Laure Constance Pierrette GATET, née le 19 juillet 1913 à Boussac-Bourg, aujourd’hui Boussac (Creuse), morte en février 1943 à Auschwitz-Birkenau, française, membre du réseau Confrérie Notre-Dame.
Laure Gatet naît dans une famille d’enseignants. Elle passe une partie importante de sa jeunesse à Périgueux, où elle effectue une scolarité brillante au lycée de jeunes filles qui portera plus tard son nom.
Elle entreprend des études de pharmacie à Bordeaux. Après un stage officinal effectué à Périgueux, elle obtient son diplôme de pharmacienne en 1936. Elle complète sa formation par des études de sciences naturelles, notamment en chimie biologique, botanique et minéralogie.
Préférant la recherche scientifique à l’exercice en officine, elle rejoint le laboratoire de chimie physiologique de la faculté des sciences de Bordeaux, dirigé par le professeur Louis Genevois. Elle y mène des recherches de biochimie, principalement consacrées aux levures, et prépare un doctorat ès sciences. Les Archives départementales de la Dordogne la présentent comme une jeune intellectuelle promise à une carrière scientifique remarquable.
Engagement dans la Résistance
Avant la guerre, Laure Gatet participe, dans les milieux catholiques sociaux bordelais, à l’accueil de réfugiés ayant fui la guerre d’Espagne.
Après la défaite de juin 1940, elle refuse l’Occupation allemande et commence à diffuser des idées gaullistes. Dès l’automne 1940, elle encourage son entourage à résister. En janvier 1941, elle rejoint la Confrérie Notre-Dame, l’un des premiers réseaux de renseignement travaillant au profit de la France libre.
Son activité clandestine reste dissimulée à la majorité de ses collègues de la faculté. Elle poursuit simultanément ses travaux scientifiques et ses missions résistantes.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Laure Gatet appartient à la Confrérie Notre-Dame, également désignée par la suite sous le nom de Confrérie Notre-Dame-Castille.
Ce réseau de renseignement est fondé par Gilbert Renault, dit « Rémy », et transmet à Londres des informations militaires, économiques et politiques recueillies en France occupée.
Dans la région bordelaise, Laure Gatet est introduite dans le réseau par Pierre Cayrol. Elle agit dans le groupe placé sous la responsabilité de Jean Fleuret.
Missions et actions
Laure Gatet exerce principalement les fonctions d’agent de liaison et de renseignement.
Elle recueille et transporte des messages et des documents clandestins destinés à d’autres agents, à la zone non occupée ou aux services de la France libre. Des réunions du réseau se tiennent régulièrement à Bordeaux, notamment cours Victor-Hugo.
Pour dissimuler les documents, elle utilise des emballages ordinaires. Certaines sources secondaires indiquent qu’elle les cachait notamment dans des boîtes de poudre ménagère. Un laissez-passer lié à ses déplacements lui permet de franchir la ligne de démarcation et de rejoindre ses parents à Périgueux.
Son activité de renseignement et de liaison est solidement documentée. En revanche, une participation personnelle à des opérations organisées de sauvetage de familles juives n’a pas été confirmée par les sources institutionnelles consultées. Son engagement antérieur en faveur des réfugiés espagnols est, lui, attesté par les Archives départementales de la Dordogne.
Arrestation / évasion / déportation
Laure Gatet est arrêtée à Bordeaux le 10 juin 1942 par les autorités allemandes, lors du démantèlement d’une partie de la Confrérie Notre-Dame. Son domicile est longuement fouillé avant son arrestation.
Elle est d’abord détenue à la caserne Boudet, puis au fort du Hâ à Bordeaux. Elle est ensuite transférée à la prison de la Santé, à Fresnes, puis au fort de Romainville.
Malgré les interrogatoires, elle ne livre pas les membres de son réseau.
Le 24 janvier 1943, elle est déportée depuis Compiègne vers Auschwitz-Birkenau dans le convoi des 230 femmes résistantes et militantes politiques connu sous le nom de convoi des “31 000”.
À Auschwitz, elle reçoit le matricule 31833. Une photographie anthropométrique allemande prise le 3 février 1943 et conservée dans les travaux consacrés à son parcours confirme ce matricule.
Très affaiblie et atteinte de dysenterie, elle meurt à Auschwitz-Birkenau en février 1943, à l’âge de vingt-neuf ans. La date du 25 février est fréquemment reprise, mais le jour exact du décès n’est pas établi avec une certitude absolue. Les Archives départementales de la Dordogne retiennent donc uniquement le mois de février 1943.
