Louis Alfonse BÉGUIN, né le 6 octobre 1911 à Vignoux-sur-Barangeon (Cher), mort pour la France le 8 mai 1944 à San Ambrosio, en Italie, Français, militaire de carrière des troupes coloniales, soldat puis caporal des Forces françaises libres, Compagnon de la Libération par décret du 7 mars 1941. La forme « Louis Alfonse » est notamment attestée par l’indexation issue de Mémoire des hommes.
Jeunesse et formation
Louis Béguin naît dans un milieu modeste : son père est employé dans le secteur de l’électricité et sa mère est ouvrière. Avant son entrée dans l’armée, il travaille lui-même comme manœuvre.
En janvier 1932, à vingt ans, il choisit la carrière militaire. Il sert d’abord au Maroc au 6e Régiment de tirailleurs sénégalais, jusqu’à la fin de 1935. Il est ensuite envoyé en Indochine comme soldat de 2e classe au 9e Régiment d’infanterie coloniale. En août 1939, à la veille de la guerre en Europe, il est affecté au Levant et rejoint la 3e compagnie du 24e Régiment d’infanterie coloniale.
Engagement dans la Résistance
Après l’armistice de juin 1940, Louis Béguin choisit immédiatement de poursuivre la guerre. Le 28 juin 1940, avec des hommes du 24e RIC, il rallie les Forces françaises libres en Égypte. Il rejoint dès sa création le 1er Bataillon d’infanterie de marine, constitué autour d’éléments du 24e RIC ayant refusé la cessation des combats, sous l’autorité notamment des capitaines Raphaël Folliot et Jacques Lorotte.
Son engagement relève entièrement de la Résistance extérieure. Il ne passe pas par un réseau clandestin métropolitain : son parcours est celui d’un soldat de l’Empire qui, présent au Levant en juin 1940, rallie très tôt la France libre et demeure au combat jusqu’à sa mort en Italie.
Le caractère exceptionnellement précoce de ce ralliement explique qu’il appartienne à la première génération des Compagnons : son décret de nomination date du 7 mars 1941, et il reçoit effectivement la Croix de la Libération en Palestine quelques semaines plus tard.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Louis Béguin appartient aux Forces françaises libres. Ses deux principales unités combattantes sont le 1er Bataillon d’infanterie de marine (BIM), puis le Bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique (BIMP). La notice institutionnelle de l’Ordre mentionne explicitement ces deux formations.
Son parcours commence toutefois au 24e RIC, dont une partie des hommes rallie la France libre en Égypte. L’instrument institutionnel consacré aux unités militaires confirme Louis Béguin parmi les Compagnons issus de ce régiment.
Missions et actions
Le 6 septembre 1940, avec la 1re compagnie du BIM, Louis Béguin quitte Ismaïlia et gagne la région de Marsa Matrouh, où l’unité est engagée aux côtés de la 7e Division blindée britannique. Il participe ainsi à la première campagne de Libye contre les forces italiennes. Son comportement lui vaut une citation soulignant son calme au combat, son endurance et son esprit d’initiative.
De retour en Égypte en mai 1941, il stationne en Palestine. C’est là qu’il reçoit la Croix de la Libération. Il participe ensuite à la campagne de Syrie en juin 1941.
Revenu en Libye avec le BIM, il combat au sein de la brigade commandée par le général Marie-Pierre Koenig. Du 27 mai au 11 juin 1942, il prend part à la défense de Bir Hakeim, l’un des engagements majeurs de la France libre.
Les pertes du BIM et du Bataillon du Pacifique sont lourdes ; les deux unités ont notamment perdu leur commandant. Elles fusionnent après la bataille pour former le Bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique. Louis Béguin est affecté au BIMP le 16 juin 1942.
Avec cette nouvelle unité, il participe en octobre 1942 à la bataille d’El Alamein, puis aux opérations de Tunisie. À l’issue de cette campagne, en mai 1943 selon les synthèses biographiques concordantes, il est promu caporal.
