Henri Eugène Marie BEAUGÉ-BÉRUBÉ, né le 6 septembre 1920 à Brest (Finistère), mort le 16 janvier 2015 à Paris (13e arrondissement), Français, élève ingénieur puis officier des Forces françaises libres, lieutenant pendant la campagne de France, lieutenant-colonel de réserve après-guerre, Compagnon de la Libération par décret du 7 août 1945. Le Service historique de la Défense confirme ses prénoms complets, sa date et son lieu de naissance sous la cote GR 16 P 41404.
Jeunesse et formation
Fils d’un officier de marine et océanographe, Henri Beaugé-Bérubé poursuit ses études à l’École nationale des Arts et Métiers lorsque la guerre éclate. Il a dix-neuf ans au moment de la défaite de juin 1940.
Refusant l’armistice, il quitte Le Conquet avec son frère cadet et gagne l’Angleterre le 19 juin 1940. Les recherches commémoratives conduites au Conquet ont depuis établi que 107 volontaires partirent de ce port le 19 juin, parmi lesquels huit futurs Compagnons de la Libération, dont Henri Beaugé-Bérubé.
Engagement dans la Résistance
Arrivé en Grande-Bretagne, Henri Beaugé-Bérubé envisage d’abord de s’engager dans l’armée canadienne. Ayant appris à Londres l’appel lancé par le général de Gaulle, il choisit finalement la France libre et s’engage dans les Forces françaises libres le 1er juillet 1940.
Il suit la formation de l’École des élèves-officiers de la France libre à Camberley. Sa résistance est donc exclusivement extérieure : aucune activité dans un réseau clandestin métropolitain n’est documentée.
Le SHD conserve son dossier d’homologation sous la cote GR 16 P 41404. L’instrument nominatif l’identifie comme « BEAUGE BERUBE, Henri Eugène Marie », né le 6 septembre 1920 à Brest, et indique un dossier homologué. Cette cote est indépendamment reprise dans l’instrument archivistique de l’Ordre de la Libération.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Henri Beaugé-Bérubé appartient aux Forces françaises libres. L’Ordre de la Libération retient trois principales formations dans son parcours : le Bataillon de chasseurs, le Bataillon de marche n° 3 et le Bataillon de marche n° 4.
En janvier 1942, aspirant, il rejoint le BM 3 au Moyen-Orient. Il passe ensuite au BM 4, où il commande une section antichars. Cette dernière unité constitue le cadre principal de ses campagnes de Tunisie, d’Italie et de France.
Missions et actions
Avec le BM 3, Henri Beaugé-Bérubé participe à la campagne de Libye en 1942-1943. Affecté ensuite au BM 4 comme chef de section antichars, il prend part à la campagne de Tunisie puis à celle d’Italie.
Le 12 juin 1944, près du lac de Bolsena, en Italie, il effectue une reconnaissance sous un violent bombardement lorsqu’il est blessé par balle au bras. Cette blessure ne met pas fin à son parcours opérationnel.
Promu lieutenant, il débarque en Provence à Cavalaire le 16 août 1944. Le 23 septembre, devant Lomontot, il conduit une manœuvre de ses pièces antichars qui lui permet de détruire des nids de mitrailleuses adverses.
Il poursuit ensuite la campagne de France avec la 1re Division française libre. Le 10 avril 1945, au fort du col de Brouis, dans les Alpes-Maritimes, il dirige des tirs particulièrement précis contre les tourelles et les embrasures de la position fortifiée, soutenant directement les éléments d’assaut. Cette action figure parmi les faits de guerre expressément retenus dans sa notice institutionnelle.
Son parcours de combattant commencé par le départ du Conquet en juin 1940 s’achève ainsi dans les Alpes françaises au printemps 1945, après les campagnes de Libye, de Tunisie, d’Italie et de France.
Arrestation / évasion / déportation
Aucune arrestation, détention, évasion après captivité ou déportation n’est documentée dans les sources institutionnelles consultées.
Son départ clandestin ou volontaire de France vers l’Angleterre en juin 1940 ne doit pas être assimilé à une évasion de captivité : il quitte Le Conquet avec son frère cadet et atteint la Grande-Bretagne le 19 juin, avant de s’engager dans les FFL le 1er juillet.
