René Séverin BAUDRY, né le 23 mars 1907 à Baignes-Sainte-Radegonde (Charente), mort le 19 novembre 1964 dans la même commune, Français, comptable avant-guerre, sous-officier puis officier des Forces françaises libres, combattant du Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad puis du Régiment de marche du Tchad, capitaine des troupes coloniales, Compagnon de la Libération par décret du 2 juin 1943. Le répertoire du Service historique de la Défense confirme ses prénoms René Séverin, son état civil et son homologation FFL.
Jeunesse et formation
René Baudry effectue son service militaire en 1927-1928 au 3e Régiment d’infanterie coloniale. Rendu à la vie civile avec le grade de sergent, il devient comptable aux usines Schneider de Lormont, en Gironde.
Rappelé le 2 septembre 1939 comme sergent-chef de réserve, il est affecté à la 7e compagnie d’un régiment de la 7e Armée du général Frère. Le 27 mai 1940, pendant la campagne de France, il est blessé par balle à la jambe près d’Amiens. Hospitalisé, il ne sort qu’à la fin de juin et rejoint Bordeaux, où il reprend provisoirement son emploi chez Schneider.
Engagement dans la Résistance
Dès l’été 1940, René Baudry décide de rejoindre le général de Gaulle. Il lui faut cependant plusieurs mois pour trouver une voie de sortie de France. Une première tentative de franchissement de la frontière espagnole échoue à la fin de mars 1941.
Il repart de Bordeaux le 2 avril 1941, traverse cette fois la frontière à pied, mais est arrêté par les autorités espagnoles le 19 avril, à environ huit kilomètres de Saint-Sébastien. Interné au camp de Miranda de Ebro, il est remis le 8 août aux autorités françaises à Pau et incarcéré. Libéré le 8 septembre 1941, il cherche immédiatement un autre moyen de quitter le territoire.
À Marseille, il s’engage comme volontaire pour l’Indochine, espérant utiliser cette affectation pour rejoindre les Forces françaises libres. Après l’attaque de Pearl Harbor du 7 décembre 1941 et l’interruption des départs vers l’Asie, il demande une affectation au Dahomey. Il embarque le 27 décembre 1941 et atteint Kandi le 28 février 1942.
Le 2 mai 1942, il s’évade pour gagner le Nigeria britannique. Il rejoint finalement Fort-Lamy, au Tchad, le 31 mai 1942 et y signe son engagement dans les Forces françaises libres. Le régime de Vichy le déclare hors la loi ; le tribunal militaire de Dakar le condamne à mort.
Appartenance à un réseau ou mouvement
René Baudry appartient à la Résistance extérieure et aux Forces françaises libres. Son dossier du Service historique de la Défense, coté GR 16 P 39238, porte explicitement l’homologation FFL.
Il est d’abord affecté comme adjudant au Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad. En juillet 1943, cette unité donne naissance au Régiment de marche du Tchad, auquel Baudry demeure attaché. L’instrument de recherche de l’Ordre de la Libération consacré aux unités militaires Compagnon de la Libération le répertorie explicitement parmi les Compagnons du RMT.
Missions et actions
Avec le Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad et la Force L du général Leclerc, René Baudry participe aux campagnes du Fezzan, de Tripolitaine puis de Tunisie.
Le 27 février 1943, en Tunisie, il est blessé par un éclat d’obus alors qu’il se trouve à son poste d’observation. Malgré sa blessure, il refuse l’évacuation et reste à son poste. Il se distingue ensuite lors des combats du Djebel Garci. C’est à la suite de la campagne de Tunisie qu’il est fait Compagnon de la Libération par décret du 2 juin 1943.
En juillet 1943, son unité devient le Régiment de marche du Tchad. Promu adjudant-chef en avril 1944, Baudry sert à la 2e compagnie du 1er bataillon du RMT. Avec la 2e Division blindée du général Leclerc, il participe ensuite à la campagne de France.
