La dénomination archivistique la plus sûre est « groupe de commandos Courson ». Elle figure explicitement dans l’inventaire du Service historique de la Défense, qui conserve sous la cote GR/12/P/96/3 le « J.M.O. du groupe de commandos Courson puis du 6e bataillon de choc », pour la période allant du 4 septembre 1944 au 30 septembre 1945.
Les appellations « Commandos de Provence », « groupe de Commandos de Provence », « Commando de Provence » et « Commando Courson » sont également rencontrées. Les sources locales consacrées aux combats de Belfort emploient « Commandos de Provence ». Le SHD doit cependant être privilégié pour la normalisation archivistique de l’unité.
La forme principale est donc : « Groupe de commandos Courson – Commandos de Provence ». La classification correcte est celle d’une unité combattante issue des FFI et intégrée à l’armée française. Elle ne constitue ni un réseau de renseignement ni un mouvement clandestin autonome.
Création du groupe
L’origine du groupe se situe dans la mobilisation des FFI de la région d’Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône, France, immédiatement après le débarquement allié du 15 août 1944 et la libération de la région.
La documentation consacrée aux libérateurs de Valdoie indique qu’un 1er bataillon FFI est formé à Aix-en-Provence à partir du 20 août 1944. Il rassemble d’anciens résistants et dispose initialement d’un équipement hétérogène. Ce bataillon constitue le noyau des futurs Commandos de Provence.
La date du 4 septembre 1944 doit être retenue comme point de départ documentaire certain du groupe de commandos Courson : elle correspond à la date initiale du journal de marche et opérations conservé par le Service historique de la Défense. Cette donnée archivistique est préférable aux dates légèrement différentes données par certaines sources secondaires.
Le groupe est constitué à partir de résistants et de FFI provençaux. Les sources secondaires mentionnent notamment des volontaires provenant des secteurs d’Aix-en-Provence, Gardanne, Éguilles et Noves, Bouches-du-Rhône, France.
Organisation interne
Le groupe est commandé par le commandant de Courson de la Villeneuve. Les sources secondaires présentent le capitaine de Barberin comme son adjoint, mais ce point n’a pas été confirmé dans la notice archivistique du SHD consultée en ligne et doit donc être considéré avec davantage de prudence.
Les volontaires sont regroupés et instruits dans la région d’Aix-en-Provence. La caserne Miollis, à Aix-en-Provence, est citée comme lieu de rassemblement et d’instruction militaire accélérée.
Il existe deux formations distinctes. Le Groupe de Commandos d’Afrique a été créé en Afrique du Nord en 1943.
Le groupe Courson, issu de FFI provençaux, est constitué après la libération de la Provence en 1944.
Les Commandos de Provence sont ensuite rattachés opérationnellement aux Commandos d’Afrique du colonel Georges-Régis BOUVET. La documentation consacrée à Valdoie situe ce rattachement en septembre 1944.
La distinction entre les deux formations est définitivement confirmée par le Service historique de la Défense : au début de 1945, les Commandos d’Afrique donnent naissance au 5e bataillon de choc tandis que le groupe de commandos Courson donne naissance séparément au 6e bataillon de choc.
Les deux unités sont donc associées dans les opérations mais ne doivent pas être confondues.
Actions menées pendant la Résistance et les campagnes de 1944
La nature même de l’unité impose une distinction chronologique. Ses membres sont majoritairement issus de la Résistance intérieure et des FFI, mais le groupe Courson proprement dit est constitué après la libération de la région d’Aix-en-Provence. Son histoire relève donc principalement de la transformation de combattants de la Résistance en soldats de l’armée française engagés dans la poursuite de la guerre.
Après sa constitution et son instruction, le groupe quitte la Provence pour rejoindre les opérations conduites dans l’Est de la France. Il est associé aux Commandos d’Afrique. Les deux formations font mouvement vers le Jura puis sont engagées dans les Vosges.
Les Commandos de Provence combattent dans le secteur de Cornimont, Vosges, France, en octobre 1944. Les sources mentionnent notamment les secteurs de la Grosse-Pierre et du Haut de Tomteux. Ces engagements constituent leur première importante expérience de combat comme unité constituée.
Participation à la libération de Belfort
Le groupe Courson participe ensuite directement à l’offensive de la Première Armée française dans la trouée de Belfort en novembre 1944.
