Ernest Friedrich FLOEGE, alias « Paul », « commandant Paul », « Alfred » et « Pascal », né le 6 janvier 1898 à Chicago (Illinois, États-Unis), mort le 9 avril 1996 à Fredericksburg (Virginie, États-Unis), américain.
Ses états de service américains retiennent les dates du 6 janvier 1898 et du 9 avril 1996.
Né aux États-Unis dans une famille d’origine européenne, Floege grandit en partie en France et étudie à Nice. Il sert déjà pendant la Première Guerre mondiale, notamment comme interprète auprès de l’armée américaine. Après la guerre, il s’installe en France et dirige une entreprise de transports dans la région d’Angers.
Engagement dans la Résistance
Dès l’Occupation, Floege organise des activités clandestines en France. Menacé par la Gestapo, il quitte finalement le pays, rejoint les États-Unis puis se porte volontaire pour revenir combattre en Europe. Il est recruté par l’Office of Strategic Services américain, puis affecté aux opérations conduites avec la section F du Special Operations Executive britannique.
La formulation « agent américain du SOE » est donc acceptable à condition d’être précisée : Floege est un officier américain de l’OSS opérant dans le cadre de la section F du SOE. Ses citations militaires américaines l’identifient comme officier de l’United States Army et de l’OSS.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Sa première grande mission française est associée au réseau SACRISTAN, également désigné Pascal-Sacristan. Son nom de terrain est notamment « Pascal ». Il est ensuite envoyé dans le Doubs, où son dispositif s’articule avec les structures clandestines locales et les FFI.
Missions et actions
Lors de sa première mission, entre 1943 et 1944, Floege constitue et anime un réseau de Résistance en territoire occupé. La citation de sa Distinguished Service Cross précise qu’il organise un réseau pour mener des opérations quotidiennes contre l’ennemi et préparer de futures opérations alliées sur le continent.
Parachuté de nouveau en France dans la nuit du 5 au 6 mai 1944, il intervient dans le Doubs avec son opérateur radio André Bouchardon. Il participe aux préparatifs de la Résistance montbéliardaise et reconnaît notamment le plateau du Lomont en vue de son occupation.
Après l’arrestation de Jean Maurin le 15 août, Floege devient de fait le chef du maquis du Lomont. Les premiers éléments gagnent le plateau à partir du 17 août ; il rejoint lui-même les forces installées le 21 et établit son PC à Montécheroux.
Sous son commandement, le Lomont grossit très rapidement : environ dix jours après sa formation, il atteint près de 3 000 hommes, répartis en bataillons, groupes-francs, parachutistes et services. Les combats du 22 août puis du 6 septembre montrent sa transformation en véritable position militaire organisée.
La citation américaine de sa Silver Star résume cette seconde mission en indiquant qu’entre le 5 mai et le 6 octobre 1944 Floege organise, arme et dirige une importante force résistante qui occupe une zone stratégique et la conserve face aux attaques ennemies jusqu’à l’arrivée des forces alliées.
Arrestation / évasion / déportation
Floege n’est pas arrêté durant sa mission du Lomont. Lors de sa première mission, en revanche, son organisation est compromise et il doit s’échapper de France, gagner l’Espagne puis Gibraltar avant de retourner en Grande-Bretagne.
Camarades de combat
Jean Maurin est son principal interlocuteur de commandement au moment de la préparation du Lomont. Georges Meyer « Polyte » conduit les premiers éléments montbéliardais vers le plateau. André Bouchardon assure les fonctions radio. Émile Joly avait, avant sa mort, dirigé les FFI du secteur de Montbéliard avec lesquels Floege entretient des relations opérationnelles.
Retour à la vie civile
Floege survit à la guerre et retourne aux États-Unis. Il meurt le 9 avril 1996 et est inhumé au cimetière national d’Arlington.
Décorations
Ses principales distinctions américaines comprennent la Distinguished Service Cross et la Silver Star. La DSC récompense sa mission de juin 1943 à mars 1944 ; la Silver Star concerne sa mission du 5 mai au 6 octobre 1944. Les citations officielles mettent explicitement en avant son héroïsme, son organisation des forces clandestines et son commandement en combat.
Les sources biographiques signalent également le Distinguished Service Order britannique.
Lieux de mémoire
Son nom est lié au monument du maquis du Lomont et au mémorial des réseaux Hercule et Pascal-Sacristan dans la Sarthe. Sa sépulture se trouve au cimetière national d’Arlington.
