Antoine Ernest Prosper BISSAGNET, né le 6 mai 1905 à Tunis (Tunisie), mort pour la France le 10 août 1944 à Doucelles (Sarthe), Français, administrateur colonial, résistant de l’Afrique occidentale française, évadé de Gannat, membre de l’Assemblée consultative provisoire puis sous-lieutenant au Régiment de marche du Tchad de la 2e Division blindée, Compagnon de la Libération.
Jeunesse et formation
Les sources institutionnelles consultées renseignent peu précisément l’enfance, la famille et les études d’Antoine Bissagnet. Son état civil est néanmoins solidement établi : Antoine Ernest Prosper Bissagnet naît à Tunis le 6 mai 1905. La page de l’Ordre présente une anomalie interne : son cartouche affiche « 05 mai 1905 », tandis que le corps de la biographie donne 6 mai 1905, date également retenue par les autres sources consultées.
Il entre dans l’administration coloniale en septembre 1931, comme commis stagiaire des services civils. Il connaît avant la Seconde Guerre mondiale un épisode singulier : il s’engage dans les troupes franquistes et participe à la guerre d’Espagne. Nommé adjoint des services civils le 1er janvier 1938, il sert ensuite en Côte-d’Ivoire puis au Sénégal.
Engagement dans la Résistance
En septembre 1940, Bissagnet se trouve à Foundiougne, au Sénégal. Le 20 septembre, il se met au service du commandant Claude Hettier de Boislambert, envoyé en Afrique occidentale française pour préparer le ralliement de cette partie de l’Empire à la France libre.
Il accompagne Boislambert à Dakar et participe, entre le 23 et le 25 septembre 1940, aux opérations clandestines accompagnant la tentative franco-britannique de ralliement de Dakar. L’Ordre de la Libération lui attribue une participation à la neutralisation d’une partie des forces aériennes et terrestres et souligne la poursuite de sa mission pendant les bombardements.
Après l’échec de l’opération, Bissagnet et Boislambert cherchent à gagner la Gambie britannique. Séparé de son chef lors d’une embuscade, Bissagnet atteint la frontière mais décide de retourner en territoire contrôlé par Vichy afin de rechercher Boislambert. Ce choix entraîne son arrestation.
Appartenance à un réseau ou mouvement
L’Ordre de la Libération classe son parcours sous deux ensembles : Résistance AOF et Régiment de marche du Tchad (RMT).
Sa première activité résistante relève donc de la tentative de ralliement de l’Afrique occidentale française à la France libre en septembre 1940. Après son évasion et son arrivée à Londres, son parcours rejoint directement celui de la France combattante.
Le réseau Alliance intervient de façon décisive dans son parcours sans que les sources consultées permettent pour autant de présenter Bissagnet comme un agent homologué de ce réseau. C’est Jean Sainteny, responsable d’Alliance, qui organise l’évasion de Bissagnet et de Boislambert de la prison de Gannat en décembre 1942.
Enfin, en 1944, Bissagnet rejoint le Régiment de marche du Tchad, unité de la 2e Division blindée du général Leclerc.
Missions et actions
L’action majeure de sa première période résistante se situe à Dakar. Du 23 au 25 septembre 1940, il seconde Boislambert dans les actions destinées à favoriser le ralliement de l’AOF. L’échec de l’opération ne met pas fin à son engagement : son retour volontaire en territoire hostile pour tenter de retrouver Boislambert témoigne de la continuité de sa mission.
Après son évasion et son arrivée à Londres en janvier 1943, le général de Gaulle le nomme administrateur adjoint de 3e classe des Colonies à titre exceptionnel. Bissagnet rejoint ensuite Alger, où il représente l’AOF à l’Assemblée consultative provisoire et en devient secrétaire.
Cette fonction politique ne le détourne pas du combat. Il demande à rejoindre une unité combattante et obtient une affectation comme sous-lieutenant d’infanterie coloniale au Régiment de marche du Tchad, dans la 2e DB. Il participe ainsi à la campagne de Normandie après le débarquement de la division en France en août 1944.
