Jean-Claude CARRIER, alias Claudin, Burin, Rabot, Jean Cheminal, né le 20 ou le 30 janvier 1897 à Anthon, hameau de Mieussy (Haute-Savoie), mort le 28 janvier 1944 à Pouilly, commune de Saint-Jeoire-en-Faucigny (Haute-Savoie), français, artisan ébéniste, militant socialiste, responsable du mouvement Libération-Sud et de l’Armée secrète en Haute-Savoie, Compagnon de la Libération à titre posthume.
Jeunesse et formation
Jean-Claude Carrier naît en janvier 1897 au hameau d’Anthon, sur la commune de Mieussy, en Haute-Savoie.
Il est issu d’une famille de petits propriétaires cultivateurs et d’artisans ruraux. Son père, Joseph Carrier, exerce une activité agricole et artisanale. Sa mère est Eugénie Chamot.
Il grandit dans un environnement familial républicain et laïque, marqué par le travail de la terre et les traditions artisanales de la vallée du Giffre.
Élève brillant, il obtient son certificat d’études primaires à onze ans et poursuit sa scolarité au collège de Bonneville.
Il doit cependant interrompre ses études à quatorze ans pour travailler auprès de son père et apprendre le métier d’ébéniste.
Cette formation professionnelle lui permet d’acquérir une connaissance approfondie du travail du bois et des techniques de fabrication du mobilier.
En 1915, alors que la Première Guerre mondiale entre dans sa deuxième année, Jean-Claude Carrier est appelé sous les drapeaux.
Il est affecté au 1er régiment d’artillerie de montagne, stationné à Grenoble.
Cette formation est spécialisée dans l’emploi de pièces d’artillerie adaptées aux terrains difficiles.
Les unités d’artillerie de montagne jouent notamment un rôle important dans les secteurs alpins et sur les fronts où les déplacements de matériel lourd sont compliqués.
En 1917, Jean-Claude Carrier est blessé au combat.
Les circonstances exactes de cette blessure ne sont pas précisées par la notice de l’Ordre de la Libération.
Il termine la guerre avec une citation militaire.
Démobilisé en septembre 1919, il possède le grade de brigadier.
Cette première expérience militaire aura une influence sur son activité résistante pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment lorsqu’il sera chargé de l’organisation et du commandement de groupes armés dans les montagnes de Haute-Savoie.
1920 — Mariage et installation à Paris
Le 30 octobre 1920, Jean-Claude Carrier épouse à Saint-Jeoire Léonie Thérèse Presset, originaire de la région.
Après leur mariage, les époux s’installent à Paris.
Jean-Claude Carrier y poursuit son activité professionnelle et s’engage dans la vie politique.
Il adhère à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO).
Son militantisme témoigne de convictions socialistes et républicaines qui joueront un rôle important dans son opposition au régime de Vichy.
Après une dizaine d’années passées dans la capitale, il décide de revenir en Haute-Savoie.
Il s’installe à Ville-en-Sallaz, où il acquiert une propriété qu’il transforme en atelier moderne d’ébénisterie.
Il devient ainsi artisan indépendant.
Son activité lui permet d’entretenir de nombreux contacts dans les communes du Faucigny, du Haut-Chablais et de la vallée du Giffre.
Parallèlement, il poursuit ses engagements syndicaux et politiques.
En 1933, il adhère à la Ligue des droits de l’homme, organisation attachée à la défense des libertés publiques et des principes républicains.
Ces convictions expliquent en partie la rapidité avec laquelle il s’opposera à la politique du maréchal Pétain.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Jean-Claude Carrier est un artisan connu dans sa région, possédant une expérience militaire et un réseau de relations professionnelles, politiques et associatives.
Ces éléments contribueront directement à ses activités clandestines.
Engagement dans la Résistance
1939-1940 — Mobilisation et refus de l’armistice
Lorsque la guerre commence en septembre 1939, Jean-Claude Carrier est mobilisé à Grenoble.
Il est affecté au contrôle des usines métallurgiques de Haute-Savoie.
Cette mission le place dans un secteur industriel important pour les fabrications militaires.
Après l’offensive allemande du 10 mai 1940 et l’effondrement des armées françaises, il refuse les conséquences de l’armistice.
Dès juin 1940, il cherche les moyens de poursuivre la lutte contre l’Allemagne et contre la politique de collaboration qui se met progressivement en place.
Sa réaction s’inscrit dans la continuité de ses convictions républicaines et de son expérience de combattant de la Première Guerre mondiale.
Il commence à réunir autour de lui des amis et des personnes partageant son refus de la défaite.
Cette première organisation repose sur des relations de confiance.
Les activités sont encore limitées, mais elles permettent de constituer les bases d’une future organisation clandestine.
Septembre 1940 — Contacts avec La Dernière Colonne
Par l’intermédiaire de Jean Rey-Millet, Jean-Claude Carrier entre en relation avec le mouvement La Dernière Colonne.
Cette organisation clandestine est fondée notamment par Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Édouard Corniglion-Molinier.
Elle constitue l’une des premières tentatives d’organisation de la Résistance dans la zone non occupée.
La Dernière Colonne cherche à rassembler des opposants au régime de Vichy et à préparer la poursuite de la lutte contre l’Allemagne.
Elle développe des activités de propagande et de recrutement.
Jean-Claude Carrier établit des contacts avec cette organisation dès ses débuts.
Ces relations constituent une étape déterminante de son engagement.
Elles lui permettent de dépasser le cadre d’une opposition individuelle pour participer à un mouvement clandestin structuré.
1941 — Fondation de Libération-Sud
Au début de l’année 1941, Emmanuel d’Astier de la Vigerie participe à la constitution du mouvement Libération, généralement désigné Libération-Sud.
Ce mouvement succède à La Dernière Colonne, désorganisée par les arrestations.
Jean-Claude Carrier rejoint la nouvelle organisation.
Il devient l’un de ses premiers responsables en Haute-Savoie.
Son action consiste à développer la propagande clandestine, à recruter de nouveaux membres et à mettre en place des circuits de renseignement.
