La forme principale retenue est Partito Socialista Italiano di Unità Proletaria, abrégé PSIUP. En français : Parti socialiste italien d’unité prolétarienne.
Il s’agit d’un parti politique clandestin antifasciste participant directement à la Résistance italienne, et non d’un réseau ou d’un maquis. Son organisation militaire s’exprime principalement à travers les Brigate Matteotti et les structures militaires socialistes. Il participe en outre au Comitato di Liberazione Nazionale.
Une précaution impérative concerne l’homonymie. Le PSIUP étudié ici existe de 1943 à 1947. Un autre parti nommé Partito Socialista Italiano di Unità Proletaria est créé en 1964 à la suite d’une scission du PSI et disparaît en 1972. Il s’agit de deux organisations historiquement distinctes.
Création PSIUP
Le PSI, interdit par le régime fasciste en 1926, maintient une activité dans l’exil et dans la clandestinité. En Italie, différents groupes socialistes se reconstituent progressivement pendant la guerre.
Le 10 janvier 1943, Lelio BASSO et plusieurs militants antifascistes participent à la création du Movimento di Unità Proletaria, MUP. D’autres noyaux socialistes clandestins sont actifs parallèlement.
Après la chute de Benito Mussolini le 25 juillet 1943, les différentes composantes socialistes accélèrent leur réunification. Du 23 au 25 août 1943, une réunion tenue à Rome, Italie, au domicile d’Oreste LIZZADRI sanctionne la fusion du PSI, du Movimento di Unità Proletaria et de l’Unione Proletaria Italiana. Le parti reconstitué prend le nom de Partito Socialista Italiano di Unità Proletaria.
Pietro NENNI, revenu d’internement après la chute du fascisme, assume la direction du parti avec plusieurs responsables, notamment Sandro PERTINI et Carlo ANDREONI.
Ses objectifs sont la lutte contre le fascisme et l’occupation allemande, la restauration des libertés politiques, l’établissement d’une République et la transformation sociale de l’Italie.
Organisation interne
Le PSIUP fonctionne clandestinement après l’occupation allemande de Rome en septembre 1943. Il dispose d’une direction nationale, d’organisations régionales et d’organismes militaires.
À Rome, Sandro PERTINI dirige le centre militaire socialiste après les combats de Porta San Paolo du 10 septembre 1943. Cette structure repose notamment sur un important réseau de cheminots. Après son arrestation, Giuliano VASSALLI le remplace temporairement dans la Giunta militare centrale du Comitato di Liberazione Nazionale.
Dans le nord, Lelio BASSO participe avec Sandro PERTINI et Rodolfo MORANDI à la création de l’Esecutivo Alta Italia du PSIUP et assume des responsabilités organisationnelles.
Le parti est traversé par plusieurs tendances politiques, notamment concernant ses relations avec le Parti communiste italien. Ces divergences existent déjà pendant la Résistance et deviennent déterminantes après la guerre.
Actions menées pendant la Résistance
Le PSIUP participe directement à la Résistance par son activité politique clandestine, sa presse, son action au sein des Comités de libération nationale et ses formations militaires.
Les Brigate Matteotti constituent ses principales formations partisanes armées. Après les combats de Porta San Paolo, le centre militaire socialiste organise la résistance à Rome. Une première brigade Matteotti est constituée sur le Monte Grappa, Italie, le 12 décembre 1943. D’autres formations se développent ensuite dans différentes régions.
Le parti participe à la diffusion clandestine de l’Avanti! et d’autres publications socialistes. Lelio BASSO publie notamment clandestinement Bandiera Rossa à la fin de 1943.
Le PSIUP participe également à la Résistance politique par son action au sein du CLN et par ses prises de position sur la question institutionnelle. Pietro NENNI défend notamment l’établissement d’une République et l’unité d’action antifasciste.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le PSIUP constitue l’une des principales forces politiques du Comitato di Liberazione Nazionale aux côtés du Parti communiste italien, de la Democrazia Cristiana, du Partito d’Azione, du Partito Liberale et de la Democrazia del Lavoro.
