Jean BERTOLI, alias Gacia, né le 31 mai 1917 à Cavaillon (Vaucluse), mort le 31 octobre 1998 à Obenheim (Bas-Rhin), Français, cuisinier avant son engagement militaire, soldat des troupes coloniales puis des Forces françaises libres, combattant du Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad et du Régiment de marche du Tchad, sergent-chef à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ultérieurement adjudant-chef, Compagnon de la Libération par décret du 23 mai 1942.
Jeunesse et formation
Jean Bertoli naît le 31 mai 1917 à Cavaillon dans une famille de jardiniers. Avant sa carrière militaire, il exerce la profession de cuisinier. Le 3 novembre 1937, âgé de vingt ans, il s’engage au 24e Régiment de tirailleurs sénégalais, à Perpignan.
En mai 1939, il est affecté au Centre de motorisation des troupes coloniales de Fréjus, puis désigné pour servir au peloton d’automitrailleuses du Tchad. Cette affectation explique sa présence en Afrique équatoriale française lors de l’effondrement militaire de juin 1940.
Engagement dans la Résistance
Jean Bertoli entend l’appel du 18 juin 1940 alors qu’il se trouve à Largeau, au Tchad. Lorsque le territoire se rallie à la France libre le 26 août 1940, il choisit lui aussi la poursuite du combat et s’engage dans les Forces françaises libres sous le nom de « Gacia ».
Son engagement appartient donc entièrement à la Résistance extérieure et aux Forces françaises libres. Aucun engagement antérieur dans un mouvement clandestin de métropole n’est documenté.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Les deux formations principales retenues par l’Ordre de la Libération sont le Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad (RTST) et le Régiment de marche du Tchad (RMT).
Au début de 1941, Bertoli sert au 2e peloton de la Compagnie portée du RTST, sous les ordres du colonel Leclerc. De décembre 1941 à mars 1942, il appartient au 1er peloton de la 1re Compagnie de découverte et de combat. Il demeure dans cette formation pendant les nouvelles campagnes du Fezzan, de Tripolitaine et de Tunisie en 1942-1943.
En octobre 1943, il est affecté au Régiment de marche du Tchad, intégré à la 2e Division blindée. Il combat avec cette unité pendant la campagne de France puis jusqu’en Allemagne.
Missions et actions
De janvier à mars 1941, Jean Bertoli participe aux opérations de Koufra. Les 18 et 19 février, pendant les combats contre la Saharienne italienne, il se distingue dans le maniement de son arme automatique. Cette conduite au feu contribue à sa promotion au grade de caporal.
Il participe ensuite, de décembre 1941 à mars 1942, aux opérations du Fezzan. Le 28 février 1942, comme chef d’une voiture de reconnaissance appartenant au peloton du lieutenant Dubut, il prend part à l’opération contre le fort italien d’El Gatroun. Il pénètre par surprise dans le fort et fait prisonnier le commandant du poste. Cette action entraîne sa promotion au grade de sergent et précède son attribution de la Croix de la Libération.
De novembre 1942 à mai 1943, il participe aux campagnes du Fezzan, de Tripolitaine et de Tunisie. L’Ordre de la Libération relève notamment sa participation aux combats d’Oum El Araneb le 24 décembre 1942, de Mizda en janvier 1943 et de Ksar Rhilane en mars 1943.
Après son affectation au RMT, il gagne l’Europe avec la 2e DB et débarque en Normandie le 31 juillet 1944, selon la notice institutionnelle de l’Ordre. Le 15 août, il est blessé par des éclats d’obus à Château-Vieux-Pont, dans l’Orne. Sa convalescence l’éloigne temporairement du combat.
Il rejoint la 2e DB dans les Vosges le 5 novembre 1944, puis participe à la campagne d’Alsace et à la campagne d’Allemagne. Il termine la guerre avec le grade de sergent-chef.
Arrestation / évasion / déportation
Aucune arrestation, détention, évasion ou déportation n’est documentée.
Jean Bertoli se trouve déjà au Tchad en juin 1940 et rejoint la France libre lors du ralliement du territoire. Son parcours de guerre est ensuite celui d’un combattant des unités régulières des FFL puis de la 2e DB.
Camarades de combat
Le colonel Philippe Leclerc de Hauteclocque constitue la principale figure de commandement de son parcours : Bertoli participe avec le RTST aux opérations de Koufra, puis poursuit la campagne avec les forces issues de la colonne Leclerc avant de servir au RMT de la 2e DB.
Le lieutenant Dubut commande son peloton lors de l’action d’El Gatroun du 28 février 1942. C’est dans cette opération que Bertoli, chef de voiture de reconnaissance, pénètre dans le fort et capture le commandant italien.
Le RTST compte également plusieurs futurs ou actuels Compagnons de la Libération, parmi lesquels Paul Batiment, René Baudry, Raoul Béon, Augustin Bourrat, Raphaël Briard, Michel Carage et Guy Chauliac. Leur présence dans la même unité établit une communauté combattante, sans permettre de conclure automatiquement à des relations personnelles étroites avec Bertoli.