En avril 1944, le BIMP débarque en Italie avec la 1re Division française libre. Le 8 mai 1944, alors que les troupes françaises se préparent à la bataille du Garigliano, Louis Béguin est tué par l’explosion d’une mine à San Ambrosio. Son corps ne peut être retrouvé.
Arrestation / évasion / déportation
Aucune arrestation, captivité, évasion ou déportation n’est documentée.
Le passage de Louis Béguin dans la Résistance ne résulte pas d’une évasion de France métropolitaine : déjà en service au Levant, il rallie les Forces françaises libres en Égypte le 28 juin 1940.
Camarades de combat
Raphaël Folliot et Jacques Lorotte sont directement associés à son ralliement : le 1er BIM est constitué à partir des éléments du 24e RIC ayant choisi de continuer la guerre sous leur commandement.
Marie-Pierre Koenig commande la brigade française libre dans laquelle Béguin combat à Bir Hakeim. Après cette bataille, son unité fusionne avec le Bataillon du Pacifique pour constituer le BIMP.
L’appartenance au 24e RIC, au BIM puis au BIMP place également Louis Béguin aux côtés de plusieurs autres Compagnons de la Libération. L’instrument des unités militaires permet d’établir ces communautés de service ; elles ne doivent cependant pas être transformées, sans documentation complémentaire, en relations personnelles supposées.
Retour à la vie civile
Louis Béguin ne connaît aucun retour à la vie civile. Engagé dans l’armée depuis janvier 1932, il demeure sous les armes pendant toute la guerre et meurt au combat le 8 mai 1944, à trente-deux ans.
Son corps n’ayant pas été retrouvé après l’explosion de la mine à San Ambrosio, il ne possède pas de sépulture individuelle identifiée dans les sources institutionnelles consultées. Le fonds de l’Ordre conserve néanmoins des documents et photographies relatifs au cimetière et à une sépulture commémorative, ce qui mérite d’être distingué de la récupération effective de sa dépouille.
Décorations
Chevalier de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade de chevalier est expressément attesté par la notice institutionnelle. La date précise de nomination n’a pas été établie avec suffisamment de certitude dans les sources numériques consultées.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Louis Béguin est nommé Compagnon par décret du 7 mars 1941. Le fonds personnel 1 A 66 conserve un télégramme du 24 février 1941, l’extrait du décret du 7 mars et une copie de la citation accompagnant la Croix de la Libération.
Croix de guerre 1939-1945 avec une citation. Source : Ordre de la Libération. La décoration et l’existence d’une citation sont expressément attestées. Les archives personnelles conservent en outre des copies de citations à l’ordre des Troupes françaises d’Orient.
Médaille coloniale avec agrafes « Libye 1941 » et « Bir-Hakeim 1942 ». Source : Ordre de la Libération. La médaille et ces deux agrafes sont expressément attestées. Le fonds 1 A 66 conserve également une copie du diplôme d’attribution et un certificat de droit au port de la Médaille coloniale avec agrafe.
Lieux de mémoire
Vignoux-sur-Barangeon, dans le Cher, est son lieu de naissance. Son parcours militaire d’avant-guerre conduit ensuite du Maroc à l’Indochine, puis au Levant.
Ismaïlia et Marsa Matrouh marquent ses premiers mois de combattant de la France libre. La Libye, puis la Palestine et la Syrie, constituent les principales étapes de 1940-1941. Bir Hakeim est le lieu emblématique de son parcours : il y combat avec le BIM du 27 mai au 11 juin 1942.
El Alamein et la Tunisie jalonnent la période du BIMP en 1942-1943. Enfin, San Ambrosio, dans le secteur du Garigliano en Italie, est le lieu de sa mort le 8 mai 1944.
L’Ordre de la Libération conserve un fonds personnel particulièrement intéressant, coté 1 A 66. Outre les documents relatifs à la Croix de la Libération, il comprend dix pièces de correspondance de guerre de 1939-1941, une attestation de service dans les unités du Comité national français, un laissez-passer de 1940, des citations, un ordre de mission de 1943, des documents relatifs à la Médaille coloniale, son livret individuel d’homme de troupe et des photographies du Maroc et de l’Indochine.