Avec plusieurs compagnons, notamment Henri Plantaz, il organise la diffusion de journaux clandestins.
Ces publications constituent un instrument essentiel de la Résistance.
Elles permettent de contester la propagande officielle du régime de Vichy, de diffuser des nouvelles de la guerre et d’entretenir l’espoir d’une victoire alliée.
Jean-Claude Carrier participe également à la constitution de réseaux locaux capables de recueillir des renseignements sur les autorités, les installations militaires et les mouvements de troupes.
Son activité s’étend progressivement à plusieurs communes du Faucigny et de la vallée du Giffre.
La connaissance qu’il possède du terrain et de ses habitants facilite considérablement ses déplacements et ses contacts.
Mars 1942 — Entrée dans la clandestinité
En mars 1942, Jean-Claude Carrier est recherché par la police de Vichy.
Il doit abandonner sa vie professionnelle et familiale habituelle.
Cette décision intervient alors que son épouse vient de donner naissance à leur troisième fils.
Il est désormais contraint de vivre dans la clandestinité.
Il change régulièrement de domicile et utilise des identités d’emprunt.
Son activité résistante devient permanente.
Il cherche à protéger sa famille tout en poursuivant l’organisation des groupes clandestins.
Cette situation entraîne une séparation prolongée d’avec ses proches et accroît les risques auxquels ils sont exposés.
Jean-Claude Carrier devient l’une des principales figures de la Résistance naissante en Haute-Savoie.
Été 1942 — Création du camp du Môle
Pendant l’été 1942, il participe à la création du camp du Môle.
Ce camp est présenté par l’Ordre de la Libération comme le premier camp de maquisards organisé militairement dans la région.
Le Môle est une montagne du Faucigny située entre les vallées de l’Arve et du Giffre.
Son relief offre des possibilités de dissimulation et d’observation.
L’installation du camp répond à plusieurs objectifs.
Elle permet de regrouper des résistants recherchés, de préparer leur instruction militaire et de constituer une force susceptible de participer ultérieurement aux combats de la Libération.
La création de ce camp intervient avant la généralisation des maquis provoquée par l’instauration du Service du travail obligatoire en février 1943.
Elle témoigne donc de la précocité de l’organisation militaire de la Résistance haut-savoyarde.
Jean-Claude Carrier apporte à cette activité sa connaissance du terrain et son expérience acquise pendant la Première Guerre mondiale.
Appartenance à un réseau ou mouvement
La Dernière Colonne
Jean-Claude Carrier établit des contacts avec cette organisation dès septembre 1940, par l’intermédiaire de Jean Rey-Millet.
Le mouvement constitue l’une des premières structures clandestines de la zone non occupée.
Libération-Sud
Il rejoint Libération-Sud dès sa création au début de 1941.
Il devient l’un des pionniers du mouvement en Haute-Savoie et participe à l’organisation de ses structures locales.
Ses activités comprennent la propagande, le recrutement et le renseignement.
Mouvements unis de Résistance (MUR)
À partir de 1943, les organisations issues notamment de Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud sont progressivement regroupées dans les MUR.
Jean-Claude Carrier participe à cette évolution dans le cadre de ses responsabilités territoriales.
Armée secrète (AS)
En janvier 1943, il rejoint avec ses hommes l’Armée secrète.
Il reçoit des responsabilités dans l’organisation des groupes armés du Faucigny, du Haut-Chablais et de la vallée du Giffre.
Il est notamment chargé de la direction de l’action armée.
Groupes francs
Jean-Claude Carrier contribue à l’organisation et au commandement de groupes francs chargés de missions offensives.
Ces formations mènent notamment des coups de main, protègent les maquis et interviennent contre les opérations de répression.
Police du Maquis
Il participe à la création d’une organisation locale destinée à assurer la discipline et la sécurité des formations clandestines.
Cette structure doit notamment limiter les comportements susceptibles de compromettre la Résistance.
Bureau central de renseignements et d’action (BCRA)
Jean-Claude Carrier est connu des services de Londres sous les pseudonymes Burin et Rabot.
Il entretient des contacts avec Jean Rosenthal, envoyé en mission depuis Londres.
Ces relations établissent son insertion dans les liaisons entre la Résistance haut-savoyarde et les services de la France combattante.
Special Operations Executive (SOE)
En 1943, il rencontre Richard Heslop, officier britannique lié au SOE.
Cette relation ne signifie pas qu’il appartient organiquement au service britannique, mais elle témoigne des contacts opérationnels entre les maquis locaux et les missions alliées.
Forces françaises de l’intérieur (FFI)
Les documents conservés dans son dossier individuel de l’Ordre de la Libération comprennent une attestation d’homologation des grades obtenus à titre FFI ainsi qu’un certificat d’appartenance aux FFI, tous deux établis après la guerre.
Ces pièces confirment la reconnaissance administrative de son engagement armé.
Missions et actions
Janvier 1943 — Organisation de l’Armée secrète
Après l’occupation de la zone sud par les forces allemandes et italiennes en novembre 1942, la situation de la Résistance en Haute-Savoie évolue rapidement.
La dissolution de l’armée d’armistice et les perspectives de reprise des combats favorisent la constitution de nouvelles structures militaires clandestines.
Au début de janvier 1943, Jean-Claude Carrier rejoint l’Armée secrète avec les hommes qu’il commande.
Ses responsabilités concernent principalement le Faucigny et le Haut-Chablais.
Il participe à la mise en place des groupes armés et à leur préparation.
La connaissance qu’il possède du relief, des itinéraires et des populations locales constitue un avantage considérable.
Le commandement de l’action armée lui est confié en raison de son expérience et de son autorité personnelle.
Il organise les relations entre les différents groupes et cherche à assurer leur cohésion.
1943 — Organisation des maquis de la vallée du Giffre
Au cours de l’année 1943, Jean-Claude Carrier développe les formations clandestines de la vallée du Giffre.
Les recherches mémorielles locales lui attribuent notamment des responsabilités dans les camps du Môle, de Sommand et de Verchaix.
Le maquis-école de Sommand, installé dans les alpages de Mieussy, joue un rôle important dans la formation des cadres.