Références bibliographiques
Un petit bateau tout blanc : la Résistance française vue par un officier américain parachuté deux fois en France occupée Ernest-Fred Floege, édition de l’auteur, Le Mans, 1962. Témoignage autobiographique essentiel d’Ernest Floege, qui relate son parcours entre les États-Unis et la France, son recrutement pour les opérations spéciales alliées et ses deux missions clandestines en France occupée. L’ouvrage permet de suivre de l’intérieur ses activités sous ses différentes identités clandestines, notamment « Alfred », « Pascal » et « commandant Paul », ainsi que son rôle à la tête du réseau SACRISTAN et dans les combats de la Résistance.
Le dernier des grands maquis de France : Le Lomont, août-septembre 1944 Jean-Pierre Marandin, Éditions du Sékoya, 2015, réédition augmentée 2018. Cette étude historique approfondie est directement consacrée au maquis du Lomont, dont Ernest Floege devient le commandant en août 1944 après l’arrestation du colonel Jean Maurin. L’auteur exploite archives et témoignages pour reconstituer l’organisation militaire du maquis, les parachutages, les combats des 22 août et 6 septembre et le rôle déterminant joué par Floege, chef du réseau Pascal-SACRISTAN.
Résistances 1940-1944. Tome 1 : À la frontière franco-suisse, des hommes et des femmes en résistance Jean-Pierre Marandin, Éditions Cêtre, 2005, nouvelle édition revue et augmentée 2009. L’ouvrage étudie les différentes formes de résistance développées dans la région frontalière franco-suisse et présente les réseaux britanniques implantés en Franche-Comté. Ernest Floege et le réseau SACRISTAN y apparaissent dans le contexte des missions du SOE et des relations entretenues avec les résistants locaux. Le livre permet de replacer son action dans le système plus large des réseaux alliés opérant dans l’Est de la France.
Résistances 1940-1944. Tome 2 : Le Pays de Montbéliard 1944 : lutte armée et répression Jean-Pierre Marandin, Éditions Cêtre, 2005. Ce volume est particulièrement pertinent pour la deuxième mission d’Ernest Floege dans le Doubs. Il décrit la résistance armée du Pays de Montbéliard, les groupes clandestins, le maquis d’Écot, la répression allemande et la constitution du maquis du Lomont. Floege, sous le nom de « commandant Paul », intervient directement dans l’organisation, l’armement et le commandement des formations combattantes de ce secteur.
Des Anglais dans la Résistance : le Service secret britannique d’action (SOE) en France, 1940-1944 Michael R. D. Foot, traduction de Rachel Bouyssou, annotations de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008. Version française de l’histoire officielle du SOE en France, cet ouvrage constitue une référence fondamentale pour comprendre les missions de la section F et l’organisation des réseaux clandestins britanniques. Ernest Floege y est identifié parmi les agents opérant en France, notamment dans le cadre du circuit SACRISTAN. L’ouvrage fournit le contexte administratif, opérationnel et stratégique dans lequel s’inscrivent ses deux parachutages en territoire occupé.
OSS : la guerre secrète en France, 1942-1945. Les services spéciaux américains, la Résistance et la Gestapo Fabrizio Calvi, Hachette, 1990. Cette étude porte sur les activités de l’Office of Strategic Services américain en France et sur sa coopération avec les Britanniques et la Résistance intérieure. Elle permet de replacer Ernest Floege, citoyen américain recruté dans le dispositif allié et affecté à la section F du SOE, dans l’histoire plus générale de la collaboration entre OSS et SOE. Elle éclaire également les méthodes de recrutement, d’infiltration, de liaison et d’action utilisées par les services spéciaux alliés.
Dictionnaire historique de la Résistance : Résistance intérieure et France libre François Marcot (dir.), avec Bruno Leroux et Christine Levisse-Touzé, Robert Laffont, collection Bouquins, 2006. Cet ouvrage collectif constitue une référence générale pour l’histoire des mouvements, réseaux, maquis et services alliés ayant soutenu la Résistance française. Il permet de replacer les réseaux SOE tels que SACRISTAN dans la géographie et la chronologie de la Résistance et fournit le contexte indispensable pour comprendre les relations entre les agents alliés, les formations locales et les FFI.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne — « Maquis de Lomont (carte) ». Cette ressource constitue l’une des sources numériques les plus précises sur la seconde mission d’Ernest-Frédéric Floege. Elle indique que « Paul », agent secret américain, effectue les reconnaissances préparatoires du Lomont puis prend seul la tête du maquis après l’arrestation du colonel Jean Maurin. Le dossier décrit son commandement, l’installation de son PC à Montécheroux, l’organisation de plusieurs milliers d’hommes et les combats des 22 août et 6 septembre 1944.
https://museedelaresistanceenligne.org/media2980-Maquis-de-Lomont-carte
Musée de la Résistance en ligne — « Liste des réseaux du SOE pour lesquels des brassards doivent être parachutés, 2 juillet 1944 ». Le document identifie explicitement le réseau SACRISTAN, également désigné comme réseau Pascal, et donne Ernest Floege comme chef du réseau. Il précise son implantation dans la Sarthe, le Maine-et-Loire, la Mayenne, l’Ille-et-Vilaine et la Loire-Inférieure et permet ainsi de documenter la première zone d’action clandestine de Floege avant sa mission dans le Doubs.
