il est utilisé comme référence dans les travaux historiques présentés par le Musée de la Résistance en ligne sur les Hautes-Alpes.
Références internet
Mémoire Vive de la Résistance — Maquis du Champsaur. Notice thématique directement consacrée aux groupes résistants de la vallée. Elle confirme l’existence du Maquis du Champsaur comme désignation collective, son développement dans le contexte de l’extension des maquis alpins et son rattachement aux structures FFI des Hautes-Alpes. Adresse : https://mvr.asso.fr/maquis-du-champsaur/
Ordre de la Libération — Paul HÉRAUD. Notice officielle particulièrement importante pour établir la chronologie de l’organisation de la Résistance haut-alpine, les responsabilités de Paul HÉRAUD dans Combat, les MUR, les Groupes francs, la SAP et les FFI ainsi que les circonstances de sa mort le 9 août 1944. Adresse : https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/paul-heraud
Musée de la Résistance en ligne — La libération de Gap, 20 août 1944. Cette ressource documente la préparation du plan d’insurrection, la mission interalliée Confessionnal, les unités FFI engagées autour de Gap et l’intervention américaine. Elle reproduit également des photographies provenant des Archives départementales des Hautes-Alpes. Adresse : https://museedelaresistanceenligne.org/media8899-La-libration-de-Gap-20-aot-1944
Mémoire du Champsaur — Résistance 39-45 dans le Champsaur. Ensemble documentaire local consacré à la chronologie de la Résistance dans la vallée, aux maquis, aux principaux acteurs, aux morts et aux opérations de 1944. Sa documentation repose notamment sur des témoignages et des archives familiales ; elle doit donc être croisée avec les sources institutionnelles pour les qualifications individuelles. Adresse : https://champsaur.net/resistance-39-45-dans-le-champsaur/
Bibliothèque nationale de France — Maquisards et Gestapo. Le catalogue général de la BnF fournit la description bibliographique contrôlée de l’œuvre de Richard DUCHAMBLO et confirme son sujet : mouvements de Résistance, résistants et Seconde Guerre mondiale dans les Hautes-Alpes. Adresse : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40220444z
Fiabilité A. L’existence et l’importance de la Résistance dans le Champsaur sont établies par croisement entre une notice MVR, l’Ordre de la Libération, le Musée de la Résistance en ligne, des documents du Service historique de la Défense, des fonds des Archives départementales des Hautes-Alpes et une historiographie locale importante. Les détails issus exclusivement de témoignages locaux ont été volontairement limités lorsqu’ils n’ont pas pu être confirmés par une seconde source. Cette méthode correspond à l’exigence du protocole de supprimer toute information non vérifiée ou spéculative.
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance, Maquis du Champsaur. https://mvr.asso.fr/maquis-du-champsaur/
Ordre de la Libération, Paul HÉRAUD. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/paul-heraud
Musée de la Résistance en ligne, La libération de Gap, 20 août 1944. https://museedelaresistanceenligne.org/media8899-La-libration-de-Gap-20-aot-1944
Fondation de la Résistance, fonds documentaire consacré aux réseaux Action, comportant notamment des éléments sur les opérations de Paul HÉRAUD. Fondation de la Résistance — Réseaux Action
Service historique de la Défense, fonds photographique relatif à la Libération, comprenant des documents sur la libération des Hautes-Alpes et les FFI à Gap. Service historique de la Défense — inventaire photographique
Bibliothèque nationale de France, catalogue général, notice Maquisards et Gestapo. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40220444z
Mémoire du Champsaur, dossier Résistance 1939-1945. https://champsaur.net/resistance-39-45-dans-le-champsaur/
Les recherches effectuées dans Maitron Résistance et Mémoire des Hommes n’ont pas fait apparaître, dans les résultats accessibles de cette recherche thématique, une notice générale spécifiquement intitulée « Résistance dans le Champsaur ». Ces bases restent indispensables pour le contrôle individuel des résistants identifiés. Wikipédia a été vérifié uniquement à titre complémentaire, conformément au protocole, et n’a pas été retenu comme source principale lorsque des sources institutionnelles ou mémorielles plus solides étaient disponibles.