Les opérations des Commandos de Provence se déroulent en liaison étroite avec celles des Commandos d’Afrique.
Dans la nuit du 19 au 20 novembre 1944, les Commandos d’Afrique attaquent le fort du Salbert qui domine Belfort. Après cette opération, les Commandos de Provence reçoivent pour objectif le secteur de Valdoie, Territoire de Belfort, France.
Le 20 novembre 1944, les hommes du groupe Courson progressent vers Valdoie. Ils agissent en liaison avec les résistants FFI locaux. La documentation historique réalisée à partir des archives et témoignages relatifs à Valdoie confirme leur intervention les 20 et 21 novembre 1944.
Pierre KAMMERLOCHER, résistant belfortain connaissant parfaitement le terrain, guide les Commandos de Provence. Après avoir participé à l’opération du Salbert avec les Commandos d’Afrique, il accompagne le lendemain les hommes de Provence vers Valdoie. Il est tué lors de l’assaut contre l’usine Socolest occupée par les Allemands.
Les Commandos de Provence poursuivent les combats autour de Valdoie et participent le 22 novembre 1944 aux violents affrontements du bois d’Arsot.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le lien originel est celui des FFI de Provence. Le noyau de l’unité est constitué d’anciens résistants et de combattants provenant de différents groupes et maquis provençaux regroupés après la libération d’Aix-en-Provence.
Le lien militaire essentiel est ensuite établi avec le Groupe de Commandos d’Afrique du colonel Georges-Régis BOUVET. À partir de septembre-octobre 1944, les deux formations opèrent conjointement dans l’Est de la France.
Cette association ne doit toutefois pas être transformée en identité organisationnelle. Le groupe Courson conserve son existence propre, comme le démontre son JMO distinct au Service historique de la Défense.
Dans la région de Belfort, il coopère également avec les FFI locaux. Lors des opérations de Valdoie, la documentation locale mentionne notamment la liaison avec les FFI du capitaine HEIDET.
De COURSON de la VILLENEUVE commande le groupe qui porte couramment son nom. Une difficulté documentaire subsiste cependant sur son prénom. Des sources secondaires donnent des prénoms divergents : « Hervé » apparaît dans une documentation locale consacrée aux unités ayant participé aux combats de Belfort, tandis qu’une autre source mémorielle locale donne « René ». Cette divergence n’est pas résolue par la notice du SHD consacrée au groupe, qui emploie simplement « Courson ». Il serait donc contraire au protocole de retenir actuellement un prénom comme définitivement établi.
Cette précaution est d’autant plus nécessaire qu’Alexandre DE COURSON DE LA VILLENEUVE, résistant mort en 1944, possède un dossier individuel distinct au Service historique de la Défense sous la cote GR 16 P 163939 et ne doit pas être confondu avec le commandant du groupe Courson.
Le capitaine André NALLET commande l’un des éléments des Commandos de Provence lors des combats de Belfort et de Valdoie. Ancien responsable des Équipes nationales à Aix-en-Provence, il avait organisé des groupes de résistance sous cette couverture puis constitué une compagnie intégrée au groupe Courson après le débarquement de Provence. Il participe à l’offensive de novembre 1944.
Pierre KAMMERLOCHER est un résistant du Territoire de Belfort qui sert de guide aux commandos lors de l’offensive. Il est tué le 20 novembre 1944 pendant la prise de l’usine Socolest à Valdoie. Il reçoit la Croix de guerre avec palme à titre posthume.
Victimes et morts
Les combats menés par les Commandos de Provence dans les Vosges puis dans le Territoire de Belfort occasionnent des pertes. Les sources ouvertes consultées ne permettent cependant pas d’établir avec une fiabilité suffisante un bilan nominatif exhaustif des tués appartenant au groupe Courson pour la période septembre-décembre 1944.
Il convient notamment de ne pas attribuer automatiquement au groupe Courson toutes les pertes des Commandos d’Afrique lors des opérations conduites conjointement. Les deux formations combattent côte à côte mais restent administrativement distinctes.
Pierre KAMMERLOCHER constitue un cas particulier : il participe aux opérations aux côtés des commandos et tombe pendant leur attaque sur Valdoie, mais son parcours antérieur appartient à la Résistance belfortaine.