Camarades de combat
Parmi les résistants associés à son parcours figurent :
Pierre Cayrol, qui facilite son entrée dans la Confrérie Notre-Dame ;
Jean Fleuret, responsable du groupe bordelais auquel elle appartient ;
Gilbert Renault, dit « Rémy », fondateur et dirigeant de la Confrérie Notre-Dame.
La liste complète des agents avec lesquels Laure Gatet fut personnellement en contact n’a pas pu être établie à partir des sources consultées.
Retour à la vie civile
Laure Gatet étant morte en déportation, elle ne connaît pas de retour à la vie civile.
Après la guerre, sa famille, ses anciens collègues, les établissements scolaires qu’elle avait fréquentés et plusieurs institutions mémorielles contribuent à faire reconnaître son engagement scientifique et résistant.
Son parcours devient progressivement celui d’une figure majeure de la mémoire de la Résistance féminine en Dordogne et à Bordeaux.
Décorations
- Croix de guerre 1939-1945 avec palme — attribution à titre posthume signalée lors d’une cérémonie du 8 mars 1946. Source institutionnelle secondaire : cité scolaire Laure-Gatet ; décret ou texte complet de citation non retrouvé lors des présentes recherches.
- Chevalier de la Légion d’honneur — Décret du 10 novembre 1955 — attribution à titre posthume. Source : cité scolaire Laure-Gatet.
- Médaille de la Résistance française à titre posthume par décret du 10 novembre 1955 JO 16 novembre 1955 source Ordre de la Libération Côte du dossier : 1O25732
- Statut de déportée-résistante — reconnaissance administrative accordée le 16 juin 1953. Il s’agit d’un statut, et non d’une décoration. Source : Wikipédia ; décision administrative primaire non retrouvée lors des présentes recherches.
Lieux de mémoire
La rue bordelaise dans laquelle Laure Gatet habitait au moment de son arrestation porte son nom depuis 1951.
La cité scolaire Laure-Gatet de Périgueux, installée sur le site de l’ancien lycée de jeunes filles qu’elle avait fréquenté, reçoit son nom en 1969.
Son nom figure également sur une plaque commémorative de l’ancienne faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux.
Une stèle a été élevée à Boussac-Bourg, près de sa maison natale. Sa mémoire est également entretenue par les Archives départementales de la Dordogne, qui ont réalisé avec la cité scolaire Laure-Gatet une exposition et un catalogue consacrés à sa vie.
Références bibliographiques
Daniel Charbonnel, sous la direction de, Laure Gatet, une intellectuelle en Résistance, Périgueux, cité scolaire Laure-Gatet et Archives départementales de la Dordogne, 2013, 64 pages. Cet ouvrage constitue la principale synthèse biographique consacrée à Laure Gatet. Il traite de son enfance, de sa formation scientifique, de son engagement dans la Confrérie Notre-Dame, de son arrestation, de sa déportation et de sa mémoire.
Gilbert Renault, dit Rémy, Les Mains jointes, volume des Mémoires d’un agent secret de la France libre, 1948. Rémy y évoque la Confrérie Notre-Dame et Laure Gatet. Cet ouvrage constitue un témoignage mémoriel qui doit être confronté aux sources archivistiques.
Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier. Cet ouvrage reconstitue le parcours collectif des 230 femmes déportées à Auschwitz dans le convoi auquel appartenait Laure Gatet.
Références internet
Archives départementales de la Dordogne, « Laure Gatet, une intellectuelle en Résistance ». Notice institutionnelle confirmant sa formation, son appartenance à la Confrérie Notre-Dame, son arrestation le 10 juin 1942 et sa mort à Auschwitz-Birkenau en février 1943.
Cité scolaire Laure-Gatet de Périgueux, « Historique du nom de la cité scolaire ». Cette page fournit des informations sur sa nomination posthume dans la Légion d’honneur, la Croix de guerre et la Médaille de la Résistance.
Mémoire et Espoirs de la Résistance, « Gatet, Laure ». La notice confirme sa naissance le 19 juillet 1913, son rôle d’agent de liaison de la Confrérie Notre-Dame, son arrestation et sa déportation.
Wikipédia, « Laure Gatet ». Notice biographique développée consultée conformément au protocole. Ses informations ont été utilisées lorsque celles-ci étaient concordantes avec les sources institutionnelles ou clairement signalées comme non confirmées par une source primaire.
Dossier d’homologation consulté
Aucune cote complète de dossier individuel du Service historique de la Défense n’a pu être identifiée avec certitude dans les instruments de recherche accessibles en ligne.
Les sources consultées présentent néanmoins Laure Gatet comme agent de la Confrérie Notre-Dame et mentionnent une reconnaissance militaire posthume au grade de sous-lieutenant.