Les responsables locaux peuvent y recevoir une instruction destinée à améliorer leur connaissance des armes et des méthodes de combat.
Selon les travaux publiés par le Souvenir français de Haute-Savoie, Jean-Claude Carrier exerce le commandement d’un ensemble représentant environ cinq cents hommes, comprenant des maquisards et des résistants sédentaires.
Ce chiffre correspond à l’estimation de cette source régionale. Il ne doit pas être assimilé à un effectif nominal vérifié par un état militaire contemporain.
La structuration de ces groupes contribue à préparer les combats de la Libération.
Création de la Police du Maquis
Jean-Claude Carrier participe également à la création d’un service local désigné Police du Maquis.
Cette organisation doit assurer la discipline des groupes clandestins.
Elle intervient dans un contexte où l’augmentation du nombre de résistants, les pénuries et la circulation d’armes peuvent favoriser certains abus.
Son existence répond au besoin de préserver la confiance des populations locales.
Le maintien de cette confiance constitue un élément indispensable à la survie des maquis.
Les habitants fournissent en effet des renseignements, de la nourriture, des abris et des moyens de transport.
Toute action susceptible de compromettre ces relations peut entraîner des conséquences graves.
Juin 1943 — Embuscade de Ville-en-Sallaz
En juin 1943, Jean-Claude Carrier dirige une embuscade à Ville-en-Sallaz.
Un détachement italien s’est rendu dans le secteur afin d’arrêter un résistant appartenant au maquis de Verteau.
Jean-Claude Carrier intervient avec ses hommes.
L’opération met en fuite les militaires italiens.
Cette action confirme la capacité opérationnelle des groupes qu’il commande.
Elle constitue également un exemple de la volonté des résistants de s’opposer directement aux arrestations entreprises par les forces d’occupation.
L’Ordre de la Libération retient cet épisode parmi les principales actions armées de Jean-Claude Carrier.
Automne 1943 — Contacts avec les missions de Londres
À l’automne 1943, Jean-Claude Carrier rencontre à plusieurs reprises Jean Rosenthal, alias Cantinier.
Celui-ci est envoyé en mission depuis Londres pour évaluer les possibilités opérationnelles des maquis de Haute-Savoie.
Il travaille notamment avec Richard Heslop, alias Xavier, officier britannique du Special Operations Executive.
Leur mission consiste à apprécier la situation des groupes résistants et les possibilités de développement de la lutte armée.
Les renseignements recherchés concernent notamment l’importance des effectifs, les besoins en armes et les possibilités de parachutage.
Les contacts avec Jean-Claude Carrier témoignent de la place occupée par ce dernier dans l’organisation de la Résistance régionale.
Ils permettent également de faire connaître à Londres les capacités des maquis du Faucigny et du Haut-Chablais.
1943 — Intensification des activités clandestines
La multiplication des opérations expose de plus en plus Jean-Claude Carrier à la répression.
Sa tête est mise à prix.
Il doit changer régulièrement de domicile, de vêtements et d’apparence.
Il utilise notamment l’identité de Jean Cheminal.
Cette nécessité de se dissimuler ne l’empêche pas de poursuivre ses activités.
Il participe à des coups de main et dirige les groupes armés de plusieurs cantons de la vallée du Giffre.
Cependant, ses responsabilités font de lui une cible prioritaire pour les services allemands et les collaborateurs locaux.
À la fin de janvier 1944, les forces de répression disposent de renseignements leur permettant de le rechercher dans le secteur de Saint-Jeoire.
28 janvier 1944 — Attaque du hameau de Pouilly
Le 28 janvier 1944 constitue la dernière journée de la vie de Jean-Claude Carrier.
Il se trouve au hameau de Pouilly, sur la commune de Saint-Jeoire, où sa famille possède des attaches.
La région connaît alors une forte activité résistante.
Les groupes armés multiplient les opérations contre les forces allemandes et les autorités qui collaborent avec elles.
Dans la journée, plusieurs accrochages se produisent dans le secteur.
Les récits locaux mentionnent notamment l’enlèvement d’un douanier au pont du Risse et des événements survenus à proximité du pont de Fillinges.
Ces opérations contribuent à l’augmentation des tensions.
L’embuscade contre une voiture de résistants
Dans la soirée, les forces allemandes établissent des barrages routiers.
Vers 22 heures, une voiture transportant trois résistants tente de franchir un barrage situé sur la route d’Onnion.
Ses occupants sont Marcel Clavel, Robert Desbiolles et Alphonse Pasquier.
Une fusillade éclate.
Un militaire allemand est tué.
Les trois résistants sont blessés.
Marcel Clavel parvient à s’échapper et reçoit ultérieurement des soins.
Robert Desbiolles gagne la maison où se trouve Jean-Claude Carrier.
Alphonse Pasquier meurt des suites de ses blessures dans un bois voisin.
Cet épisode précède l’attaque générale du hameau.
L’arrivée des forces allemandes
Peu avant minuit, un important détachement allemand arrive à Pouilly.
Le Souvenir français de Haute-Savoie évoque environ quatre-vingt-dix hommes appartenant à une compagnie de police de sécurité stationnée dans la région d’Annemasse.
Les militaires entreprennent de fouiller les maisons.
Les habitants sont confrontés à une opération de répression particulièrement violente.
Plusieurs hommes sont abattus.
Les bâtiments sont pillés et incendiés.
Les femmes et les enfants sont contraints de quitter certaines habitations.
Le dernier combat de Jean-Claude Carrier
Jean-Claude Carrier comprend rapidement que sa maison est menacée.
Il dispose d’un mousqueton.
Il se retranche dans les parties supérieures du bâtiment et ouvre le feu contre les assaillants.
Les Allemands tentent de réduire sa résistance.
Selon la notice de l’Ordre de la Libération, il abat onze ennemis, dont un officier.
Le Souvenir français rapporte également qu’il inflige plusieurs pertes aux forces allemandes.
Le nombre exact de soldats allemands tués personnellement par Carrier ne peut cependant être confirmé indépendamment à partir des documents opérationnels consultables.