Retour à la vie civile
Jean Bertoli poursuit une carrière militaire après 1945. L’Ordre de la Libération indique qu’il se réengage en 1948 à la 1re Demi-brigade coloniale de commandos parachutistes. Il sert de 1948 à 1951 en Afrique équatoriale française, notamment à Brazzaville, avant d’être envoyé en Indochine de 1952 à 1954. Devenu adjudant-chef, il y reçoit une nouvelle citation pour son action dans les opérations du Nord-Vietnam.
En 1954, il sert dans les Aurès, en Algérie, avec le 8e Bataillon de parachutistes coloniaux. Il prend sa retraite militaire le 1er août 1955, avec le grade d’adjudant-chef.
En 1956, il devient régisseur d’avances auprès du Bureau d’aide aux armées alliées de l’Intendance de Strasbourg.
Jean Bertoli meurt le 31 octobre 1998 à Obenheim, dans le Bas-Rhin, où il est inhumé.
Décorations
Officier de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade d’officier est explicitement attesté par la notice institutionnelle. La date exacte de promotion n’a pas été établie avec suffisamment de certitude dans les sources numériques consultées.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Attribution par décret du 23 mai 1942, après ses actions pendant les campagnes de Koufra et du Fezzan et, notamment, sa conduite à El Gatroun.
Médaille militaire. Source : Ordre de la Libération. La décoration est explicitement attestée. La date exacte d’attribution n’a pas été établie avec suffisamment de certitude dans les sources consultées.
Croix de guerre 1939-1945 avec trois citations. Source : Ordre de la Libération. La décoration et le nombre de trois citations sont expressément attestés.
Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs avec une citation. Source : Ordre de la Libération. La décoration et la citation sont attestées ; elles se rattachent à ses opérations militaires postérieures à 1945.
Lieux de mémoire
Cavaillon est son lieu de naissance, le 31 mai 1917. La commune le mentionne parmi les personnalités qui y sont nées.
Koufra constitue l’un des lieux essentiels de son parcours combattant : Bertoli y participe aux opérations de janvier à mars 1941, notamment aux combats des 18 et 19 février.
El Gatroun, au Fezzan, est directement associé à son action du 28 février 1942 et à sa promotion au grade de sergent. Oum El Araneb, Mizda et Ksar Rhilane jalonnent ensuite ses campagnes africaines.
Château-Vieux-Pont, dans l’Orne, correspond à sa blessure du 15 août 1944. Les Vosges, l’Alsace et l’Allemagne marquent la dernière partie de son parcours de guerre.
Obenheim, dans le Bas-Rhin, est enfin son lieu de décès et d’inhumation.
Références bibliographiques
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général de référence permettant de replacer Jean Bertoli dans la communauté des Compagnons et parmi les premiers combattants de la France libre.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude utile pour replacer le ralliement de Bertoli en août 1940 dans l’histoire des engagements précoces derrière le général de Gaulle.
Dictionnaire historique de la Résistance : Résistance intérieure et France libre, sous la direction de François Marcot, Paris, Robert Laffont, 2006, 1 187 p. Ouvrage de contextualisation pour la France libre, les campagnes africaines et la structuration des forces combattantes extérieures.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Référence biographique récente utile pour confronter son parcours aux fonds conservés par l’Ordre de la Libération.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Jean Bertoli, source principale pour l’état civil, l’alias Gacia, le ralliement au Tchad, Koufra, El Gatroun, les campagnes africaines, le RMT, la blessure de 1944, l’après-guerre et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jean-bertoli
Ordre de la Libération — Inventaire des archives des Compagnons — Instrument permettant d’identifier le dossier d’homologation GR 16 P 54626 de Jean Bertoli. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_202312.pdf
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Répertoire nominatif de la sous-série GR 16 P utilisé pour le contrôle archivistique des dossiers Bertoli et des patronymes voisins. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Wikipédia — Article développé consacré à Jean Bertoli, consulté conformément au protocole et confronté à la source institutionnelle ; il présente notamment quelques écarts chronologiques signalés ci-dessous. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Bertoli
Dossier d’homologation consulté
L’instrument de recherche de l’Ordre de la Libération identifie explicitement le dossier du Service historique de la Défense : GR 16 P 54626 — BERTOLI Jean.
Cette identification est cohérente avec l’état civil et le parcours du Compagnon. Le répertoire comporte par ailleurs, immédiatement après les Bertoli, des patronymes proches tels que Bertolin et Bertolini ; notamment Jean Bertolini, né en Italie en 1898, sous GR 16 P 54636. La proximité alphabétique ne doit donc pas conduire à confondre ces dossiers.
Le dossier physique original GR 16 P 54626 n’a pas été matériellement consulté pour la présente notice. Sa cote a été vérifiée dans l’instrument archivistique ; aucune affirmation n’est faite ici sur des pièces qui n’auraient pas été directement dépouillées.
