Groupe Maxime Gorki (Dijon, Côte-d’Or)
Le groupe Maxime Gorki apparaît à Dijon dès l’été 1940, constitué autour de jeunes élèves-instituteurs de l’École normale de Dijon et rattaché aux Jeunesses communistes.
Dès l’origine, son activité se concentre sur l’impression et la diffusion clandestines de tracts dans la ville. La documentation des Archives départementales de la Côte-d’Or permet d’identifier comme animateur central René ROMENTEAU, bientôt rejoint par Pierre VIEILLARD, René LAFORGE et Jacques SCHELLNENBERGER.
La dénomination « Maxime Gorki » renvoie explicitement à l’écrivain russe ; on rencontre aussi la graphie « Gorky » dans certaines sources secondaires contemporaines.
Le groupe fonctionne comme une petite cellule clandestine étudiante communiste, soudée par l’amitié de normaliens et des jeunes ouvriers dijonnais avec lesquels ils coopèrent.
Il s’inscrit dans les structures communistes locales (Jeunesses communistes, puis Organisation spéciale) et entretient des liens directs avec les militants de l’OS de Dijon, notamment Lucien DUPONT, organisateur des premiers groupes armés locaux avant son envoi ultérieur auprès des FTP en Gironde.
À l’échelle du département, la mouvance communiste dijonnaise est ensuite relayée, à partir de 1943-1944, par des formations FTP. En juin 1944, une unité FTP distincte, dite « groupe Gorki » ou « groupe Nicolas », est attestée à Pellerey-sur-l’Ignon (Côte-d’Or).
Cette homonymie entretient un risque de confusion : les sources indiquent clairement l’existence d’un groupe dijonnais « Maxime Gorki » dès 1940 et, séparément, d’un groupe FTP « Gorki/Nicolas » en 1944.
De 1940 à début 1942, le groupe dijonnais imprime et diffuse des tracts clandestins.
Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1942, un engin explosif artisanal est lancé contre le Soldatenheim, foyer des soldats allemands place du Théâtre à Dijon ; l’engin n’explose pas.
L’enquête et la répression qui s’ensuivent conduisent à l’arrestation de nombreux militants et, à titre de représailles, à la condamnation à mort de quatre normaliens du groupe. L’action du 10 janvier 1942 est aujourd’hui précisément attribuée au dispositif de l’OS dirigé par Lucien DUPONT, en lien étroit avec des membres et proches du groupe Maxime Gorki.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le groupe est inséré dans la mouvance communiste (Jeunesses communistes, OS puis, plus tard et pour d’autres unités, FTP).
Les interactions avérées concernent les groupes armés locaux de l’OS à Dijon en 1941-1942, puis—sans continuité organisationnelle certaine—des formations FTP utilisant en 1944 la dénomination « Gorki » ou « Nicolas » au nord de Dijon.
Aucune dépendance au BCRA ou au SOE n’est documentée pour le groupe dijonnais.
Chefs et figures marquantes
- René ROMENTEAU. Élève-instituteur, animateur du groupe dijonnais, arrêté début 1942, fusillé comme otage le 7 mars 1942 à Dijon.
- René LAFORGE. Élève-instituteur, membre du groupe, fusillé comme otage le 7 mars 1942 à Dijon. La postérité de son nom inspire, après sa mort, l’appellation d’unités FTP « Compagnie René-Laforge ».
- Pierre VIEILLARD. Élève-instituteur, membre du groupe, fusillé comme otage le 7 mars 1942 à Dijon.
- Jacques SCHELLNENBERGER. Élève-instituteur, membre du groupe, fusillé comme otage le 7 mars 1942 à Dijon.
- Robert CREUX. Ébéniste, arrêté dans la même affaire, fusillé avec les quatre normaliens le 7 mars 1942.
- Lucien DUPONT. Organisateur de l’OS à Dijon, étroitement lié au milieu du groupe Gorki, auteur d’actions armées en 1941-1942 à Dijon, fusillé au Mont-Valérien le 26 février 1943.