Il convient donc de conserver ce chiffre comme celui rapporté par la notice institutionnelle, sans le présenter comme un bilan contradictoirement établi.
Pendant les combats, Robert Desbiolles, réfugié dans la maison, est abattu par un agent du service de sécurité allemand.
Les assaillants ne parvenant pas à faire cesser les tirs de Jean-Claude Carrier, ils décident d’incendier le bâtiment.
Le feu se propage.
Léonie Carrier, qui se trouve auprès de son mari, parvient à s’échapper avec leur plus jeune enfant en sautant depuis les étages.
Selon la notice institutionnelle, un officier allemand facilite leur fuite.
Jean-Claude Carrier demeure dans la maison.
Le bâtiment est ravagé par l’incendie.
Il meurt brûlé vif au cours de son dernier combat, dans la nuit du 28 au 29 janvier 1944 selon le déroulement horaire rapporté par les sources locales. Sa date officielle de décès est fixée au 28 janvier 1944.
Il avait quarante-six ou quarante-sept ans selon la date de naissance finalement retenue, et allait atteindre son quarante-septième anniversaire.
Le massacre de Pouilly
La répression ne se limite pas à la mort du chef résistant.
Onze hommes perdent la vie au cours des événements.
Les listes mémorielles font notamment apparaître les noms d’Eustache Benedente, Ferdinand Chamot, Pierre Cornier, Robert Desbiolles, Jean Girod, Alfred Muschler, François Léon Parchet, Alphonse Pasquier, Clément Pasquier et Émile Salomon, aux côtés de Jean-Claude Carrier.
Les sources divergent cependant sur la composition exacte de la liste des onze victimes.
Le Musée départemental de la Résistance haut-savoyarde et le Maitron ne retiennent pas exactement les mêmes noms.
Il convient donc de distinguer le bilan global de onze morts, largement documenté, et l’identification nominative des victimes, pour laquelle subsistent des divergences.
Les sources locales mentionnent également l’incendie de neuf bâtiments, correspondant à six habitations et trois bâtiments agricoles.
D’autres présentations mémorielles font état d’un nombre supérieur de constructions détruites.
Le massacre de Pouilly constitue l’un des épisodes les plus tragiques de la répression allemande en Haute-Savoie pendant l’hiver 1943-1944.
Il témoigne de la violence exercée contre les résistants, mais aussi contre les habitants soupçonnés de leur apporter une aide.
Arrestation, évasion et déportation
Jean-Claude Carrier est recherché par la police de Vichy dès mars 1942.
Il entre alors dans la clandestinité afin d’échapper aux arrestations.
Au cours de l’année 1943, sa tête est mise à prix.
Il change régulièrement de domicile et utilise plusieurs identités.
Aucune arrestation suivie d’une détention prolongée n’a été établie avant le 28 janvier 1944.
Il n’a pas été déporté.
Il meurt au combat dans sa maison de Pouilly, incendiée par les forces allemandes.
Son décès s’inscrit dans une opération de répression collective ayant entraîné la mort de dix autres hommes.
Camarades de combat
Jean REY-MILLET — Résistant haut-savoyard, il met Jean-Claude Carrier en relation avec La Dernière Colonne dès septembre 1940. Son intervention facilite l’entrée de Carrier dans les premières structures clandestines de la zone sud.
Emmanuel d’ASTIER de LA VIGERIE — Fondateur de La Dernière Colonne puis principal dirigeant du mouvement Libération-Sud. Jean-Claude Carrier rejoint cette organisation et contribue à son implantation en Haute-Savoie.
Édouard CORNIGLION-MOLINIER — Officier et résistant, il participe à la création de La Dernière Colonne. Son action contribue aux premières tentatives de structuration de la Résistance dans la zone non occupée.
Henri PLANTAZ — Résistant de Haute-Savoie, proche collaborateur de Jean-Claude Carrier. Il participe à l’organisation de la Résistance armée dans la vallée du Giffre et le secteur de Saint-Jeoire.
Jean ROSENTHAL, alias Cantinier — Agent de la France combattante envoyé en mission depuis Londres. Il rencontre Jean-Claude Carrier à plusieurs reprises à l’automne 1943 afin d’évaluer les capacités des maquis de Haute-Savoie.
Richard HESLOP, alias Xavier — Officier britannique du Special Operations Executive. Il participe avec Jean Rosenthal à l’évaluation des formations résistantes haut-savoyardes et entretient des contacts opérationnels avec les responsables des maquis.
Clair HUMBERT — Officier résistant dont les rapports et attestations établis en septembre et octobre 1945 figurent dans le dossier individuel de Jean-Claude Carrier. Ces documents constituent des sources importantes pour l’étude de ses responsabilités militaires et de son engagement dans les FFI.
Alphonse PASQUIER — Résistant du secteur de Saint-Jeoire, il participe à l’organisation des groupes armés avec Jean-Claude Carrier et Henri Plantaz. Blessé lors de l’accrochage routier du 28 janvier 1944, il meurt avant l’attaque générale du hameau.
Robert DESBIOLLES — Résistant présent dans la voiture attaquée le 28 janvier 1944. Blessé, il parvient à se réfugier dans la maison de Jean-Claude Carrier, où il est tué par un agent allemand.
Marcel CLAVEL — Résistant présent avec Robert Desbiolles et Alphonse Pasquier lors de l’embuscade du 28 janvier 1944. Malgré sa blessure, il parvient à s’échapper et reçoit des soins.
Rubens BRUNET — Résistant cité par les travaux mémoriels haut-savoyards comme responsable de l’intendance des formations placées sous le commandement de Jean-Claude Carrier. Son rôle concerne notamment l’approvisionnement des groupes armés.
Retour à la vie civile
Jean-Claude Carrier meurt le 28 janvier 1944, plusieurs mois avant la libération de la Haute-Savoie.
Il ne connaît donc pas le retour à la vie civile.
Son engagement est cependant reconnu après la guerre.
Les autorités françaises établissent plusieurs attestations relatives à ses services dans la Résistance.
Son dossier individuel de l’Ordre de la Libération conserve notamment des documents datés de 1945 à 1948.
