Maurice Marie Louis de JACQUELOT du BOISROUVRAY, dit Maurice du Boisrouvray, né le 27 juillet 1910 à Versailles (Seine-et-Oise, aujourd’hui Yvelines), porté disparu et mort pour la France le 20 décembre 1941 dans le secteur de Benghazi, en Libye, officier observateur et navigateur des Forces aériennes françaises libres, capitaine, combattant du GRB 1 puis du Groupe de bombardement « Lorraine », Compagnon de la Libération par décret du 26 juin 1941. La date du 27 juillet est établie par l’étude documentaire de l’Association pour la Mémoire des FAFL ; le cartouche actuel de l’Ordre affiche « 26 juillet », tandis que le corps de sa propre biographie donne bien le 27 juillet.
Jeunesse et formation
Maurice du Boisrouvray est le fils du comte Amaury de Jacquelot du Boisrouvray et de Joséphine de Polignac. L’étude de l’Association pour la Mémoire des FAFL, fondée notamment sur son état civil, donne son identité complète Maurice Marie Louis, sa naissance le 27 juillet 1910 à 21 h 15 au domicile familial, 24 rue de la Chancellerie à Versailles, et le présente comme le benjamin d’une fratrie de cinq enfants.
Il étudie au Collège de Normandie à Verneuil-sur-Avre, où il obtient le baccalauréat, puis entre en 1929 à l’École libre des Sciences morales et politiques, section diplomatique. En 1932, il obtient également une licence en droit, classé troisième sur 68 selon l’étude spécialisée des FAFL.
Il effectue son service militaire dans l’aéronautique, d’abord au 21e Bataillon de dépôt à Nancy, puis à l’École pratique d’aviation d’Avord. Il est breveté observateur en avion, brevet n° 2600, et nommé sous-lieutenant de réserve. Il revient à la vie civile en octobre 1933 comme sous-lieutenant observateur de réserve de l’Armée de l’air.
Avant la guerre, il travaille notamment dans le secteur bancaire ; la Fondation de la France Libre le situe à Dakar au moment où la mobilisation le rappelle en métropole.
Engagement dans la Résistance
Lieutenant de réserve, Maurice du Boisrouvray est rappelé en septembre 1939. Il sert au Bataillon de l’air 105 à Clermont-Ferrand puis à l’état-major des Forces aériennes n° 32 du 41e corps d’armée. Il participe aux opérations de la campagne de France, notamment dans les Ardennes et sur la Meuse.
Replié dans le Sud-Ouest en juin 1940, il refuse la cessation des combats. Le 21 juin 1940, il embarque à Saint-Jean-de-Luz sur le paquebot polonais Sobieski et gagne la Grande-Bretagne, où il rejoint les Forces aériennes françaises libres (FAFL).
Son matricule FAFL est 30.493.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Maurice du Boisrouvray relève exclusivement de la France libre combattante, et plus précisément de ses forces aériennes. Il n’appartient pas à un réseau de Résistance intérieure.
Trois formations structurent son parcours : l’Escadrille Topic, le Groupe réservé de bombardement n° 1 (GRB 1) et le Groupe de bombardement « Lorraine ». Ces trois appartenances sont explicitement recensées par l’Ordre de la Libération.
Affecté comme chef navigateur à l’Escadrille Topic, il quitte la Grande-Bretagne pour Takoradi en novembre 1940. L’Escadrille Topic et le Groupe mixte de combat n° 1 forment ensuite le GRB 1, engagé au profit de la colonne du colonel Leclerc dans les opérations contre les Italiens.
Il rejoint ensuite l’unité qui devient le Groupe de bombardement Lorraine, l’une des grandes formations aériennes de la France libre.
Missions et actions
Avec le GRB 1, Maurice du Boisrouvray participe aux opérations aériennes de Koufra. Le groupe fournit des missions de reconnaissance et de bombardement au profit des forces terrestres de Leclerc, malgré des distances considérables et des conditions matérielles difficiles. Du Boisrouvray s’y distingue personnellement.
Après Koufra, son unité participe aux opérations d’Abyssinie. Sa citation du 21 juin 1941 souligne ses multiples missions de reconnaissance, ses attaques de convois et ses bombardements des positions italiennes, parfois sous des tirs de barrage intenses et l’intervention de la chasse adverse. Cette citation entraîne l’attribution d’une palme à sa Croix de guerre.
C’est pour son comportement pendant les opérations de Koufra et d’Abyssinie qu’il est nommé Compagnon de la Libération le 26 juin 1941.
