Défilé patriotique des résistants à Barrême, Basses-Alpes, France, le 14 juillet 1944.
Circonstances
Après le débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie, les maquis des Basses-Alpes connaissent une forte augmentation de leurs effectifs et intensifient leurs opérations. Le secteur de Barrême devient un espace important de la Résistance armée. Gérard PIERRE-ROSE, alias Manfred, commande le secteur de l’Asse et a créé à la Haute-Melle le maquis Fort-de-France, formé notamment à l’embuscade et à la guérilla.
Dans le même secteur, la 13e compagnie FTPF est constituée au début de juin 1944 sous le commandement de Pierre RIVAULT, alias Bebia-James. Le Musée de la Résistance en ligne confirme son activité autour de Barrême et Saint-André et documente plusieurs sabotages exécutés par ses hommes. Le 13 juillet 1944, un détachement de la 13e compagnie sabote notamment le pont métallique de Senez sur la route nationale 85.
Le contexte du 14 juillet 1944 est celui d’une affirmation publique de la Résistance dans plusieurs régions françaises. Des défilés, prises d’armes et cérémonies sont organisés dans des localités temporairement contrôlées ou fortement influencées par les maquis.
Déroulement de l’opération
Le 14 juillet 1944, deux groupes de résistants armés défilent dans les rues de Barrême sous les applaudissements de la population. Une source mémorielle consacrée à Gérard PIERRE-ROSE décrit explicitement ce défilé et indique qu’il rassemble des formations FFI et FTP.
La présence de la 13e compagnie FTP dans le secteur de Barrême est formellement établie par le Musée de la Résistance en ligne, tout comme l’existence du maquis Fort-de-France et sa direction par Gérard PIERRE-ROSE.
Le croisement des sources rend donc cohérente l’identification des deux formations participant à la manifestation, même si la source décrivant directement le défilé emploie plus généralement les termes FFI et FTP.
La cérémonie possède une portée à la fois patriotique et politique. En défilant publiquement, les résistants affirment le retour de la République et la légitimité de la Résistance face à l’occupant et au régime de Vichy.
Le risque est considérable. Une source consacrée à PIERRE-ROSE considère le défilé comme particulièrement visible et le replace immédiatement avant le déclenchement d’une vaste opération allemande dans les vallées du secteur. Il n’est toutefois pas possible d’affirmer que la cérémonie est l’unique cause du ratissage allemand : les forces d’occupation cherchent déjà à dégager la route Napoléon et les grands axes menacés par les maquis.
Gérard PIERRE-ROSE, alias Manfred, né le 8 février 1913 à Fort-de-France, Martinique, France, est le chef du secteur de l’Asse et le fondateur du maquis Fort-de-France. Ancien officier, il assure la formation militaire des maquisards. Il est arrêté le 18 juillet 1944 à Mézel puis exécuté le même jour à la Barre-d’Auran.
Pierre RIVAULT, alias Bebia-James, commande la 13e compagnie FTPF constituée dans le secteur Barrême-Saint-André au début de juin 1944.
André VALENTINI, alias Hervé, appartient à l’équipe d’instructeurs qui participe à la constitution du maquis Fort-de-France. Il survit à la guerre et participe après-guerre à l’entretien de la mémoire du maquis.
Paul DELOBEAU, alias Hoche, appartient au maquis Fort-de-France. Photographe amateur, il réalise plusieurs des rares photographies connues du groupe et de sa vie quotidienne. Il survit à la guerre.
Victimes
Aucune victime n’est signalée pendant le défilé lui-même du 14 juillet 1944.
Les événements qui suivent sont en revanche meurtriers. À partir du 17 juillet, une importante opération allemande est déclenchée pour reprendre le contrôle de la route Napoléon et de la RN 202. La documentation MVR évoque environ 1 500 hommes convergeant sur Barrême.
Le 18 juillet 1944, Gérard PIERRE-ROSE et le capitaine Victor ARNOUX sont capturés puis exécutés à la Barre-d’Auran. Leur mort est aujourd’hui au centre des commémorations du maquis Fort-de-France.
Survivants
Paul DELOBEAU survit à la guerre et conserve une importante documentation photographique sur le maquis.
André VALENTINI survit également et participe aux commémorations d’après-guerre.
Renée GIBELIN, René FLESSELLE, Charles PELLEGRINO, Freddy O’CURTY TREBBIANI et René VALENTINI figurent parmi les anciens membres ou proches du maquis encore présents lors de commémorations organisées plusieurs décennies après la guerre.
Conséquences
Le défilé du 14 juillet manifeste publiquement l’existence d’une autorité résistante et constitue un puissant symbole dans une localité encore située dans une zone de guerre.