Camarades de combat
Son frère cadet l’accompagne lors du départ du Conquet en juin 1940. La commémoration organisée en 2025 a rappelé que sept autres futurs Compagnons figurent parmi les volontaires partis du Conquet le même jour : René Crocq, François Fouquat, Jean Jestin, Charles Le Goasguen, Roger Podeur, Corentin Prigent et André Quélen. Cette communauté de départ est documentée sans qu’elle permette, à elle seule, d’établir le même degré de proximité personnelle avec chacun.
Marie-Pierre Koenig occupe une place importante dans sa carrière après la guerre : Beaugé-Bérubé devient son aide de camp en Allemagne de 1947 à 1949.
Les archives des unités de l’Ordre permettent également de replacer Beaugé-Bérubé parmi les nombreux Compagnons ayant servi dans les formations de la 1re DFL. Là encore, l’appartenance commune à une unité ne suffit pas à conclure à une relation personnelle étroite.
Retour à la vie civile
Henri Beaugé-Bérubé poursuit d’abord sa carrière militaire. De 1947 à 1949, il est aide de camp du général Koenig en Allemagne. Il sert ensuite pendant dix ans au Maroc comme officier des Affaires indigènes, puis est détaché auprès du gouvernement marocain dans l’administration provinciale.
De 1960 à 1963, il dirige le Centre pétrolier d’Hassi-Messaoud. Il rejoint ensuite la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, où il travaille de 1963 à 1971 à la création des parcs naturels régionaux. Il quitte l’armée en 1965 avec le grade de lieutenant-colonel de réserve.
Il se tourne ensuite vers l’action culturelle : directeur du Centre culturel d’Arc-et-Senans de 1971 à 1975, il dirige à partir de 1976 le Centre culturel de l’ancienne abbaye de Fontevraud.
Il demeure très engagé dans la transmission de la mémoire de la France libre. En septembre 2005, il devient membre du Conseil de l’Ordre de la Libération. Il publie en 2012 son journal de guerre, Vingt ans en 1940. Chroniques de guerre d’un Français libre, 18 juin 1940-8 mai 1945.
Henri Beaugé-Bérubé meurt à Paris le 16 janvier 2015. Ses obsèques sont célébrées le 21 janvier à la cathédrale Saint-Louis des Invalides ; il est ensuite inhumé à Brest.
Décorations
Commandeur de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade de commandeur est expressément attesté. Le fonds 1 A 62 conserve la notification de sa nomination comme chevalier en 1952, le mémoire de proposition au grade d’officier en 1960, le procès-verbal de réception comme officier en 1965 et le décret de promotion au grade de commandeur publié en 1996.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Henri Beaugé-Bérubé est nommé Compagnon par décret du 7 août 1945. Le fonds 1 A 62 conserve le mémoire de proposition de 1945 et l’ampliation du 8 août 1945.
Croix de guerre 1939-1945 avec palme. Source : Ordre de la Libération. La décoration avec palme est expressément attestée par la notice institutionnelle.
Médaille de la Résistance française. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée. Une documentation secondaire donne une attribution par décret du 24 avril 1946 ; cette date n’est pas retenue ici comme définitivement vérifiée faute d’avoir retrouvé, lors de cette recherche, la fiche nominative institutionnelle correspondante.
Médaille coloniale. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée. Les agrafes ne sont pas précisées dans la notice institutionnelle consultée et ne sont donc pas ajoutées par déduction.
Croix du combattant volontaire. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée.
Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. Source : Ordre de la Libération. Le grade de chevalier est expressément attesté.
Chevalier du Mérite agricole. Source : Ordre de la Libération. Le grade de chevalier est expressément attesté.
Chevalier de l’ordre d’Orange-Nassau (Pays-Bas). Source : Ordre de la Libération. La distinction néerlandaise et son grade sont expressément attestés.
Lieux de mémoire
Brest est à la fois son lieu de naissance et son lieu d’inhumation. Le Conquet occupe une place essentielle dans son parcours : il y quitte la France le 19 juin 1940. Le 19 juin 2025, une plaque y a été dévoilée en hommage aux 107 volontaires partis ce jour-là vers l’Angleterre ; Henri Beaugé-Bérubé figure parmi les huit futurs Compagnons mentionnés par l’Ordre de la Libération.