Observations
Une divergence concerne la date du débarquement en Normandie. La notice actuelle de l’Ordre de la Libération donne le 31 juillet 1944. L’article Wikipédia indique pour sa part le 4 août 1944. La présente notice retient le 31 juillet, qui est la donnée de la source institutionnelle individuelle, tout en signalant l’écart.
Une autre différence apparaît pour le premier réengagement de l’après-guerre : l’Ordre indique directement un réengagement en 1948 à la 1re Demi-brigade coloniale de commandos parachutistes, tandis que Wikipédia mentionne auparavant un réengagement en 1946 au RMT, puis celui de 1948. Faute de document militaire primaire consulté établissant cette étape de 1946, elle n’est pas intégrée comme fait certain dans le corps de la présente notice.
Enfin, l’homonymie archivistique est maîtrisée grâce à la cote GR 16 P 54626, donnée expressément par l’inventaire de l’Ordre de la Libération.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose principalement sur la biographie institutionnelle détaillée de l’Ordre de la Libération, complétée par l’instrument archivistique identifiant le dossier SHD GR 16 P 54626 et par plusieurs sources de contrôle. L’état civil, le ralliement du 26 août 1940, les opérations de Koufra et du Fezzan, l’action d’El Gatroun, les campagnes de 1942-1943, l’affectation au RMT, la blessure du 15 août 1944 et la carrière militaire postérieure sont solidement établis. Les rares divergences portent sur des éléments chronologiques secondaires et sont explicitement isolées.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 31 mai 1917 | Naissance à Cavaillon (Vaucluse). |
| 3 novembre 1937 | Engagement au 24e Régiment de tirailleurs sénégalais à Perpignan. |
| Mai 1939 | Affectation au Centre de motorisation des troupes coloniales de Fréjus, puis au peloton d’automitrailleuses du Tchad. |
| 18 juin 1940 | Entend l’appel du général de Gaulle à Largeau. |
| 26 août 1940 | S’engage dans les FFL sous le nom de « Gacia » lors du ralliement du Tchad. |
| Janvier-mars 1941 | Campagne de Koufra avec la Compagnie portée du RTST. |
| 18-19 février 1941 | Se distingue contre la Saharienne italienne. |
| Décembre 1941-mars 1942 | Première campagne du Fezzan. |
| 28 février 1942 | Action d’El Gatroun ; capture du commandant du poste italien. |
| 23 mai 1942 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| Novembre 1942-mai 1943 | Campagnes du Fezzan, de Tripolitaine et de Tunisie. |
| 24 décembre 1942 | Combat d’Oum El Araneb. |
| Janvier 1943 | Combat de Mizda. |
| Mars 1943 | Combat de Ksar Rhilane. |
| Octobre 1943 | Affectation au Régiment de marche du Tchad de la 2e DB. |
| 31 juillet 1944 | Débarquement en Normandie selon l’Ordre de la Libération. |
| 15 août 1944 | Blessé par éclats d’obus à Château-Vieux-Pont dans l’Orne. |
| 5 novembre 1944 | Rejoint la 2e DB dans les Vosges. |
| 1944-1945 | Campagnes d’Alsace puis d’Allemagne. |
| 1945 | Termine la guerre sergent-chef. |
| 1948 | Réengagement à la 1re Demi-brigade coloniale de commandos parachutistes. |
| 1948-1951 | Service en AEF, notamment à Brazzaville. |
| 1952-1954 | Guerre d’Indochine ; citation pour les opérations du Nord-Vietnam. |
| 1954 | Sert dans les Aurès avec le 8e Bataillon de parachutistes coloniaux. |
| 1er août 1955 | Retraite militaire avec le grade d’adjudant-chef. |
| 1956 | Régisseur d’avances auprès du Bureau d’aide aux armées alliées de l’Intendance de Strasbourg. |
| 31 octobre 1998 | Décès à Obenheim, où il est inhumé. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Débarquement en Normandie | Ordre de la Libération | 31 juillet 1944 | Source institutionnelle retenue. |
| Débarquement en Normandie | Wikipédia | 4 août 1944 | Divergence secondaire ; nécessite un contrôle sur le journal de marche ou le dossier militaire. |
| Réengagement après-guerre | Ordre de la Libération | 1948, 1re DBCCP | Donnée institutionnelle retenue. |
| Réengagement après-guerre | Wikipédia | RMT en 1946, puis DBCCP en 1948 | Étape de 1946 plausible mais non reprise faute de contrôle primaire suffisant. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Jean Bertoli. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jean-bertoli
Ordre de la Libération — Inventaire des archives des Compagnons — Source de l’identification du dossier SHD GR 16 P 54626. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_202312.pdf
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Répertoire nominatif GR 16 P utilisé pour le contrôle des homonymes et patronymes voisins. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Wikipédia — Article Jean Bertoli, consulté comme source secondaire de confrontation. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Bertoli