https://museedelaresistanceenligne.org/media7909-Liste-des-rseaux-du-SOE-pour-lesquels-des-brassards-doivent-tre-parachuts-2-juillet-1944
Mémoire Vive de la Résistance — « Réseau Pascal-Sacristan ». Cette notice est spécifiquement consacrée au réseau dirigé par Ernest Floege et rassemble des données sur ses deux missions clandestines en France. Elle replace le réseau dans l’organisation de la section F du SOE, décrit son implantation et rappelle le rôle de Floege dans la région du Mans puis dans le Pays de Montbéliard et au maquis du Lomont. Elle fournit également une bibliographie spécialisée permettant de prolonger les recherches.
https://mvr.asso.fr/reseau-pascal-sacristan/
Fondation de la Résistance — « Préparer le CNRD dans la région Pays de la Loire ». Ce dossier pédagogique et historique de la Fondation de la Résistance présente l’évolution de la Résistance dans les Pays de la Loire et mentionne explicitement le réseau « Sacristain » d’Ernest-Fred Floege. Il précise que ce réseau SOE intervient notamment en Maine-et-Loire, Mayenne et Sarthe au moment où les actions de parachutage et les réseaux « Action » prennent une importance croissante en 1943.
Association Mémoire et Souvenir de la Résistance du Pays de Montbéliard et du Lomont — « Historique du maquis du Lomont ». Cette étude locale détaillée restitue la formation du maquis, son organisation militaire, les parachutages, les combats contre les forces allemandes et le rôle de son état-major. Ernest Floege, connu sous le nom de « commandant Paul », y occupe une place centrale comme officier allié et responsable militaire du maquis pendant les semaines décisives d’août et septembre 1944.
https://resistance-pays-de-montbeliard-et-lomont.e-monsite.com/pages/l-histoire/page-1.html
Association Mémoire et Souvenir de la Résistance du Pays de Montbéliard et du Lomont — « Bibliographie sélective ». Cette page fournit une bibliographie spécialisée sur la Résistance dans le Pays de Montbéliard, le Lomont et la frontière franco-suisse. Elle recense notamment les deux volumes de Jean-Pierre Marandin consacrés aux résistances de 1940-1944 ainsi que des publications concernant directement la lutte armée dans le secteur où Ernest Floege exerce son commandement en 1944.
https://resistance-pays-de-montbeliard-et-lomont.e-monsite.com/pages/bibliographie-selective.html
Cancoillotte.net — « Le Maquis d’Écot (1/4) ». Cette étude consacrée au maquis d’Écot mentionne directement l’arrivée du « commandant Paul », identifié comme l’officier américain Ernest Floege. Elle précise qu’il est parachuté dans la nuit du 5 au 6 mai 1944 avec son radio André Bouchardon et qu’il doit travailler avec les responsables locaux afin d’organiser la Résistance et, ultérieurement, le maquis du Lomont. Cette source est utile pour reconstituer chronologiquement les premières semaines de sa seconde mission.
https://www.cancoillotte.net/spip.php?article417=
Libre Résistance — « Bibliographie ». Le site de l’association Libre Résistance, liée à la mémoire des réseaux de la section F du SOE, présente les principaux travaux concernant les réseaux britanniques en France. La notice relative au Dernier des grands maquis de France précise que le réseau Pascal-SACRISTAN est conduit par l’« organizer » Ernest-Fred Floege lors de sa seconde mission clandestine en Franche-Comté. La page permet également d’identifier plusieurs ouvrages de référence sur le SOE.
https://www.libreresistance.com/fr/histoire/bibliographie/
Libre Résistance — « Le Dernier des grands maquis de France ». Ce document présente l’étude de Jean-Pierre Marandin consacrée au maquis du Lomont et souligne le travail de croisement entre archives, documents et témoignages effectué pour restituer les événements. Il permet de situer la place d’Ernest Floege dans l’organisation du maquis et fournit une introduction utile aux recherches plus détaillées sur sa mission de 1944 dans le Doubs.
