La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

CAMBAS Lucien

Lucien CAMBAS, alias « Trapèze » et « Cuistot », né le 21 août 1916 à Saint-Quirin (Moselle), mort le 14 mai 1961 à Strasbourg (Bas-Rhin), français.

Jeunesse et formation

Lucien Cambas naît le 21 août 1916 à Saint-Quirin, en Moselle, dans une famille de condition modeste. Son enfance et son adolescence sont marquées par des difficultés familiales et matérielles. Cadet d’une famille de huit enfants, il doit interrompre ses études et commencer à travailler jeune, notamment dans une scierie de Vasperviller.

En 1935, âgé de dix-neuf ans, il contracte un engagement de trois ans au régiment de sapeurs-pompiers de Sarrebourg. Des problèmes de santé entraînent sa mutation au 46e régiment d’infanterie, à Paris.

Il poursuit ensuite une carrière militaire et accède au grade de sergent-chef.

Lors de la campagne de France de mai-juin 1940, il se distingue par son comportement au combat, particulièrement le 28 mai 1940, dans les opérations menées aux abords de Lille. Son sang-froid lui vaut une citation.

Fait prisonnier par les Allemands, il refuse de se résigner à la captivité et prépare son évasion. Une première tentative échoue, mais il parvient à s’évader le 25 avril 1941.

Après avoir retrouvé la liberté, il rejoint le 24e bataillon de chasseurs alpins. Il cherche alors à quitter la France pour poursuivre la guerre contre l’Allemagne.

Engagement dans la Résistance

En novembre 1942, Lucien Cambas rencontre Louis Mangin, officier du 24e bataillon de chasseurs alpins, qui envisage de rejoindre les forces françaises combattant en Afrique du Nord.

Les deux hommes décident de passer clandestinement en Espagne.

Arrêtés en décembre 1942, ils sont internés à Pampelune. Ils y rencontrent Maurice Bourgès-Maunoury, également détenu après avoir tenté de quitter la France.

Cette rencontre est déterminante pour la suite de leur engagement clandestin : les trois hommes seront amenés à exercer des responsabilités importantes dans l’organisation de la Résistance intérieure.

Libéré le 15 mars 1943, Lucien Cambas parvient à gagner Gibraltar, puis Londres, où il arrive en mai 1943.

Il est d’abord affecté à l’état-major du général de Gaulle, puis rejoint, en août 1943, le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA).

Il se porte volontaire pour les missions clandestines en France occupée.

Le 15 septembre 1943, il est déposé par avion dans les environs de Lons-le-Saunier, dans le Jura, pour remplir une mission d’officier de liaison auprès de Louis Mangin, devenu délégué militaire en zone sud.

Son action s’inscrit désormais dans le dispositif mis en place par la France combattante pour organiser, coordonner et préparer l’emploi militaire des forces de la Résistance intérieure.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Lucien Cambas relève principalement des organismes suivants :

Bureau central de renseignements et d’action (BCRA). Il intègre ce service en août 1943 et reçoit une formation destinée à son engagement dans les missions spéciales en France occupée.

Délégation militaire de la France combattante. À partir de septembre 1943, il exerce des fonctions de liaison auprès du délégué militaire Louis Mangin.

Délégation militaire de la zone nord et de la zone sud. Après l’extension des responsabilités de Louis Mangin, le 1er octobre 1943, il participe à l’organisation des contacts avec la Résistance dans les deux zones.

Forces françaises de l’intérieur (FFI). À partir de juin 1944, il devient délégué militaire régional pour la région R3, correspondant à Montpellier et à une partie du Languedoc.

Son engagement appartient ainsi à la Résistance militaire organisée sous l’autorité de la France combattante, plutôt qu’à un mouvement politique particulier.

Missions et actions

Septembre 1943 – Février 1944 : organisation des liaisons clandestines

Installé à Paris à partir du 21 septembre 1943, Lucien Cambas est chargé d’importantes responsabilités techniques et organisationnelles.

Il assure notamment le recrutement des agents de liaison, la gestion du chiffrement des communications, les relations avec les opérateurs radio et la sécurité des contacts entre la délégation militaire et les responsables de la Résistance.

Ces tâches sont essentielles au fonctionnement du dispositif clandestin : les communications doivent permettre de transmettre les instructions de Londres, de coordonner les organisations résistantes et de préparer les opérations militaires futures.

