Pierre Armand Gaston BILLOTTE, né le 8 mars 1906 à Paris (16e arrondissement), mort le 29 juin 1992 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), français.
Fils du général d’armée Gaston Billotte, Pierre Billotte passe une partie de son enfance au gré des affectations paternelles, notamment en Pologne et en Syrie, puis poursuit ses études au collège Stanislas à Paris. Après des études de droit et de sciences, il entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1926, promotion du sous-lieutenant Pol Lapeyre, et en sort sous-lieutenant. Il sert d’abord au 46e régiment d’infanterie, puis temporairement dans l’infanterie coloniale en Indochine. Revenu en métropole, il est admis à l’École supérieure de guerre en 1934. Promu capitaine en décembre 1936, il sert à l’état-major avant de demander, au début de 1940, une affectation dans les chars.
Engagement dans la Résistance
Pendant la campagne de France, il commande la 1re compagnie du 41e bataillon de chars de combat, équipée de chars B1 bis, et se distingue à Stonne le 16 mai 1940. Blessé puis fait prisonnier le 12 juin, il multiplie les tentatives d’évasion. Interné à l’Oflag II D en Poméranie, il s’évade et atteint l’Union soviétique le 1er février 1941. Après une période d’internement par les autorités soviétiques, il prend la tête du groupe d’officiers français qui demandent à rejoindre la France libre. À la suite de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, il gagne finalement le Royaume-Uni et arrive en Angleterre le 9 septembre 1941. Il s’engage alors dans les Forces françaises libres et rejoint l’état-major particulier du général de Gaulle.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Pierre Billotte appartient aux Forces françaises libres. À partir de mai 1942, comme chef de l’état-major particulier du général de Gaulle, il participe à l’orientation de l’action de la France libre vers l’outre-mer et vers la Résistance intérieure, notamment par l’intermédiaire du Bureau central de renseignements et d’action. En 1943, il exerce des responsabilités au Comité militaire permanent puis au Comité de Défense nationale à Alger. Son rôle dans le plan Caïman relève donc du commandement politico-militaire de la France combattante et non de l’appartenance à un réseau clandestin local du Massif central.
Missions et actions
La phase la plus directement liée à l’objet de recherche intervient au début de juillet 1944. Le général de Gaulle confie à Pierre Billotte le commandement de la « force expéditionnaire C », conçue pour être parachutée vers la mi-août dans le Massif central afin de mettre en œuvre le plan Caïman. L’objectif est de soutenir la Résistance intérieure par un apport massif de troupes aéroportées et, surtout, d’officiers capables d’encadrer et de commander les Forces françaises de l’intérieur du centre de la France. L’opération n’est finalement pas exécutée : la biographie institutionnelle de l’Ordre de la Libération attribue son annulation au refus américain. Cette désignation fait de Billotte le principal responsable militaire directement associé à la phase finale du projet Caïman.
Après l’abandon du projet, Billotte rejoint la 2e Division blindée du général Leclerc comme commandant en second. Débarqué en Normandie le 7 août 1944, il commande une brigade blindée et le groupement tactique V. Il participe à la progression d’Alençon à Écouché puis à la libération de Paris. En septembre 1944, promu général de brigade, il reçoit la mission de former la 10e division d’infanterie à partir d’éléments FFI et FTP parisiens. Avec cette division, il prend part aux combats des Vosges et de Haute-Alsace au début de 1945, puis exerce des responsabilités d’occupation en Allemagne.
Arrestation / évasion / déportation
Fait prisonnier le 12 juin 1940 après avoir été blessé, Pierre Billotte tente à plusieurs reprises de s’évader. Interné à l’Oflag II D en Poméranie, il réussit finalement son évasion et rejoint l’Union soviétique le 1er février 1941. Les autorités soviétiques le considèrent d’abord, avec ses compagnons, comme un espion potentiel et l’internent. Il n’est pas déporté dans le système concentrationnaire nazi. Son parcours d’évasion se termine par son départ vers le Royaume-Uni à l’été 1941 et son arrivée en Angleterre le 9 septembre.