- Mikaïl/Michel CONSTANTINOFF. Résistant FTP d’un groupe « Gorki » ou « Nicolas » constitué en juin 1944 à Pellerey-sur-l’Ignon (unité distincte de la cellule dijonnaise de 1940-1942).
Victimes / morts
Le 7 mars 1942, quatre normaliens du groupe, René ROMENTEAU, René LAFORGE, Pierre VIEILLARD et Jacques SCHELLNENBERGER, sont fusillés comme otages au stand de tir de Montmuzard à Dijon, avec l’ébéniste Robert CREUX.
Ces exécutions, opérées en représailles d’attentats attribués aux communistes dans la région, marquent durablement la mémoire locale.
Pour l’unité FTP « Gorki/Nicolas » de 1944, la documentation signale notamment l’exécution sommaire, le 3 juillet 1944 à Beaulieu (Côte-d’Or), d’un résistant soviétique non identifié, indiqué comme « du groupe Gorki ».
Survivants identifiés
Les sources consultées ne permettent pas d’identifier de survivants notoirement associés, de manière certaine et documentée, à la cellule dijonnaise « Maxime Gorki » de 1940-1942.
Plusieurs acteurs de l’OS et des milieux communistes dijonnais survivront et joueront un rôle mémoriel ou militant après-guerre, mais sans preuve formelle de leur appartenance organique au groupe des normaliens ; en l’absence d’éléments archivistiques probants, ces rattachements ne sont pas retenus ici.
Fin du réseau
La cellule dijonnaise « Maxime Gorki » est décapitée par les arrestations de janvier-février 1942 et par les exécutions du 7 mars 1942.
Ce démantèlement met fin au groupe tel qu’il fonctionnait depuis l’été 1940.
La reprise de l’action communiste armée dans le département se fait, à partir de 1943-1944, sous d’autres appellations et structures (OS/FTP), dont un groupe FTP « Gorki/Nicolas » sans lien organisationnel démontré avec la cellule de 1940-1942.
Conséquences et mémoire
L’impact immédiat de la répression de mars 1942 est considérable à Dijon, où les exécutions des normaliens deviennent un symbole local de la jeunesse sacrifiée.
La mémoire est entretenue par des plaques et monuments, notamment au sein de l’institution éducative dijonnaise, ainsi que par des brochures et dossiers pédagogiques des Archives départementales de la Côte-d’Or.
Le Musée de la Résistance en ligne présente le monument dédié aux quatre normaliens et rappelle le contexte de l’attentat manqué de janvier 1942. Les Archives départementales publient et analysent les dernières lettres de René ROMENTEAU, documents phares de cette mémoire.
Références bibliographiques
- Les quatre normaliens de DijonCollectif, Amicale des anciens élèves de l’École normale et SNI (édition citée 1968). Court recueil mémoriel consacré à René ROMENTEAU, René LAFORGE, Jacques SCHELLNENBERGER et Pierre VIEILLARD ; replace les exécutions du 7 mars 1942 dans le contexte de la répression allemande à Dijon et rassemble des témoignages de camarades et d’enseignants.
- Les 4 normaliens de Dijon, CRDP de l’académie de Dijon, 1983. Dossier pédagogique illustré, très utilisé localement, qui reconstitue la chronologie 1940-1942, contextualise l’action clandestine étudiante et reproduit sources et photographies, dont le monument commémoratif.
- Lucien Dupont, 21 ans. La trop courte vie d’un homme en résistance
Christiane Bastien-Dupont-Lauthelier, Amicale des Vétérans du PCF de la Côte-d’Or, 2008 ; éd. augmentée 2017/2021. Biographie documentée d’un organisateur de l’OS à Dijon, établie à partir d’archives et de témoignages ; éclaire les liens opératoires entre l’OS et les jeunes normaliens du milieu « Maxime Gorki » fin 1941-début 1942. - Résistance en Côte-d’Or Gilles Hennequin, impr. Darantière, s.d. (années 1990). Panorama départemental fondé sur dépouillement d’archives locales ; utile pour situer l’OS, les premiers attentats dijonnais et la transition vers les FTP.
