Pierre BEAUGRAND, né le 26 décembre 1910 à Saint-Laurs (Deux-Sèvres), disparu le 2 janvier 1951 au Maroc, Français, médecin, officier des Forces françaises libres, lieutenant puis capitaine de chars, Compagnon de la Libération par décret du 2 juin 1943.
Jeunesse et formation
Les sources institutionnelles numériques consultées sont très laconiques sur son enfance, sa famille et ses études. Elles établissent en revanche qu’il est docteur en médecine avant la guerre. Mobilisé en 1939 comme médecin sous-lieutenant de réserve, il est affecté à l’hôpital militaire de Sedan.
Cette qualification médicale joue un rôle déterminant en juin 1940 : lorsque les Allemands occupent Sedan, Beaugrand est fait prisonnier dans l’hôpital où il sert, mais il est libéré au titre du service de santé. Il peut alors revenir à la vie civile et exerce pendant quelques mois à Paris.
Engagement dans la Résistance
Refusant la défaite, Pierre Beaugrand choisit de quitter la métropole. Sa voie de ralliement est particulièrement originale : il s’engage comme membre de l’équipage d’un cargo à destination de la Chine. Arrivé à Shanghai, il rejoint la France libre en juin 1941. La notice actuelle de l’Ordre de la Libération indique le 1er juin, tandis que d’autres sources, dont le document MVR et une synthèse biographique secondaire, donnent le 21 juin ; cette divergence est signalée plus bas et ne doit pas être artificiellement tranchée sans consultation des pièces d’engagement.
Fait remarquable, Beaugrand ne fait pas état de son doctorat en médecine lorsqu’il rallie les Forces françaises libres. Il choisit ainsi une fonction directement combattante et rejoint les chars de la France libre.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Pierre Beaugrand appartient à la Résistance extérieure et aux Forces françaises libres. Il n’est pas documenté comme membre d’un réseau clandestin de Résistance intérieure.
Au Moyen-Orient, il sert comme lieutenant à la 1re Compagnie autonome de chars de combat des FFL. Cette formation est ensuite intégrée à la 2e Division blindée ; elle devient la 1re compagnie du 501e Régiment de chars de combat. L’instrument institutionnel de l’Ordre confirme Pierre Beaugrand parmi les Compagnons ayant servi au 501e RCC.
Missions et actions
Après son ralliement en Chine, Pierre Beaugrand atteint le Moyen-Orient en septembre 1941. Lieutenant à la 1re Compagnie autonome de chars de combat, il participe aux opérations de Libye, d’Égypte et de Tunisie. Une source secondaire ajoute sa participation à la fin de la campagne de Syrie, mais la notice institutionnelle actuelle de l’Ordre ne la mentionne pas explicitement ; ce point mérite donc d’être conservé avec prudence.
Le 6 mars 1943, à l’Oued Gragour, pendant la campagne de Tunisie, il effectue une mission d’observation hors de son char lorsqu’un éclat d’obus le blesse au genou. Il est hospitalisé pendant deux mois à El Kantara. Il compte alors déjà deux citations.
Sa compagnie rejoint ensuite la 2e Division blindée et devient la 1re compagnie du 501e RCC. Le 2 juin 1943, Pierre Beaugrand est nommé Compagnon de la Libération. En juillet, dans la palmeraie de Sabratha, en Tripolitaine, le général de Gaulle lui remet personnellement la Croix de la Libération.
Avec la 2e DB, il poursuit la guerre en Europe. Le 501e RCC gagne l’Angleterre au printemps 1944 puis débarque en Normandie. Beaugrand participe à la campagne de France, à la libération de Paris et de Strasbourg, puis aux opérations en Allemagne jusqu’à Berchtesgaden. Une troisième citation récompense son comportement au cours de cette dernière phase de la guerre.
Il termine la guerre avec le grade de capitaine.
