Réseau de renseignement Tartane, généralement désigné dans l’historiographie sous la forme Tartane-Masséna. Les archives du SHD distinguent « Tartane » et « Masséna (Tartane) », ce dernier ensemble comprenant des dossiers d’agents classés séparément. La forme « Réseau Masséna » utilisée isolément doit donc être maniée avec prudence en raison du risque de confusion signalé par la notice MVR.
Création du réseau
Tartane est constitué à la fin de 1942 à Nice, Alpes-Maritimes, France, par Yves Le Crom-Hubert, dit « Yvonne », ancien agent de la Confrérie Notre-Dame. Sa mission initiale est la recherche de renseignements militaires en zone Sud et spécialement l’observation des forces italiennes présentes dans les Alpes-Maritimes. Le réseau travaille dans l’orbite de Phratrie et du BCRA.
Organisation interne
Tartane se développe sur le littoral méditerranéen. Les secteurs documentés comprennent Nice, Cannes, Toulon et Marseille. À Nice, Jacques Lippmann, dit « Chrono II », puis Georges Fluchaire sont cités à la direction locale. À Toulon, l’antenne est confiée à Robert Le Planquais. À Marseille interviennent notamment Roger Taillefer et d’autres responsables de secteurs. Les agents de liaison transmettent rapports, cartes et plans, centralisés avant transmission vers la centrale.
Le SHD conserve un ensemble substantiel de dossiers individuels dans ses fonds de la France combattante. L’inventaire GR 28 P 4 classe notamment séparément les agents de « Masséna (Tartane) », confirmant une organisation officiellement homologuée et administrativement reconnue après la guerre.
Actions menées pendant la Résistance
La fonction principale est le renseignement militaire : surveillance des mouvements de troupes, des installations militaires et des ports méditerranéens, établissement et transmission de plans et de rapports. Des membres participent parallèlement à des activités de liaison, d’aide aux personnes recherchées et de passage clandestin. Hélène Vagliano est notamment documentée comme agent de renseignement et comme participante aux liaisons clandestines. Roger Taillefer dirige une implantation marseillaise et participe également à des filières d’évasion.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Tartane appartient à l’ensemble de réseaux de renseignement articulés autour de Phratrie et du BCRA. Son fondateur, Yves Le Crom-Hubert, avait auparavant appartenu à la Confrérie Notre-Dame. Plusieurs itinéraires individuels conduisent ensuite certains agents vers Gallia ou vers le service de renseignement des MUR, ce qui explique des doubles appartenances ou des changements d’affectation dans les sources. Paul Schmierer, par exemple, passe de Tartane-Masséna à Gallia-Kasanga en 1944.
Yves LE CROM-HUBERT, alias « Yvonne », est le fondateur et premier chef documenté du réseau. Il rejoint ensuite Londres. Il survit à la guerre.
Robert LE PLANQUAIS dirige l’antenne de Toulon. Son dossier figure parmi les dossiers du réseau conservés dans les archives de la France combattante.
Roger TAILLEFER, alias notamment « Burin » et « Max Gauthier », est agent P2 et responsable d’une implantation marseillaise. Il survit à la guerre.
Paul SCHMIERER rejoint Tartane-Masséna après son engagement dans la France libre en octobre 1942. Il poursuit ultérieurement son activité au sein de Gallia-Kasanga et survit à la guerre.
Hélène VAGLIANO, alias « Veilleuse », est agent de renseignement dans le secteur cannois. Arrêtée par la Gestapo, elle est exécutée à Nice, Alpes-Maritimes, France, le 15 août 1944.
Victimes et morts
Hélène VAGLIANO constitue une victime nominativement et solidement documentée du réseau : arrêtée à la fin de juillet 1944, elle est exécutée le 15 août 1944 à l’Ariane, Nice, Alpes-Maritimes, France. L’état actuel des sources publiques consultées ne permet pas d’établir une liste exhaustive de toutes les pertes de Tartane-Masséna sans examen individuel des dossiers du SHD.
Survivants identifiés
Yves LE CROM-HUBERT, Roger TAILLEFER et Paul SCHMIERER sont notamment attestés comme survivants. Les archives du SHD contiennent de nombreux autres dossiers d’agents, mais la présence d’un dossier ne suffit pas à établir leur sort sans examen nominatif.
Fin du réseau
Le départ de Le Crom-Hubert pour Londres entraîne un changement de direction. La documentation secondaire décrit une désorganisation progressive de Tartane sous son successeur. Une partie des agents et des secteurs est ensuite absorbée ou réaffectée vers d’autres structures de renseignement. La Libération met fin à l’activité clandestine et entraîne les opérations de liquidation et d’homologation administrative.
Conséquences et mémoire
Tartane-Masséna représente une des implantations du renseignement gaulliste sur le littoral méditerranéen. La mémoire du réseau subsiste principalement à travers les dossiers du SHD et la mémoire de ses agents. À Cannes, Alpes-Maritimes, France, Hélène Vagliano est notamment honorée par une rue et une école portant son nom.
Fiabilité A pour l’existence, la nature, le rattachement au renseignement et l’organisation générale, établis par le SHD et recoupés par plusieurs sources. Fiabilité B pour certains détails de structure et de chronologie interne qui reposent surtout sur la littérature historique et nécessiteraient la consultation intégrale des dossiers GR 28 P 4.
Références bibliographiques
Dictionnaire historique de la Résistance, François Marcot dir., avec Bruno Leroux et Christine Levisse-Touzé, Robert Laffont, Paris, 2006.
Les services secrets du général de Gaulle : le BCRA, 1940-1944, Sébastien Albertelli, Perrin, Paris, 2009.
La Résistance en Provence-Alpes-Côte d’Azur, travaux de Jean-Marie Guillon consacrés aux réseaux et mouvements de la région méditerranéenne.
Références internet
Service historique de la Défense – Archives de la France combattante Inventaire GR 28 P 4, comprenant les dossiers de Tartane et de Masséna (Tartane). https://museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/243.pdf
Mémoire Vive de la Résistance Notice « Réseau Masséna », utilisée ici comme élément de comparaison critique et non comme source déterminante. https://mvr.asso.fr/reseau-massena/
Mémoire Vive de la Résistance Notice Paul Schmierer, qui documente son appartenance à Tartane-Masséna puis son passage à Gallia-Kasanga. https://mvr.asso.fr/schmierer/
Musée de la Résistance en ligne Base documentaire et instrument de recherche du SHD. https://museedelaresistanceenligne.org
Sources consultées
MVR : résultats positifs pour « Réseau Masséna » et Paul Schmierer. Maitron Résistance : recherches nominatives et par réseau. Fondation de la Résistance : recherches réseau et BCRA. Musée de la Résistance en ligne : résultats documentaires et inventaire SHD. Mémoire des Hommes : recherche réseau et agents. Ordre de la Libération : recherche des agents décorés. Gallica : recherche Tartane, Masséna, Phratrie et responsables. SHD : inventaire GR 28 P 4. Archives et sites mémoriels des Alpes-Maritimes et du Var : recherches complémentaires.