Survivants identifiés
Les sources consultées attestent l’existence de nombreux survivants ayant poursuivi la campagne après Belfort au sein du groupe puis du 6e bataillon de choc. Une liste exhaustive ne peut cependant pas être établie sans dépouillement du journal de marche, des états nominatifs et des dossiers individuels conservés au SHD.
La documentation mémorielle de Valdoie s’appuie notamment sur le témoignage de Pierre MASSON, ancien des Commandos de Provence et participant à la libération de Valdoie, ce qui établit sa survie aux combats de novembre 1944.
Transformation en 6e bataillon de choc
Cette étape peut désormais être fixée avec précision grâce au Service historique de la Défense.
Le 15 janvier 1945, le groupe de commandos Courson devient officiellement le 6e bataillon de choc. Le SHD indique explicitement que le 6e bataillon est « créé le 15 janvier 1945 à partir du groupe de commandos Courson ».
Cette date doit être préférée au 5 janvier 1945 ou au 1er janvier parfois rencontrés dans des sources secondaires.
Parallèlement, le 1er groupe de Commandos d’Afrique devient le 5e bataillon de choc. Le 5e et le 6e bataillons constituent ainsi deux formations distinctes issues respectivement des Commandos d’Afrique et du groupe Courson.
Cette organisation apporte la confirmation archivistique définitive que le Commando Courson n’était pas simplement une compagnie des Commandos d’Afrique.
Fin du groupe et poursuite de la guerre
Le « groupe de commandos Courson » cesse donc d’exister sous cette dénomination le 15 janvier 1945, non par démantèlement ou destruction mais par transformation administrative et militaire en 6e bataillon de choc.
Le nouveau bataillon poursuit la campagne d’Alsace puis les opérations en Allemagne. Le Service historique de la Défense conserve un JMO continu couvrant le groupe Courson puis le 6e bataillon de choc jusqu’au 30 septembre 1945, ce qui établit une continuité institutionnelle entre les deux formations.
Le 6e bataillon de choc est dissous le 30 septembre 1945.
Conséquences et mémoire
Le groupe Courson illustre un phénomène important de l’automne 1944 : l’intégration rapide de combattants issus de la Résistance intérieure dans des unités régulières de l’armée française poursuivant la guerre contre l’Allemagne.
Son parcours est particulièrement représentatif : constitution à partir de FFI provençaux après le débarquement du 15 août 1944, instruction et organisation à Aix-en-Provence, déplacement vers l’Est, combats dans les Vosges, participation à la libération du Territoire de Belfort puis transformation en unité régulière de choc.
La mémoire des Commandos de Provence demeure particulièrement présente à Valdoie, où leur intervention des 20 et 21 novembre 1944 est associée à la libération de la commune. Le travail mémoriel local conserve photographies, témoignages et parcours de combattants.
Point historiographique : « Commando Courson » ou « Commandos de Provence »
Les deux appellations doivent être conservées, mais elles ne possèdent pas exactement la même valeur.
« Commandos de Provence » est l’appellation historique et mémorielle couramment employée pour l’unité issue des FFI provençaux.
« Groupe de commandos Courson » possède une valeur archivistique particulièrement forte puisqu’il s’agit de l’appellation employée par le Service historique de la Défense pour le JMO de l’unité.
« Commando Courson » constitue une forme abrégée fréquemment employée.
« 6e bataillon de choc » ne doit être utilisé qu’à partir du 15 janvier 1945.
Références bibliographiques
Histoire de la Première Armée française, Jean de Lattre de Tassigny, Plon, Paris, 1949. L’ouvrage fournit le cadre général de la campagne de la Première Armée française depuis le débarquement de Provence jusqu’aux Vosges, Belfort, l’Alsace et l’Allemagne, dans lequel s’inscrit le parcours des Commandos de Provence.
Les Commandos d’Afrique, Patrick de Gmeline, Presses de la Cité, Paris, 1980. L’ouvrage est consacré aux Commandos d’Afrique et permet de replacer leur association opérationnelle avec le groupe Courson dans l’évolution des unités françaises de choc en 1944-1945.
La Première Armée française. Rhin et Danube, travaux et témoignages consacrés à l’armée du général de Lattre de Tassigny. Cette documentation permet de replacer les unités FFI intégrées à la Première Armée dans les opérations des Vosges, de Belfort et d’Alsace.
