Au tournant de 1943-1944, l’Auxois connaît une intensification de l’activité des maquis affiliés aux FFI, en particulier au sein du maquis Bernard.
La capture d’un officier allemand répond à la volonté d’obtenir un échange de prisonniers mais, l’échec des pourparlers entériné, l’officier est exécuté, ce qui déclenche une répression systématique.
L’« affaire Werner » désigne, en Côte-d’Or, la séquence ouverte par l’enlèvement, à Pont-de-Pany, le 28 janvier 1944, du major Werner, chef de la police de sécurité allemande dans la région de Dijon, par des résistants du maquis Bernard (compagnie Foch, groupe Guynemer).
L’otage est blessé lors de l’embuscade, soigné un temps par le docteur Maurice Quignard et déplacé entre caches de l’Auxois.
Faute d’échange possible, la décision d’exécuter l’officier est prise par les chefs de groupes, et Werner est mis à mort le 1er février 1944.
La Gestapo de Dijon, fortement dotée et épaulée par une section d’auxiliaires français, lance aussitôt une répression de grande ampleur : arrestations dans la vallée de l’Ozerain et l’Auxois, interrogatoires et tortures à Dijon, exécutions sommaires et rafles.
Le 29 février 1944, un SS- und Polizeigericht siégeant dans la salle des États du palais des ducs prononce quinze condamnations à mort « dans l’affaire du meurtre du major Werner ».
Le 1er mars 1944 au matin, les quinze patriotes sont fusillés au stand de tir de Montmuzard, à Dijon, par groupes de cinq.
Cette chronologie, les lieux et l’identité des victimes sont établis par le Musée de la Résistance en ligne et recoupés par les notices prosopographiques du Maitron et par les ressources mémorielles locales et départementales. archives.cotedor.fr+3Musée de la Résistance en Ligne+3Fusilles 40-44+3
Héros et figures marquantes
Parmi les organisateurs et acteurs de l’embuscade se distinguent des responsables du maquis Bernard, notamment des cadres des compagnies Foch et Vercingétorix.
La figure médicale du docteur Maurice Quignard, requis pour soigner l’otage et lui-même arrêté puis fusillé, illustre l’enchaînement qui mène des premières heures de l’affaire jusqu’aux exécutions.
Les victimes du 1er mars 1944 incluent
- Albert Chauchard dit « Perret », chef de groupe,
- René Yaouanc,
- Marcel Rebourseau,
- Paul-Michel Menestrier,
- Louis-René Menestrier,
- Joseph-Michel Menestrier,
- Marcel Gougeot,
- Marcel Huchon,
- Charles Guillier,
- Maurice Quignard,
- Adrien Guédeney,
- Émile Guédeney,
- Henri Loreau
- Charles Carrière,
tous liés aux FFI et au maquis Bernard, à l’exception de militants FN/RIF signalés par les notices. Les notices individuelles du Maitron et la liste nominative du Musée de la Résistance en ligne précisent pour chacun l’appartenance, les alias, les dates et lieux de naissance et les cotes d’homologation « Mort pour la France ». Fusilles 40-44+3Musée de la Résistance en Ligne+3Fusilles 40-44+3
Les quinze condamnés exécutés à Montmuzard le 1er mars 1944 sont identifiés nommément avec leurs unités et cotes d’archives du Service historique de la Défense.
Les notices de la Fondation de la Résistance et du Maitron confirment l’identité des fusillés et, pour nombre d’entre eux, l’appartenance au maquis Bernard, compagnie Vercingétorix.
Ces mêmes sources signalent que, dans les semaines suivantes, vingt-huit personnes furent déportées dans le sillage de l’affaire, dont douze ne revinrent pas. Musée de la Résistance en Ligne+1
Notamment,
Pierre CARRIERE
Auguste BOCCARD
Paul GELOT
Charles DUPAQUIER
Urbain CHALVIN
François CHALVIN
Resistants déportés affaire WARNER
Survivants
Les listes publiées par le Musée de la Résistance en ligne et par les sites mémoriels locaux indiquent qu’un seizième prévenu du 29 février fut déporté et non exécuté, et que plusieurs dizaines de personnes, arrêtées dans le cadre de l’affaire, connurent la déportation.
Les parcours postérieurs des survivants apparaissent dans les dossiers d’homologation FFI/AC 21 P et dans les témoignages rassemblés par Mémoire et Espoir de la Résistance. ResistantsDeportes21+1
Conséquences
Militairement, la répression vise à disloquer les groupes FFI de l’Auxois en frappant leurs relais ruraux, ce que reflètent les arrestations à Villy-en-Auxois, Villeberny, Jailly-les-Moulins, Flavigny-sur-Ozerain et dans les bourgs voisins.
Symboliquement, la tenue du procès SS dans la salle des États, drapée de noir, cherche à terroriser la population dijonnaise.
Les autorités mémorielles locales constatent toutefois que, loin d’éteindre l’action clandestine, les exécutions de Montmuzard galvanisent les maquis du secteur.
La postérité de l’événement est durable dans la mémoire civique de la Côte-d’Or, où cérémonies et publications rappellent la date du 1er mars 1944 et les « quinze de l’Auxois ».
Mémoire et lieux commémoratifs
Le stand de tir de Montmuzard à Dijon, mur des fusillés, demeure le principal lieu de mémoire, avec plaques et cérémonies.