Les Bataillons de la Jeunesse Albert Ouzoulias, Éditions Sociales, 1971. Ouvrage classique sur l’engagement communiste juvénile ; apporte un cadre d’analyse pour les cellules de jeunesse et leurs liens avec l’OS, avec références à la Bourgogne.
Références internet
- Monument à la mémoire des 4 Normaliens fusillés le 7 mars 1942 (Dijon)Musée de la Résistance en ligne – «». Synthèse du contexte de l’attentat manqué de janvier 1942, notices individuelles et ancrage mémoriel du monument.: https://museedelaresistanceenligne.org/media7209-Monument-la-mmoire-des-4-Normaliens-fusills-le-7-mars-1942-Dijon-Cte-dOr
- Archives départementales de la Côte-d’Or – « Mai 2019 – Les dernières lettres d’un résistant (1942) ». Dossier présentant les lettres originales de René ROMENTEAU et un contexte détaillé sur la formation du groupe Maxime Gorki dès l’été 1940 et son activité de tracts. https://archives.cotedor.fr/v2/site/AD21/Decouvrir/Documents_du_mois/Publications_en_2019/Mai_-_Les_dernieres_lettres_dun_resistant_1942
- Archives départementales de la Côte-d’Or – Brochure PDF associée. Reprise des éléments factuels : formation « été 1940 », rattachement aux Jeunesses communistes, tracts à Dijon. https://archives.cotedor.fr/v2/site/AD21/web/media/03_decouvrir/03_document_mois/2019/05_2019/une_052019_brochure.pdf
- Le Maitron – base « Fusillés et exécutés 1940-1944 » : notices ROMENTEAU, LAFORGE, VIEILLARD, SCHELLNENBERGER. Fiches biographiques et circonstances d’arrestation/exécution, rattachant les quatre normaliens au groupe. URL complète : https://fusilles-40-44.maitron.fr/romenteau-rene-armand/
- Le Maitron – notices sur l’unité FTP 1944 dite « groupe Gorki » ou « groupe Nicolas » (Pellerey-sur-l’Ignon) et victimes associées (dont « Inconnu soviétique tué à Beaulieu »). Clarifie l’homonymie et la chronologie 1944. URL complète : https://fusilles-40-44.maitron.fr/inconnu-sovietique-tue-a-beaulieu-cote-dor/
- Musée de la Résistance en ligne – « Plaques commémoratives – FFI – Dijon (21) ». Notice contextualisant l’action du 10 janvier 1942 attribuée au groupe de l’OS de Lucien DUPONT et ses suites judiciaires. URL complète : https://museedelaresistanceenligne.org/media11510-Plaques-commmoratives-FFI-DIJON-21
- Lucien Dupont ». Synthèse biographique Wikipédia – «utile pour la chronologie des actions de l’OS à Dijon et la liaison avec les groupes communistes locaux ; à utiliser uniquement en appui des sources précédentes. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Dupont
- Résistants-Déportés 21 (association mémorielle locale) – « Dijon, les normaliens fusillés ». Rappel des faits et ancrage mémoriel local. URL complète : https://www.resistantsdeportes21.com/elements-1/dijon-les-normaliens-fusill%C3%A9s
- Précisions terminologiques et risques d’homonymie
La graphie la plus courante est « Maxime Gorki » ; la variante « Gorky » apparaît dans quelques notices secondaires. Il existe par ailleurs, en Côte-d’Or en 1944, une unité FTP distincte appelée « groupe Gorki » ou « groupe Nicolas », sans lien organisationnel établi avec la cellule dijonnaise de 1940-1942 ; les deux réalités sont distinguées dans la présente fiche. fusilles-40-44.maitron.fr