La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Réseau de renseignements de la Résistance intérieure française dépendant des services secrets de la France libre, le BCRA. Les sources institutionnelles et mémorielles consultées emploient « Phratrie ». L’existence du réseau est formellement confirmée par l’Ordre de la Libération, la Fondation de la Résistance et les instruments de recherche du Service historique de la Défense.

Jacques Robert, connu notamment sous les pseudonymes Jacques Rewez et Denis, est à l’origine de Phratrie. Après avoir appartenu au réseau Confrérie Notre-Dame-Castille et effectué une mission à Londres, il est parachuté en France le 3 juin 1942. Son organisation précédente ayant été presque démantelée, il gagne la zone sud et crée à Lyon un nouveau réseau de renseignements, Phratrie. Jean-Louis Chancel rejoint Robert en septembre 1942 et participe à la création et au développement de cette organisation dépendant directement du BCRA.

Organisation interne

Phratrie constitue progressivement une centrale de renseignements regroupant plusieurs structures territoriales et spécialisées. Les sources documentent notamment l’existence de sous-réseaux tels que Brick et la participation d’agents spécialisés dans les liaisons, les transmissions radio et la recherche de renseignements politiques, militaires, économiques ou aéronautiques. Antoine Masurel devient successivement deuxième adjoint, premier adjoint puis chef de Phratrie. Au début de 1944, l’organisation est devenue suffisamment importante pour être réorganisée en plusieurs réseaux indépendants couvrant une grande partie du territoire français.

Au sommet de son activité, en juin 1944, Phratrie transmet jusqu’à environ 330 messages par jour vers la Grande-Bretagne selon les biographies de Jacques Robert et Antoine Masurel publiées par l’Ordre de la Libération.

Actions menées pendant la Résistance

L’activité essentielle de Phratrie relève du renseignement. Le réseau recueille et transmet à Londres des informations utiles à la conduite de la guerre et entretient une liaison constante avec le BCRA. Les agents recherchent notamment des informations militaires, économiques et politiques. Des membres ou structures rattachées assurent également des communications radio, des liaisons clandestines, des missions de courrier et, selon les secteurs, des activités d’aide aux aviateurs alliés et de préparation d’évasions.

La documentation MVR indique également que Brick fut reconnu comme unité combattante et que certaines de ses activités dans le sud de la France portaient sur la détection d’agents ennemis infiltrés dans les dispositifs de renseignement résistants et sur le traitement d’informations transmises aux services de Londres.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

Phratrie dépend directement du Bureau central de renseignements et d’action de la France libre. Son fondateur Jacques Robert avait auparavant travaillé pour les services de renseignement de Vichy puis pour la Confrérie Notre-Dame-Castille. Le réseau constitue ensuite une centrale autour de laquelle se développent plusieurs organisations ou sous-réseaux ; Brick, dirigé par Alain Armengaud, est ainsi officiellement décrit par la Fondation de la Résistance comme un sous-réseau de Phratrie.

Les travaux consacrés au BCRA replacent Phratrie parmi les grands réseaux de renseignement construits ou soutenus par les services de la France libre aux côtés de Phalanx, Centurie, Turma, Mithridate et d’autres organisations.

Chefs et figures marquantes

Jacques ROBERT, alias Jacques Rewez, Denis, Jacques Cochet, Davis et Molécule. Fondateur de Phratrie après son retour de Londres en 1942. Arrêté à Nice par la police de Vichy le 29 avril 1943, il réussit à s’évader quelques jours plus tard, puis gagne l’Angleterre en juin 1943. Il poursuit ensuite son activité au BCRA et participe à l’entraînement d’agents Jedburgh. Il survit à la guerre et devient Compagnon de la Libération.

Jean-Louis CHANCEL, alias Chavagnac, Roger, Jacques Lamy, Charles, Coty et Choubert. Adjoint de Jacques Robert à partir de septembre 1942, il lui succède à la tête de Phratrie en juin 1943. Recherché par la Gestapo, il rejoint Londres en mars 1944 après avoir confié l’organisation à Antoine Masurel. Il survit à la guerre et devient Compagnon de la Libération.

Antoine MASUREL, alias Marc, Jules Mouton et plusieurs autres identités clandestines. Deuxième adjoint puis premier adjoint, il prend la direction de Phratrie en février 1944. Il dirige la réorganisation du réseau avant d’être arrêté le 19 mai 1944 à Renescure, Nord, France. Emprisonné successivement à Gand, Fresnes et Bruxelles, il survit à la guerre et devient Compagnon de la Libération.