Camberley rappelle sa formation d’élève-officier de la France libre. La Libye, la Tunisie et l’Italie jalonnent ensuite son parcours militaire ; le lac de Bolsena est associé à sa blessure du 12 juin 1944. Cavalaire marque son retour sur le sol français le 16 août suivant, Lomontot son action du 23 septembre et le fort du col de Brouis son dernier fait d’armes particulièrement documenté, le 10 avril 1945.
Arc-et-Senans et Fontevraud sont enfin liés à son œuvre culturelle d’après-guerre. Une voie de Fontevraud-l’Abbaye porte le nom d’avenue Henri-Beaugé.
L’Ordre de la Libération conserve son fonds personnel 1 A 62, qui comprend notamment les pièces relatives à sa nomination comme Compagnon, ses dossiers de Légion d’honneur, ses correspondances et le poème « Notre Dame-de-Recouvrance », écrit pendant son séjour à l’hôpital de Bagnoli en juillet 1944.
Références bibliographiques
Vingt ans en 1940. Chroniques de guerre d’un Français libre, 18 juin 1940-8 mai 1945, Henri Beaugé-Bérubé, Paris, Éditions du Cerf, 2012, 298 p. Journal et témoignage direct de l’intéressé, particulièrement précieux pour son départ de juin 1940 et son expérience des campagnes de la France libre.
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général de référence permettant de replacer Henri Beaugé-Bérubé dans l’histoire collective des Compagnons.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude utile pour replacer son choix précoce de juin 1940 et son expérience combattante dans celle des Compagnons de la Libération.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Dictionnaire biographique de référence pour la confrontation des données relatives aux Compagnons.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle d’Henri Beaugé-Bérubé, source principale pour son départ en Angleterre, son engagement FFL, les BM 3 et BM 4, ses campagnes, sa blessure, ses actions en France, sa carrière après-guerre et ses décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/henri-beauge-berube
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons, lettre B — Instrument de recherche du fonds Henri Beaugé-Bérubé 1 A 62 et source complémentaire pour la cote SHD GR 16 P 41404. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne — Répertoire nominatif de la sous-série GR 16 P, donnant Henri Eugène Marie Beaugé-Bérubé, né le 6 septembre 1920 à Brest, sous la cote GR 16 P 41404. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument permettant de replacer Henri Beaugé-Bérubé dans les unités combattantes de la France libre. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Ordre de la Libération — Lettre d’information de juin-juillet 2025 — Source institutionnelle sur la commémoration du départ du Conquet du 19 juin 1940 et sur la plaque portant les noms des volontaires. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/lettre-dinformation-juin-juillet-2025
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense, Vincennes — GR 16 P 41404, BEAUGÉ-BÉRUBÉ Henri Eugène Marie.
La cote est établie par deux instruments institutionnels concordants. Le répertoire nominatif de la sous-série GR 16 P donne Henri Eugène Marie Beaugé-Bérubé, né le 6 septembre 1920 à Brest, sous la cote GR 16 P 41404 et indique que le dossier est homologué. L’instrument archivistique de l’Ordre de la Libération cite indépendamment la même cote.
Le dossier original GR 16 P 41404 n’a toutefois pas été matériellement dépouillé pièce par pièce pour la présente notice. Sa cote, son identité et son statut d’homologation ont été contrôlés dans les instruments numériques ; il ne serait donc pas exact de présenter l’original comme directement consulté.
Le fonds complémentaire 1 A 62 de l’Ordre de la Libération est particulièrement substantiel. Il conserve le mémoire de proposition à la Croix de la Libération de 1945, l’ampliation du décret du 7 août 1945, vingt-huit pièces de correspondance avec l’Ordre, des pièces d’identité, les documents relatifs à ses promotions dans la Légion d’honneur et des archives familiales.
Observations
Le répertoire GR 16 P permet de restituer les prénoms complets de l’intéressé : Henri Eugène Marie. La notice publique de l’Ordre utilise simplement Henri Beaugé-Bérubé.