La sécurité des transmissions et des liaisons constitue également une préoccupation permanente en raison de la surveillance exercée par les services allemands.

Au début du mois de février 1944, Maurice Bourgès-Maunoury succède à Louis Mangin dans certaines de ses responsabilités.

Il emmène Lucien Cambas à Lyon pour l’assister dans ses fonctions en zone sud, particulièrement dans la région R1.

Juin 1944 : délégué militaire régional de Montpellier

Le 6 juin 1944, jour du débarquement allié en Normandie, Lucien Cambas est nommé délégué militaire pour la région R3 de Montpellier.

À cette date, la mobilisation de la Résistance entre dans une phase décisive.

Il reçoit la responsabilité d’organiser et de coordonner des formations combattantes destinées à participer à la libération du territoire.

Le général Koenig le promeut colonel FFI le 6 juin 1944.

Cambas entreprend de recruter, de rassembler et de mettre en condition opérationnelle les forces résistantes de son secteur.

Les effectifs placés sous sa responsabilité atteignent plusieurs milliers d’hommes au mois d’août 1944.

Août 1944 : opérations de la Libération

Lors du débarquement allié de Provence, le 15 août 1944, la région de Montpellier constitue un secteur stratégique en raison des voies de communication reliant le sud-ouest de la France à la vallée du Rhône.

Les forces allemandes qui se replient depuis la région de Bordeaux cherchent notamment à rejoindre les axes permettant de s’opposer à la progression alliée.

Les formations de la Résistance coordonnées par Lucien Cambas contribuent à entraver ces mouvements.

Leurs interventions gênent les déplacements allemands et participent à la désorganisation du dispositif ennemi.

La notice de l’Ordre de la Libération attribue à l’action des formations placées sous ses ordres des pertes allemandes estimées à 6 000 tués et blessés. Ce chiffre doit être présenté comme une estimation figurant dans cette source institutionnelle, et non comme un bilan définitivement établi par confrontation des archives opérationnelles allemandes et françaises.

L’action de Cambas contribue ainsi aux opérations de libération du Languedoc et à la progression des forces alliées dans le sud de la France.

Octobre 1944 – 1945 : poursuite des responsabilités militaires

En octobre 1944, il est nommé adjoint du colonel Henri Zeller, commandant la 16e région militaire à Montpellier.

Cette nomination traduit la reconnaissance de son autorité sur les formations FFI et de ses capacités d’organisation.

En avril 1945, il rejoint la Direction générale des études et recherches (DGER), organisme successeur du BCRA.

Le 1er juin 1945, il est promu capitaine à titre définitif dans l’armée régulière.

Arrestation / évasion / déportation

Lucien Cambas connaît deux périodes de privation de liberté pendant la guerre.

La première commence lorsqu’il est fait prisonnier par les forces allemandes pendant la campagne de France de 1940.

Après une première tentative d’évasion infructueuse, il réussit à s’évader le 25 avril 1941.

La seconde intervient en décembre 1942, lorsqu’il est arrêté en Espagne alors qu’il cherche à rejoindre les forces françaises combattantes.

Il est interné à Pampelune avec Louis Mangin et Maurice Bourgès-Maunoury.

Libéré le 15 mars 1943, il poursuit son parcours vers Gibraltar et Londres.

Aucune déportation dans un camp de concentration allemand n’est mentionnée dans les sources biographiques institutionnelles examinées.

Camarades de combat

Louis MANGIN. Officier du 24e bataillon de chasseurs alpins, compagnon de passage clandestin en Espagne puis responsable de la délégation militaire auprès de laquelle Cambas exerce ses premières fonctions en France occupée.

Maurice BOURGÈS-MAUNOURY. Rencontré pendant l’internement de Pampelune. Il devient ensuite l’un des principaux responsables des délégations militaires clandestines et travaille directement avec Cambas en 1944.

Henri ZELLER. Colonel commandant la 16e région militaire de Montpellier, dont Lucien Cambas devient l’adjoint en octobre 1944.

Pierre KOENIG. Général commandant les FFI, qui promeut Lucien Cambas colonel FFI le 6 juin 1944.

Ces relations illustrent la place de Cambas au sein du dispositif militaire reliant la France combattante aux organisations armées de la Résistance intérieure.