Ces pièces concernent son parcours clandestin, son appartenance aux Forces françaises de l’intérieur et la reconnaissance de ses grades.
Elles témoignent de l’importance accordée à son rôle dans l’organisation militaire de la Résistance en Haute-Savoie.
20 janvier 1946 — Compagnon de la Libération
Jean-Claude Carrier est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 20 janvier 1946.
Cette distinction récompense son engagement précoce dans la Résistance et son rôle dans la création des groupes armés du Faucigny et du Haut-Chablais.
Elle reconnaît également les circonstances exceptionnelles de son dernier combat.
L’attribution intervient près de deux ans après sa mort.
Son dossier individuel est conservé par l’Ordre de la Libération sous la cote 1 A 179.
1946-1948 — Reconnaissance administrative
Les archives de l’Ordre conservent plusieurs documents relatifs à la reconnaissance de ses services.
Un extrait de décret concernant la Légion d’honneur est daté du 11 juillet 1946.
Une attestation de service dans la Résistance est établie le 24 octobre 1946.
Un extrait de ses services est conservé pour l’année 1947.
Une attestation d’homologation de ses grades FFI est datée du 20 avril 1948.
Un certificat d’appartenance aux Forces françaises de l’intérieur est établi le 23 juin 1948.
Ces documents permettent de retracer la reconnaissance officielle de son engagement.
Mémoire familiale et collective
Après la guerre, la famille de Jean-Claude Carrier et les anciens résistants contribuent à préserver son souvenir.
Le massacre de Pouilly demeure un événement majeur de la mémoire locale.
Les victimes sont honorées par des cérémonies commémoratives.
Une stèle rappelle le drame du 28 janvier 1944.
Les associations d’anciens combattants et le Souvenir français participent régulièrement à ces hommages.
La commémoration du quatre-vingtième anniversaire, en janvier 2024, rappelle notamment la destruction du hameau et le sacrifice des onze victimes.
En 2026, de nouvelles cérémonies ont également été organisées pour honorer leur mémoire.
Jean-Claude Carrier demeure ainsi l’une des principales figures de la Résistance armée dans le Faucigny et le Haut-Chablais.
Décorations
Chevalier de la Légion d’honneur — À titre posthume — Distinction confirmée par l’Ordre de la Libération. Le dossier individuel 1 A 179 conserve une copie d’un extrait de décret daté du 11 juillet 1946, relatif à la Légion d’honneur. La date de publication au Journal officiel reste à contrôler sur le texte original.
Compagnon de la Libération — À titre posthume — Décret du 20 janvier 1946 — Dossier individuel 1 A 179 — Source : Ordre de la Libération. La publication au Journal officiel n’a pas été établie à partir des documents directement consultés.
Croix de guerre 1939-1945 avec palme — Attribution confirmée par l’Ordre de la Libération. La date et le texte de la citation n’ont pas été directement retrouvés.
Médaille de la Résistance française — Attribution confirmée par l’Ordre de la Libération et le Musée de la Résistance en ligne. Le décret d’attribution, sa publication au Journal officiel et la cote du dossier de médaille restent à établir par consultation de la fiche nominative officielle.
Croix de guerre 1914-1918 — La notice de l’Ordre de la Libération indique que Jean-Claude Carrier termine la Première Guerre mondiale avec une citation. Le grade, la nature précise de la citation et l’éventuelle attribution correspondante de la croix de guerre doivent être confirmés par son état signalétique et des services.
Mention Mort pour la France — Mention signalée par les travaux mémoriels de Haute-Savoie. Il s’agit d’une mention d’état civil et non d’une décoration.
Observations relatives aux décorations
La croix de la Libération est attribuée à Jean-Claude Carrier après sa mort, par décret du 20 janvier 1946.
L’inventaire officiel de son dossier individuel permet de confirmer la présence du décret.
Pour la Légion d’honneur, le dossier contient un extrait de décret du 11 juillet 1946. La vérification de la publication officielle permettrait de préciser les conditions exactes de la nomination.
La Médaille de la Résistance française est mentionnée dans les sources institutionnelles, mais ses références administratives complètes restent à établir.
La citation obtenue pendant la Première Guerre mondiale doit être distinguée des décorations attribuées pour son activité résistante pendant la Seconde Guerre mondiale.
Lieux de mémoire
Anthon, Mieussy — Haute-Savoie. Hameau natal de Jean-Claude Carrier, en janvier 1897.
Bonneville — Haute-Savoie. Ville du collège où il poursuit ses études jusqu’à l’âge de quatorze ans.
Grenoble — Isère. Ville de son affectation au 1er régiment d’artillerie de montagne pendant la Première Guerre mondiale.
Ville-en-Sallaz — Haute-Savoie. Commune où il installe son atelier d’ébénisterie et développe ses premières activités clandestines.
Le Môle — Haute-Savoie. Massif associé à la création de l’un des premiers camps de maquisards organisés militairement dans la région, pendant l’été 1942.
Sommand, Mieussy — Haute-Savoie. Secteur du maquis-école destiné à la formation des cadres des groupes armés.
Vallée du Giffre — Haute-Savoie. Principale zone d’activité résistante de Jean-Claude Carrier.
Pouilly, Saint-Jeoire — Haute-Savoie. Lieu du dernier combat et de la mort de Jean-Claude Carrier, le 28 janvier 1944.
Stèle du hameau de Pouilly — Saint-Jeoire. Monument commémoratif rappelant le massacre du 28 janvier 1944 et les noms des victimes.
Musée départemental de la Résistance haut-savoyarde — Site de Morette. Institution consacrée à l’histoire de la Résistance et de la répression en Haute-Savoie.
Musée de l’Ordre de la Libération — Paris. Institution conservant le dossier individuel 1 A 179 ainsi qu’une montre à gousset ayant appartenu à Jean-Claude Carrier.
Cette montre a été retrouvée carbonisée dans les ruines de sa maison. L’inscription Jean Carrier gravée à l’intérieur a permis d’identifier son propriétaire.