En janvier 1945, il est muté à la 4e compagnie du 2e bataillon du RMT. Au terme de la guerre, il totalise six citations et deux blessures et a été promu sous-lieutenant.
Arrestation / évasion / déportation
Le parcours de René Baudry comprend deux épisodes d’évasion ou de détention particulièrement importants.
Le premier commence après son passage clandestin en Espagne : arrêté le 19 avril 1941 près de Saint-Sébastien, il est interné au camp de Miranda de Ebro. Remis aux autorités françaises le 8 août 1941, il est emprisonné à Pau jusqu’au 8 septembre.
Le second intervient au Dahomey. Affecté à Kandi après avoir quitté la métropole, Baudry s’en évade le 2 mai 1942 afin de gagner le territoire britannique du Nigeria puis le Tchad rallié à la France libre. Cette fuite lui permet finalement de signer son engagement dans les FFL à Fort-Lamy le 31 mai 1942.
Il n’a pas été déporté dans le système concentrationnaire allemand.
Camarades de combat
Philippe Leclerc de Hauteclocque est le chef sous lequel René Baudry combat avec la Force L puis la 2e Division blindée. Son parcours opérationnel le place successivement dans le RTST et le RMT.
Le RMT compte de nombreux autres Compagnons de la Libération, notamment Paul Batiment, Jean de Bazelaire de Ruppierre, Lucien Berne, Jean Bertoli, Paul Bonaldi, Augustin Bourrat, Raphaël Briard, Michel Carage, René Crocq, Yves de Daruvar, Émile Dehon, Jules Detouche, Louis Dio, Raymond Dronne et Raoul Duault. L’appartenance de ces hommes à la même unité est institutionnellement documentée ; elle ne permet toutefois pas, à elle seule, d’affirmer une relation personnelle étroite avec René Baudry.
Retour à la vie civile
René Baudry ne quitte pas immédiatement l’armée après 1945. Volontaire pour l’Indochine, il y part dès septembre 1945. Rapidement promu lieutenant, il est intégré dans l’armée d’active et revient en France en août 1947.
Il sert ensuite à l’état-major des forces terrestres, maritimes et aériennes en Afrique du Nord, puis à la 1re Demi-brigade coloniale à Madagascar. Il est promu capitaine en octobre 1951. C’est à Tananarive qu’il publie cette même année son témoignage de guerre, Vivrais-je cent ans….
Revenu en métropole en juillet 1952, il est affecté au 13e Régiment de tirailleurs sénégalais en Algérie, puis sert en Afrique occidentale française avant de retourner en Algérie jusqu’en novembre 1958. Il quitte l’armée comme capitaine en 1959.
Il se retire alors dans sa commune natale de Baignes-Sainte-Radegonde, où il meurt le 19 novembre 1964 et où il est inhumé.
Décorations
Chevalier de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade de chevalier est expressément attesté par la notice institutionnelle. La date exacte de nomination n’a pas été établie avec suffisamment de certitude dans les sources institutionnelles consultées.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. René Baudry est nommé Compagnon par décret du 2 juin 1943. Le fonds 1 A 56 conserve un extrait du décret ainsi que des correspondances relatives à l’attribution de la Croix.
Médaille militaire. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée. Les sources numériques consultées ne permettent pas d’établir ici avec certitude la date de son attribution.
Croix de guerre 1939-1945 avec six citations. Source : Ordre de la Libération. La décoration et le total de six citations sont explicitement attestés.
Médaille coloniale avec agrafes « Fezzan-Tripolitaine » et « Extrême-Orient ». Source : Ordre de la Libération. La décoration et les deux agrafes sont expressément attestées.
Croix du combattant. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée.
Croix du combattant volontaire de la Résistance. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée.
Médaille des Blessés. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée ; son parcours comporte au moins les blessures du 27 mai 1940 et du 27 février 1943.
Médaille commémorative de la guerre 1939-1945. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée.
Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique du Nord. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée.
Presidential Unit Citation (États-Unis). Source : Ordre de la Libération. Cette distinction américaine figure dans la liste institutionnelle de ses décorations.
