Émile Charles BELLET, né le 20 juin 1911 à Boulogne-sur-Seine, aujourd’hui Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), mort pour la France le 13 avril 1942 à Bir Hakeim (Libye), Français, peintre décorateur puis militaire de l’infanterie coloniale, soldat des Forces françaises libres, Compagnon de la Libération par décret du 7 mars 1941. Le répertoire du Service historique de la Défense confirme les prénoms « Emile Charles », la naissance le 20 juin 1911 et l’homologation FFL sous la cote GR 16 P 44961.
Jeunesse et formation
Émile Bellet naît dans un milieu populaire : son père est mécanicien et sa mère blanchisseuse. Avant de choisir la carrière militaire, il exerce le métier de peintre décorateur. En 1931, âgé de vingt ans, il s’engage dans l’armée à Nevers et choisit l’infanterie de marine.
La documentation institutionnelle actuellement accessible ne fournit pas davantage de renseignements sûrs sur son enfance, sa scolarité ou ses premières années professionnelles. Cette lacune documentaire est notable pour un Compagnon dont la carrière combattante est, en revanche, relativement bien établie.
Engagement dans la Résistance
Au moment de l’armistice de juin 1940, Émile Bellet sert au 24e Régiment d’infanterie coloniale à Tripoli, au Liban. Le 27 juin, après la décision du général Eugène Mittelhauser de cesser le combat au Levant, il refuse l’armistice. Avec le capitaine Raphaël Folliot et les volontaires de sa compagnie, il franchit la frontière vers la Palestine grâce à de faux ordres de mission.
Ce ralliement, accompli neuf jours seulement après l’appel du général de Gaulle, place Bellet parmi les Français libres de la première heure.
Les hommes sont regroupés au camp de Moascar, en Égypte. En juillet, la compagnie Folliot est rejointe par environ 350 hommes du 3e bataillon du 24e RIC conduits depuis Chypre par le capitaine Jacques Lorotte. Ces éléments constituent ensemble le 1er Bataillon d’infanterie de marine, l’une des toutes premières unités combattantes de la France libre.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Émile Bellet appartient aux Forces françaises libres et au 1er Bataillon d’infanterie de marine. Il ne relève pas d’un réseau clandestin de Résistance intérieure.
L’Ordre de la Libération rattache explicitement sa notice au 1er BIM. L’instrument institutionnel consacré aux unités militaires confirme par ailleurs son appartenance aux formations combattantes de la France libre issues du 24e RIC.
Missions et actions
Avec le 1er BIM, Émile Bellet participe à la première campagne de Libye menée aux côtés des Britanniques contre les forces italiennes. Il se porte régulièrement volontaire pour des patrouilles de renseignement dans les lignes adverses.
L’un des épisodes les plus significatifs rapportés par l’Ordre de la Libération se déroule alors qu’il est détaché, sous les ordres du sergent Pierre Delsol, auprès de l’artillerie britannique. Au cours d’une mission, plusieurs de ses camarades sont immobilisés ou blessés dans un champ de mines. Bellet parcourt vingt-cinq kilomètres à pied, de nuit, afin d’aller chercher des secours.
Le 3 janvier 1941, lors de l’attaque du terrain d’aviation de Bardia, il est blessé. Évacué vers un hôpital britannique, il ne rejoint son unité que le 21 février.
Ces premières campagnes précèdent de peu sa nomination comme Compagnon de la Libération : le décret est signé le 7 mars 1941. Émile Bellet appartient ainsi au petit groupe des combattants distingués dès les premiers mois d’existence de l’Ordre.
En juin 1941, il participe à la campagne de Syrie. Il retourne ensuite en Libye avec la 1re Brigade française libre du général Marie-Pierre Koenig.
Le 13 avril 1942, au cours d’une mission de liaison près de Bir Hakeim, son véhicule est mitraillé par des avions ennemis. Grièvement atteint, Émile Bellet succombe à ses blessures à Bir Hakeim. Sa mort précède de quelques semaines la grande bataille de Bir Hakeim, qui commence à la fin du mois de mai 1942.
Arrestation / évasion / déportation
Émile Bellet n’a été ni arrêté, ni interné ni déporté selon les sources consultées.
Son passage en Palestine le 27 juin 1940 constitue néanmoins une opération clandestine de rupture avec l’autorité militaire demeurée fidèle au gouvernement de Vichy : la compagnie de Raphaël Folliot utilise de faux ordres de mission pour franchir la frontière et rejoindre les Britanniques.
Deux blessures de guerre sont documentées : celle du 3 janvier 1941 à Bardia, dont il se remet, et celle du 13 avril 1942 près de Bir Hakeim, qui lui est fatale.
Camarades de combat
Raphaël Folliot occupe une place essentielle dans son parcours : c’est avec sa compagnie qu’Émile Bellet refuse l’armistice et gagne la Palestine le 27 juin 1940. Jacques Lorotte rejoint ensuite le groupe avec les hommes venus de Chypre qui contribuent à former le 1er BIM.