Elle est conservée sous le numéro d’inventaire N3758 et constitue un témoignage matériel particulièrement émouvant de son dernier combat.
Références bibliographiques
1061 Compagnons. Histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Perrin, Paris, 2000, 822 p. — Ouvrage de référence consacré aux parcours des Compagnons de la Libération.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Elytis, 2010, pagination non vérifiée. — Dictionnaire biographique institutionnel permettant de replacer Jean-Claude Carrier dans l’histoire générale de la Résistance.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Textuel, Paris, 2014, 442 p. — Étude historique consacrée à l’engagement des Compagnons de la Libération.
Mémorial des Compagnons de la Libération, ouvrage collectif, 1961, pagination non vérifiée. — Publication mémorielle consacrée aux résistants et aux militaires décorés de la croix de la Libération.
Drame de Pouilly, Musée départemental de la Résistance haut-savoyarde, documentation historique reprise par le site Résistance Haute-Savoie, pagination sans objet. — Présentation de l’attaque du 28 janvier 1944, des victimes et des divergences entre les listes nominatives.
Massacre du hameau de Pouilly, 28 janvier 1944 – 28 janvier 2024, Souvenir français de Haute-Savoie, publication commémorative, 2024, pagination sans objet. — Reconstitution détaillée des événements du 28 janvier 1944, des combats, des victimes et des destructions.
Jean Carrier, Compagnon de la Libération, Souvenir français de Haute-Savoie, notice historique, pagination sans objet. — Étude détaillée du parcours de Jean-Claude Carrier, de son environnement familial, de ses responsabilités dans les maquis et de sa mort.
Références internet
Ordre de la Libération — Jean-Claude CARRIER — Notice biographique officielle présentant son parcours, ses pseudonymes, son engagement dans Libération-Sud et l’Armée secrète, ses responsabilités militaires et les circonstances de sa mort — Notice biographique Jean-Claude Carrier
Ordre de la Libération — Inventaire des dossiers des Compagnons, lettre C — Répertoire archivistique de Roxane Ritter, version du 24 septembre 2025, identifiant le dossier 1 A 179 et les documents relatifs à l’homologation FFI — Inventaire des dossiers, lettre C
Musée de la Résistance en ligne — Jean-Claude CARRIER — Notice individuelle confirmant l’appartenance à l’Armée secrète et à Libération-Sud, le décès à Pouilly et les références archivistiques SHD GR 16 P 108819 et AC 21 P 38933 — Jean-Claude Carrier, Musée de la Résistance en ligne
Souvenir français de Haute-Savoie — Jean Carrier, Compagnon de la Libération — Étude historique et biographique détaillée présentant notamment son milieu familial, ses pseudonymes, l’organisation des maquis et sa mort — Jean Carrier, Compagnon de la Libération
Souvenir français de Haute-Savoie — Massacre du hameau de Pouilly, 28 janvier 1944 — Reconstitution de l’attaque allemande, des circonstances du dernier combat de Carrier et de la liste des victimes — Massacre du hameau de Pouilly
Résistance Haute-Savoie — Drame de Pouilly — Synthèse historique fondée sur les ressources du Musée départemental de la Résistance haut-savoyarde et du Maitron, présentant les événements et les différences entre les listes de victimes — Drame de Pouilly
Ordre de la Libération — Montre à gousset de Jean-Claude Carrier — Fiche de collection consacrée à la montre retrouvée carbonisée dans les ruines de la maison, inventaire N3758 — Montre à gousset de Jean-Claude Carrier
Souvenir français de Haute-Savoie — 82e anniversaire de l’attaque de Pouilly — Présentation de la cérémonie commémorative et des onze victimes de janvier 1944 — 82e anniversaire de l’attaque de Pouilly
Wikipédia — Jean-Claude Carrier — Notice encyclopédique secondaire relative à son parcours et aux événements du 28 janvier 1944 — Jean-Claude Carrier, Wikipédia
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense — GR 16 P 108819 — CARRIER Jean
La cote GR 16 P 108819 est mentionnée dans l’inventaire officiel de l’Ordre de la Libération.
Elle est également confirmée par le Musée de la Résistance en ligne.
La graphie Jean CARRIER correspond à la désignation utilisée dans certaines archives pour Jean-Claude Carrier.
L’identification est confortée par les renseignements biographiques concordants.
Le contenu intégral du dossier n’a toutefois pas été directement examiné.
Il n’est donc pas possible de préciser à partir de cette seule référence l’ensemble des services homologués ou les décisions administratives individuelles.
Service historique de la Défense — AC 21 P 38933
Le Musée de la Résistance en ligne signale également un dossier individuel conservé à Caen sous la référence AC 21 P 38933.
Cette cote constitue une source complémentaire pour les recherches concernant son décès et sa reconnaissance administrative.
Le contenu du dossier n’a pas été directement consulté.
Ordre de la Libération — Dossier individuel 1 A 179
Le répertoire officiel des archives de l’Ordre de la Libération décrit le dossier personnel de Jean-Claude Carrier sous la cote 1 A 179.
Il comprend notamment les documents suivants.
Attribution de la croix de la Libération
Mémoire de proposition établi en 1945.
Décret du 20 janvier 1946 attribuant la croix de la Libération à titre posthume.
Reçu du diplôme de la croix de la Libération du 30 mars 1966.
Renseignements administratifs
Fiche de renseignements de la chancellerie de l’Ordre du 31 janvier 1959.
Fiche annuaire de la chancellerie.
Correspondances
Vingt-sept pièces de correspondance échangées avec l’Ordre entre 1952 et 2003.
État civil
Copie d’un extrait d’acte de naissance signalé comme datant de 1903.
Copie intégrale d’un acte de naissance établie en 2000.
L’inventaire ne précise pas pourquoi une pièce de 1903 figure dans le dossier d’un homme né en 1897.
L’examen de ces documents présente un intérêt particulier pour résoudre la divergence sur la date exacte de naissance.
Archives familiales et parcours dans la Résistance
Attestation établie par le chef de bataillon Clair Humbert le 10 septembre 1945.
Rapport du chef de bataillon Clair Humbert du 23 octobre 1945.