À l’été 1941, il est affecté à l’état-major des FAFL au Caire. L’étude spécialisée situe cette affectation au 1er août 1941 et précise qu’il devient officier de liaison auprès de la RAF ; la notice de l’Ordre indique qu’à partir d’octobre il remplit ces fonctions auprès de la Royal Air Force au Caire.
Promu capitaine en novembre 1941, il demande à reprendre les opérations avec son unité, désormais Groupe de bombardement « Lorraine » et équipée de Bristol Blenheim. Affecté à la 2e escadrille, il devient le navigateur du commandant Édouard Corniglion-Molinier et participe avec lui à plusieurs attaques contre les colonnes blindées allemandes et les positions italiennes.
L’étude de l’Association pour la Mémoire des FAFL établit qu’à la fin de son parcours il totalise plus de 333 heures de vol et 22 missions de guerre.
Arrestation / évasion / déportation
Sans objet. Maurice du Boisrouvray n’est ni arrêté ni déporté. Son départ de Saint-Jean-de-Luz le 21 juin 1940 constitue un ralliement volontaire à la France libre par voie maritime, et non une évasion consécutive à une détention.
Camarades de combat
Lors des opérations de Koufra et d’Abyssinie, Maurice du Boisrouvray sert notamment avec Pierre de Saint-Péreuse et Roger Barberot, également nommés Compagnons de la Libération le 26 juin 1941 pour leurs actions au sein des formations aériennes engagées dans ces campagnes.
Au Groupe Lorraine, il devient le navigateur du commandant Édouard Corniglion-Molinier, avec lequel il effectue plusieurs missions offensives.
Pour sa dernière mission du 20 décembre 1941, il vole avec un nouvel équipage : le sergent-chef Jean Redor, pilote, et le sergent-chef Jean Perbost, mitrailleur. Les trois hommes disparaissent lorsque leur appareil est abattu.
Mort au combat
Le 20 décembre 1941, le Groupe Lorraine participe à une opération offensive contre les véhicules allemands en retraite sur la route de Benghazi. Maurice du Boisrouvray vole pour la première fois avec Jean Redor.
L’appareil arrive sur son objectif au sud de Benghazi lorsqu’il est attaqué par la chasse allemande. La citation posthume du 28 août 1942 précise que l’avion est attaqué et abattu en flammes par un Messerschmitt Bf 109 au nord d’El-Abi. L’équipage disparaît.
Maurice du Boisrouvray est officiellement reconnu « Mort pour la France » le 28 avril 1947.
Retour à la vie civile
Sans objet : Maurice du Boisrouvray disparaît en opération aérienne le 20 décembre 1941, à 31 ans.
Décorations
Chevalier de la Légion d’honneur, à titre posthume. Décret du 22 octobre 1947, publié au Journal officiel du 24 octobre 1947. Source : Association pour la Mémoire des Forces Aériennes Françaises Libres, d’après les archives exploitées pour son dossier.
Compagnon de la Libération. Décret du 26 juin 1941. Source : Ordre de la Libération ; dossier 1 A 110.
Croix de guerre 1939-1945, trois palmes de bronze. Source : Ordre de la Libération et Association pour la Mémoire des FAFL. Une citation à l’ordre de l’Armée de l’air est datée du 21 juin 1941 ; une autre, posthume, du 28 août 1942.
Médaille de la Résistance française, à titre posthume. Décret du 31 mars 1947, publication au Journal officiel du 26 juillet 1947. Source : Association pour la Mémoire des FAFL ; la décoration figure également dans la liste institutionnelle de l’Ordre de la Libération.
Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre. Décret du 4 avril 1946. Source : Association pour la Mémoire des FAFL.
Une Médaille coloniale avec agrafe « Éthiopie » ayant appartenu à Maurice du Boisrouvray est documentée par la vente de ses souvenirs militaires en 2019 ; elle constitue un indice matériel sérieux, mais cette décoration n’apparaissant pas dans la liste actuelle de l’Ordre de la Libération, elle est signalée ici séparément plutôt qu’intégrée sans réserve à la liste institutionnelle.
Lieux de mémoire
Maurice du Boisrouvray n’a pas de sépulture individuelle connue : son avion et son équipage ont disparu dans le secteur de Benghazi.
Son nom figure sur une plaque commémorative au cimetière de Picpus, à Paris, hommage également documenté dans son dossier de Compagnon 1 A 110, qui conserve un courrier et deux photographies relatifs à cette plaque.