Références internet
Service historique de la Défense Notice GR/12/P/96/3 consacrée au 6e bataillon de choc. Elle identifie le JMO du « groupe de commandos Courson puis du 6e bataillon de choc », couvrant la période du 4 septembre 1944 au 30 septembre 1945, et fixe la création du 6e bataillon de choc à partir du groupe Courson au 15 janvier 1945. Notice SHD GR/12/P/96/3
Service historique de la Défense Inventaire de la sous-série 12 P consacrée notamment aux unités de choc. Il distingue explicitement le 5e bataillon de choc, issu du 1er groupe de Commandos d’Afrique, et le 6e bataillon de choc, issu du groupe de commandos Courson. Inventaire SHD des unités de choc
Valdoie 1944 – Sur les chemins de la liberté Documentation historique et pédagogique consacrée aux Commandos de Provence. Elle établit leur origine dans le 1er bataillon FFI formé à Aix-en-Provence à partir du 20 août 1944, leur commandement par de Courson de la Villeneuve, leur rattachement aux Commandos d’Afrique et leur participation à la libération de Valdoie. Les Commandos de Provence – Valdoie 1944
Valdoie 1944 – Les combats du bois d’Arsot Présentation des principales unités de choc ayant combattu dans le secteur. La page distingue le Bataillon de Provence des Commandos d’Afrique et indique qu’il est associé aux missions de ces derniers avant de constituer le 6e bataillon de choc. Les combats du bois d’Arsot
Valdoie 1944 – Pierre Kammerlocher Documentation sur le résistant belfortain qui guide les Commandos d’Afrique lors de la prise du Salbert puis les Commandos de Provence vers Valdoie et qui est tué pendant l’assaut de l’usine Socolest. Pierre Kammerlocher
Fiabilité A pour l’existence du groupe de commandos Courson, son activité à partir du 4 septembre 1944, sa continuité institutionnelle avec le 6e bataillon de choc et la création de celui-ci le 15 janvier 1945. Ces éléments reposent directement sur le catalogue et l’inventaire du Service historique de la Défense.
Fiabilité A pour la participation des Commandos de Provence aux opérations de Belfort et de Valdoie en novembre 1944, établie par plusieurs sources concordantes.
Fiabilité B pour certains détails de l’organisation initiale à Aix-en-Provence, notamment l’effectif exact, la subdivision en compagnies et certains cadres subalternes, qui nécessiteraient une consultation directe du JMO GR/12/P/96/3.
Le prénom du commandant de Courson de la Villeneuve est laissé volontairement non normalisé dans cette fiche en raison de divergences entre sources secondaires. Le JMO ou le dossier militaire individuel doit être consulté avant validation définitive.
Sources consultées –
Mémoire Vive de la Résistance : recherches « Commando Courson », « Commandos de Provence », « Courson de la Villeneuve » et variantes ; aucune notice thématique autonome du groupe retrouvée. Mémoire Vive de la Résistance
Maitron Résistance : recherche effectuée sur le groupe, son commandant et les Commandos de Provence ; aucune notice collective suffisamment détaillée retrouvée. Le Maitron
Fondation de la Résistance : recherche effectuée sur les Commandos de Provence, Courson et les unités FFI intégrées à la Première Armée ; aucune notice collective spécifique supérieure à la documentation du SHD retrouvée. Fondation de la Résistance
Musée de la Résistance en ligne : recherche effectuée sur les appellations et les combattants associés ; aucune notice collective spécifique du groupe Courson retrouvée dans les résultats consultés. Musée de la Résistance en ligne
Mémoire des Hommes : recherche effectuée ; aucune notice collective détaillée du groupe retrouvée. Mémoire des Hommes
Ordre de la Libération : recherche effectuée ; aucune notice collective du groupe Courson retrouvée. Ordre de la Libération
Gallica-BnF : recherches « Commandos de Provence », « Commando Courson » et « Courson de la Villeneuve » effectuées ; aucune source primaire supérieure au JMO du SHD retenue. Gallica – Bibliothèque nationale de France
Service historique de la Défense : résultat positif majeur. JMO du groupe de commandos Courson puis du 6e bataillon de choc, 4 septembre 1944-30 septembre 1945, cote GR/12/P/96/3. Dossier du 6e bataillon de choc – SHD