SOE French Section — « List of 431 Agents ». Cette base spécialisée consacrée à la section française du Special Operations Executive recense Ernest Floege sous la forme « Ernst Friedich Floege » et donne son nom de terrain « Alfred », le nom opérationnel SACRISTAN ainsi que les identités Paul Fontaine et Alfred Rigot. Elle confirme également son rattachement aux missions SACRISTAN et son retour après mission. La ressource est particulièrement utile pour comparer ses différentes identités clandestines.
https://soe-french.co.uk/
Michael R. D. Foot — SOE in France: An Account of the Work of the British Special Operations Executive in France 1940-1944. La version numérique de l’histoire officielle britannique du SOE mentionne directement Floege, son origine américaine, sa longue résidence à Angers et sa parfaite maîtrise du français. L’ouvrage replace sa mission dans l’ensemble des opérations conduites par la section F et constitue une source essentielle pour comprendre la chaîne de commandement britannique, les circuits d’action et le fonctionnement du SOE en France.
https://www.generalstaff.org/WW2/Hist_UK/SOE-in-France_1940-44.pdf
JSTOR — « American Contacts With the Resistance in France, 1940-1944 ». Cet article universitaire d’Arthur L. Funk consacré aux rapports entre Américains et Résistance française mentionne Ernest-Fred Floege, né à Chicago mais ayant passé une grande partie de sa vie en France. Il replace son engagement dans le développement des contacts américains avec la Résistance et permet de comprendre pourquoi son profil bilingue et sa connaissance de la société française furent particulièrement adaptés aux missions clandestines alliées.
https://www.jstor.org/stable/1984548
Cairn — Michael R. D. Foot, « Milieu de partie : 1943 », dans Des Anglais dans la Résistance. Ce chapitre de l’étude de référence sur le SOE examine l’année 1943, période correspondant à la première mission clandestine de Floege et à la mise en place de réseaux d’action dans plusieurs régions françaises. Il permet de replacer le circuit SACRISTAN dans l’évolution générale des opérations de la section F, tout en renvoyant aux travaux spécialisés de Jean-Pierre Marandin sur les réseaux actifs près de la frontière suisse et dans le Doubs.
https://shs.cairn.info/des-anglais-dans-la-resistance–9791021042407-page-337?lang=fr
L’Est Républicain — « Août 1944 au maquis du Lomont : une aide tombée du ciel ». Cet article consacré à l’histoire du maquis du Lomont revient sur les parachutages alliés, les résistants du Pays de Montbéliard et les travaux de l’historien Jean-Pierre Marandin. Il constitue une ressource complémentaire pour comprendre l’importance des soutiens britanniques et américains dans la constitution du maquis commandé par Ernest Floege et les conditions de la lutte armée durant l’été 1944.
https://www.estrepublicain.fr/edition-belfort-hericourt-montbeliard/2018/08/23/aout-1944-au-maquis-du-lomont-une-aide-tombee-du-ciel
L’Est Républicain — « Le dernier ouvrage de l’historien Jean-Pierre Marandin nous offre une plongée au cœur du maquis du Lomont ». Cet article présente la publication de l’étude historique consacrée au Lomont et souligne l’importance de ce maquis dans l’histoire de la Résistance du Pays de Montbéliard. Il permet d’identifier l’ouvrage de référence consacré à l’organisation dirigée par « commandant Paul » et de replacer cette publication dans le travail de mémoire régional consacré aux combattants de 1944.
https://www.estrepublicain.fr/edition-belfort-hericourt-montbeliard/2015/11/13/le-dernier-ouvrage-de-l-historien-jean-pierre-marandin-nous-offre-une-plongee-au-coeur-du-maquis-du-lomont-authentique
Dossier d’homologation consulté
Pour Floege, la documentation américaine et britannique est prioritaire par rapport aux dossiers français. Les citations militaires américaines établissent sans ambiguïté son appartenance à l’United States Army / Office of Strategic Services et ses grades de second lieutenant puis captain.
Observations
La relation entre Floege et le commandement FFI français est historiographiquement discutée. Jean Maurin affirme en 1974 que Floege n’avait pas autorité sur les FFI de Montbéliard avant le Lomont et qu’une altercation sérieuse les opposa après la mort de Joly. Cette divergence n’enlève rien au rôle décisif de Floege dans le commandement effectif du maquis du Lomont après le 15 août 1944.
Indice de fiabilité Niveau A —Le parcours repose notamment sur des citations militaires américaines nominatives et sur une documentation française abondante relative au Lomont.
Chronologie
| Date | Événement |
| 6 janvier 1898 | Naissance à Chicago |
| 1917-1918 | Service américain en France |
| 1940-1942 | Premières activités de Résistance ; départ clandestin |
| 1943-1944 | Première mission du SOE/OSS, réseau Sacristan |
| nuit du 5 au 6 mai 1944 | Deuxième parachutage en France |
| été 1944 | Activité dans le Doubs et reconnaissance du Lomont |
| 15 août 1944 | Prend la direction effective du Lomont après l’arrestation de Maurin |
| 22 août 1944 | Grande bataille du Lomont |
| fin août 1944 | Le maquis atteint environ 3 000 hommes |
| 6 septembre 1944 | Nouvelle offensive allemande |
| 9 avril 1996 | Décès aux États-Unis |