Références bibliographiques
Mémorial des Compagnons 1940-1945 : Compagnons morts entre le 18 juin 1940 et le 8 mai 1945, Paris, Imprimerie nationale, 1961. Ouvrage particulièrement pertinent pour Louis Béguin, mort au combat le 8 mai 1944.
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général de référence sur les Compagnons ; il est expressément recensé dans l’instrument archivistique de l’Ordre.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude permettant de replacer le ralliement particulièrement précoce de Louis Béguin dans l’expérience collective des premiers Compagnons.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Dictionnaire biographique de référence permettant de confronter les données individuelles des Compagnons.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Louis Béguin, source principale pour l’état civil, le parcours militaire, le ralliement du 28 juin 1940, les campagnes d’Afrique et du Moyen-Orient, Bir Hakeim, le BIMP, la mort en Italie et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/louis-beguin
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons, lettre B — Instrument de recherche du fonds personnel 1 A 66 et source pour la cote du dossier d’homologation, les correspondances de guerre, les citations et les documents relatifs aux décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument institutionnel permettant de replacer Louis Béguin dans les unités des Forces françaises libres auxquelles il a appartenu. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Mémoire des hommes — La base officielle des morts pour la France possède une entrée correspondant à Louis Alfonse Béguin, né en 1911 à Vignoux-sur-Barangeon et mort en 1944 à San Ambrosio ; cette indexation confirme notamment son second prénom et son statut de mort pour la France.
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense, Vincennes — GR 16 P 43540, BÉGUIN Louis.
La cote est explicitement donnée par le répertoire institutionnel des archives de l’Ordre de la Libération : GR 16 P 43540. Elle se situe immédiatement après le dossier de Didier Béguin, GR 16 P 43516, ce qui permet également d’écarter une confusion entre les deux Compagnons homonymes.
Le dossier original GR 16 P 43540 n’a pas été matériellement dépouillé pièce par pièce pour cette notice. Sa cote a été contrôlée dans l’instrument archivistique de l’Ordre ; il ne serait donc pas exact de présenter l’original du SHD comme directement consulté.
Le fonds complémentaire 1 A 66 est en revanche décrit avec une précision remarquable. Il comprend des pièces contemporaines de son ralliement et de ses combats : télégramme du 24 février 1941, décret du 7 mars 1941, dix pièces de correspondance de guerre, attestation de service de 1940, laissez-passer, citations, ordre de mission de 1943, documents relatifs à la Médaille coloniale et livret individuel d’homme de troupe.
Observations
Une divergence importante concerne la date du décès. La notice institutionnelle actuelle de l’Ordre de la Libération donne sans ambiguïté le 8 mai 1944 à San Ambrosio et décrit sa mort ce même jour par explosion d’une mine. Une indexation issue de Mémoire des hommes signalée par MémorialGenWeb donne en revanche le 14 mai sur la fiche correspondante, tandis que la base mémorielle elle-même retient le 8 mai dans sa présentation. La date du 8 mai 1944 est donc retenue ici, mais une consultation directe de la fiche originale AC 21 P 17144 serait utile pour expliquer l’anomalie.
Une seconde particularité tient au prénom complet. L’Ordre utilise simplement « Louis Béguin », tandis que l’indexation Mémoire des hommes donne « Louis Alfonse ». Cette forme est également reprise dans des listes phaléristiques. « Louis Alfonse Béguin » est donc retenu sur la première ligne, tout en conservant « Louis Béguin » comme forme usuelle.