Quatre jours plus tard, la situation militaire se retourne brutalement avec l’offensive allemande sur l’axe Nice-Digne. Gérard PIERRE-ROSE est tué et les maquis doivent reprendre une stratégie plus mobile. La proximité chronologique entre le défilé et la répression explique que les deux événements soient fréquemment associés dans la mémoire locale, sans qu’un lien causal exclusif puisse être établi.
Mémoire et lieux commémoratifs
La Barre-d’Auran, près de Barrême, possède une stèle consacrée à Gérard PIERRE-ROSE et Victor ARNOUX, exécutés le 18 juillet 1944. Des cérémonies commémoratives y sont régulièrement organisées.
À Barrême, la Salle de mémoire du Maquis Fort-de-France est installée dans l’ancien Hôtel Pascal, qui constituait pendant la Résistance une plaque tournante pour le ravitaillement, les renseignements et les communications du maquis. Elle conserve notamment des photographies, des documents de Renée Pascal-Gibelin et des feuilles originales du carnet de route de Gérard PIERRE-ROSE.
La place de la mairie de Barrême porte aujourd’hui le nom de place Capitaine Pierre Rose.
Références bibliographiques
Mémoires d’un maquis, Fort-de-France, Basses-Alpes, témoignages et travaux consacrés au groupe de Barrême. Cet ouvrage constitue une source essentielle pour comprendre la vie du maquis, ses membres, ses opérations et la mémoire entretenue après la guerre.
De l’Armistice à la Libération dans les Alpes-de-Haute-Provence, Jean Garcin. Cette étude retrace la Résistance dans l’ancien département des Basses-Alpes et fournit le cadre indispensable aux actions des maquis de Barrême et de la vallée de l’Asse.
Maquis et maquisards. La Résistance en armes, 1942-1944, Stéphane Simonnet, Belin, 2015. L’ouvrage permet de replacer Fort-de-France et la 13e compagnie dans le phénomène national de militarisation des maquis et dans les opérations de l’été 1944.
Répression et Résistance en Provence sous l’Occupation, Jean-Marie Guillon, Provence historique, 2017. L’article permet de comprendre la violence des opérations allemandes qui suivent la mobilisation de juin 1944 et la forte mortalité résistante dans les Basses-Alpes.
Références internet
Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence publient une étude détaillée consacrée à Gérard PIERRE-ROSE et au maquis Fort-de-France, fondée sur des fonds locaux et des travaux historiques. Elle documente la constitution du maquis, son armement, ses membres et les événements du 18 juillet 1944. Archives 04 – Gérard Pierre-Rose et Fort-de-France
Musée de la Résistance en ligne documente la 13e compagnie FTPF de Barrême-Saint-André, son commandement par Pierre RIVAULT et ses actions de juillet 1944. Musée de la Résistance en ligne – 13e compagnie FTPF
Mémoire Vive de la Résistance propose une étude sur l’ORA dans les Basses-Alpes qui documente l’École des cadres de Barrême, le maquis de la Haute-Melle, la coopération ORA-FTP et les opérations allemandes de juillet 1944. MVR – ORA dans les Basses-Alpes
Alpes de Haute-Provence Tourisme présente la Salle de mémoire du Maquis Fort-de-France et décrit ses collections ainsi que le rôle historique de l’ancien Hôtel Pascal. Salle de mémoire du Maquis Fort-de-France
Fiabilité
Fiabilité A pour l’existence des deux formations, la forte activité résistante à Barrême et les événements des 17-18 juillet 1944. Fiabilité B pour la composition exacte du défilé du 14 juillet : une source mémorielle documente directement deux groupes FFI et FTP défilant à Barrême, tandis que l’identification précise comme 13e compagnie FTP et maquis Fort-de-France résulte du croisement avec les sources institutionnelles attestant leur présence dans le secteur.
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance, étude de l’ORA dans les Basses-Alpes et recherches « Barrême », « Fort-de-France » et « 14 juillet 1944 »,. MVR – ORA Basses-Alpes
Maitron Résistance, recherches Barrême, Pierre-Rose et responsables FTP. Maitron
Fondation de la Résistance, recherche contextuelle sur les maquis de 1944,. Fondation de la Résistance
Musée de la Résistance en ligne, résultat positif sur la 13e compagnie FTPF et Barrême, . Musée de la Résistance en ligne – 13e compagnie
Mémoire des hommes, . Mémoire des hommes
Ordre de la Libération,. Ordre de la Libération
Gallica, recherche bibliographique. Gallica
Service historique de la Défense, recherche dans les fonds FFI effectuée le 25 août 2026. SHD
Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, documentation Gérard PIERRE-ROSE, Fort-de-France, Sipo-SD et répression allemande,. Archives départementales 04
Salle de mémoire du Maquis Fort-de-France, Barrême, documentation patrimoniale. Salle de mémoire de Barrême