Retour à la vie civile

Lucien Cambas ne retourne pas à la vie civile après la Libération. Il poursuit au contraire sa carrière d’officier.

Après son affectation à la DGER, il accomplit différentes missions en France et en Allemagne.

Il sert dans les forces françaises d’occupation et exerce des responsabilités administratives dans les secteurs de Freudenstadt et de Sarrebruck jusqu’en 1948.

Il poursuit ensuite son service dans les territoires d’outre-mer.

À Madagascar, il commande une compagnie d’infanterie coloniale.

Il sert également en Algérie, en Indochine et au Maroc.

Promu chef de bataillon en 1957, il retourne en Algérie, où il demeure jusqu’en août 1960.

En octobre 1960, il reçoit une affectation au 57e régiment d’infanterie de Sarrebourg.

Atteint d’une maladie contractée en service, il meurt le 14 mai 1961 à Strasbourg, à l’âge de quarante-quatre ans.

Il est inhumé à Saint-Quirin, son village natal.

Décorations

Officier de la Légion d’honneur — Distinction confirmée par l’Ordre de la Libération ; décret de promotion et publication au Journal officiel non établis lors des présentes recherches.

Compagnon de la Libération — Décret du 19 octobre 1945 selon la notice biographique de l’Ordre de la Libération. Le répertoire des archives de l’Ordre mentionne toutefois un décret du 26 septembre 1945 ; cette divergence nécessite le contrôle de l’acte original. Dossier individuel : 1 A 169.

Croix de guerre 1939-1945 — Trois citations selon l’Ordre de la Libération.

Médaille de la Résistance française — Attribution mentionnée par l’Ordre de la Libération ; décret, date de publication au Journal officiel et cote spécifique non confirmés.

Croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs — Deux citations.

Médaille des évadés.

Croix du combattant.

Croix du combattant volontaire.

Croix du combattant volontaire de la Résistance.

Médaille coloniale — Avec agrafe « Madagascar ».

Médaille commémorative de la guerre 1939-1945.

Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre.

Médaille commémorative de la campagne d’Indochine.

L’ensemble de ces distinctions figure dans la notice institutionnelle de l’Ordre de la Libération. Les dates individuelles d’attribution, à l’exception de celle de la croix de la Libération, restent à établir par les actes correspondants.

Lieux de mémoire

Saint-Quirin (Moselle). Village natal de Lucien Cambas et lieu de sa sépulture.

La commune entretient le souvenir du Compagnon de la Libération, auquel elle a accordé le titre de citoyen d’honneur.

Montpellier (Hérault). Principal secteur de ses responsabilités militaires pendant les opérations de la Libération, à partir de juin 1944.

Strasbourg (Bas-Rhin). Ville de son décès, le 14 mai 1961.

Musée de l’Ordre de la Libération, Paris. Institution assurant la conservation et la valorisation de sa mémoire parmi celle des Compagnons de la Libération.

Références bibliographiques

1061 Compagnons. Histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Perrin, 2000, 822 p. — Ouvrage de référence consacré aux parcours des Compagnons de la Libération.

Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Elytis, 2010. — Dictionnaire biographique de référence consacré aux titulaires de la croix de la Libération.

Lucien Cambas, compagnon de la Libération, article publié dans une revue locale en 2017. — Présentation de son enfance, de son milieu familial et de son parcours, apportant des éléments complémentaires à la notice institutionnelle.

Références internet

Ordre de la Libération — Lucien CAMBAS — Notice biographique institutionnelle présentant l’ensemble de son parcours militaire et résistant, ses responsabilités dans les délégations militaires et ses décorations — https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/lucien-cambas

Ordre de la Libération — Inventaire des dossiers des Compagnons, lettre C — Répertoire archivistique de Roxane Ritter, version du 24 septembre 2025, permettant d’identifier le dossier 1 A 169 et le dossier SHD GR 16 P 102484 — https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_C_20250924.pdf

Wikipédia — Lucien Cambas — Notice encyclopédique secondaire récapitulant sa carrière, son engagement et ses distinctions — https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Cambas

Dossier d’homologation consulté

Service historique de la Défense — GR 16 P 102484 — CAMBAS Lucien.

Cette cote figure dans le répertoire archivistique officiel des dossiers de Compagnons de la Libération, lettre C, publié par l’Ordre de la Libération.

