Jean Charles Camille BERTIN, alias Dubourg, Rotation, né le 4 novembre 1897 au Raincy (alors Seine-et-Oise), mort le 7 janvier 1972, Français, ancien combattant de 1914-1918, polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées, résistant dans l’Aisne puis en Région C, responsable de l’Armée secrète et du Bureau des opérations aériennes dans l’Aisne, adjoint du délégué militaire régional Gilbert Grandval, combattant du maquis de la Piquante-Pierre, commandant FFI, Compagnon de la Libération par décret du 17 novembre 1945.
Jeunesse et formation
Jean Bertin naît dans une famille d’enseignants. Très jeune, il participe à la Première Guerre mondiale. Il y est cité à deux reprises et est gazé le 1er août 1918.
Après la guerre, il entre à l’École polytechnique en 1919, promotion X1919S, puis poursuit une carrière dans le corps des Ponts et Chaussées. La documentation consacrée aux polytechniciens résistants confirme son appartenance à cette promotion.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, cette formation d’ingénieur et ses responsabilités administratives lui donnent accès à des renseignements sur les infrastructures et les travaux publics qui deviendront particulièrement utiles à la Résistance.
Engagement dans la Résistance
Dès juillet 1940, Jean Bertin cherche à rejoindre Londres. Sa tentative échoue : il est arrêté en Andorre, puis reconduit à Laon. L’épisode est également confirmé par la documentation historique consacrée aux polytechniciens ayant tenté de s’évader de France.
À Laon, il s’engage alors dans la Résistance intérieure. Entre 1941 et novembre 1942, il participe à l’organisation d’un service de renseignements sous la direction de son collègue André Boulloche et avec son supérieur hiérarchique Pierre Pène. Son emploi dans les Travaux publics de l’Aisne facilite l’obtention d’informations sur les implantations allemandes et les travaux réalisés pour l’occupant.
La notice institutionnelle de Pierre Pène confirme ce travail commun : le groupe créé en janvier 1941 travaille notamment pour le réseau Centurie, avant son rattachement à l’Organisation civile et militaire. Il recueille des renseignements et contribue également au sauvetage et à l’évasion d’aviateurs alliés.
Appartenance à un réseau ou mouvement
L’Ordre de la Libération retient explicitement trois structures dans le parcours de Jean Bertin : l’Armée secrète (AS), le Bureau des opérations aériennes (BOA) et les maquis des Vosges.
Le travail de renseignement accompli avec Pierre Pène et André Boulloche s’inscrit également dans l’environnement du réseau Centurie et de l’Organisation civile et militaire (OCM). La documentation institutionnelle relative à Pierre Pène confirme cette articulation.
De janvier à novembre 1943, Bertin organise l’Armée secrète dans le département de l’Aisne. Parallèlement, il prend la responsabilité du BOA dans le département. Cette double fonction associe préparation militaire clandestine et réception des moyens fournis depuis l’extérieur.
Passé ensuite dans la clandestinité à Nancy, il devient l’adjoint de Gilbert Grandval, délégué militaire de la Région C, couvrant notamment l’Alsace-Lorraine, la Marne et les Ardennes. La documentation historique de l’École polytechnique confirme explicitement que Jean Bertin, X1919S, est adjoint au délégué militaire à Nancy.
Missions et actions
De 1941 à 1942, son activité porte principalement sur le renseignement. Grâce à ses fonctions professionnelles, il peut recueillir des informations sur la localisation des forces allemandes et sur les travaux entrepris par l’occupant dans l’Aisne.
En 1943, devenu organisateur de l’Armée secrète départementale et chef du BOA, il obtient trois parachutages d’armes et assure la distribution du matériel reçu aux formations clandestines de l’Aisne.
Recherché par la Gestapo, il poursuit son activité sous le pseudonyme de Dubourg à Nancy. Auprès de Gilbert Grandval, il participe à la préparation du « plan vert », dispositif visant à interrompre les communications ferroviaires allemandes au moment du débarquement allié. Il organise également les transmissions et les parachutages de la Région C.
