Un mois après la percée de Cobra, la tête de pont alliée n’est plus qu’un souvenir : de la baie du Mont-Saint-Michel à la rive gauche de l’Orne, puis vers la Bretagne et la Loire, le front représente près de 250 km de largeur.
Les Britanniques tiennent Caen depuis le 19 juillet, les Américains ont franchi Avranches le 31 juillet et la Troisième Armée de Patton, activée le 1ᵉʳ août, s’élance vers le cœur de la France.
Aile ouest : percée américaine
- Couloir d’Avranches et Bretagne. Les VIIᵉ et VIIIᵉ Corps débouchent dans la plaine en fin juillet ; le XXᵉ Corps prend Rennes (4 août) tandis que la 4ᵉ Division blindée atteint Angers sur la Loire. Les ports de Brest, Lorient et Saint-Nazaire restent toutefois occupés par des garnisons allemandes assiégées.
- Le Mans. Le XVᵉ Corps entre le 8 août dans l’ancienne capitale logistique de la 7ᵉ Armée allemande, pivot envisagé pour tourner ensuite vers Chartres et Orléans.
Centre : First U.S. Army face à la contre-attaque
Après la rupture du bocage, le succès allié se heurte à l’opération Lüttich : du 7 au 13 août, quatre divisions blindées allemandes lancent depuis Mortain une offensive destinée à couper le couloir d’Avranches.
L’aviation tactique et la 30ᵉ Division d’infanterie contiennent l’assaut ; l’échec allemand ouvre la route à la manœuvre d’encerclement vers Argentan et Falaise.
Aile est : Britanniques, Canadiens et Polonais
- Opération Bluecoat (30 juillet-7 août). Entre Vire et Caumont, VIII Corps britannique enlève Mont-Pinçon et fixe la réserve blindée allemande, soulageant l’effort américain.
- Opération Totalize (8-10 août). Le IIᵉ Corps canadien, appuyé par des chars Churchill porteurs de toutes à bombes (« Carrier LVT »), avance de 10 km au sud de Caen et atteint la lisière nord de Falaise, première phase de la fermeture future de la poche.
Difficultés rencontrées à D + 61
Contre-attaque de Mortain. L’effort blindé allemand, concentré mais mal coordonné, menace deux jours durant la jonction Manche-Bretagne ; l’appui aérien allié et la résistance d’infanterie bloquent l’offensive, laissant aux Allemands plus de 100 chars hors de combat.
Chaîne logistique saturée. Cherbourg, rouvert le 17 juillet, ne débarque encore qu’une fraction du tonnage prévu ; les ports bretons tardent, les voies ferrées sont coupées et les pipelines PLUTO ne sont pas en service. Les colonnes routières allongent les délais et les premières pénuries d’essence apparaissent, annonçant la mise en place du Red Ball Express qui ne démarrera que le 25 août.
Terrain encore compartimenté. Si les haies s’estompent en approchant du Maine et de la plaine de Caen, les rivières Sélune, Sée, Vire et Dives, puis les crêtes boisées (Mont-Pinçon, collines de l’Orne) offrent des positions d’arrêt successives aux arrière-gardes allemandes.
Friction de commandement. Le 13 août, le général Bradley suspend le XVᵉ Corps devant Argentan pour éviter un télescopage avec l’aile canadienne ; cette pause de vingt-quatre heures laisse un corridor de fuite qui ne sera refermé qu’à Mont-Ormel, et suscite des débats parmi les états-majors alliés.
Usure des effectifs. Depuis le 6 juin, les forces allemandes ont perdu plus de 200 000 hommes (tués, blessés ou capturés) et 250 chars ; côté allié, l’attrition dépasse 120 000 hommes et les divisions d’infanterie britanniques tombent parfois à 50 % de leur effectif théorique, limitant le rythme offensif.
Bilan provisoire
À deux mois du débarquement, la guerre de position de juin-juillet a cédé la place à une guerre de mouvement fulgurante : l’aile américaine file vers la Loire et Paris, l’aile britannique-canadienne manœuvre pour enfermer la 7ᵉ Armée ennemie.
Pourtant la victoire n’est pas encore acquise : la poche de Falaise doit se refermer, les lignes de ravitaillement doivent suivre, et l’adversaire conserve encore des capacités de coup d’arrêt.
La bataille de Normandie touche à sa fin ; celle de la poursuite vers la Seine commence.
Lieu de mémoire : le mémorial de Mont-Ormel (colline 262) domine la vallée de la Dives, point où les forces polonaises referment définitivement la « poche de Falaise » les 19-21 août 1944.
Le belvédère extérieur et le musée souterrain retracent, cartes animées et matériels d’époque à l’appui, les journées qui mirent fin à la bataille de Normandie.
Lieu de mémoire : le Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin (place Denfert-Rochereau, Paris).Installé au-dessus du poste de commandement souterrain du colonel Rol-Tanguy, ce musée retrace la progression alliée de Normandie à la capitale puis vers la frontière allemande ; maquettes tactiques, objets personnels et archives filmées replacent les combats d’août-septembre 1944 dans la dynamique d’ensemble de la libération de la France.