Le débarquement allié de Provence débute le 15 août 1944. Le général Jean de Lattre de Tassigny décide rapidement d’engager les unités françaises contre Toulon sans attendre l’arrivée de l’ensemble du second échelon. La 3e Division d’Infanterie Algérienne (3ème DIA) reçoit notamment pour mission d’aborder l’agglomération par le nord et le nord-ouest. Le 3e Régiment de Tirailleurs Algériens (3ème RTA), commandé par le colonel de Linares, atteint les approches septentrionales de Toulon à partir du 19 août.
Le secteur de la vallée du Las constitue l’un des axes permettant de pénétrer dans l’ouest de Toulon. Dardennes, le quartier des Moulins et surtout l’établissement militaire de Saint-Pierre, généralement désigné comme la poudrière n° 4, sont défendus par les forces allemandes. L’ouvrage souterrain de Saint-Pierre forme un puissant point d’appui militaire et contrôle l’accès vers les quartiers occidentaux de Toulon. La Ville de Toulon et le Service historique de la Défense situent expressément les combats de cette poudrière entre le 20 et le 22 août 1944.
La participation de résistants et de FFI du Revest, de Dardennes et de Toulon aux guidages et aux combats de libération de la ville est attestée dans les synthèses historiques. Le 21 aout, une quarantaine de policiers du commissariat central rallia la 1ère Cie du 3ème RTA (1er Bataillon) posté à l’usine hydraulique.
Les agents furent armés grâce aux armes récupérées sur l’ennemi. Ils assurèrent différentes missions telles que :
– la garde des prisonniers ;
– la mise en place d’un barrage, pour barrer des renforts de Toulon ;
– la surveillance des mouvements de l’ennemi pour ceux qui n’avaient pas d’armes.
Déroulement de l’opération
Aux levées du 20 août 1944, le 3e RTA progresse en direction du Revest et des quatre chemins guidés par les hommes du groupe Camolli du Revest les Eaux.
Le 1er bataillon rejoignit les Quatre Chemins tandis que le 3ème bataillon descendit par le Revest.
Le 3e bataillon avance successivement vers Le Revest, Dardennes et les Moulins. Les combats deviennent particulièrement durs à l’approche de la poudrière Saint-Pierre, où les Allemands disposent d’une position fortifiée importante.
Dans l’après-midi et la soirée du 20 août, les éléments avancés du 3e bataillon sont soumis à une forte contre-attaque allemande appuyée notamment par des blindés. Afin de ne pas être surpris durant la nuit, la 10ème Cie positionnée à Dardennes fut réarticulée autour de La Salvatte.
Le 21 août, l’offensive reprend. La 10e compagnie du 3e RTA réoccupe Dardennes vers 9 heures tandis que la 9e compagnie s’empare du château de la Ripelle. Des éléments du régiment progressent dans le hameau des Moulins. La 11e compagnie atteint les superstructures de la poudrière, sans parvenir à y pénétrer. Un bombardement ou un tir atteint vers 16 heures un wagon de munitions et provoque l’explosion de la poudrière N°4 malgré ce coup dur les défenseurs allemands poursuivent le combat.
Le bataillon de choc est placé sous les ordres du 3e RTA et reçoit différentes missions. La 3éme Cie doit s’emparer du mont Faron, tandis que la 4éme Cie est désignée pour réduire l’Etablissement St Pierre.
Le 22 août, les combats se poursuivent autour de la poudrière tandis que d’autres éléments du 3e RTA progressent vers Valbourdin, Pont-du-Las, Saint-Roch et le centre de Toulon. La position de Saint-Pierre est finalement conquise dans la soirée. Une publication préfectorale consacrée au « chemin du Turco » situe la prise définitive de la poudrière à 21 h 45 le 22 août 1944, après deux journées de combats particulièrement violents.
La chute de la poudrière ouvre davantage l’accès aux quartiers occidentaux de Toulon et contribue au démantèlement du dispositif défensif allemand. Les unités françaises poursuivent ensuite leur progression vers le centre-ville et les installations militaires. La bataille de Toulon se prolonge jusqu’à la capitulation des dernières positions allemandes dans les jours suivants.