En septembre 1944, il est envoyé en mission auprès du maquis de la Piquante-Pierre, dans les Vosges. Il demeure avec le maquis et participe à la guérilla contre les forces allemandes jusqu’en octobre. Il ne regagne la zone libérée qu’après avoir reçu l’ordre de le faire, à la suite de la dissolution du maquis.
Jean Bertin termine la guerre avec le grade de commandant FFI.
Arrestation / évasion / déportation
Jean Bertin connaît une arrestation dès l’été 1940, mais dans des circonstances différentes de celles des arrestations ultérieures liées directement à la répression de son activité clandestine : tentant de rejoindre Londres, il est arrêté en Andorre puis ramené à Laon.
À partir de 1943, il est recherché par la Gestapo en raison de ses responsabilités dans l’AS et le BOA. Il réussit cependant à échapper à l’arrestation et poursuit son activité clandestine à Nancy.
Aucune déportation de Jean Bertin n’est documentée. Il demeure actif jusqu’aux combats de 1944.
Camarades de combat
André Boulloche est directement associé à son premier travail clandestin de renseignement dans l’Aisne. Ingénieur des Ponts et Chaussées comme lui, Boulloche participe à l’organisation du groupe dans lequel Bertin recueille ses renseignements.
Pierre Pène, supérieur de Bertin dans l’administration des Travaux publics, participe au même dispositif. Sa propre notice institutionnelle confirme le travail commun de Pène, Boulloche et Bertin dans le renseignement, notamment au profit de Centurie.
Gilbert Grandval devient ensuite la principale figure de commandement du parcours clandestin de Bertin en Région C : celui-ci exerce auprès de lui les fonctions d’adjoint au délégué militaire régional.
Ces liens professionnels et résistants sont d’autant plus remarquables que Jean Bertin, André Boulloche et Pierre Pène seront tous trois nommés Compagnons de la Libération. En mai 2025, l’École nationale des ponts et chaussées leur a rendu hommage, avec quatre autres anciens élèves Compagnons, par l’installation d’une stèle.
Retour à la vie civile
Après la guerre, Jean Bertin reprend sa carrière dans les Ponts et Chaussées. Il achève sa vie professionnelle comme ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
En mars 2023, la Société des amis du musée de l’Ordre de la Libération a remis au musée plusieurs de ses souvenirs personnels : sa croix de Compagnon, ses insignes successifs de chevalier, officier et commandeur de la Légion d’honneur, ses croix de guerre 1914-1918 et 1939-1945, ainsi qu’un insigne FFI gravé à son nom et un insigne de la France libre. Cet ensemble constitue aujourd’hui un témoignage matériel important de son parcours.
Une divergence existe sur son lieu de décès. L’Ordre de la Libération indique qu’il est mort le 7 janvier 1972 à Tréminis (Isère) et qu’il y a été inhumé. En revanche, une source secondaire qui renvoie explicitement à l’acte de naissance du Raincy et à ses mentions marginales donne Eaubonne (Val-d’Oise) comme lieu de décès. La date du 7 janvier 1972 ne fait pas difficulté ; le lieu doit être vérifié directement sur l’acte d’état civil.
Décorations
Commandeur de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade de commandeur est expressément attesté. Les collections remises au musée en 2023 comprennent ses insignes de chevalier, officier et commandeur, confirmant la progression dans l’ordre.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Attribution par décret du 17 novembre 1945.
Croix de guerre 1914-1918 avec deux citations. Source : Ordre de la Libération. Les deux citations sont explicitement attestées et se rapportent à son service pendant la Première Guerre mondiale.
Croix de guerre 1939-1945. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée. Une source historique secondaire précise une citation à l’ordre de l’armée ; cette précision mériterait toutefois d’être contrôlée sur le dossier de décoration avant d’être considérée comme définitivement établie.
Lieux de mémoire
Le Raincy est son lieu de naissance le 4 novembre 1897. Le répertoire GR 16 P confirme cet état civil et fournit ses prénoms complets : Jean Charles Camille.
Laon et le département de l’Aisne constituent le premier grand espace de son activité résistante : renseignement en 1941-1942, organisation de l’Armée secrète en 1943, direction départementale du BOA et réception de trois parachutages.
Nancy et la Région C correspondent à la deuxième phase de son action clandestine, comme adjoint de Gilbert Grandval et organisateur du plan vert, des transmissions et des parachutages.