Le 10 août 1944, à Doucelles, sa section attaque l’église tenue par les forces allemandes. Antoine Bissagnet est tué au cours de l’action. L’Ordre situe explicitement sa mort pendant l’attaque de l’église.
Arrestation / évasion / déportation
Antoine Bissagnet est arrêté, blessé, le 30 septembre 1940, après l’échec de Dakar. Commence alors un long parcours carcéral sous l’autorité de Vichy : il est successivement détenu à Dakar, Bamako, Alger, Marseille, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et Gannat. Dans cette dernière prison, il retrouve Claude Hettier de Boislambert.
Le 11 juin 1941, la Cour martiale supérieure le condamne à vingt ans de travaux forcés.
Le 2 décembre 1942, Bissagnet et Boislambert s’évadent de la prison civile de Gannat. La documentation consacrée à Jean Sainteny confirme que celui-ci organise leur évasion dans le cadre de son activité au réseau Alliance.
Bissagnet réussit ensuite à franchir la frontière espagnole. Interné au camp de Miranda, il poursuit son trajet jusqu’au Royaume-Uni et atteint Londres en janvier 1943.
Cette évasion a également une portée dans l’histoire institutionnelle de la Résistance : un travail publié par le Musée de la Résistance en ligne rattache l’idée d’une décoration propre aux résistants à l’expérience de Boislambert, Bissagnet et Sainteny, qui avaient constaté au cours de l’évasion le rôle déterminant des combattants clandestins. La Médaille de la Résistance française sera instituée par ordonnance du 9 février 1943.
Bissagnet n’a pas été déporté.
Camarades de combat
Claude Hettier de Boislambert est la personnalité centrale de son engagement initial. Bissagnet se place sous ses ordres le 20 septembre 1940, participe avec lui à l’opération de Dakar, tente de le retrouver après leur séparation et le retrouve finalement en détention à Gannat. Ils s’en évadent ensemble le 2 décembre 1942.
Jean Sainteny joue ensuite un rôle décisif en organisant cette évasion avec le concours du réseau Alliance.
Dans sa dernière période militaire, Bissagnet appartient au RMT de la 2e DB du général Philippe Leclerc de Hauteclocque, avec lequel il participe aux premiers combats de la division en France.
Retour à la vie civile
Sans objet. Antoine Bissagnet meurt au combat le 10 août 1944, avant la Libération de Paris et la fin de la guerre.
Il est inhumé à Saint-Clar, dans le Gers. L’instrument de recherche du dossier 1 A 102 signale une fiche de sépulture, une photographie de sa tombe et une photographie de l’église de Doucelles.
Décorations
Chevalier de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. La décoration est attestée par la notice institutionnelle. La date et le texte d’attribution n’ont pas été établis avec suffisamment de certitude dans les sources numériques directement consultées.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Le dossier 1 A 102 conserve le décret d’attribution ainsi que trois exemplaires d’un rapport au général de Gaulle établi par René Pleven. Une divergence documentaire existe sur la date exacte du décret : voir « Observations » et le tableau des divergences.
Croix de guerre 1939-1945. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée par la notice institutionnelle. Le détail d’une éventuelle citation n’a pas été établi avec suffisamment de certitude dans les sources numériques consultées.
Médaille de la Résistance française avec rosette. Source : Ordre de la Libération / base des médaillés de la Résistance française. Décret du 24 avril 1946, publié au Journal officiel du 17 mai 1946. Dossier de médaille : 1O5904.
Lieux de mémoire
La sépulture d’Antoine Bissagnet se trouve à Saint-Clar (Gers). Les archives de l’Ordre en conservent une photographie et une fiche descriptive.
Doucelles, lieu de son dernier combat, constitue également un lieu essentiel de sa mémoire : le dossier 1 A 102 conserve notamment une photographie de l’église autour de laquelle il trouve la mort le 10 août 1944.
Un bâtiment a en outre porté le nom « Antoine Bissagnet ». Le dossier de l’Ordre contient neuf courriers et une revue relatifs à cet hommage entre 1967 et 1972, ainsi que le texte du décret de la croix de la Libération récupéré à bord de ce navire.