La salle des États du palais des ducs conserve un médaillon et fait l’objet de commémorations, notamment aux 80 ans du procès. Dans l’Auxois, des communes comme Jailly-les-Moulins, Villeberny, Villy-en-Auxois, Venarey-les-Laumes ou Talant entretiennent des monuments, stèles et parcours pédagogiques liés aux fusillés et déportés de l’affaire.
Références bibliographiques
- Dijon 1940-1944 : du désespoir à l’espoir, Pierre Gounand, Éditions de l’Armançon, 2004. L’ouvrage restitue l’Occupation et la Libération à l’échelle dijonnaise, éclaire le dispositif répressif et replace l’affaire Werner dans la chronologie locale de l’hiver 1943-1944, avec focus sur la salle des États et le stand de Montmuzard.
- La libération de Dijon : 11 septembre 1944, Jean-François Bazin, Éditions de Saint-Seine-l’Abbaye, 1984. Étude solide sur la fin de l’Occupation à Dijon ; propose des rappels indispensables sur la topographie de la répression et les acteurs de la Résistance locale qui permettent de situer les conséquences de l’affaire Werner.
- La Côte-d’Or libérée, catalogue d’exposition, Archives départementales de la Côte-d’Or, 2025. Catalogue illustré et commenté, il fournit une mise au point historiographique récente, documents d’archives et notices sur l’affaire Werner, le procès SS du 29 février 1944 et les exécutions du 1er mars.
Références internet
- Musée de la Résistance en ligne – « Affaire WERNER – Mur des fusillés – Stand de tir Montmuzard (Dijon) ». Page de référence présentant le contexte, la chronologie détaillée de l’embuscade, l’exécution de l’otage, le procès SS, la liste nominative des quinze fusillés et les cotes SHD correspondantes. https://museedelaresistanceenligne.org/media11516-Affaire-WERNER-Mur-des-Fusills-Stand-de-tir-Montmuzard-Dijon-21
- Le Maitron – « Dijon (Côte-d’Or), stand de tir de Montmuzard ». Notice de lieu synthétisant l’usage répressif du stand de tir, le nombre de fusillés 1940-1944, et situant les exécutions du 1er mars 1944 dans l’ensemble des répressions dijonnaises. URL : https://fusilles-40-44.maitron.fr/dijon-cote-dor-stand-de-tir-de-montmuzard-31-aout-1940-31-juillet-1944/ Fusilles 40-44
- Résistants-Déportés 21 – « Villy et Dijon, victimes de l’affaire Werner ». Dossier local détaillant la répression dans la vallée de l’Ozerain, la tenue du procès du 29 février 1944, le nombre de déportés et les communes touchées, avec renvois vers les pages personnes et lieux. URL : https://www.resistantsdeportes21.com/elements-6/villy-et-dijon ResistantsDeportes21
- « Médaillon commémoratif, salle des États, palais des ducs de Bourgogne ». Musée de la Résistance en ligne –Notice illustrée rappelant le tribunal SS, l’avis d’exécution et la portée mémorielle du lieu. URL : https://museedelaresistanceenligne.org/media7208-Mdaillon-commmoratif-salle-des-Etats-Palais-des-ducs-de-Bourgogne-Dijon-Cte-dOr Musée de la Résistance en Ligne
- Archives départementales de la Côte-d’Or – Catalogue d’exposition « La Côte-d’Or libérée ». Dossier scientifique et pédagogique offrant une synthèse récente sur l’affaire Werner, le procès du 29 février et les exécutions du 1er mars, avec documents et iconographie. https://archives.cotedor.fr/v2/site/AD21/web/media/03_decouvrir/02_expositions/2024_expo_cote-dor-liberee/2024_catalogue-exposition_cote-dor-liberee.pdf archives.cotedor.fr
- FranceArchives – « Affaire Werner (exécution du major Werner…) ». Notice d’inventaire décrivant un cahier manuscrit contemporain des faits, tenu à Jailly-les-Moulins, et des coupures de presse, utile pour l’orientation en salle de lecture. https://francearchives.gouv.fr/facomponent/bfcaa05dc816b60599f8dbf41dd32302ab95d4b3 FranceArchives
- Mémoire des hommes – Portail et bases « Titres, homologations et services pour faits de Résistance ». Point d’accès aux dossiers d’homologation, fiches « Mort pour la France » et base des Médaillés de la Résistance pour vérification nominative des personnes impliquées. URL : https://mdh2021.arkotheque.fr/fr//article.php?laref=367 mdh2021.arkotheque.fr
Précisions divergences signalées
Les dénominations d’unités FFI (compagnies Foch et Vercingétorix) varient selon les notices mais relèvent du même ensemble « maquis Bernard » ; l’information est consolidée à partir des pages du Musée de la Résistance en ligne et confirmée par les notices individuelles du Maitron. Quelques variantes d’état civil apparaissent entre bases (dates de naissance notamment) ; elles ne remettent pas en cause l’identification des victimes du 1er mars 1944 à Montmuzard. Musée de la Résistance en Ligne+1
Avertissement sur les homonymies
Plusieurs patronymes étant fréquents en Côte-d’Or, la vérification nominative doit s’appuyer sur les côtes SHD indiquées par la Fondation de la Résistance et sur les fiches « Mort pour la France » de Mémoire des Hommes pour éviter toute confusion avec des homonymes contemporains. Musée de la Résistance en Ligne+1
« Médaillon commémoratif de la salle des États rappelant les condamnations prononcées le 29 février 1944 dans l’affaire Werner » Musée de la Résistance en Ligne