Officier de l’ordre de l’Étoile noire. Source : Ordre de la Libération. Le grade d’officier est expressément attesté.
Chevalier de l’ordre du Nichan Iftikhar. Source : Ordre de la Libération. Le grade de chevalier est expressément attesté.
Officier de l’ordre de l’Étoile des Comores. Source : Ordre de la Libération. Le grade d’officier est expressément attesté.
Lieux de mémoire
Baignes-Sainte-Radegonde est à la fois le lieu de naissance, le lieu de retraite, le lieu de décès et le lieu d’inhumation de René Baudry.
Miranda de Ebro, en Espagne, rappelle son internement de 1941. Kandi, au Dahomey, marque l’étape à partir de laquelle il s’évade pour gagner le territoire britannique. Fort-Lamy, atteint le 31 mai 1942, est le lieu de son engagement officiel dans les Forces françaises libres.
Le Fezzan, la Tripolitaine et la Tunisie constituent les principaux territoires de ses campagnes avec la Force L. Le Djebel Garci est particulièrement lié aux combats qui précèdent sa nomination dans l’Ordre de la Libération.
L’Ordre de la Libération conserve son fonds personnel 1 A 56, couvrant la période 1944-2006. Il comprend notamment l’extrait du décret de la Croix de la Libération, des correspondances, des fiches de renseignements, une copie de son état des services, des notes biographiques et sa fiche de décès.
Références bibliographiques
Vivrais-je cent ans…, René Baudry, Tananarive, auto-édition, 1951. Témoignage autobiographique de René Baudry sur sa guerre et son passage à la France libre. Son existence et sa publication à Tananarive en 1951 sont attestées par l’Ordre de la Libération et par une étude historique consacrée à son parcours.
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage de référence permettant de replacer René Baudry parmi les Compagnons de la Libération.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude utile pour replacer son engagement dans l’expérience collective des Français libres et des Compagnons.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Dictionnaire biographique de référence pour la vérification et la mise en perspective du parcours des Compagnons.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice officielle de René Baudry. Source institutionnelle principale pour son parcours de 1939 à 1964, ses tentatives de ralliement, Miranda, le Dahomey, son engagement FFL, les campagnes de la Force L, le RMT, sa carrière après-guerre et ses décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/rene-baudry
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons, lettre B — Instrument de recherche identifiant le fonds personnel 1 A 56 et décrivant ses principales pièces. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne — Répertoire de la sous-série GR 16 P confirmant René Séverin Baudry, né le 23 mars 1907 à Baignes-Sainte-Radegonde, sous la cote GR 16 P 39238, avec homologation FFL. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument institutionnel confirmant René Baudry parmi les Compagnons ayant servi au Régiment de marche du Tchad. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense, Vincennes — GR 16 P 39238, BAUDRY René Séverin.
La cote est établie avec certitude par le répertoire nominatif de la sous-série GR 16 P : René Séverin Baudry, né le 23 mars 1907 à Baignes-Sainte-Radegonde, y figure sous la cote GR 16 P 39238 avec homologation FFL. L’ancien instrument de recherche de l’Ordre de la Libération confirme indépendamment cette même cote.
Le dossier original GR 16 P 39238 n’a cependant pas été matériellement dépouillé pièce par pièce pour cette notice. La cote et l’homologation ont été vérifiées dans les instruments institutionnels ; il ne serait donc pas exact de présenter l’original comme directement consulté.
Le fonds complémentaire 1 A 56 de l’Ordre de la Libération conserve une copie de l’état des services de René Baudry, ainsi que les pièces relatives à sa Croix de la Libération et plusieurs documents biographiques.
Observations
L’état civil ne présente pas de divergence significative : l’Ordre de la Libération et le répertoire du SHD concordent sur la naissance le 23 mars 1907 à Baignes-Sainte-Radegonde. Le SHD apporte en outre le second prénom, Séverin, absent de la forme usuelle de la notice de l’Ordre.