Pierre Delsol est directement associé à l’un des faits d’armes documentés de Bellet : celui-ci sert sous ses ordres lorsqu’il effectue sa marche nocturne de vingt-cinq kilomètres pour chercher du secours pour des camarades blessés dans un champ de mines.
Marie-Pierre Koenig commande ensuite la 1re Brigade française libre avec laquelle Bellet revient combattre en Libye.
L’appartenance commune au 24e RIC et au 1er BIM rapproche également son parcours de celui de nombreux autres Compagnons. L’instrument des unités militaires permet d’établir ces communautés de service, mais elles ne doivent pas être transformées sans preuve en relations personnelles.
Retour à la vie civile
Émile Bellet ne connaît aucun retour à la vie civile. Engagé dans l’armée depuis 1931, il reste militaire jusqu’à sa mort au combat le 13 avril 1942, à trente ans.
Il est d’abord inhumé à Bir Hakeim. Après la guerre, son corps est exhumé et transféré au cimetière militaire français de Tobrouk, en Libye.
Décorations
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Émile Bellet est nommé Compagnon par décret du 7 mars 1941. Le fonds personnel 1 A 70 conserve deux courriers de 1941 relatifs à cette attribution, un extrait du décret du 7 mars 1941 et sa carte de Compagnon n° 41 délivrée en 1949.
Croix de guerre 1939-1945. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée par la notice institutionnelle. Le nombre et le niveau des citations qui lui sont attachées n’ont pas été établis avec suffisamment de certitude dans les sources numériques institutionnelles consultées.
Lieux de mémoire
Boulogne-sur-Seine, aujourd’hui Boulogne-Billancourt, est son lieu de naissance. La ville conserve donc un lien mémoriel direct avec ce Compagnon. Le Souvenir Français des Hauts-de-Seine lui a notamment consacré une notice historique.
Tripoli, au Liban, correspond à sa garnison au moment de l’armistice. La frontière palestinienne et le camp de Moascar, en Égypte, marquent son passage dans la France libre et la constitution du 1er BIM.
Bardia est associé à sa blessure du 3 janvier 1941. La Syrie constitue une autre étape de son parcours en juin 1941. Enfin, Bir Hakeim est à la fois le lieu de sa dernière mission et celui de sa mort, le 13 avril 1942.
Tobrouk constitue son lieu de mémoire funéraire : sa dépouille, initialement enterrée à Bir Hakeim, y est transférée après la guerre.
L’Ordre de la Libération conserve en outre son fonds personnel sous la cote 1 A 70. Celui-ci comprend notamment les pièces relatives à l’attribution de la Croix de la Libération, une copie de son acte de décès et des documents provenant de la Division des archives des victimes des conflits contemporains.
Références bibliographiques
Mémorial des Compagnons 1940-1945 : Compagnons morts entre le 18 juin 1940 et le 8 mai 1945, Paris, Imprimerie nationale, 1961. L’instrument archivistique de l’Ordre indique explicitement qu’un extrait de ce mémorial est conservé dans le fonds personnel 1 A 70 d’Émile Bellet.
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général de référence permettant de replacer Émile Bellet parmi les premiers combattants de la France libre.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude utile pour replacer le choix de juin 1940 et les premiers engagements de Bellet dans l’expérience collective des Compagnons.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Dictionnaire biographique de référence consacré aux Compagnons de la Libération.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle d’Émile Bellet, source principale pour sa biographie, son ralliement, le 1er BIM, les campagnes, ses blessures, sa mort et ses décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/emile-bellet
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons, lettre B — Instrument de recherche décrivant le fonds personnel 1 A 70, les pièces relatives à la Croix de la Libération, l’état civil et les recherches postérieures sur Émile Bellet. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Répertoire nominatif de la sous-série GR 16 P confirmant « BELLET, Emile Charles », né le 20 juin 1911 à Boulogne-Billancourt, sous la cote GR 16 P 44961, avec homologation FFL. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument institutionnel utilisé pour replacer Émile Bellet dans les unités combattantes issues du 24e RIC et de la France libre. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Souvenir Français des Hauts-de-Seine — Notice consacrée à Émile Bellet, reprenant son parcours du 24e RIC au 1er BIM, sa mort à Bir Hakeim et le transfert ultérieur de sa dépouille à Tobrouk. https://www.souvenir-francais-92.org/page/43
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense, Vincennes — GR 16 P 44961, BELLET Émile Charles.
La cote, les prénoms, la date et le lieu de naissance ainsi que l’homologation FFL sont directement vérifiés dans le répertoire nominatif de la sous-série GR 16 P : « BELLET, Emile Charles », né le 20 juin 1911 à Boulogne-Billancourt, GR 16 P 44961, homologué.
Le même instrument comporte également une entrée GR 16 P 45014 au nom de « BELLET, Emile Charles Etienne », avec exactement la même date et le même lieu de naissance. Cette seconde entrée n’est pas indiquée comme homologuée dans l’extrait consulté. Elle paraît donc correspondre à un dossier ou à une entrée distincte concernant vraisemblablement le même homme, mais il serait imprudent de fusionner les deux cotes sans examen matériel des dossiers.