Depuis 2022, son nom figure aussi sur le Mémorial des FAFL disparus au Tréport, consacré aux 123 membres des Forces aériennes françaises libres disparus pendant la Seconde Guerre mondiale.
Références bibliographiques
Mémorial des Compagnons, 1940-1945 : Compagnons morts entre le 18 juin 1940 et le 8 mai 1945, Imprimerie nationale, Paris, 1961. Un extrait concernant Maurice du Boisrouvray est conservé dans son dossier 1 A 110.
Les Aviateurs de la liberté, 2002. Un extrait est conservé dans le dossier 1 A 110 de l’Ordre de la Libération.
Mémorial 1939-1945 : l’engagement des membres de la noblesse et de leurs alliés, Pierre de Longuemar, 2001.
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Perrin, 2000.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Elytis, édition actualisée, 2023.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Maurice du Boisrouvray : formation, ralliement, Escadrille Topic, GRB 1, Koufra, Abyssinie, Groupe Lorraine, disparition et décorations.
Maurice du Boisrouvray — Ordre de la Libération
Ordre de la Libération — Archives — Dossier personnel de Compagnon 1 A 110, avec décret du 26 juin 1941, documentation biographique et éléments mémoriels.
Instrument de recherche des Compagnons — lettre B
Fondation de la France Libre — Notice consacrée à Maurice de Jacquelot du Boisrouvray, matricule FAFL 30.493.
Maurice de Jacquelot du Boisrouvray — Fondation de la France Libre
Association pour la Mémoire des Forces Aériennes Françaises Libres / Fondation de la France Libre — Étude biographique de 29 pages, particulièrement documentée sur l’état civil, la formation, les affectations, les missions, les citations, les décorations et la disparition de l’équipage.
Le parcours de Maurice du Boisrouvray — dossier AM-FAFL
Wikipédia — Notice développée consultée comme source secondaire et confrontée aux sources institutionnelles et spécialisées.
Maurice du Boisrouvray — Wikipédia
Dossier d’homologation consulté
Le dossier personnel de Compagnon de Maurice du Boisrouvray est conservé par l’Ordre de la Libération sous la cote 1 A 110. L’instrument mentionne notamment le décret d’attribution de la croix de la Libération du 26 juin 1941, le reçu du diplôme n° 645 daté du 22 janvier 1966, des renseignements administratifs, quatre pièces de correspondance, des textes biographiques, un extrait du Mémorial des Compagnons de la Libération, un extrait des Aviateurs de la liberté, une photographie prise à Maiduguri en décembre 1940 et des pièces relatives à la plaque commémorative du cimetière de Picpus.
Le contrôle de la sous-série GR 16 P exige une prudence particulière. Les recherches accessibles font apparaître sous la forme « de Jacquelot du Boisrouvray » un dossier GR 16 P 166234, mais celui-ci concerne Guy Amaury Marie Maurice de Jacquelot du Boisrouvray, né le 1er décembre 1903 à Pontivy, et non le Compagnon Maurice Marie Louis né en 1910.
Aucune cote GR 16 P attribuable avec certitude au Compagnon n’est donc retenue ici. Le dossier physique 1 A 110 n’a pas été directement consulté ; son contenu est établi à partir de l’instrument de recherche officiel.
Observations
Une première divergence concerne la date de naissance. Le cartouche de la page actuelle de l’Ordre indique le 26 juillet 1910, tandis que le texte biographique de cette même page donne le 27 juillet. L’étude AM-FAFL, qui reproduit les données précises de l’acte de naissance — 27 juillet 1910 à 21 h 15, 24 rue de la Chancellerie — confirme le 27 juillet 1910, date retenue dans cette notice.
Une deuxième vigilance concerne l’homonymie familiale. Le nom complet du Compagnon est Maurice Marie Louis de Jacquelot du Boisrouvray. Il ne doit notamment pas être confondu avec Guy Amaury Marie Maurice de Jacquelot du Boisrouvray, né en 1903 et titulaire du dossier GR 16 P 166234, ni avec un autre Maurice de Jacquelot du Boisrouvray, né en 1912, devenu général.
La localisation de la mort est également exprimée à différents degrés de précision : l’Ordre indique Benghazi, tandis que la documentation opérationnelle situe la disparition au nord d’El-Abi, dans le secteur de Benghazi. Ces indications sont compatibles ; la seconde est retenue comme précision opérationnelle.