Le maquis de la Piquante-Pierre, dans les Vosges, est associé à sa dernière phase combattante, en septembre-octobre 1944.
L’École nationale des ponts et chaussées constitue désormais également un lieu de mémoire collective : une stèle inaugurée le 12 mai 2025 honore sept ingénieurs des Ponts devenus Compagnons de la Libération, parmi lesquels Jean Bertin.
Références bibliographiques
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général permettant de replacer Jean Bertin parmi les Compagnons issus de la Résistance intérieure.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Référence utile pour replacer son engagement précoce et son parcours clandestin dans l’histoire collective des Compagnons.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Référence biographique récente particulièrement utile pour confronter les parcours individuels aux fonds conservés par l’Ordre de la Libération.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Jean Bertin, source principale pour son parcours résistant, ses pseudonymes, ses responsabilités dans l’AS et le BOA, la Région C, le maquis de la Piquante-Pierre et ses décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jean-bertin
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Répertoire de la sous-série GR 16 P permettant d’identifier avec certitude GR 16 P 54437, BERTIN Jean Charles Camille, né le 4 novembre 1897 au Raincy. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
X-Résistance — École polytechnique — Documentation consacrée au BCRA, aux réseaux et aux délégués militaires, confirmant Jean Bertin X1919S comme adjoint au délégué militaire à Nancy. https://x-resistance.polytechnique.org/bcra.html
X-Résistance — École polytechnique — Documentation sur les évadés de France, confirmant sa tentative de départ, son arrestation en Andorre et son appartenance à la promotion X1919S. https://x-resistance.polytechnique.org/evad.html
Ordre de la Libération — Lettre d’information de mars 2023 documentant la remise au musée des décorations et souvenirs personnels de Jean Bertin. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/lettre-dinformation-mars-2023-1
Ordre de la Libération — Lettre de mai 2025 relative à l’hommage rendu par l’École nationale des ponts et chaussées à Jean Bertin et six autres ingénieurs Compagnons. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/lettre-dinformation-mai-2025
Wikipédia — Article développé consacré à Jean Bertin, consulté conformément au protocole ; il présente notamment une donnée d’état civil divergente sur le lieu de décès, attribuée aux mentions marginales de l’acte de naissance. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Bertin_(résistant)
Dossier d’homologation consulté
Le répertoire nominatif du Service historique de la Défense permet d’identifier sans ambiguïté GR 16 P 54437 — BERTIN Jean Charles Camille — né le 4 novembre 1897 au Raincy (Seine-et-Oise) — FFC homologué.
Le contrôle d’homonymie est ici décisif. Le même instrument contient notamment GR 16 P 54435 et 54436, deux « Jean Bertin » sans état civil, puis plusieurs autres résistants du même nom nés en 1901, 1906, 1909, 1910, 1920, 1925 et 1926. Seul GR 16 P 54437 réunit les prénoms complets, la date et le lieu de naissance du Compagnon.
Le dossier physique original GR 16 P 54437 n’a pas été matériellement consulté pour la présente notice. Sa cote, son état civil et son homologation ont été vérifiés dans l’instrument du SHD ; le contenu des pièces individuelles n’est donc pas présenté comme ayant été dépouillé.
Observations
Le principal point restant à résoudre concerne le lieu de décès. L’Ordre de la Libération indique Tréminis (Isère) et précise que Jean Bertin y a été inhumé. Wikipédia, en se référant aux Archives départementales de Seine-Saint-Denis, acte de naissance du Raincy avec mentions marginales, indique au contraire Eaubonne (Val-d’Oise). La consultation directe de l’acte RAI NC28, vue 61/72, ou de l’acte de décès permettrait de trancher. En conséquence, la date du 7 janvier 1972 est certaine, mais le lieu de décès est conservé comme divergence documentaire.