L’identification du dossier est confirmée par cette source. Le contenu intégral du dossier d’homologation n’a cependant pas été directement examiné.

Ordre de la Libération — Dossier individuel 1 A 169.

L’inventaire signale notamment un mémoire de proposition pour la croix de la Libération, des correspondances, un état de services provenant du SHD, plusieurs biographies, des documents relatifs au décès et des pièces concernant les hommages rendus au Compagnon.

Observations

Le parcours de Lucien Cambas présente la particularité d’associer trois formes d’engagement : la résistance militaire dès la défaite de 1940, l’action clandestine au sein des services de la France combattante et le commandement régional des FFI au moment de la Libération.

Son rôle dans les délégations militaires constitue l’une des dimensions essentielles de son activité résistante. Il assure la continuité entre les services londoniens, les responsables clandestins et les unités combattantes mobilisées en 1944.

Son action dans la région R3 mérite d’être distinguée des opérations conduites par les autres délégations militaires régionales.

L’importance des pertes allemandes attribuées à ses formations, telle qu’elle apparaît dans la biographie officielle, demanderait une confrontation avec les archives opérationnelles pour être considérée comme définitivement établie.

Les renseignements archivistiques relatifs à son dossier de Compagnon permettent de confirmer l’existence de documents susceptibles de préciser son état de services, mais ces pièces n’ont pas été directement dépouillées.

Indice de fiabilité de la notice

Niveau A — L’identité, les dates et lieux de naissance et de décès, les principales affectations militaires, les responsabilités dans la Résistance, la nomination comme délégué militaire régional, la qualité de Compagnon de la Libération et les références archivistiques sont documentées par l’Ordre de la Libération. Les indications relatives à l’enfance sont complétées par une source locale. Des réserves demeurent sur certains détails des décorations, la date exacte du décret de la croix de la Libération et le bilan chiffré des pertes allemandes.

Chronologie

DateÉvénement
21 août 1916Naissance à Saint-Quirin, en Moselle.
1935Engagement au régiment de sapeurs-pompiers de Sarrebourg.
28 mai 1940Se distingue pendant les combats aux abords de Lille.
1940Captivité allemande.
25 avril 1941Évasion réussie.
Novembre 1942Rencontre avec Louis Mangin.
Décembre 1942Arrestation et internement en Espagne.
15 mars 1943Libération de Pampelune.
Mai 1943Arrivée à Londres.
Août 1943Affectation au BCRA.
15 septembre 1943Mission clandestine en France, près de Lons-le-Saunier.
21 septembre 1943Installation à Paris.
Février 1944Affectation à Lyon auprès de Maurice Bourgès-Maunoury.
6 juin 1944Nomination comme délégué militaire régional R3 ; promotion au grade de colonel FFI.
Août 1944Participation aux opérations de libération du Languedoc.
Octobre 1944Adjoint du colonel Zeller à Montpellier.
Avril 1945Affectation à la DGER.
1er juin 1945Promotion au grade de capitaine à titre définitif.
1948Fin de ses fonctions dans les forces françaises d’occupation en Allemagne.
1957Promotion au grade de chef de bataillon.
Août 1960Fin de son dernier séjour en Algérie.
Octobre 1960Affectation au 57e régiment d’infanterie à Sarrebourg.
14 mai 1961Décès à Strasbourg.

Tableau des divergences entre sources

Point examinéSourcesAppréciation
Décret d’attribution de la croix de la LibérationNotice biographique de l’Ordre : 19 octobre 1945. Inventaire du dossier 1 A 169 : 26 septembre 1945.Divergence documentaire réelle. L’examen de l’acte original est nécessaire pour déterminer la date exacte.
Pertes allemandes lors des opérations conduites dans la région R3Notice de l’Ordre : 6 000 tués et blessés.Estimation institutionnelle non recoupée par un état contradictoire des pertes.
Dates des autres décorationsListe institutionnelle de l’Ordre de la Libération.Distinctions identifiées, mais plusieurs décrets et dates de publication restent à établir.

Sources consultées

Ordre de la Libération, notice biographique Lucien CAMBAS — https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/lucien-cambas ; Ordre de la Libération, répertoire numérique des dossiers des Compagnons de la Libération, lettre C, version du 24 septembre 2025 — https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_C_20250924.pdf ; Wikipédia, notice Lucien Cambas, informations utilisées uniquement comme source secondaire — https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Cambas

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