Une petite anomalie documentaire concerne la Croix de la Libération : le fonds 1 A 56 décrit un « extrait de décret » daté du 10 août 1943 tout en précisant qu’il s’agit du décret du 2 juin 1943. La notice institutionnelle et la liste officielle des Compagnons donnent toutes deux le 2 juin 1943 ; cette date est donc retenue comme date de nomination, le 10 août correspondant à la pièce administrative conservée et non au décret de nomination lui-même.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources institutionnelles concordantes et complémentaires, principalement l’Ordre de la Libération et le Service historique de la Défense. Le dossier d’homologation GR 16 P 39238 et le fonds personnel 1 A 56 sont précisément identifiés, tandis que l’homologation FFL est explicitement enregistrée dans le répertoire du SHD. Le récit autobiographique publié par René Baudry en 1951 constitue en outre une source primaire potentiellement importante pour approfondir son parcours, même si son texte intégral n’a pas été dépouillé pour la présente notice.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 23 mars 1907 | Naissance à Baignes-Sainte-Radegonde. |
| 1927-1928 | Service militaire au 3e Régiment d’infanterie coloniale ; libéré comme sergent. |
| 2 septembre 1939 | Rappelé comme sergent-chef de réserve. |
| 27 mai 1940 | Blessé par balle à la jambe près d’Amiens. |
| Fin mars 1941 | Première tentative infructueuse pour gagner l’Espagne. |
| 2 avril 1941 | Quitte Bordeaux pour une nouvelle tentative de passage. |
| 19 avril 1941 | Arrêté près de Saint-Sébastien ; interné à Miranda de Ebro. |
| 8 août 1941 | Remis aux autorités françaises et incarcéré à Pau. |
| 8 septembre 1941 | Libéré ; gagne Marseille. |
| 27 décembre 1941 | Embarque pour le Dahomey. |
| 28 février 1942 | Arrive à Kandi. |
| 2 mai 1942 | S’évade du Dahomey pour gagner le Nigeria britannique. |
| 31 mai 1942 | Arrive à Fort-Lamy et signe son engagement dans les FFL. |
| 1942-1943 | Campagnes du Fezzan, de Tripolitaine et de Tunisie avec la Force L. |
| 27 février 1943 | Blessé par éclat d’obus en Tunisie ; refuse l’évacuation. |
| 2 juin 1943 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| Juillet 1943 | Son unité devient le Régiment de marche du Tchad. |
| Avril 1944 | Promu adjudant-chef. |
| 1944 | Campagne de France avec le RMT et la 2e DB. |
| Janvier 1945 | Muté à la 4e compagnie du 2e bataillon du RMT. |
| 1945 | Termine la guerre sous-lieutenant, deux fois blessé et six fois cité. |
| Septembre 1945 | Part volontairement pour l’Indochine. |
| Août 1947 | Retour en France après son premier séjour indochinois. |
| Octobre 1951 | Promu capitaine ; publie Vivrais-je cent ans… à Tananarive. |
| Juillet 1952 | Retour en métropole puis nouvelle affectation en Algérie. |
| Novembre 1958 | Fin de son dernier séjour en Algérie. |
| 1959 | Quitte l’armée comme capitaine. |
| 19 novembre 1964 | Décès à Baignes-Sainte-Radegonde, où il est inhumé. |
Sources consultées le 20 septembre 2026
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de René Baudry, consultée pour l’ensemble du parcours militaire, les campagnes, la carrière après-guerre et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/rene-baudry
Ordre de la Libération — Archives des Compagnons — Instrument consulté pour le fonds 1 A 56, les pièces de nomination à la Croix de la Libération et la copie de l’état des services. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne — Répertoire nominatif consulté pour l’identité René Séverin Baudry, la naissance et le dossier GR 16 P 39238 homologué FFL. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Ordre de la Libération — Archives des unités militaires — Instrument consulté pour confirmer l’appartenance de René Baudry au Régiment de marche du Tchad. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_unites_militaires_20260319.pdf