Camarades de combat
Son parcours le met au contact direct du général Charles de Gaulle, dont il devient chef d’état-major particulier, du colonel Passy à la tête du BCRA et du général Leclerc, auprès duquel il sert dans la 2e Division blindée. Dans la phase Caïman, il est placé à l’articulation entre les autorités françaises d’Alger et de Londres, les projets de soutien à la Résistance intérieure et les FFI du Massif central. Les sources consultées ne permettent pas d’établir un contact opérationnel direct entre Billotte et Émile Coulaudon avant l’annulation du projet.
Retour à la vie civile
Après la guerre, Billotte poursuit d’abord une carrière militaire de haut niveau. Chef d’état-major général adjoint de la Défense nationale en décembre 1945, général de division en mars 1946, il représente ensuite la France auprès du Comité d’état-major des Nations unies. Il quitte l’armée en 1950 et se tourne vers la politique. Député RPF de la Côte-d’Or de 1951 à 1955, ministre de la Défense nationale et des Forces armées en 1955-1956, il retrouve l’Assemblée nationale sous la Ve République et exerce plusieurs mandats jusqu’en 1978. Il est maire de Créteil de 1965 à 1977 et ministre d’État chargé des Départements et Territoires d’Outre-mer de 1966 à 1968. Il assume aussi des responsabilités dans plusieurs organisations gaullistes et atlantiques et publie de nombreux ouvrages politiques et militaires.
Décorations
- L’Ordre de la Libération, source institutionnelle nominative, confirme les distinctions suivantes :
- Grand officier de la Légion d’honneur ;
- Compagnon de la Libération — décret du 8 novembre 1944 ;
- Croix de guerre 1939-1945 avec cinq citations ;
- Médaille des Évadés ;
- Médaille des Blessés ;
- Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre ;
- Médaille d’or de l’Éducation physique ;
- chevalier de l’ordre du Dragon d’Annam ;
- officier de la Legion of Merit des États-Unis ;
- Croix de guerre belge ;
- commandeur du Ouissam alaouite ;
- commandeur du Nichan Iftikhar.
Les dates de décret ou de publication officielle n’ont pas toutes été retrouvées au cours des présentes recherches ; seule la date du décret de la Croix de la Libération est explicitement donnée par la source institutionnelle consultée.
Lieux de mémoire
Pierre Billotte est inhumé à Créteil, après des obsèques célébrées le 3 juillet 1992 en l’église Saint-Christophe du vieux Créteil. Sa mémoire est également attachée à Stonne, à la France libre, à la 2e Division blindée et à la libération de Paris. La documentation de l’Ordre de la Libération conserve sa photographie et sa notice biographique institutionnelle.
Références bibliographiques
Pierre Billotte, Le Temps des armes, Paris, Plon, 1972. Mémoires de l’intéressé consacrés à son parcours militaire et politique ; utiles pour confronter le récit personnel aux sources institutionnelles.
Pierre Billotte, Le Temps du choix, Paris, Robert Laffont, 1950. Ouvrage de réflexion et de témoignage sur la guerre et l’après-guerre, utile pour replacer ses choix militaires et politiques dans leur contexte.
Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France libre. De l’appel du 18 Juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996. Synthèse majeure sur la France libre, son organisation politico-militaire et ses relations avec la Résistance intérieure ; elle fournit le cadre général dans lequel s’inscrit le rôle de Billotte.