Copie d’un extrait de décret relatif à la Légion d’honneur du 11 juillet 1946.
Attestation de service dans la Résistance du 24 octobre 1946.
Extrait des services militaires de 1947.
Attestation d’homologation des grades FFI du 20 avril 1948.
Certificat d’appartenance aux Forces françaises de l’intérieur du 23 juin 1948.
Copie d’un extrait du Journal officiel du 7 juillet 1946, établi ou transmis le 25 août 1948.
Additif non daté au rapport du chef de bataillon Clair Humbert.
Correspondances d’après-guerre
Deux documents couvrant la période 1946-1959.
Documents biographiques
Un texte biographique daté de 2002.
Décès
Copie d’un acte de décès, datée du 6 août 1948.
Presse
Deux articles publiés entre 1959 et 2020.
L’ensemble du dossier couvre une période documentaire allant de 1903 à 2020.
Les documents sont identifiés dans l’inventaire officiel, mais leur contenu individuel n’a pas été directement dépouillé.
Observations
Jean-Claude Carrier occupe une place importante dans l’histoire de la Résistance intérieure en Haute-Savoie.
Son engagement se distingue d’abord par sa précocité.
Dès l’été 1940, il refuse la défaite et cherche à organiser la lutte contre le régime de Vichy et l’occupation allemande.
Ses convictions socialistes, son appartenance à la Ligue des droits de l’homme et son expérience de combattant de la Première Guerre mondiale constituent des éléments importants de son parcours.
Son activité professionnelle d’ébéniste lui permet de disposer d’un réseau de relations locales qui facilite le recrutement et la constitution de groupes clandestins.
Il contribue ensuite à l’implantation de Libération-Sud, puis à l’organisation de l’Armée secrète dans le Faucigny et le Haut-Chablais.
La création du camp du Môle pendant l’été 1942 illustre la précocité de son engagement dans l’organisation militaire des maquis.
En 1943, ses responsabilités s’étendent à plusieurs secteurs de la vallée du Giffre.
Il participe à la formation des groupes armés et à leur discipline.
Les contacts qu’il entretient avec Jean Rosenthal et Richard Heslop témoignent de son insertion dans les relations entre les maquis de Haute-Savoie et les services alliés.
Son dernier combat, le 28 janvier 1944, constitue l’un des épisodes les plus tragiques de la répression dans la région.
Il meurt dans sa maison incendiée après avoir résisté aux forces allemandes.
Le massacre de Pouilly entraîne au total la mort de onze hommes.
La mémoire de cet événement demeure particulièrement présente dans les communes de la vallée du Giffre.
Plusieurs points appellent cependant une vigilance documentaire particulière.
La date de naissance présente une contradiction interne à la notice officielle de l’Ordre de la Libération.
La composition exacte de la liste des onze victimes varie selon les sources.
Le nombre de soldats allemands tués pendant le dernier combat de Carrier est essentiellement connu par les récits résistants et mémoriels.
Enfin, les archives disponibles permettent d’identifier plusieurs documents concernant la reconnaissance de ses grades FFI, mais leur contenu intégral n’a pas été examiné.
La consultation du dossier 1 A 179 constitue donc une étape importante pour approfondir les recherches sur son état civil, ses responsabilités militaires et les circonstances de sa mort.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité générale, la naissance à Mieussy en janvier 1897, le décès du 28 janvier 1944 à Pouilly, la profession d’ébéniste, l’engagement dans Libération-Sud, les responsabilités dans l’Armée secrète, les pseudonymes Burin, Rabot et Jean Cheminal, les principales activités clandestines, le combat final et la qualité de Compagnon de la Libération sont établis par l’Ordre de la Libération et recoupés par le Musée de la Résistance en ligne et plusieurs sources historiques haut-savoyardes. Le décret du 20 janvier 1946, le dossier individuel 1 A 179 et la cote SHD GR 16 P 108819 sont identifiés dans les ressources institutionnelles. Des réserves demeurent concernant le jour exact de naissance, certains détails des combats du 28 janvier 1944, la liste nominative des onze victimes et les références complètes de la Médaille de la Résistance française.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 20 ou 30 janvier 1897 | Naissance à Anthon, hameau de Mieussy, en Haute-Savoie. |
| Vers 1908 | Obtention du certificat d’études primaires. |
| Jusqu’en 1911 environ | Études au collège de Bonneville. |
| 1911 | Début de l’apprentissage du métier d’ébéniste auprès de son père. |
| 1915 | Incorporation au 1er régiment d’artillerie de montagne à Grenoble. |
| 1917 | Blessure pendant la Première Guerre mondiale. |
| Septembre 1919 | Démobilisation avec le grade de brigadier et une citation. |
| 30 octobre 1920 | Mariage avec Léonie Thérèse Presset à Saint-Jeoire. |
| Années 1920 | Installation à Paris ; engagement dans la SFIO. |
| Vers 1930 | Retour en Haute-Savoie et installation d’un atelier d’ébénisterie à Ville-en-Sallaz. |
| 1933 | Adhésion à la Ligue des droits de l’homme. |
| Septembre 1939 | Mobilisation à Grenoble ; affectation au contrôle des usines métallurgiques. |
| Juin 1940 | Refus de l’armistice et premiers contacts résistants. |
| Septembre 1940 | Relations avec La Dernière Colonne par l’intermédiaire de Jean Rey-Millet. |
| Début 1941 | Engagement dans le mouvement Libération-Sud. |
| 1941 | Organisation de la diffusion de journaux clandestins et de circuits de renseignement. |
| Mars 1942 | Recherché par la police de Vichy ; entrée dans la clandestinité. |
| Été 1942 | Création du camp du Môle. |
| Janvier 1943 | Intégration des groupes à l’Armée secrète. |
| Printemps 1943 | Développement des structures militaires clandestines de la vallée du Giffre. |
| Juin 1943 | Embuscade de Ville-en-Sallaz contre un détachement italien. |
| 1943 | Organisation des maquis, des groupes francs et de la Police du Maquis. |