Enfin, les archives recensent un hommage rendu en 2003 aux Compagnons de la Libération du Gers, auquel son souvenir est associé.
Références bibliographiques
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage de référence consacré collectivement aux Compagnons de la Libération ; il permet de replacer le parcours de Bissagnet dans l’histoire de la France libre. L’instrument archivistique de l’Ordre confirme cette édition et cette pagination.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude consacrée aux engagements et aux trajectoires des Compagnons ; référence générale recensée par l’instrument de recherche de l’Ordre.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023, 1 600 p. Dictionnaire biographique récent de référence ; l’édition 2023 est expressément recensée par l’Ordre.
Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, tome III : Et du Nord au Midi, novembre 1942-septembre 1943, Henri Noguères avec Marcel Degliame-Fouché, Paris, Robert Laffont, 1972, 764 p. Utile notamment pour replacer l’évasion de Gannat dans son contexte résistant.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle d’Antoine Bissagnet : état civil, administration coloniale, Résistance en AOF, arrestation, évasion, Assemblée consultative, RMT, mort au combat et principales décorations. Notice Antoine Bissagnet
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons — Répertoire numérique de la lettre B ; dossier 1 A 102, cote Résistance GR 16 P 61497, pièces relatives à la croix de la Libération, sépulture et hommages. Répertoire des dossiers des Compagnons — lettre B
Ordre de la Libération — Jean Sainteny — La notice institutionnelle de Sainteny confirme son rôle dans l’organisation de l’évasion de Bissagnet et de Boislambert à Gannat. Notice Jean Sainteny
Musée de la Résistance en ligne — Étude historique sur la Médaille de la Résistance française rappelant le rôle de l’évasion de Boislambert et Bissagnet, organisée avec Sainteny, dans la genèse de l’idée d’une décoration destinée aux résistants. La Médaille de la Résistance française
Wikipédia — Notice développée consultée conformément au protocole ; utilisée comme source secondaire d’orientation et confrontée aux sources institutionnelles. Antoine Bissagnet
Dossier d’homologation consulté
Le Service historique de la Défense conserve le dossier individuel du bureau Résistance GR 16 P 61497 — BISSAGNET Antoine. La cote est explicitement donnée dans le répertoire archivistique de l’Ordre de la Libération.
Le dossier de Compagnon est conservé sous la cote 1 A 102. Il comprend notamment un courrier de 1943 relatif à l’attribution de la croix de la Libération, le décret, trois exemplaires du rapport de René Pleven au général de Gaulle, le diplôme de la croix de la Libération, ainsi que diverses fiches de renseignements et documents biographiques.
Le même dossier contient des documents relatifs à la sépulture, au navire Antoine Bissagnet et aux commémorations ultérieures. Ses dates extrêmes sont 1940-2003.
Un dossier de la Division des archives des victimes des conflits contemporains relatif à sa mort pour la France est également signalé sous la cote AC 21 P 23777 par une source secondaire reprenant les données du SHD ; cette cote devra être contrôlée directement dans l’instrument DAVCC avant d’être considérée comme définitivement certifiée.
Les originaux de GR 16 P 61497, 1 A 102 et AC 21 P 23777 n’ont pas été physiquement consultés dans le cadre de cette recherche.
Observations
Une première divergence concerne la date de naissance. Le cartouche de la notice actuelle de l’Ordre affiche 5 mai 1905, tandis que le corps de cette même notice donne 6 mai 1905. La seconde date est également celle retenue par les autres références biographiques consultées. Le 6 mai 1905 est donc retenu, sous réserve d’un contrôle direct de l’acte d’état civil.
Une seconde divergence, plus importante, concerne le décret de la croix de la Libération. La biographie publique de l’Ordre indique un décret du 29 avril 1943, tandis que le répertoire archivistique du dossier 1 A 102 décrit un décret du 19 avril 1943. En l’absence de consultation de l’original, cette contradiction institutionnelle doit rester ouverte.
La participation de Bissagnet à la guerre d’Espagne dans les rangs franquistes est explicitement indiquée par l’Ordre de la Libération, mais les sources numériques institutionnelles consultées ne donnent ni unité, ni dates exactes, ni circonstances détaillées. Aucun développement supplémentaire n’est donc proposé.