Le dossier original GR 16 P 44961 n’a pas été matériellement dépouillé pièce par pièce pour cette notice. La cote et l’homologation ont été vérifiées dans l’instrument du SHD ; il ne serait donc pas exact de présenter le dossier physique comme directement consulté.
Le fonds complémentaire de l’Ordre de la Libération, coté 1 A 70, couvre la période 1941-2006. Il conserve deux courriers relatifs à la Croix de la Libération, l’extrait du décret du 7 mars 1941, la carte de Compagnon n° 41, une copie de l’acte de décès et des documents provenant du dossier DAVCC AC 21 P 18128.
Observations
Une divergence d’état civil doit impérativement être signalée. Le cartouche actuel de la notice de l’Ordre de la Libération affiche une naissance le 19 juin 1911, alors que le corps même de cette notice indique le 20 juin 1911. Le répertoire nominatif du SHD donne lui aussi le 20 juin 1911 pour Émile Charles Bellet. Cette dernière date, confirmée par une seconde entrée du répertoire et reprise par d’autres sources, est donc retenue ici.
Le lieu de naissance est présenté selon les époques comme Boulogne-sur-Seine ou Boulogne-Billancourt. Il ne s’agit pas d’une divergence substantielle : la commune de Boulogne-sur-Seine a pris officiellement le nom de Boulogne-Billancourt en 1926.
Enfin, il faut éviter une erreur chronologique fréquente : Émile Bellet est mort près de Bir Hakeim le 13 avril 1942, lors d’une mission de liaison, et non pendant la grande bataille de Bir Hakeim, qui se déroule du 27 mai au 11 juin 1942. La notice institutionnelle permet de distinguer clairement ces deux événements.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources institutionnelles concordantes et complémentaires : la biographie de l’Ordre de la Libération, son fonds personnel 1 A 70, le répertoire nominatif du Service historique de la Défense qui confirme l’homologation FFL sous la cote GR 16 P 44961, ainsi que les instruments relatifs aux unités militaires. Le ralliement du 27 juin 1940, la constitution du 1er BIM, les campagnes de Libye et de Syrie, la blessure de Bardia et la mort du 13 avril 1942 sont solidement établis. La principale réserve concerne la discordance entre les 19 et 20 juin 1911 pour la naissance ; le 20 juin est retenu parce qu’il est donné par le corps de la notice institutionnelle et surtout par le répertoire nominatif du SHD.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 20 juin 1911 | Naissance à Boulogne-sur-Seine, aujourd’hui Boulogne-Billancourt. |
| 1931 | S’engage dans l’armée à Nevers et choisit l’infanterie de marine. |
| Juin 1940 | Sert au 24e RIC à Tripoli, au Liban. |
| 27 juin 1940 | Refuse l’armistice et passe en Palestine avec le capitaine Folliot et les volontaires de sa compagnie. |
| Été 1940 | Regroupement à Moascar ; constitution du 1er Bataillon d’infanterie de marine. |
| 1940-1941 | Première campagne de Libye ; patrouilles de renseignement dans les lignes adverses. |
| 3 janvier 1941 | Blessé lors de l’attaque du terrain d’aviation de Bardia. |
| 21 février 1941 | Rejoint son unité après son hospitalisation. |
| 7 mars 1941 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| Juin 1941 | Participe à la campagne de Syrie. |
| 1941-1942 | Retourne combattre en Libye avec la 1re Brigade française libre. |
| 13 avril 1942 | Mitraillé au cours d’une mission de liaison près de Bir Hakeim ; meurt de ses blessures. |
| Après 1945 | Sa dépouille est transférée de Bir Hakeim au cimetière militaire français de Tobrouk. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Date de naissance | Cartouche de l’Ordre de la Libération | 19 juin 1911 | Divergence interne à la notice institutionnelle. |
| Date de naissance | Corps de la notice de l’Ordre | 20 juin 1911 | Concorde avec le SHD ; date retenue. |
| Date de naissance | SHD, GR 16 P 44961 | 20 juin 1911 | Source archivistique déterminante ; date retenue. |
| Dossier GR 16 P | SHD | GR 16 P 44961, Émile Charles Bellet, homologué | Cote principale retenue. |
| Autre entrée GR 16 P | SHD | GR 16 P 45014, Émile Charles Étienne Bellet | Même naissance ; relation exacte entre les deux dossiers à vérifier sur les originaux. |
Sources consultées le 21 septembre 2026
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle consultée pour le ralliement, la constitution du 1er BIM, les campagnes, les faits d’armes, les blessures, la mort et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/emile-bellet
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons — Instrument consulté pour le fonds 1 A 70, la carte de Compagnon n° 41, l’acte de décès et le dossier DAVCC AC 21 P 18128. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne — Répertoire consulté pour contrôler les prénoms, la naissance, la cote GR 16 P 44961, l’homologation FFL et l’existence de l’entrée GR 16 P 45014. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument consulté pour replacer Émile Bellet parmi les combattants des unités de la France libre. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Souvenir Français des Hauts-de-Seine — Notice consultée en complément pour le lien mémoriel avec Boulogne-Billancourt et le transfert de la dépouille à Tobrouk. https://www.souvenir-francais-92.org/page/43