L’instrument du fonds 1 A 62 mentionne une « copie de l’acte de naissance (10/09/1924) ». Cette date ne doit pas être confondue avec la naissance elle-même : toutes les données biographiques institutionnelles consultées donnent le 6 septembre 1920 à Brest. La mention de 1924 paraît correspondre à la date portée par la copie ou à une particularité de la pièce archivistique, et non à une seconde date de naissance.
La forme du patronyme varie parfois typographiquement entre « Beaugé-Bérubé » et « Beaugé-Berubé ». La forme accentuée BEAUGÉ-BÉRUBÉ, utilisée par l’Ordre de la Libération, est retenue ici.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources institutionnelles concordantes et complémentaires : la notice biographique et les archives de l’Ordre de la Libération, le répertoire du Service historique de la Défense et l’instrument des unités militaires. Le dossier GR 16 P 41404 et le fonds personnel 1 A 62 sont précisément identifiés ; l’état civil, le départ du 19 juin 1940, l’engagement FFL, les campagnes de Libye, Tunisie, Italie et France ainsi que la carrière après-guerre sont solidement établis. Le témoignage publié d’Henri Beaugé-Bérubé apporte en outre une source personnelle de premier ordre. Les incertitudes résiduelles concernent surtout le détail réglementaire de certaines décorations.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 6 septembre 1920 | Naissance à Brest. |
| 1939-1940 | Étudiant à l’École nationale des Arts et Métiers. |
| 19 juin 1940 | Quitte Le Conquet avec son frère cadet et gagne l’Angleterre. |
| 1er juillet 1940 | S’engage dans les Forces françaises libres. |
| 1940-1941 | Formation à l’École des élèves-officiers de la France libre à Camberley. |
| Janvier 1942 | Aspirant, rejoint le BM 3 au Moyen-Orient. |
| 1942-1943 | Participe à la campagne de Libye. |
| 1943 | Affecté au BM 4 comme chef de section antichars ; campagne de Tunisie. |
| 1944 | Participe à la campagne d’Italie. |
| 12 juin 1944 | Blessé par balle au bras près du lac de Bolsena. |
| 16 août 1944 | Débarque à Cavalaire en Provence comme lieutenant. |
| 23 septembre 1944 | Se distingue devant Lomontot en détruisant des nids de mitrailleuses. |
| 10 avril 1945 | Se distingue au fort du col de Brouis par ses tirs antichars. |
| 7 août 1945 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| 1947-1949 | Aide de camp du général Koenig en Allemagne. |
| Années 1950 | Officier des Affaires indigènes puis fonctions administratives au Maroc. |
| 1960-1963 | Directeur du Centre pétrolier d’Hassi-Messaoud. |
| 1963-1971 | Travaille à la DATAR à la création des parcs naturels régionaux. |
| 1965 | Quitte l’armée avec le grade de lieutenant-colonel de réserve. |
| 1971-1975 | Directeur du Centre culturel d’Arc-et-Senans. |
| À partir de 1976 | Dirige le Centre culturel de l’ancienne abbaye de Fontevraud. |
| Septembre 2005 | Devient membre du Conseil de l’Ordre de la Libération. |
| 2012 | Publication de Vingt ans en 1940. |
| 16 janvier 2015 | Décès à Paris. |
| 21 janvier 2015 | Obsèques à Saint-Louis des Invalides ; inhumation à Brest. |
Sources consultées le 20 septembre 2026
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle consultée pour l’état civil, le départ du Conquet, l’engagement FFL, les campagnes, la blessure de 1944, les combats de la Libération, la carrière après-guerre et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/henri-beauge-berube
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons — Instrument consulté pour le fonds 1 A 62, le mémoire de proposition, l’ampliation du décret, les dossiers de Légion d’honneur et la cote GR 16 P 41404. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne — Répertoire consulté pour vérifier les prénoms complets, l’état civil, la cote GR 16 P 41404 et l’homologation du dossier. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument consulté pour contrôler ses appartenances aux formations de la France libre. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Ordre de la Libération — Lettre d’information de juin-juillet 2025 — Source consultée pour la commémoration du départ du Conquet et l’identification des huit futurs Compagnons partis le 19 juin 1940. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/lettre-dinformation-juin-juillet-2025