Participation des policiers du commissariat central de Toulon
Plusieurs travaux consacrés à la police varoise sous l’Occupation confirment l’existence, à Toulon, de policiers engagés dans la Résistance et les transformations rapides de l’attitude des services de police au moment de la Libération. Jean-Marie Guillon a notamment consacré une étude spécifique à la police française dans le Var pendant les années noires. La publication est particulièrement pertinente pour rechercher l’origine documentaire d’une participation collective de policiers toulonnais aux combats d’août 1944. La version en ligne repérée n’a toutefois pas pu être directement exploitée dans son intégralité en raison d’une restriction technique d’accès.
L’existence d’une participation de FFI et d’éléments locaux aux côtés des troupes régulières lors de l’investissement de Toulon est documentée. Elle ne suffit cependant pas à établir que quarante policiers exactement auraient quitté le commissariat central entre le 21 et le 22 août ni que ces hommes auraient été répartis dans la trentaine du groupe BORASCHI.
À ce stade des recherches, cette information donc être considérés comme une piste documentaire sérieuse mais non encore suffisamment recoupée pour être intégrés comme fait définitivement établi. Leur confirmation devrait idéalement provenir des Archives départementales du Var, des archives du commissariat ou de la préfecture, des dossiers individuels de résistants du SHD ou d’un témoignage contemporain identifié et recoupé.
Figures marquantes
Le colonel Augustin de LINARES commande le 3e Régiment de tirailleurs algériens engagé dans l’investissement de Toulon par le nord.
Le capitaine RUAULT commande le 3e bataillon du 3e RTA, dont les unités combattent successivement au Revest, à Dardennes, aux Moulins et devant la poudrière Saint-Pierre. La citation du régiment attribuée après les combats souligne le rôle de ce bataillon dans cette progression et dans l’attaque de la poudrière.
Le lieutenant ALLAND, commandant la 1re compagnie du 3e RTA, pénètre dans Toulon dès le 20 août et effectue une reconnaissance audacieuse du dispositif allemand, contribuant à fournir des renseignements utiles à la poursuite des opérations.
BORASCHI : policier toulonnais signalé dans la documentation à l’origine de la présente recherche comme responsable possible d’un groupe de policiers engagés dans les combats. Fonction exacte, prénom et composition du groupe non établis avec une sécurité suffisante dans les sources consultées.
Victimes
Les combats de la poudrière Saint-Pierre provoquent des pertes dans les deux camps. Les sources consultées dans le cadre de cette fiche ne permettent toutefois pas d’établir une liste nominative sûre des policiers toulonnais éventuellement tués ou blessés au cours de cette action.
Survivants
Les documents consultés ne fournissent pas de liste nominative suffisamment sûre des policiers ayant participé aux combats puis survécu.
Conséquences
La prise de la poudrière Saint-Pierre constitue l’un des épisodes majeurs de la pénétration française dans Toulon. La réduction de ce point fortifié libère un verrou important au nord-ouest de la ville et facilite la progression vers Pont-du-Las, Saint-Roch, Sainte-Anne, Valbourdin et le centre-ville.
Elle s’inscrit dans l’action plus générale de la 3e DIA, de la 1re DFL, de la 9e DIC, du bataillon de choc, des blindés et des Forces françaises de l’intérieur qui convergent contre les défenses allemandes de Toulon. Les unités françaises prennent progressivement les forts, les quartiers urbains et les installations militaires jusqu’à l’effondrement du dispositif allemand.
Le 3e RTA reçoit ensuite une citation à l’ordre de l’armée, décision n° 158 du 21 novembre 1944. Cette citation rappelle notamment la progression du 3e bataillon vers Le Revest, Dardennes et les Moulins et sa participation à l’attaque de la poudrière Saint-Pierre.
Mémoire et lieux commémoratifs
La poudrière n° 4 de la colline Saint-Pierre, également appelée établissement Saint-Pierre, demeure l’un des lieux emblématiques des combats de la libération de Toulon. La Ville de Toulon et le Service historique de la Défense lui consacrent encore en 2026 des travaux et manifestations historiques spécifiques, confirmant sa place importante dans la mémoire locale.
Le hameau de Dardennes possède un monument rappelant l’action du 3e RTA.
La place Louis-Charry conserve une stèle dédiée au 3e RTA et au II/67e Régiment d’artillerie d’Afrique.
Une plaque commémorative rappelle l’action du lieutenant Alland avenue des Moulins.
Le quartier Saint-Antoine possède également une plaque rappelant l’action de la 1re compagnie du 3e RTA.
Ces éléments commémoratifs témoignent de l’importance accordée localement à la progression des tirailleurs algériens dans le nord et l’ouest de Toulon.