Enfin, aucune homonymie susceptible de fusionner le parcours du Compagnon avec un autre résistant n’a été mise en évidence dans les sources exploitées. Son identité complète, son parcours AOF-Gannat-RMT et la cote GR 16 P 61497 permettent une identification suffisamment sûre.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs ensembles concordants comprenant une source institutionnelle biographique de premier rang, le répertoire archivistique détaillé du dossier 1 A 102 de l’Ordre de la Libération, l’identification du dossier SHD GR 16 P 61497 et des sources institutionnelles complémentaires relatives à Jean Sainteny et à la Médaille de la Résistance. Les principales étapes du parcours sont solidement établies. Les deux contradictions internes aux données de l’Ordre — date de naissance et date du décret de la croix de la Libération — sont maintenues comme divergences documentaires dans l’attente de la consultation des pièces originales.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 6 mai 1905 | Naissance à Tunis, date retenue sous réserve de la divergence du cartouche de l’Ordre. |
| Septembre 1931 | Entre dans l’administration coloniale comme commis stagiaire des services civils. |
| Avant 1938 | Participe à la guerre d’Espagne dans les troupes franquistes. |
| 1er janvier 1938 | Nommé adjoint des services civils. |
| 20 septembre 1940 | Se place à Foundiougne sous les ordres de Claude Hettier de Boislambert. |
| 23-25 septembre 1940 | Participe aux actions liées à l’opération de Dakar. |
| 30 septembre 1940 | Arrêté et blessé après avoir tenté de retrouver Boislambert. |
| 11 juin 1941 | Condamné à vingt ans de travaux forcés. |
| 2 décembre 1942 | S’évade de Gannat avec Boislambert. |
| Décembre 1942 | Franchit les Pyrénées ; internement au camp de Miranda. |
| Janvier 1943 | Arrive à Londres. |
| Avril 1943 | Attribution de la croix de la Libération ; date exacte du décret divergente entre les sources institutionnelles. |
| 1943-1944 | Délégué de l’AOF puis secrétaire de l’Assemblée consultative provisoire à Alger. |
| 1944 | Rejoint comme sous-lieutenant le Régiment de marche du Tchad de la 2e DB. |
| Août 1944 | Débarque en France et participe à la campagne de Normandie. |
| 10 août 1944 | Tué au combat à Doucelles. |
| 24 avril 1946 | Attribution posthume de la Médaille de la Résistance française avec rosette. |
| 17 mai 1946 | Publication du décret de la Médaille de la Résistance au Journal officiel. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Naissance | Cartouche de l’Ordre de la Libération | 5 mai 1905 | Contradiction interne à la source institutionnelle. |
| Naissance | Corps de la biographie de l’Ordre et sources secondaires concordantes | 6 mai 1905 | Date retenue sous réserve de l’acte original. |
| Croix de la Libération | Biographie publique de l’Ordre | 29 avril 1943 | Date traditionnellement publiée. |
| Croix de la Libération | Inventaire archivistique 1 A 102 | 19 avril 1943 | Le répertoire affirme conserver le décret à cette date ; original à contrôler. |
| Dossier de décès | Source secondaire reprenant le SHD | AC 21 P 23777 | Cote plausible mais à contrôler directement dans l’instrument DAVCC. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle d’Antoine Bissagnet. Antoine Bissagnet — Ordre de la Libération
Ordre de la Libération — Archives — Répertoire numérique des dossiers des femmes et hommes Compagnons de la Libération, lettre B, notamment dossier 1 A 102 et cote GR 16 P 61497. Répertoire archivistique — lettre B
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Jean Sainteny, utilisée pour contrôler l’organisation de l’évasion de Gannat. Jean Sainteny — Ordre de la Libération
Musée de la Résistance en ligne — Étude documentaire consacrée à la création de la Médaille de la Résistance française et au rôle de l’évasion de Gannat. La Médaille de la Résistance française
Wikipédia — Notice Antoine Bissagnet, consultée comme source secondaire conformément au protocole et recoupée avec les sources institutionnelles. Antoine Bissagnet — Wikipédia