Arrestation / évasion / déportation
Pierre Beaugrand connaît une brève captivité militaire en juin 1940. Il est fait prisonnier dans l’hôpital militaire de Sedan lors de l’arrivée des troupes allemandes, puis libéré en raison de son appartenance au service de santé.
Il ne s’agit donc ni d’une évasion ni d’une libération clandestine. Aucune arrestation ultérieure, détention politique ou déportation n’est documentée.
Son départ ultérieur de France est volontaire : après quelques mois de médecine à Paris, il s’embarque sur un cargo afin de gagner l’Extrême-Orient et de trouver une voie de ralliement à la France libre.
Camarades de combat
Son appartenance au 501e RCC le place aux côtés d’un ensemble particulièrement important de Compagnons de la Libération. L’instrument institutionnel cite notamment Robert Abraham, Alain de Boissieu, Jacques Branet, Georges Buis, Daniel Divry, Robert Galley, Jacques Hébert, Rodolphe Jaeger, André Janney, Alexandre Krementchousky, Henri Malin, Raymond Meyer, Louis Michard, Jean Nanterre, Jean Rosenthal, Alfred de Schamphelaëre et Roger Touny.
Cette appartenance commune est établie ; elle ne permet cependant pas d’affirmer une relation personnelle étroite avec chacun de ces hommes sans documentation supplémentaire.
Charles de Gaulle intervient directement dans son parcours : en juillet 1943, à Sabratha, c’est de ses mains que Pierre Beaugrand reçoit la Croix de la Libération.
Retour à la vie civile
Après la guerre, Pierre Beaugrand abandonne la carrière militaire et reprend la médecine. Il s’installe au Maroc.
En février 1950, il est nommé chirurgien à l’hôpital d’Ouezzane et médecin du groupe sanitaire mobile. Cette double fonction le conduit à exercer une médecine hospitalière mais aussi à se déplacer pour porter assistance aux populations éloignées des structures de soins.
Le 2 janvier 1951, appelé auprès d’un malade, il entreprend de traverser à pied un oued en crue. Il est emporté par le courant. Son corps n’est jamais retrouvé. La notice de l’Ordre situe son décès au Maroc ; les sources secondaires précisent Ouezzane ou ses environs.
Décorations
Chevalier de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade de chevalier est expressément attesté. La date exacte de nomination n’a pas été établie avec suffisamment de certitude dans les sources institutionnelles numériques consultées.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Pierre Beaugrand est nommé Compagnon par décret du 2 juin 1943. Le fonds 1 A 63 conserve un extrait du décret, établi le 10 août 1943.
Croix de guerre 1939-1945 avec trois citations. Source : Ordre de la Libération. Trois citations sont expressément attestées. Deux sont acquises pendant les campagnes d’Afrique ; la troisième est liée à la dernière phase des opérations jusqu’à Berchtesgaden.
Médaille coloniale avec agrafes « Libye » et « Tunisie ». Source : Ordre de la Libération. La médaille et ces deux agrafes sont expressément attestées.
Médaille des Blessés. Source : Ordre de la Libération. Elle est attestée par la notice institutionnelle ; sa blessure au genou par éclat d’obus, reçue le 6 mars 1943 à l’Oued Gragour, est précisément documentée.
Officier du Nichan Iftikhar. Source : Ordre de la Libération. Cette décoration tunisienne et le grade d’officier sont expressément attestés par la notice institutionnelle.
Lieux de mémoire
Saint-Laurs, dans les Deux-Sèvres, est son lieu de naissance. Sedan constitue le premier lieu marquant de son parcours de guerre : médecin militaire dans l’hôpital de la ville, il y est fait prisonnier en juin 1940 avant d’être libéré au titre du service de santé.
Shanghai est le lieu de son ralliement à la France libre en 1941. Le Moyen-Orient, la Libye, l’Égypte et la Tunisie jalonnent ensuite son parcours de combattant. L’Oued Gragour est associé à sa blessure du 6 mars 1943, tandis que Sabratha est le lieu où de Gaulle lui remet la Croix de la Libération en juillet 1943.
