Situation générale au matin du 20 septembre 1944 (D + 36)
Un mois après Dragoon, la VIIᵉ Armée US (Patch) et la 1ʳᵉ Armée française (ex-Armée B, de Lattre) se sont hissées du couloir du Rhône jusqu’aux contreforts des Vosges ; leur front, long de 350 km, se présente alors comme un vaste arc :
| Secteur | Position alliée au 20 septembre | Adversaire principal |
| VIᵉ Corps US (Truscott) | 45ᵉ DI dans Lure et Luxueil ; 36ᵉ DI en lisière de Saint-Loup-sur-Semouse ; 3ᵉ DI poussant vers Épinal–Arches le long de la Moselle | 11ᵉ Panzer (KGr Wilde / Thieme) et résidus 198ᵉ DI, tenaces dans le « verrou de Lure » eucmh.comibiblio.org |
| IIᵉ Corps français (de Monsabert) | Regroupé au nord du Doubs pour lancer l’offensive Vosges ; 1ʳᵉ DB a franchi la Doubs à Baume-les-Dames, 3ᵉ DIA tient Vesoul-Langres ImagesDéfenseWikipédia | LXIV. A.K. (Wiese) retranché sur les premières crêtes vosgiennes |
| Flanc ouest US/FRA | Patrouilles 9ᵉ DIC sur la rive gauche du Rhône jusqu’à Tournus ; 45ᵉ DI tient Villersexel pour couvrir la RN 19 eucmh.com | Groupes de retardement de la 716ᵉ DI & unités Volksgrenadier |
Opérations et gains du 20 septembre
- VIᵉ Corps
- 1ʳᵉ Armée française
- Dès le 20, le 2ᵉ Corps reçoit mission d’« ouvrir la porte des Vosges » : les tirailleurs marocains du 4ᵉ RTM reconnaissent les cols du Ballon d’Alsace, tandis que la 1ʳᵉ DB relève des unités US autour de Héricourt.
- Liaison vers le nord
- Des éléments de reconnaissance US atteignent Langres et font la jonction avec des détachements FFI qui tiennent déjà la citadelle depuis le 13 septembre ; l’entrée directe en Lorraine est désormais ouverte.
Difficultés majeures relevées ce 20 septembre
| Catégorie | Effet concret |
| Chaîne logistique étirée | 470 km séparent les avant-gardes de la plage de Saint-Raphaël ; cadence camionnage POL > 100 000 gal/j, flux « à sec » chaque soir. |
| Ports encore paralysés | À Marseille, 33 épaves ferment toujours les bassins ; dragage et grutage monopolisent hommes et matériels. |
| Ponts sautés | Tous les ouvrages sur Saône, Ognon et Moselle détruits ; VI Corps avance au rythme des ponts Bailey (charge limitée à un Sherman à la fois). |
| Terrain vosgien | Forêts denses, vallées encaissées et sillon vosgien limitent la manœuvre blindée ; progressions obligées sur les RN 19 et 57. |
| Arrière-gardes mobiles | Groupements de la 11ᵉ Panzer mènent des attaques éclair (Lure, Luxeuil) puis refluent, gagnant un temps précieux pour fortifier la « ligne des Vosges ». |
Bilan tactique au soir du 20 septembre
- Couloir Lure–Épinal : le VIᵉ Corps a percé la dernière position de plaine ; les premières pentes vosgiennes sont atteintes mais l’ennemi conserve des positions clés sur la haute Moselle.
- Armée française : le IIᵉ Corps masse ses divisions devant le massif ; l’« offensive des Vosges » est officiellement déclenchée.
- Logistique : le carburant reste la contrainte n° 1 ; faute de tonnage portuaire, la cadence d’approvisionnement limite toute exploitation profonde avant remise en marche du port de Marseille et réouverture partielle de Toulon.
Lieu de mémoire
Sur la RN 57, la stèle de Saint-Loup-sur-Semouse rappelle la percée des Texans du 141ᵉ IR (36ᵉ DI) et des tirailleurs marocains le 20 septembre 1944, événement qui ouvrit la route d’Épinal et inaugura la bataille vosgienne. Un petit parcours historique balise le champ de bataille et présente cartes et témoignages des deux camps.