| Automne 1943 | Rencontres avec Jean Rosenthal et Richard Heslop. |
| 1943 | Utilisation des pseudonymes Burin, Rabot et Jean Cheminal. |
| 28 janvier 1944 | Accrochages dans le secteur de Saint-Jeoire. |
| Soir du 28 janvier 1944 | Embuscade contre une voiture transportant Marcel Clavel, Robert Desbiolles et Alphonse Pasquier. |
| Nuit du 28 au 29 janvier 1944 | Attaque du hameau de Pouilly ; incendie de la maison de Carrier et mort de onze hommes au cours des événements. |
| 20 janvier 1946 | Attribution de la croix de la Libération à titre posthume. |
| 11 juillet 1946 | Décret relatif à la Légion d’honneur signalé dans le dossier individuel. |
| 24 octobre 1946 | Attestation de service dans la Résistance. |
| 20 avril 1948 | Attestation d’homologation des grades FFI. |
| 23 juin 1948 | Certificat d’appartenance aux FFI. |
| 30 mars 1966 | Reçu du diplôme de la croix de la Libération. |
| 2024 | Commémoration du quatre-vingtième anniversaire du massacre de Pouilly. |
Tableau des divergences entre sources
| Point examiné | Sources | Appréciation |
|---|---|---|
| Date de naissance | Ordre de la Libération, champ d’état civil : 30 janvier 1897. Texte biographique de la même institution : 20 janvier 1897. Souvenir français : 20 janvier 1897. | Divergence non résolue. L’acte de naissance doit être consulté avant de fixer définitivement la date. |
| Prénom usuel | Ordre de la Libération : Jean-Claude Carrier. Certains documents militaires et mémoriels : Jean Carrier. | Les deux désignations concernent le même résistant. |
| Pseudonymes | Ordre de la Libération : Burin, Rabot, Jean Cheminal. Souvenir français : également Claudin. | Les trois premiers sont institutionnellement confirmés. Claudin est retenu comme pseudonyme signalé par une source mémorielle locale. |
| Effectifs des groupes armés | Souvenir français : environ cinq cents hommes dans les formations du secteur. | Estimation régionale non directement recoupée par un état d’effectifs contemporain. |
| Bilan du dernier combat | Ordre de la Libération : onze ennemis tués par Carrier, dont un officier. Souvenir français : plusieurs pertes allemandes, avec des bilans variables selon les récits. | Le chiffre institutionnel est mentionné avec attribution. Il ne constitue pas un bilan contradictoirement vérifié. |
| Victimes françaises du massacre | Musée départemental de la Résistance haut-savoyarde et Maitron : onze morts, mais différence sur certains noms. | Le bilan global est concordant. La liste nominative nécessite un examen des actes de décès et des notices individuelles. |
| Nombre de bâtiments incendiés | Souvenir français : six maisons et trois bâtiments agricoles. Autres récits mémoriels : chiffres supérieurs. | Il convient de distinguer habitations, bâtiments agricoles et ensemble des constructions détruites. |
| Date exacte de la mort | Date officielle : 28 janvier 1944. Déroulement horaire local : combats se poursuivant dans la nuit du 28 au 29 janvier. | La date officielle du 28 janvier est retenue, sans exclure que les derniers instants du combat aient eu lieu après minuit. |
| Légion d’honneur | Ordre de la Libération : chevalier. Inventaire 1 A 179 : extrait de décret du 11 juillet 1946. | Le grade est confirmé. Publication au Journal officiel à contrôler. |
| Médaille de la Résistance française | Ordre de la Libération et Musée de la Résistance en ligne : attribution confirmée. | Décret, Journal officiel et cote individuelle restant à identifier. |
| Actes d’état civil | Inventaire 1 A 179 : extrait d’acte de naissance daté de 1903 et copie intégrale établie en 2000. | L’extrait de 1903 présente une particularité non expliquée. Ces pièces doivent être directement examinées. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — Jean-Claude CARRIER — Notice biographique institutionnelle présentant sa naissance, son engagement dans Libération-Sud, l’organisation de l’Armée secrète, les maquis de Haute-Savoie, son dernier combat et ses décorations — https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jean-claude-carrier ; Ordre de la Libération — Inventaire des dossiers des Compagnons, lettre C, version du 24 septembre 2025, dossier individuel 1 A 179 et référence SHD GR 16 P 108819 — https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_C_20250924_0.pdf ; Musée de la Résistance en ligne — Jean-Claude CARRIER — Notice individuelle confirmant son activité résistante, son décès et les références SHD GR 16 P 108819 et AC 21 P 38933 — https://www.museedelaresistanceenligne.org/personnedetail.php?id=39041 ; Souvenir français de Haute-Savoie — Jean Carrier, Compagnon de la Libération — Étude biographique relative à son milieu familial, à ses activités politiques et à l’organisation de la Résistance dans la vallée du Giffre — https://souvenir74.fr/figures/carrier-jean-claude/ ; Souvenir français de Haute-Savoie — Massacre du hameau de Pouilly, 28 janvier 1944 — Étude mémorielle consacrée aux événements, aux combats, aux victimes et aux destructions — https://souvenir74.fr/actualites/massacre-du-hameau-de-pouilly-28-janvier-1944-28-janvier-2024/ ; Résistance Haute-Savoie — Drame de Pouilly — Synthèse documentaire fondée sur les ressources du Musée départemental de la Résistance haut-savoyarde et du Maitron — https://resistance-haute-savoie.fr/evenements/drame-de-pouilly ; Ordre de la Libération — Montre à gousset de Jean-Claude Carrier — Fiche de collection, inventaire N3758 — https://www.ordredelaliberation.fr/en/collection/6320864206bf26bb27b76bf9 ; Souvenir français de Haute-Savoie — 82e anniversaire de l’attaque du hameau de Pouilly — Présentation des commémorations et de la liste des victimes — https://souvenir74.fr/actualites/saint-jeoire-82%E1%B5%89-anniversaire-de-lattaque-du-hameau-de-pouilly/ ; Wikipédia — Jean-Claude Carrier — Notice encyclopédique secondaire utilisée pour comparaison — https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Carrier