La Normandie, Paris, Strasbourg et Berchtesgaden constituent les principales étapes françaises et allemandes mentionnées dans sa notice institutionnelle au sein de la 2e DB.
Ouezzane, au Maroc, est enfin associé à sa carrière médicale après-guerre et à sa disparition le 2 janvier 1951 alors qu’il tente de porter secours à un malade. Son corps n’ayant jamais été retrouvé, Pierre Beaugrand n’a pas de sépulture connue.
L’Ordre de la Libération conserve son dossier individuel 1 A 63. Il est relativement peu volumineux : l’instrument mentionne l’extrait du décret de la Croix de la Libération, un bulletin d’adhésion à la Société d’entraide des Compagnons, une fiche d’annuaire et un article de presse de 1951.
Références bibliographiques
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général de référence permettant de replacer Pierre Beaugrand dans l’histoire collective des Compagnons et des combattants de la France libre. La référence est confirmée par l’instrument de recherche de l’Ordre.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude consacrée aux itinéraires et à l’expérience des Compagnons de la Libération ; elle fournit un cadre utile pour comprendre la rupture volontaire de Beaugrand avec la France occupée et son ralliement à la France libre.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Dictionnaire biographique de référence pour la vérification et la mise en perspective des parcours individuels des Compagnons.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Pierre Beaugrand, source principale pour son parcours de médecin militaire, sa captivité, son ralliement, les campagnes d’Afrique, sa blessure, la 2e DB, ses décorations et sa mort. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-beaugrand
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons, lettre B — Instrument de recherche identifiant le fonds personnel 1 A 63 et le dossier d’homologation SHD GR 16 P 41456. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument confirmant Pierre Beaugrand parmi les Compagnons du 501e Régiment de chars de combat. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Mémoire Vive de la Résistance — Document thématique « Médecins Compagnons de la Libération », comportant une présentation synthétique de Pierre Beaugrand. https://mvr.asso.fr/wp-content/uploads/2025/07/MEDECINS-COMPAGNONS-DE-LA-LIBERATION.pdf
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense, Vincennes — GR 16 P 41456, BEAUGRAND Pierre.
La cote est explicitement donnée dans l’instrument institutionnel des archives de l’Ordre de la Libération parmi les « dossiers d’homologation des services de la Résistance » conservés au SHD : « GR 16 P 41456, BEAUGRAND Pierre ».
Le dossier original GR 16 P 41456 n’a cependant pas été matériellement dépouillé pièce par pièce pour la présente notice. La cote a été vérifiée dans l’instrument institutionnel ; il ne serait pas exact de présenter le dossier original comme directement consulté.
Le fonds complémentaire de l’Ordre de la Libération est coté 1 A 63. Il conserve notamment un extrait daté du 10 août 1943 du décret du 2 juin 1943 attribuant à Pierre Beaugrand la Croix de la Libération.
Observations
Une divergence réelle concerne la date du ralliement à Shanghai. La notice actuelle de l’Ordre de la Libération indique le 1er juin 1941 ; le document de Mémoire Vive de la Résistance et plusieurs sources secondaires indiquent le 21 juin 1941. Faute d’accès direct à l’acte d’engagement ou à l’état des services original, cette divergence doit rester signalée.
