À la fin octobre, la 8e armée britannique de Montgomery a engagé la seconde bataille d’El Alamein. Après dix jours de combats intenses, l’Axe tient toujours la ligne mais vacille. Le 2 novembre, Montgomery déclenche l’opération Supercharge, une attaque conçue pour rompre le front allemand et italien au nord de Tel el Aqqaqir.
Dans le même temps, à l’ouest, les Alliés préparent le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (opération Torch), prévu pour le 8 novembre.
L’Axe va bientôt se retrouver pris en tenaille entre deux armées convergentes. Novembre marque donc une rupture stratégique majeure, à la fois militaire, territoriale et psychologique.
Forces en présence
Forces de l’Axe
- Commandement : Maréchal Erwin Rommel (de retour en poste depuis le 25 octobre).
- Effectifs : environ 95 000 hommes (en baisse).
- Chars : environ 300 encore opérationnels début novembre.
- Aviation : environ 250 avions, opérant depuis des pistes très exposées.
- Logistique : à l’agonie. Moins de 10 % des besoins en carburant sont livrés.
Forces alliées
- Commandement : Général Bernard Montgomery.
- Effectifs : environ 195 000 hommes.
- Chars : environ 1 000 opérationnels au début de l’offensive.
- Aviation : supériorité écrasante (800 avions).
- Logistique abondante, soutenue par les ports d’Alexandrie et le canal de Suez.
Déroulement des opérations
- 2–4 novembre – Opération Supercharge Montgomery concentre ses forces au centre-nord du front, avec un soutien massif de l’artillerie et de l’aviation. Les unités blindées de la 10e division britannique franchissent les champs de mines et percent les lignes italiennes.
- La division blindée Ariete est détruite dans sa quasi-totalité. Les divisions allemandes (notamment la 15e et la 21e Panzer) sont contraintes de reculer, perdant la cohésion. Les unités italiennes (Bologna, Trento, Pistoia) sont décimées ou se rendent.
- 4–11 novembre – Retraite de l’Axe Rommel, malgré les ordres d’Hitler de « tenir ou mourir », décide le 4 novembre de battre en retraite vers l’ouest. Il abandonne le champ de bataille d’El Alamein et commence un repli général vers la Tripolitaine, en Lybie.
Les Alliés avancent rapidement :
- 5 novembre : prise de Fuka.
- 6–7 novembre : prise de Mersa Matrouh.
- 11 novembre : les avant-gardes atteignent Sidi Barrani.
- 8 novembre – Opération Torch Des forces anglo-américaines débarquent au Maroc et en Algérie. Rommel, désormais coincé entre l’est (Montgomery) et l’ouest (troupes américaines), comprend qu’il doit abandonner la Cyrénaïque.
Résistances rencontrées
L’Axe oppose une résistance déterminée du 2 au 4 novembre, surtout avec les unités allemandes (21e Panzer, 90e Leichte).
Les Italiens, moins équipés et épuisés, s’effondrent plus vite.
Certaines poches tentent de retarder l’avance britannique (contre-attaques blindées le 3 et 4), mais sans effet stratégique.
La supériorité matérielle et aérienne alliée rend toute défense prolongée impossible. L’aviation harcèle les colonnes en repli, détruisant camions, chars et dépôts.
Pertes humaines et matérielles
Forces de l’Axe
- Pertes totales en novembre : 30 000 à 35 000 hommes (tués, blessés, capturés).
- Chars perdus ou abandonnés : environ 260.
- Prisonniers : plus de 30 000, en majorité italiens.
- Abandon d’énormes quantités de matériel et de dépôts.
Forces alliées
- Pertes totales en novembre : 13 500 hommes (tués, blessés, disparus).
- Chars perdus : environ 400 (majoritairement dans les premiers jours de Supercharge).
- Matériel abondant capturé ou réutilisé après la prise de positions ennemies.
État du terrain
Le terrain autour d’El Alamein reste semi-désertique, ouvert, avec des zones minées et d’autres désenclavées par le génie britannique. Le reste de la route côtière vers l’ouest traverse des zones désertiques ouvertes, facilitant les mouvements blindés alliés.
La mer Méditerranée, au nord, reste un théâtre stratégique : les convois de l’Axe sont détruits en mer, isolant Rommel. Le désert au sud interdit toute retraite hors de la route côtière, canalisant les mouvements ennemis.
Points d’accrochage et batailles
- Opération Supercharge (2–4 novembre) : bataille décisive.
- Fuka – Mersa Matrouh (5–7 novembre) : postes de retardement abandonnés.
- Sidi Barrani (11 novembre) : point stratégique tenu brièvement, puis perdu.
Informations transmises à Hitler et Churchill
- À Hitler Rommel informe le Führer le 4 novembre qu’il ne peut plus tenir et demande l’autorisation de se replier. Hitler ordonne de résister jusqu’au dernier homme. Rommel ignore l’ordre et se replie quand même. Il tente de sauver ce qui reste de ses troupes. L’état-major allemand commence à évoquer la possibilité d’un repli en Tunisie.
- À Churchill Churchill apprend la victoire d’El Alamein le 5 novembre. Le 10, il déclare à la Chambre des Communes :« Avant Alamein, nous n’avions jamais gagné. Après Alamein, nous ne perdrons jamais plus. »Churchill voit dans cette victoire un tournant non seulement stratégique mais moral. Il envoie des messages de félicitations à Montgomery et Alexander, et fait pression pour exploiter immédiatement l’avantage stratégique.
Succès, échecs et leçons du mois
Succès alliés
- Percée décisive à El Alamein.
- Anéantissement d’une grande partie des divisions italiennes.
- Reprise de l’initiative stratégique dans tout le théâtre nord-africain.
- Coordination réussie entre offensive terrestre (Montgomery) et débarquement occidental (Torch).
Échecs alliés
- Montée lente de l’exploitation après la percée (précaution de Montgomery).
- Incapacité à couper totalement la retraite de Rommel (troupes trop épuisées pour pousser au-delà de la Cyrénaïque immédiatement).
Succès de l’Axe
- Repli tactique ordonné de certaines unités allemandes vers la Tripolitaine.
- Sauvegarde partielle de certains éléments de l’Afrika Korps.
Échecs de l’Axe
- Défaite stratégique majeure.
- Échec complet de la défense.
- Désorganisation de la logistique.
- Début de la perte de la Libye.
- Perte de prestige, notamment pour les forces italiennes.
Perspectives stratégiques à la fin novembre 1942
- Axe Rommel se replie vers l’ouest, au-delà de Tobrouk, Derna et Benghazi, qu’il abandonne les uns après les autres. Son objectif est de rejoindre la Tunisie, où des renforts allemands (forces du groupe Afrika) commencent à débarquer. Il espère tenir la ligne Mareth, construite par les Français au sud de la Tunisie.
- Alliés Montgomery poursuit sa progression, lente mais méthodique. Les forces américaines, débarquées à l’ouest, avancent vers la Tunisie depuis le Maroc et l’Algérie. Le plan stratégique allié vise une prise en tenaille de la Tunisie, afin de piéger Rommel entre deux fronts et mettre fin à la guerre en Afrique du Nord.