Références bibliographiques
La bataille et la libération de Toulon : 18 au 28 août 1944, Paul Gaujac, Paris, Fayard, collection « Les Hommes de guerre », 1984, 370 p. Ouvrage de référence consacré à l’ensemble des opérations menées pour la conquête de Toulon. Il repose notamment sur des récits d’acteurs, des journaux de marche et des documents militaires et décrit en détail la progression des différentes unités françaises. La Bibliothèque nationale de France et la Revue historique des Armées en confirment la référence bibliographique.
La bataille et la libération de Toulon, Paul Gaujac, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1994, 400 p., bibliographie p. 371-374. Cette édition enrichie constitue une source majeure pour la reconstitution chronologique des combats des 18-28 août 1944, des unités engagées et des positions allemandes. Elle comprend des documents, cartes et illustrations complémentaires.
La guerre en Provence 1944-1945 : une bataille méconnue, Paul Gaujac, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1998. L’ouvrage replace la bataille de Toulon dans l’ensemble des opérations militaires conduites en Provence après le débarquement du 15 août 1944 et permet de comprendre la place stratégique de la prise de Toulon dans la campagne de France.
La police française des années noires : le Var, Jean-Marie Guillon, étude historique consacrée à la police varoise sous Vichy et l’Occupation, 1998. Ce travail est particulièrement important pour replacer les policiers du commissariat central de Toulon dans le contexte de l’Occupation, de la Résistance et de la Libération. Il constitue une piste prioritaire pour identifier nominativement les policiers engagés en août 1944.
Les poudrières de la vallée du Las : historique des poudrières de la vallée du Las et des magasins de la colline Saint-Pierre – La libération de Toulon et les combats de la poudrière 4, août 1944, Michel Cruciani, Jean-François Roudier et Christian Marchisio, édition du 28 juillet 2026. Cette étude récente est spécifiquement consacrée au site de Saint-Pierre et aux combats de 1944. Elle reprend et complète des recherches locales sur l’histoire des installations militaires de la vallée du Las et constitue désormais une référence très directement liée à l’objet de cette fiche.
Références internet
Service historique de la Défense — Présentation de la conférence « Les poudrières de la vallée du Las : de la construction aux combats d’août 1944 ». Le SHD confirme l’importance historique des combats de la poudrière Saint-Pierre et la tenue de travaux récents consacrés à ce site. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/node
Ville de Toulon — « Les poudrières de la vallée du Las. De la construction aux combats d’août 1944 » — La notice municipale situe explicitement la poudrière n° 4 de la colline Saint-Pierre au cœur des combats des journées du 20 au 22 août 1944. https://toulon.fr/agenda/conference-les-poudrieres-de-la-vallee-du-las-de-la-construction-aux-combats-daout-1944
Chemins de mémoire – ministère des Armées — « Libérer la France » — Cette synthèse officielle décrit la convergence des divisions françaises sur Toulon et précise que la poudrière Saint-Pierre tombe sous les assauts des tirailleurs et des hommes du bataillon de choc. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/revue/liberer-la-france
Chemins de mémoire – ministère des Armées — « Août 1944 : le débarquement de Provence » — La page présente le dispositif général de l’armée française devant Toulon, l’engagement de la 3e DIA et du 3e RTA et le déroulement général des opérations après le débarquement de Provence. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/aout-1944-le-debarquement-de-provence
Préfecture du Var — « Chemin de la mémoire / Chemin du Turco » — Ce document consacré aux combats du 3e RTA dans le secteur toulonnais fournit une chronologie particulièrement détaillée et situe la conquête de la poudrière Saint-Pierre au 22 août 1944 à 21 h 45.