Une autre précision concerne son décès. L’Ordre indique « Maroc » comme lieu de décès et explique qu’il est emporté par un oued le 2 janvier 1951 alors qu’il tente de rejoindre un malade. Des sources secondaires associent explicitement l’événement à Ouezzane. La formulation prudente « disparu au Maroc, dans la région où il exerçait à Ouezzane » est donc préférable tant qu’un acte d’état civil ou un dossier administratif n’a pas été directement vérifié.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources institutionnelles concordantes et complémentaires, principalement la notice biographique et les instruments d’archives de l’Ordre de la Libération, qui permettent d’identifier le fonds personnel 1 A 63 et le dossier d’homologation SHD GR 16 P 41456. Le parcours militaire, la blessure du 6 mars 1943, l’appartenance au 501e RCC, la nomination comme Compagnon et les circonstances de la disparition sont solidement établis. Une incertitude demeure sur la date exacte du ralliement à Shanghai — 1er ou 21 juin 1941 — et justifie de maintenir explicitement les deux données jusqu’à consultation d’une pièce primaire décisive.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 26 décembre 1910 | Naissance à Saint-Laurs (Deux-Sèvres). |
| 1939 | Médecin sous-lieutenant de réserve ; affecté à l’hôpital militaire de Sedan. |
| Juin 1940 | Fait prisonnier à Sedan puis libéré au titre du service de santé. |
| 1940-1941 | Exerce la médecine pendant quelques mois à Paris. |
| 1941 | S’embarque comme membre d’équipage sur un cargo à destination de la Chine. |
| Juin 1941 | Ralliement à la France libre à Shanghai ; les sources divergent entre le 1er et le 21 juin. |
| Septembre 1941 | Arrive au Moyen-Orient. |
| 1941-1943 | Lieutenant à la 1re Compagnie autonome de chars ; campagnes de Libye, d’Égypte et de Tunisie. |
| 6 mars 1943 | Blessé au genou par éclat d’obus à l’Oued Gragour. |
| Mars-mai 1943 | Hospitalisé pendant deux mois à El Kantara. |
| 2 juin 1943 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| Juillet 1943 | Reçoit la Croix de la Libération des mains du général de Gaulle à Sabratha. |
| 1943 | Sa compagnie devient la 1re compagnie du 501e RCC au sein de la 2e DB. |
| 1944 | Campagne de France avec la 2e DB ; Normandie puis libération de Paris. |
| 1944-1945 | Poursuit les opérations jusqu’à Strasbourg puis en Allemagne. |
| 1945 | Marche sur Berchtesgaden ; obtient sa troisième citation ; termine la guerre capitaine. |
| Après 1945 | Reprend la médecine au Maroc. |
| Février 1950 | Nommé chirurgien à l’hôpital d’Ouezzane et médecin du groupe sanitaire mobile. |
| 2 janvier 1951 | Emporté par un oued alors qu’il tente de porter secours à un malade ; son corps n’est pas retrouvé. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Ralliement à Shanghai | Ordre de la Libération | 1er juin 1941 | Source institutionnelle ; date à contrôler sur pièce primaire. |
| Ralliement à Shanghai | Mémoire Vive de la Résistance | 21 juin 1941 | Divergence réelle avec la notice de l’Ordre. |
| Ralliement à Shanghai | Sources biographiques secondaires | 21 juin 1941 | Renforce l’existence de la divergence sans la résoudre. |
| Lieu de décès/disparition | Ordre de la Libération | Maroc | Formulation institutionnelle certaine. |
| Lieu de décès/disparition | Sources secondaires | Ouezzane | Précision plausible, à confirmer par une pièce d’état civil ou administrative. |
Sources consultées le 21 septembre 2026
Ordre de la Libération — Notice de Pierre Beaugrand, consultée pour l’état civil, Sedan, le ralliement à la France libre, les campagnes, la blessure de 1943, la 2e DB, la carrière médicale et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-beaugrand
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons — Instrument consulté pour le fonds 1 A 63, le décret de la Croix de la Libération et la cote SHD GR 16 P 41456. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument consulté pour confirmer l’appartenance de Pierre Beaugrand au 501e Régiment de chars de combat. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Mémoire Vive de la Résistance — Document consacré aux médecins Compagnons de la Libération, consulté pour vérifier la présence de Pierre Beaugrand sur le site MVR et confronter les données relatives à son ralliement. https://mvr.asso.fr/wp-content/uploads/2025/07/MEDECINS-COMPAGNONS-DE-LA-LIBERATION.pdf