Il entretient une coopération étroite avec le PCI dans le cadre de la lutte antifasciste. Pietro NENNI soutient particulièrement l’unité d’action entre socialistes et communistes. Cette orientation suscite cependant des oppositions internes qui prennent une importance croissante après la Libération.
Les Brigate Matteotti coopèrent également militairement avec les Brigate Garibaldi, les formations Giustizia e Libertà et les autres composantes de la Résistance dans le cadre du Corpo Volontari della Libertà.
Chefs et figures marquantes
Pietro NENNI, dirigeant socialiste de longue date, est libéré du confinement de Ponza après la chute du régime fasciste. Revenu à Rome au début du mois d’août 1943, il participe à la reconstitution du parti et en devient l’un des principaux secrétaires. Il représente les socialistes dans le CLN et défend la coopération avec le PCI ainsi que la solution républicaine. Il survit à la guerre et devient après la Libération vice-président du Conseil et ministre.
Sandro PERTINI participe à la fondation du PSIUP et à son comité militaire. Le 10 septembre 1943, il combat à Porta San Paolo contre les Allemands. Arrêté et condamné à mort, il s’évade en janvier 1944 puis reprend ses fonctions au sein du parti et de la Résistance. Il rejoint ensuite l’Italie du Nord et participe à la direction de l’insurrection. Il survit à la guerre et devient président de la République italienne de 1978 à 1985.
Lelio BASSO fonde le Movimento di Unità Proletaria en janvier 1943 puis participe à sa fusion avec le PSI. À la fin de 1943, il contribue à l’Esecutivo Alta Italia du PSIUP et dirige son organisation clandestine. Il survit à la guerre et devient après 1945 une figure importante du socialisme italien et de l’Assemblée constituante.
Giuseppe SARAGAT, revenu en Italie en 1943, participe à la Résistance à Rome. Arrêté avec PERTINI, il est condamné à mort puis s’évade de Regina Coeli. Il survit à la guerre, devient ministre puis président de l’Assemblée constituante. En janvier 1947, il conduit la scission social-démocrate qui met fin à l’unité du PSIUP.
Giuliano VASSALLI participe à la fondation du PSIUP le 25 août 1943 et entre dans sa direction. Il remplace PERTINI dans la Giunta militare centrale du CLN et organise plusieurs missions clandestines, notamment l’évasion de Regina Coeli. Arrêté en 1944, il survit à la guerre et devient ensuite juriste, parlementaire, ministre et président de la Cour constitutionnelle.
Eugenio COLORNI, philosophe et militant socialiste, appartient au comité directeur du parti après le 25 juillet 1943 et devient un organisateur actif de la Résistance à Rome après le 8 septembre. Blessé dans une attaque menée par des fascistes, il meurt à Rome, Italie, en mai 1944. Il reçoit à titre posthume la médaille d’or de la valeur militaire.
Victimes et morts
Il n’existe pas de bilan unique des morts du PSIUP pendant la Résistance, car ses militants sont engagés à la fois dans les structures politiques clandestines, dans les Brigate Matteotti et dans différents organismes du CLN.
Eugenio COLORNI constitue l’un des dirigeants socialistes morts pendant la Résistance. Actif dans le comité directeur socialiste et dans l’organisation clandestine romaine, il est mortellement blessé en mai 1944 et meurt peu avant la libération de Rome.
De nombreux combattants des Brigate Matteotti sont également tués au combat, fusillés ou morts en détention. Leur décompte relève cependant des différentes formations régionales et ne doit pas être artificiellement assimilé à un bilan administratif national du parti.
Survivants identifiés
Pietro NENNI survit à la guerre et exerce plusieurs fonctions gouvernementales après la Libération.
Sandro PERTINI survit à la clandestinité, aux arrestations et à sa condamnation à mort. Il poursuit après 1945 une longue carrière politique jusqu’à la présidence de la République.