Alain ARMENGAUD, alias Ménard. Agent permanent de Phratrie, il accomplit plusieurs missions et liaisons avant d’être chargé en 1943 de créer Brick. Celui-ci recueille des renseignements politiques, militaires et économiques et compte 123 agents selon la Fondation de la Résistance. Armengaud survit à la guerre et devient liquidateur national de Brick.

Étienne JOURDAIN, alias Joseph et André Courty. Opérateur radio associé d’abord au réseau Arsenal puis à Phratrie selon les sources actuellement disponibles. Une documentation spécialisée situe son infiltration en France le 1er avril 1942 et lui attribue une responsabilité radio au sein de Phratrie à partir du 1er août 1943. Son dossier administratif de résistant est coté SHD GR 16 P 295459.

Victimes et morts

La documentation MVR consacrée à « Phratrie Brick » fait état de treize morts et de vingt-six déportés pour l’ensemble ainsi désigné. Ces chiffres doivent être conservés avec cette qualification documentaire, faute de consultation directe des états nominatifs complets du fonds de liquidation.

Parmi les agents rattachés à Phratrie figure notamment Jean Jacques Louis Gohier, déporté et mort le 24 janvier 1945 à Neuengamme, ainsi que Charles Prosper Samuel Nogue Lafore, mort le 4 janvier 1945 à Wilhelmshaven.

Survivants identifiés

Jacques Robert, Jean-Louis Chancel, Antoine Masurel, Alain Armengaud et Roger Gérard figurent parmi les responsables ou agents de Phratrie dont la survie à la guerre est établie. Leurs parcours sont documentés par l’Ordre de la Libération ou la Fondation de la Résistance.

Fin du réseau

Au début de 1944, l’importance prise par Phratrie conduit à sa décentralisation. Lorsque Jean-Louis Chancel gagne Londres en mars 1944, le réseau est déjà en cours de subdivision. Antoine Masurel poursuit cette transformation et organise au printemps 1944 la division de la centrale en plusieurs réseaux indépendants couvrant une grande partie de la France. Phratrie cesse ainsi progressivement de fonctionner comme une centrale unique, tandis que ses composantes poursuivent leurs activités jusqu’à la Libération.

Conséquences et mémoire

Phratrie occupe une place importante dans l’histoire du renseignement de la France libre. Le colonel Passy cite Phratrie parmi les grands réseaux créés entre 1942 et 1944 pour couvrir le territoire métropolitain et alimenter Londres en renseignements. L’importance du réseau est également attestée par les dossiers de liquidation conservés au Service historique de la Défense et par les biographies de plusieurs Compagnons de la Libération qui en assurèrent le commandement.

Références bibliographiques

Mémoires du chef des services secrets de la France libre, colonel Passy, présentation et notes de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Odile Jacob, 2000. Témoignage du fondateur et chef du BCRA sur la création et le fonctionnement des services secrets de la France libre. L’ouvrage comporte une partie spécialement consacrée aux réseaux de renseignements et un développement intitulé « Le réseau Phratrie ». Il constitue une source majeure pour replacer Phratrie dans la politique de renseignement conduite depuis Londres.

Les services secrets de la France libre : le bras armé du général de Gaulle, Sébastien Albertelli, préface de Daniel Cordier, Nouveau Monde Éditions / ministère de la Défense, 2012, 336 p. Étude historique fondée notamment sur les archives du BCRA, du SOE britannique et de l’OSS américain. L’ouvrage décrit la mise en place des services de renseignement de la France libre, leur fonctionnement et leurs relations avec les réseaux métropolitains. Il fournit le cadre institutionnel indispensable à l’étude de Phratrie et de ses agents.

Le Colonel Passy. Le maître espion du général de Gaulle, Sébastien Albertelli, Tallandier, 2023, 590 p. Biographie récente d’André Dewavrin, dit Passy, principal organisateur du BCRA. L’ouvrage retrace la construction du dispositif de renseignement gaulliste, ses réseaux en France et ses relations avec la Résistance intérieure et les Alliés. Il permet de replacer Phratrie dans l’histoire générale des réseaux contrôlés par les services secrets de la France libre.

