Front nord : 21ᵉ Army Group (britanniques, canadiens, polonais)
- Après les franchissements du Rhin à Wesel et Rees (Operation Plunder, 23-24 mars) les Britanniques ont atteint la Weser le 4 avril puis foncent vers Brême et Hambourg ; la 2ᵉ Armée a déjà traversé le fleuve à Minden et Neustadt.
- Au nord-est, le Ier Corps canadien nettoie encore Groningen et la Frise, garantissant l’accès aux ports d’Emden et Delfzijl.
Ruhr : 9ᵉ & 1ʳᵉ Armies US
- Le 1ᵉʳ avril, les pointes du IX Corps (9ᵉ Armée) et du III Corps (1ʳᵉ Armée) se rejoignent à Lippstadt, encerclant 300 000 soldats allemands ; la réduction méthodique de la « poche de la Ruhr » commence.
- Les unités mobiles sont aussitôt redirigées vers l’est ; l’avant-garde de la 9ᵉ Armée atteint la Leine le 6 avril, en route vers l’Elbe.
Allemagne centrale : 3ᵉ & 7ᵉ Armies US
- La 3ᵉ Armée a pris Kassel (4 avril) et fulmine vers Erfurt et Gotha, débouchant dans le couloir de la Saale.
- Au sud, la 7ᵉ Armée franchit le Main à Wurtzbourg (6 avril) et aborde les faubourgs de Nuremberg ; l’offensive Undertone a déjà balayé la ligne Siegfried dans le Palatinat fin mars.
- La 1ʳᵉ Armée française vient de saisir Karlsruhe et Pforzheim après sa traversée du Rhin entre Spire et Germersheim.
Autres secteurs
- En Autriche, les blindés de la 6ᵉ Garde soviétique approchent de Vienne ; la coordination interalliée impose aux Américains de marquer une pause sur la ligne Mulde–Elbe pour éviter tout chevauchement.
- Sur les arrières, les ports d’Anvers et de Marseille assurent désormais la quasi-totalité du tonnage (plus de 40 000 t/j), permettant la dissolution progressive du Red Ball Express.
Principales difficultés rencontrées
| Domaine | Problèmes observés |
| Rivières successives | Après le Rhin, les Weser, Leine, Saale et Elbe obligent à multiplier ponts flottants, parcs de bateaux et détours logistiques. L’ennemi fait sauter presque tous les ponts en retraite, ralentissant l’avance de l’artillerie lourde et du rail. |
| Création et gestion de la poche de la Ruhr | L’encerclement libère les unités mobiles mais laisse 300 000 prisonniers à nourrir, à évacuer et à garder, immobilisant des troupes de service et du tonnage logistique. |
| Résistance urbaine localisée | Combats de rues coûteux à Cologne (6 mars), Hanovre (à partir du 8 avril) et bientôt Nuremberg : blockhaus isolés, tireurs embusqués et ruines offrent des positions d’arrêt. |
| Pénurie chronique d’infanterie | Malgré les transferts de personnels de soutien vers les compagnies de fusiliers, les bataillons américains et britanniques restent en effectifs réduits, surtout après l’hiver dans les Ardennes. |
| Dégel printanier | Routes secondaires défoncées, plaines détrempées (Weser–Aller) ; les chars lourds s’embourbent, les réparations routières retardent les colonnes logistiques. |
Bilan (D + 304)
En dix mois, les Alliés ont :
- franchi le Rhin sur tout son cours occidental ;
- enfermé la Ruhr, cœur industriel du Reich ;
- percé en Allemagne centrale jusqu’à la Leine et la Saale ;
- sécurisé l’ensemble de la rive gauche du Rhin jusqu’à la frontière suisse.
Les derniers obstacles sont désormais plus organisationnels que militaires : gérer des centaines de milliers de prisonniers, rééquiper des divisions d’infanterie usées et construire à marche forcée ponts ferroviaires et dépôts avancés pour soutenir la poussée finale vers l’Elbe et la Vltava.
La défaite allemande est inéluctable, mais la rapidité de la capitulation dépendra de la capacité alliée à maintenir son rythme logistique et à réduire les poches urbaines qui jalonnent encore la route de Berlin et du sud-est bavarois.
Lieu de mémoire : le Luxembourg American Cemetery (Hamm, Luxembourg-Ville) – Inauguré en 1960, il réunit 5 070 tombes dont celle du général George S. Patton. Le plan en éventail, le mémorial central et deux gigantesques cartes de marbre retracent la progression alliée de Normandie jusqu’au Rhin.