Références internet
Ordre de la Libération. La notice « Pierre BILLOTTE » fournit l’état civil, la formation, la campagne de 1940, l’évasion, l’engagement dans la France libre, les responsabilités auprès du général de Gaulle, la désignation à la tête de la force expéditionnaire C pour Caïman, la 2e DB, la carrière d’après-guerre et la liste institutionnelle des décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-billotte
Assemblée nationale. La base Sycomore confirme l’état civil et les mandats parlementaires de Pierre Armand Gaston Billotte. https://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/813
Musée de la Résistance en ligne. La notice biographique consacrée à Pierre Billotte confirme son rôle dans la force expéditionnaire C et le projet Caïman, puis son passage à la 2e Division blindée. https://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?expo=&media=4622
Service historique de la Défense. Les fonds signalés pour l’opération Caïman comprennent notamment des dossiers relatifs aux plans d’action et à l’action commune des Alliés et de la Résistance ; ils constituent le prolongement archivistique nécessaire pour une étude opérationnelle détaillée du projet. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Dossier d’homologation consulté
Aucune cote GR 16 P nominative de Pierre Billotte n’a été établie avec certitude lors des présentes recherches. Son statut de Compagnon de la Libération et son appartenance aux Forces françaises libres sont en revanche documentés par la chancellerie de l’Ordre de la Libération. Pour le plan Caïman, le Service historique de la Défense conserve des dossiers opérationnels, dont un ensemble signalé sous l’intitulé « Plan Caïman : notes et messages » et des documents relatifs à l’opération dans les fonds militaires de 1944.
Observations
La place de Pierre Billotte dans Caïman est solidement établie pour la phase finale : il reçoit au début de juillet 1944 le commandement de la force expéditionnaire C. Il faut toutefois distinguer cette désignation tardive de la genèse antérieure des projets de réduits et de soutien aux maquis du Massif central. Le plan Caïman a connu des formulations successives et les sources ne donnent pas toujours les mêmes contours géographiques ou le même degré de continuité entre les projets préparés avant et après le Débarquement.
Indice de fiabilité de la notice
Niveau A — L’identité, la carrière, l’engagement dans la France libre, la désignation à la tête de la force expéditionnaire C et l’annulation du plan Caïman sont confirmés par des sources institutionnelles concordantes, au premier rang desquelles l’Ordre de la Libération. Les nuances portent surtout sur la généalogie exacte des différentes versions du projet Caïman.
Chronologie
| Date | Événement |
| 8 mars 1906 | Naissance à Paris. |
| 1926-1928 | Élève à Saint-Cyr, promotion Pol Lapeyre. |
| 16 mai 1940 | Combat de Stonne. |
| 12 juin 1940 | Blessé et fait prisonnier. |
| 1er février 1941 | Évasion de l’Oflag II D et arrivée en URSS. |
| 9 septembre 1941 | Arrivée en Angleterre et engagement dans les Forces françaises libres. |
| Mai 1942 | Chef de l’état-major particulier du général de Gaulle. |
| Décembre 1942 | Promu colonel. |
| Début juillet 1944 | Désigné pour commander la force expéditionnaire C du plan Caïman. |
| Été 1944 | Annulation de Caïman ; rejoint la 2e Division blindée. |
| Août 1944 | Campagne de Normandie et libération de Paris. |
| 8 novembre 1944 | Décret de nomination comme Compagnon de la Libération. |
| 1950 | Quitte l’armée et s’engage dans la vie politique. |
| 1965-1977 | Maire de Créteil. |
| 29 juin 1992 | Décès à Boulogne-Billancourt. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément biographique | Source 1 | Source 2 | Décision retenue |
| Périmètre exact de Caïman | Ordre de la Libération : parachutage dans le Massif central au profit des FFI du centre de la France. | Sources historiographiques : plusieurs projets ou versions successives parfois rapprochés sous le même nom. | Retenir avec certitude la mission confiée à Billotte en juillet 1944 ; présenter prudemment les phases antérieures. |
Sources consultées
Ordre de la Libération. La notice « Pierre BILLOTTE » a fourni l’état civil, la formation, le parcours de guerre, la France libre, le plan Caïman, la 2e DB, la carrière d’après-guerre et les distinctions. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-billotte
Assemblée nationale. La fiche Sycomore « Pierre, Armand, Gaston Billotte » a confirmé la naissance, le décès et les mandats parlementaires. https://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/813
Musée de la Résistance en ligne. La page consacrée à Pierre Billotte a confirmé la responsabilité dans la force expéditionnaire C et le passage à la 2e Division blindée après l’annulation. https://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?expo=&media=4622 Photographie retrouvée dans la base institutionnelle de l’Ordre de la Libération.