Les Tirailleurs — Historique du 3e Régiment de tirailleurs algériens — Cette synthèse retrace l’histoire du 3e RTA et donne accès à l’historique détaillé du régiment, notamment pour les campagnes de 1944-1945. https://www.les-tirailleurs.fr/unites/3-rta
Bibliothèque nationale de France – Catalogue général — Notice de Paul Gaujac, La Bataille et la libération de Toulon : 18 au 24 août 1944, Fayard, 1984. Elle permet de contrôler l’auteur, le titre, l’éditeur, la pagination, la collection et l’ISBN de l’ouvrage. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34751968h
Bibliothèque nationale de France – Catalogue général — Notice de l’édition revue et augmentée de 1994. Cette notice confirme les 400 pages de l’ouvrage, sa bibliographie, ses documents annexes et son ISBN. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35772047v
Persée – Revue historique des Armées — Compte rendu de l’ouvrage de Paul Gaujac. Le compte rendu insiste sur la précision du récit des combats, les cartes et l’exploitation de journaux de marche et de témoignages. https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1984_num_156_3_7376_t1_0138_0000_3
Calaméo – Les poudrières de la vallée du Las — Publication de Michel Cruciani, Jean-François Roudier et Christian Marchisio, mise à jour le 28 juillet 2026, consacrée spécifiquement aux installations de Saint-Pierre et aux combats d’août 1944. https://www.calameo.com/books/00617191535c4ec170fec
Mémoire Vive de la Résistance — Les recherches effectuées sur les noms BORASCHI, SALAÜN/SALAUN et GUELFUCCI n’ont pas permis d’identifier une notice individuelle correspondant aux policiers toulonnais recherchés. Les résultats concernant SALAÜN renvoient notamment à d’autres résistants sans rapport établi avec l’action toulonnaise. https://mvr.asso.fr/
Fiabilité B — L’existence, les dates, le lieu et le déroulement général des combats des Moulins et de la poudrière Saint-Pierre sont établis par plusieurs sources concordantes, dont le Service historique de la Défense, le ministère des Armées, la Ville de Toulon, l’historique du 3e RTA et les travaux de Paul Gaujac. La présence du 3e RTA et du bataillon de choc ainsi que la prise de la poudrière le 22 août sont solidement documentées. En revanche, la participation précise d’une quarantaine de policiers du commissariat central répartis en trois groupes BORASCHI, SALAÜN et GUELFUCCI n’a pas encore pu être recoupée par une source nominative primaire ou par deux sources indépendantes suffisamment détaillées. Ce point interdit, en l’état, le classement de la totalité de la fiche au niveau A.
Point documentaire restant à vérifier
La recherche prioritaire doit porter sur les fonds des Archives départementales du Var relatifs à la police de Toulon en août 1944, les dossiers de la préfecture, les rapports établis après la Libération, les archives du commissariat central ainsi que les dossiers individuels GR 16 P du Service historique de la Défense. Une telle pièce pourrait confirmer le nombre d’environ quarante policiers, leurs noms, leurs grades et la répartition exacte entre les groupes BORASCHI, SALAÜN et GUELFUCCI.
En l’absence de cette confirmation, il est recommandé de ne pas écrire dans la notice définitive que « trois groupes BORASCHI, SALAÜN et GUELFUCCI participèrent aux combats » comme un fait acquis, mais de conserver cette donnée dans le dossier de recherche comme information à vérifier.
Sources consultées –
Service historique de la Défense — conférence « Les poudrières de la vallée du Las : de la construction aux combats d’août 1944 ». Source SHD
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/evenements/conference-toulon-les-poudrieres-de-la-vallee-du-las-de-la-construction-aux-combats
Ville de Toulon — « Les poudrières de la vallée du Las. De la construction aux combats d’août 1944 ». Source Ville de Toulon
https://toulon.fr/agenda/conference-les-poudrieres-de-la-vallee-du-las-de-la-construction-aux-combats-daout-1944
Ministère des Armées, Chemins de mémoire — « Libérer la France ». Source Chemins de mémoire
https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/revue/liberer-la-france
Ministère des Armées, Chemins de mémoire — « Août 1944 : le débarquement de Provence ». Source Débarquement de Provence
https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/aout-1944-le-debarquement-de-provence
Bibliothèque nationale de France — Paul Gaujac, La Bataille et la libération de Toulon : 18 au 24 août 1944, Fayard, 1984. Source BnF 1984
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34751968h
Bibliothèque nationale de France — Paul Gaujac, La bataille et la libération de Toulon, nouvelle édition revue et augmentée, Nouvelles Éditions latines, 1994. Source BnF 1994
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35772047v
Persée, Revue historique des Armées — compte rendu de La bataille et la libération de Toulon, Paul Gaujac, 1984. Source Persée
https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1984_num_156_3_7376_t1_0138_0000_3
Mémoire Vive de la Résistance — vérification nominative BORASCHI, SALAÜN/SALAUN, GUELFUCCI. Source MVR https://mvr.asso.fr/
Calaméo — Michel Cruciani, Jean-François Roudier, Christian Marchisio, Les poudrières de la vallée du Las. Publication 2026. https://www.calameo.com/books/00617191535c4ec170fec