Lelio BASSO survit à la guerre et participe à l’Assemblée constituante.
Giuseppe SARAGAT survit à la Résistance et devient ultérieurement président de la République italienne.
Giuliano VASSALLI survit à son arrestation et joue après 1945 un rôle important dans la vie juridique et politique italienne.
Fin du réseau
Le PSIUP ne disparaît pas à la Libération. Il devient un parti politique légal et participe à la construction du nouvel État démocratique.
Aux élections du 2 juin 1946 pour l’Assemblée constituante, le PSIUP obtient 20,7 % des suffrages et 115 sièges, devenant alors le premier parti de la gauche italienne en nombre de voix.
Les divergences internes, particulièrement sur les relations avec le Parti communiste, provoquent cependant une rupture en janvier 1947. Giuseppe SARAGAT et la composante social-démocrate quittent le parti et fondent le Partito Socialista dei Lavoratori Italiani lors de la scission dite de Palazzo Barberini.
Après cette scission, la majorité dirigée par Pietro NENNI reprend la dénomination historique Partito Socialista Italiano. Le PSIUP de la période résistante cesse donc d’exister sous cette appellation en 1947.
Conséquences et mémoire
Le PSIUP constitue une composante majeure de la Résistance politique italienne et participe à la reconstruction du socialisme après près de deux décennies de dictature fasciste. Son action contribue à la création et au fonctionnement du CLN et au développement des Brigate Matteotti.
Sa participation à la Résistance se prolonge directement dans les institutions républicaines. Plusieurs de ses dirigeants jouent ensuite un rôle majeur dans l’Assemblée constituante et dans la République italienne. Deux figures issues du parti, Giuseppe SARAGAT et Sandro PERTINI, deviennent ultérieurement présidents de la République.
L’élection du 2 juin 1946 confirme l’importance politique atteinte par le PSIUP à la sortie de la guerre avec 20,7 % des suffrages.
Sa mémoire est aujourd’hui conservée dans les archives du socialisme italien, les fonds des Instituts historiques de la Résistance, la Fondation Pietro Nenni, la Fondation Lelio et Lisli Basso ainsi que les archives relatives aux Brigate Matteotti.
Divergences et précautions
La première précaution concerne la date de création. Certaines sources résument la fondation à « août 1943 », tandis que les biographies documentaires situent le congrès de fusion du 23 au 25 août 1943. La date du 25 août est parfois utilisée comme date officielle de fondation.
La deuxième précaution concerne la continuité avec l’ancien PSI. Le PSIUP n’est pas une organisation totalement nouvelle : il résulte de la reconstruction du mouvement socialiste interdit par le fascisme et de sa fusion avec le MUP et l’UPI.
La troisième précaution est essentielle : le PSIUP de 1943-1947 ne doit jamais être confondu avec le parti homonyme créé en 1964 par une scission de l’aile gauche du PSI.
Fiabilité A. La création, la direction, le rôle dans la Résistance, la participation au CLN, les relations avec les Brigate Matteotti et la fin du PSIUP en 1947 sont établis par des sources institutionnelles et biographiques concordantes, notamment Treccani et l’ANPI. Le principal risque documentaire est l’homonymie avec le PSIUP de 1964-1972.
Références bibliographiques
Storia del Partito socialista italiano, Gaetano Arfé, Turin, Einaudi, différentes éditions. Ouvrage de synthèse consacré à l’histoire du socialisme italien, depuis ses origines jusqu’à la période républicaine. Il permet de comprendre la reconstitution clandestine du parti, sa fusion avec le MUP et les enjeux politiques du PSIUP pendant et après la Résistance.
Tempo di guerra fredda. Diari 1943-1956, Pietro Nenni, diverses éditions. Les journaux de Pietro Nenni constituent une source directe sur la reconstruction du parti, les débats internes, les rapports avec les communistes, le CLN et les difficultés politiques de l’après-guerre.