Enfin, certaines sources secondaires décrivent à tort sa nomination comme Compagnon du 26 juin 1941 comme posthume. C’est impossible chronologiquement : Maurice du Boisrouvray est encore vivant et en opérations jusqu’au 20 décembre 1941. Le dossier 1 A 110 conserve bien le décret du 26 juin 1941.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur la biographie institutionnelle de l’Ordre de la Libération, son instrument archivistique identifiant le dossier 1 A 110, ainsi que sur l’étude détaillée de l’Association pour la Mémoire des Forces Aériennes Françaises Libres, élaborée à partir de documents du SHD, de Mémoire des Hommes et d’archives aéronautiques. Ces sources permettent de documenter précisément l’état civil, le matricule FAFL 30.493, les affectations, Koufra, l’Abyssinie, les citations, la dernière mission et plusieurs décrets de décoration. La date de naissance erronée du cartouche de l’Ordre et le risque d’homonymie familiale ont pu être identifiés et contrôlés.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 27 juillet 1910 | Naissance à Versailles. |
| 1929 | Entre à l’École libre des Sciences morales et politiques. |
| 1932 | Obtient notamment une licence en droit. |
| 1932-1933 | Service militaire dans l’aéronautique ; formation à Avord. |
| 20 septembre 1933 | Brevet d’observateur en avion n° 2600 ; sous-lieutenant de réserve. |
| Septembre-octobre 1939 | Mobilisation et retour en métropole. |
| Mai-juin 1940 | Participe à la campagne de France, notamment dans les Ardennes et sur la Meuse. |
| 21 juin 1940 | Embarque à Saint-Jean-de-Luz sur le Sobieski pour rejoindre la Grande-Bretagne. |
| Novembre 1940 | Quitte la Grande-Bretagne pour l’Afrique avec l’Escadrille Topic. |
| Début 1941 | Participe avec le GRB 1 aux opérations de Koufra. |
| 1941 | Opérations aériennes en Abyssinie. |
| 21 juin 1941 | Citation à l’ordre de l’Armée de l’air. |
| 26 juin 1941 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| Été 1941 | Affecté à l’état-major des FAFL au Caire. |
| Automne 1941 | Officier de liaison auprès de la RAF. |
| Novembre 1941 | Promu capitaine ; rejoint le Groupe Lorraine. |
| Novembre-décembre 1941 | Missions offensives comme navigateur, notamment avec Édouard Corniglion-Molinier. |
| 20 décembre 1941 | Appareil abattu par un Bf 109 au nord d’El-Abi, secteur de Benghazi ; disparition de Maurice du Boisrouvray, Jean Redor et Jean Perbost. |
| 28 août 1942 | Citation posthume à l’ordre de l’Armée de l’air. |
| 31 mars 1947 | Médaille de la Résistance française à titre posthume. |
| 28 avril 1947 | Reconnu « Mort pour la France ». |
| 22 octobre 1947 | Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Date de naissance | Cartouche actuel de l’Ordre | 26 juillet 1910 | Erreur probable. |
| Date de naissance | Corps de la biographie de l’Ordre | 27 juillet 1910 | Concorde avec l’étude documentaire AM-FAFL. |
| Date de naissance | AM-FAFL | 27 juillet 1910 à 21 h 15 | Date retenue, fondée sur les données d’état civil. |
| Lieu de disparition | Ordre de la Libération | Benghazi | Localisation générale. |
| Lieu de disparition | Citation militaire / AM-FAFL | Nord d’El-Abi, secteur de Benghazi | Précision opérationnelle retenue. |
| GR 16 P 166234 | SHD | Guy Amaury Marie Maurice de Jacquelot du Boisrouvray, né en 1903 | Homonyme familial : ne concerne pas le Compagnon. |
| Croix de la Libération | Certaines sources secondaires | Attribution « à titre posthume » | Erroné : décret du 26 juin 1941, six mois avant sa disparition. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — notice institutionnelle de Maurice du Boisrouvray.
Consulter la notice institutionnelle
Ordre de la Libération — Archives — dossier personnel de Compagnon 1 A 110.
Consulter l’instrument archivistique de la lettre B
Fondation de la France Libre — fiche de Maurice de Jacquelot du Boisrouvray, matricule FAFL 30.493.
Consulter la fiche Fondation de la France Libre
Association pour la Mémoire des Forces Aériennes Françaises Libres — étude biographique et opérationnelle détaillée, 29 pages.
Consulter le dossier biographique AM-FAFL
Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne — instrument GR 16 P utilisé pour le contrôle de l’homonymie avec Guy de Jacquelot du Boisrouvray.
Consulter l’instrument nominatif GR 16 P
Wikipédia — notice développée utilisée comme source secondaire de contrôle.
Maurice du Boisrouvray — Wikipédia