L’absence de cote SHD dans la présente notice ne remet pas en cause son engagement résistant, établi par plusieurs sources institutionnelles et mémorielles concordantes.
Observations
La forme complète de son identité est Laure Constance Pierrette Gatet.
La date et le lieu de naissance sont établis : 19 juillet 1913 à Boussac-Bourg.
Une divergence subsiste sur la date exacte de son décès. Plusieurs sources secondaires retiennent le 25 février 1943, tandis que les Archives départementales de la Dordogne indiquent seulement février 1943. La formulation prudente « morte en février 1943 » est donc retenue.
Les actions de renseignement et de liaison au sein de la Confrérie Notre-Dame sont confirmées. En revanche, l’affirmation selon laquelle elle aurait personnellement participé à des actions de secours liées aux rafles de Bordeaux n’a pas été suffisamment documentée et n’est pas retenue comme un fait établi.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité de Laure Gatet, sa formation scientifique, son appartenance à la Confrérie Notre-Dame, son arrestation, son parcours carcéral et sa déportation sont établis par plusieurs sources concordantes, dont les Archives départementales de la Dordogne.
L’incertitude porte uniquement sur le jour exact de sa mort et sur certaines modalités secondaires de son activité clandestine.
Chronologie
| Date | Événement |
| 19 juillet 1913 | Naissance à Boussac-Bourg, dans la Creuse. |
| 1931-1932 | Stage officinal à Périgueux. |
| 1936 | Obtention du diplôme de pharmacienne et orientation vers la recherche scientifique. |
| Fin de l’année 1936 | Entrée au laboratoire de chimie physiologique de Louis Genevois à Bordeaux. |
| Automne 1940 | Premières activités de propagande et d’opposition à l’Occupation. |
| Janvier 1941 | Entrée dans la Confrérie Notre-Dame. |
| 10 juin 1942 | Arrestation à Bordeaux. |
| Juin 1942 | Détention à la caserne Boudet puis au fort du Hâ. |
| 14 juin 1942 | Transfert à la prison de la Santé. |
| 12 octobre 1942 | Transfert à Fresnes. |
| 12 janvier 1943 | Internement au fort de Romainville. |
| 24 janvier 1943 | Déportation vers Auschwitz-Birkenau dans le convoi des “31 000”. |
| 3 février 1943 | Photographie d’immatriculation à Auschwitz sous le numéro 31833. |
| Février 1943 | Mort à Auschwitz-Birkenau. |
| 8 mars 1946 | Attribution posthume de la Croix de guerre signalée par les sources. |
| 16 juin 1953 | Reconnaissance du statut de déportée-résistante. |
| 10 novembre 1955 | Nomination posthume comme chevalier de la Légion d’honneur. |
| 1969 | La cité scolaire de Périgueux reçoit le nom de Laure Gatet. |
Sources consultées
Archives départementales de la Dordogne. La notice institutionnelle consacrée à l’exposition « Laure Gatet, une intellectuelle en Résistance » a confirmé son parcours scolaire, son engagement dans la Confrérie Notre-Dame, son arrestation à Bordeaux le 10 juin 1942, sa déportation et sa mort à Auschwitz-Birkenau en février 1943.
Cité scolaire Laure-Gatet de Périgueux. La page historique de l’établissement a fourni les informations relatives à la Légion d’honneur, à la Croix de guerre et à la Médaille de la Résistance.
Mémoire et Espoirs de la Résistance. La notice nominative a confirmé sa date de naissance, son rôle d’agent de liaison, son appartenance à la Confrérie Notre-Dame et son arrestation.
Wikipédia. La notice développée a été utilisée pour orienter les recherches sur son parcours carcéral, ses décorations et les lieux de mémoire. Les éléments principaux ont été recoupés avec les sources institutionnelles disponibles.
Wikimedia Commons. La fiche descriptive de la photographie anthropométrique prise à Auschwitz a permis de confirmer le matricule 31833 et la date de la photographie, le 3 février 1943. La photographie est attribuée à la collection de la famille Gatet et publiée dans l’ouvrage dirigé par Daniel Charbonnel.
Mémoire Vive de la Résistance. Laure Gatet est citée dans une notice thématique consacrée aux rafles de Bordeaux. Il ne s’agit pas d’une notice individuelle. Les affirmations qui n’ont pas été confirmées par une source indépendante n’ont pas été intégrées comme faits établis.
Mémoire des hommes, Service historique de la Défense, Base Léonore, Ordre de la Libération, Musée de la Résistance en ligne et Maitron Résistance. Les recherches nominatives n’ont pas permis d’identifier, dans les résultats accessibles, une fiche institutionnelle individuelle ou une cote SHD suffisamment précise pour compléter avec certitude la présente notice.