Livre noir 1939-1945. Trente planches, Jean-Louis Chancel, Éditions de la Nouvelle France, Paris, 1945. Ouvrage publié par l’un des principaux dirigeants de Phratrie, Compagnon de la Libération. Il constitue une référence liée directement à une figure centrale du réseau, même s’il ne s’agit pas d’une monographie administrative de Phratrie. Sa publication est signalée dans la notice officielle de Jean-Louis Chancel par l’Ordre de la Libération.

Les commandos Sussex, 1943-1944, Dominique Soulier, Éditions Hirle, 2009, 220 p. Cet ouvrage consacré au plan Sussex replace les missions de renseignement alliées dans le paysage des réseaux français qui les précédèrent ou les accompagnèrent. Phratrie y figure parmi les grandes organisations de renseignement actives en France. Il apporte un contexte utile sur les méthodes, les transmissions et les missions clandestines de renseignement à la veille du Débarquement.

Références internet

Ordre de la Libération — Jacques Robert. Notice officielle du fondateur de Phratrie. Elle établit son retour clandestin en France, la création du réseau, son arrestation à Nice, son évasion, son retour à Londres et le transfert du commandement à Jean-Louis Chancel.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jacques-robert

Ordre de la Libération — Jean-Louis Chancel. Notice institutionnelle détaillant son entrée dans Phratrie en septembre 1942, son rôle d’adjoint de Jacques Robert, sa prise de commandement en juin 1943 et la subdivision progressive de l’organisation en plusieurs réseaux.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jean-louis-chancel

Ordre de la Libération — Antoine Masurel. Notice officielle permettant de suivre la croissance de Phratrie, sa direction successive et sa réorganisation en plusieurs réseaux au printemps 1944. Elle documente également l’arrestation de Masurel et son emprisonnement.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/antoine-masurel

Fondation de la Résistance — Alain Armengaud, réseaux Phratrie et Brick. Portrait établi notamment à partir du dossier personnel SHD 16 P 17 253. Il confirme l’activité d’Armengaud dans Phratrie, la création de Brick en 1943, ses 123 agents et l’homologation de Brick comme sous-réseau de Phratrie.
https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/portrait/alain-armengaud/

Mémoire Vive de la Résistance — Brick, réseau rattaché au BCRA. Notice thématique présentant le rattachement au BCRA, la reconnaissance comme unité combattante, certaines activités de renseignement et les pertes attribuées à Brick.  https://mvr.asso.fr/phratriebrick-reseau-rattache-au-bcra/

Fiabilité A — Fiabilité excellente, sources croisées avec notices détaillées. L’existence de Phratrie, son rattachement au BCRA, ses trois principaux chefs et les grandes étapes de son évolution sont établis par plusieurs sources institutionnelles et archivistiques concordantes.

Sources consultées

Mémoire Vive de la Résistance : notice Phratrie-Brick identifiée. https://mvr.asso.fr/phratriebrick-reseau-rattache-au-bcra/

Ordre de la Libération : Jacques Robert. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jacques-robert

Ordre de la Libération : Jean-Louis Chancel. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/jean-louis-chancel

Ordre de la Libération : Antoine Masurel. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/antoine-masurel

Fondation de la Résistance : Alain Armengaud. https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/portrait/alain-armengaud/

Fondation de la France Libre : historique de l’action du BCRA par le colonel Passy. https://www.france-libre.net/historique-bcra/

Archives de l’Humathèque Condorcet, série 72 AJ : présence d’archives relatives au réseau Phratrie. https://archives.humatheque-condorcet.fr/ark:/40358/24159.24161

Service historique de la Défense : instrument de recherche GR 28 P 3, dossier du réseau Phratrie coté GR 28 P 3 115, couvrant notamment la période 1942-1947.

CLADE / Bibliothèques numériques de la Défense : Sébastien Albertelli, Les services secrets de la France libre. https://bibliotheques-numeriques.defense.gouv.fr/bibliotheque-ader/document/7274f75c-d643-46ea-a8ff-0423306551a7

Ordre de la Libération : recherche effectuée sur les responsables et membres associés à Phratrie. Résultats positifs pour Robert, Chancel, Masurel et Roger Gérard.

Mémoire des Hommes : aucune fiche générale de réseau Phratrie suffisamment détaillée n’a été retrouvée dans les résultats accessibles lors de cette recherche.

Maitron Résistance : aucune notice générale de réseau suffisamment précise n’a été retrouvée dans les résultats accessibles lors de cette recherche.

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