Storia della Resistenza italiana. 8 settembre 1943-25 aprile 1945, Roberto Battaglia, Turin, Einaudi, 1953, nombreuses rééditions. L’ouvrage replace le PSIUP dans le système des partis antifascistes, les Comités de libération nationale et le développement des formations militaires de la Résistance.
Storia dell’Italia partigiana. Settembre 1943-maggio 1945, Giorgio Bocca, Bari, Laterza, 1966. Cette synthèse permet d’étudier l’action militaire des Brigate Matteotti et leurs relations avec les autres grandes familles partisanes.
Una guerra civile. Saggio storico sulla moralità nella Resistenza, Claudio Pavone, Turin, Bollati Boringhieri, 1991. Étude majeure permettant de replacer les choix politiques des socialistes et du PSIUP dans la pluralité idéologique et morale de la Résistance italienne.
Références internet
Treccani – Partito socialista italiano retrace la reconstitution du socialisme italien, la création du MUP, sa fusion avec le PSI en 1943, l’adoption du nom PSIUP et la participation à la Résistance à travers les Brigate Matteotti. https://www.treccani.it/enciclopedia/partito-socialista-italiano_%28Dizionario-di-Storia%29/
Treccani – PSIUP fournit une définition particulièrement utile pour distinguer le PSIUP de 1943-1947 du parti homonyme de 1964-1972 et confirme la reprise du nom PSI après la scission de 1947. https://www.treccani.it/enciclopedia/psiup/
ANPI – Brigate Matteotti présente l’organisation militaire socialiste après septembre 1943, le rôle de Sandro Pertini et le développement des formations partisanes liées au PSIUP. https://www.anpi.it/libri/matteotti
Treccani – Pietro Nenni documente le retour de Nenni en Italie, la reconstruction du PSIUP, son rôle de secrétaire et sa politique à l’égard du CLN et du Parti communiste. https://www.treccani.it/enciclopedia/pietro-nenni_%28Dizionario-Biografico%29/
ANPI – Lelio Basso documente la création du Movimento di Unità Proletaria, son intégration au PSIUP et la constitution de l’Esecutivo Alta Italia pendant la Résistance. https://www.anpi.it/biografia/lelio-basso
Sources consultées
Maitron Résistance : recherches PSIUP, Pietro Nenni, Sandro Pertini, Lelio Basso, Giuseppe Saragat et Brigate Matteotti. Aucune fiche collective consacrée au parti italien retrouvée. https://maitron.fr/
Fondation de la Résistance : recherches sur la Résistance italienne, les socialistes italiens et les Brigate Matteotti. Aucune fiche organisationnelle autonome consacrée au PSIUP retrouvée. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne : recherches sur PSIUP, socialistes italiens, Brigate Matteotti et Résistance italienne. Aucune synthèse collective comparable aux sources italiennes retrouvée. https://www.museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes : recherches concernant les militants socialistes italiens liés à la Résistance française. Aucune fiche collective consacrée au PSIUP retrouvée. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération : recherches PSIUP, Nenni, Pertini, Saragat et relations franco-italiennes. Aucune fiche organisationnelle consacrée au parti retrouvée. https://www.ordredelaliberation.fr/
Gallica et Bibliothèque nationale de France : recherches bibliographiques sur PSIUP, Pietro Nenni, Sandro Pertini, Lelio Basso, Brigate Matteotti et socialisme italien. https://gallica.bnf.fr/ et https://catalogue.bnf.fr/
Service historique de la Défense : recherches sur le PSIUP, la Résistance italienne et les organisations socialistes. Aucune fiche collective comparable aux dossiers d’homologation des mouvements français retrouvée. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Treccani : notices PSI, PSIUP, Pietro Nenni, Giuseppe Saragat, Sandro Pertini, Eugenio Colorni et Giuliano Vassalli. https://www.treccani.it/
ANPI : documentation sur les Brigate Matteotti et notices biographiques de Lelio Basso et des principaux responsables socialistes résistants. https://www.anpi.it/
Wikipédia : consultation complémentaire uniquement.