L’homonymie archivistique est résolue avec un haut degré de certitude : Jean Charles Camille Bertin, 4 novembre 1897, Le Raincy = GR 16 P 54437.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources concordantes, dont l’Ordre de la Libération, l’instrument nominatif GR 16 P du Service historique de la Défense, la documentation historique de l’École polytechnique et la notice institutionnelle de Pierre Pène, qui confirme indépendamment l’activité commune de renseignement dans l’Aisne. L’identité complète, la tentative de rejoindre Londres, l’activité de renseignement, les responsabilités dans l’AS et le BOA, le passage en Région C, le plan vert, la mission au maquis de la Piquante-Pierre et le grade final de commandant FFI sont solidement documentés. La seule réserve significative concerne le lieu exact du décès en 1972.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 4 novembre 1897 | Naissance au Raincy (Seine-et-Oise). |
| 1914-1918 | Combat pendant la Première Guerre mondiale ; deux citations. |
| 1er août 1918 | Gazé au combat. |
| 1919 | Entre à l’École polytechnique, promotion X1919S. |
| Années 1920-1930 | Carrière d’ingénieur des Ponts et Chaussées. |
| Juillet 1940 | Tente de rejoindre Londres ; arrêté en Andorre puis reconduit à Laon. |
| 1941-novembre 1942 | Organise et alimente un service de renseignements dans l’Aisne avec André Boulloche et Pierre Pène. |
| Janvier-novembre 1943 | Organise l’Armée secrète dans l’Aisne. |
| 1943 | Chef départemental du BOA ; obtient trois parachutages d’armes et en organise la distribution. |
| Fin 1943-1944 | Recherché par la Gestapo ; poursuit clandestinement son activité à Nancy sous le pseudonyme « Dubourg ». |
| 1944 | Adjoint de Gilbert Grandval, délégué militaire de la Région C ; participe à l’organisation du plan vert, des transmissions et des parachutages. |
| Septembre 1944 | Mission auprès du maquis de la Piquante-Pierre dans les Vosges. |
| Septembre-octobre 1944 | Participe à la guérilla du maquis contre les forces allemandes. |
| Fin 1944-1945 | Termine la guerre comme commandant FFI. |
| 17 novembre 1945 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| Après-guerre | Reprend sa carrière dans les Ponts et Chaussées ; devient ingénieur en chef. |
| 7 janvier 1972 | Décès ; divergence documentaire entre Tréminis et Eaubonne. |
| 14 mars 2023 | Ses décorations et plusieurs souvenirs personnels sont remis au musée de l’Ordre de la Libération. |
| 12 mai 2025 | Stèle inaugurée à l’École nationale des ponts et chaussées en hommage à sept ingénieurs Compagnons, dont Jean Bertin. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Lieu de décès | Ordre de la Libération | Tréminis (Isère) | Source institutionnelle ; indique également son inhumation à Tréminis. |
| Lieu de décès | Article secondaire fondé sur l’état civil du Raincy | Eaubonne (Val-d’Oise) | Divergence sérieuse car attribuée à une mention marginale d’état civil ; acte original à contrôler. |
| Date de décès | Sources concordantes | 7 janvier 1972 | Donnée retenue sans réserve. |
| Identité archivistique | SHD GR 16 P | Jean Charles Camille Bertin, 04.11.1897, Le Raincy | Permet de distinguer avec certitude le Compagnon des nombreux homonymes Jean Bertin. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Jean Bertin. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jean-bertin
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Répertoire nominatif GR 16 P, source de la cote GR 16 P 54437 et du contrôle d’homonymie. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
X-Résistance — École polytechnique — Documentation sur le BCRA, les réseaux et les délégués du CFLN. https://x-resistance.polytechnique.org/bcra.html
X-Résistance — École polytechnique — Documentation consacrée aux évadés de France. https://x-resistance.polytechnique.org/evad.html
Ordre de la Libération — Notice de Pierre Pène, utilisée pour le recoupement du dispositif de renseignement dans l’Aisne. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-pene
Ordre de la Libération — Lettre d’information de mars 2023 sur la remise au musée des souvenirs de Jean Bertin. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/lettre-dinformation-mars-2023-1
Ordre de la Libération — Lettre d’information de mai 2025 sur l’hommage de l’École nationale des ponts et chaussées. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/lettre-dinformation-mai-2025
Wikipédia — Article développé « Jean Bertin (résistant) », consulté comme source secondaire, notamment pour repérer la divergence d’état civil relative au lieu de décès. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Bertin_(résistant)