Enfin, l’instrument du fonds 1 A 66 mentionne une « copie de l’acte de naissance (1944) » : 1944 correspond manifestement à la date de la copie conservée et non à celle de la naissance, établie au 6 octobre 1911.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources institutionnelles concordantes et complémentaires : la notice biographique de l’Ordre de la Libération, son fonds personnel 1 A 66, l’instrument des unités militaires, le dossier d’homologation SHD GR 16 P 43540 identifié par l’Ordre et l’indexation de Mémoire des hommes. Le ralliement du 28 juin 1940, les campagnes de Libye, Syrie, Bir Hakeim, El Alamein, Tunisie et Italie, ainsi que les décorations principales, sont solidement établis. Une réserve documentaire subsiste sur la divergence entre les 8 et 14 mai 1944 pour la date de décès ; le 8 mai est retenu en raison de la cohérence de la notice institutionnelle de l’Ordre et des autres sources concordantes.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 6 octobre 1911 | Naissance à Vignoux-sur-Barangeon (Cher). |
| Janvier 1932 | S’engage dans l’armée. |
| 1932-1935 | Sert au Maroc au 6e Régiment de tirailleurs sénégalais. |
| Fin 1935 | Part pour l’Indochine avec le 9e Régiment d’infanterie coloniale. |
| Août 1939 | Envoyé au Levant ; rejoint la 3e compagnie du 24e RIC. |
| 28 juin 1940 | Rallie les Forces françaises libres en Égypte. |
| 1940 | Entre au 1er Bataillon d’infanterie de marine. |
| 6 septembre 1940 | Quitte Ismaïlia avec la 1re compagnie du BIM pour rejoindre la 7e Division blindée britannique près de Marsa Matrouh. |
| 1940-1941 | Première campagne de Libye ; reçoit une citation. |
| 7 mars 1941 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| Mai 1941 | Retour en Égypte puis stationnement en Palestine ; reçoit la Croix de la Libération. |
| Juin 1941 | Participe à la campagne de Syrie. |
| 27 mai-11 juin 1942 | Participe à la bataille de Bir Hakeim avec le BIM. |
| 16 juin 1942 | Affecté au nouveau BIMP après la fusion du BIM et du Bataillon du Pacifique. |
| Octobre 1942 | Participe à la bataille d’El Alamein. |
| 1943 | Campagne de Tunisie ; promu caporal à son issue. |
| Avril 1944 | Débarque en Italie avec le BIMP et la 1re DFL. |
| 8 mai 1944 | Tué par l’explosion d’une mine à San Ambrosio ; corps non retrouvé. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Date du décès | Ordre de la Libération | 8 mai 1944 | Date retenue ; cohérente entre le cartouche et le récit biographique. |
| Date du décès | Fiche Mémoire des hommes signalée par MémorialGenWeb | 14 mai 1944 | Divergence à contrôler sur la fiche originale. |
| Prénoms | Ordre de la Libération | Louis | Forme usuelle. |
| Prénoms | Mémoire des hommes | Louis Alfonse | Forme complète retenue dans l’identification. |
| Lieu de décès | Ordre de la Libération | San Ambrosio | Graphie de la source institutionnelle ; correspond au secteur italien de Sant’Ambrogio sul Garigliano. |
Sources consultées le 21 septembre 2026
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle consultée pour l’état civil, la carrière coloniale, le ralliement, le BIM, les campagnes, Bir Hakeim, le BIMP, la mort en Italie et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/louis-beguin
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons — Instrument consulté pour le fonds 1 A 66, les pièces contemporaines du ralliement et des campagnes ainsi que la cote SHD GR 16 P 43540. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument consulté pour contrôler les appartenances militaires et replacer Louis Béguin parmi les Compagnons issus des troupes coloniales de la France libre. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Mémoire des hommes — Indexation consultée pour le nom complet « Louis Alfonse Béguin », l’état civil et la qualité de Mort pour la France. L’existence de l’entrée est confirmée par les résultats issus de la base.
MémorialGenWeb — Source secondaire utilisée uniquement pour identifier et documenter la divergence de date portée par la fiche Mémoire des hommes et la cote AC 21 P 17144 ; elle n’a pas été privilégiée contre les sources institutionnelles concordantes. https://www.memorialgenweb.org/memorial3/sep/fr/complementter.php?id=4494212&table=bp