La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

« Partisans italiens dans les Alpes » n’est pas le nom historique d’un réseau unique. Dans les Alpes du Nord-Ouest de l’Italie, et particulièrement dans la province de Cuneo et les vallées piémontaises proches de la frontière française, plusieurs formations partisanes opèrent après l’armistice italien du 8 septembre 1943.

Les principales familles comprennent les formations Giustizia e Libertà, liées au Partito d’Azione, les brigades Garibaldi à dominante communiste, ainsi que des formations autonomes ou dites « badogliennes ».

La forme principale retenue est donc « Formations partisanes du Piémont alpin », avec comme variante descriptive « partisans italiens dans les Alpes ». Les groupes Giustizia e Libertà du Cuneese constituent la composante la mieux documentée dans les relations avec la Résistance française des Alpes.

Création du mouvement

La phase armée de la Résistance italienne dans le Piémont commence immédiatement après l’armistice du 8 septembre 1943 et l’occupation allemande du nord et du centre de l’Italie.

À Cuneo, Piémont, Italie, Duccio Galimberti tente d’organiser la résistance aux forces allemandes. Le 11 septembre 1943 environ, Galimberti, Dante Livio Bianco et un petit groupe gagnent la Val di Gesso où ils constituent le premier noyau de la bande « Italia Libera ».

Un groupe analogue est créé dans la Valle Grana autour notamment de Benedetto « Detto » Dalmastro et Giorgio Bocca.

Ces premiers noyaux donnent naissance aux formations de Giustizia e Libertà du Piémont.

L’objectif est la lutte armée contre l’occupation allemande et contre les forces fascistes de la République sociale italienne. Les groupes trouvent dans les vallées alpines un terrain favorable à la guérilla, aux déplacements clandestins et aux liaisons avec les résistants français situés de l’autre côté de la frontière.

Organisation interne

Il n’existe pas de commandement unique de tous les partisans italiens des Alpes. Les formations sont organisées selon des appartenances politiques et militaires distinctes. Giustizia e Libertà dépend du Partito d’Azione ; les brigades Garibaldi sont liées principalement aux communistes ; les formations autonomes regroupent notamment des militaires et des partisans ne relevant pas directement des grands partis antifascistes. Les relations entre ces formations peuvent être difficiles et sont marquées par des divergences politiques et stratégiques.

Dans le Cuneese, les formations Giustizia e Libertà se structurent progressivement en brigades et divisions. Duccio Galimberti devient commandant des formations GL du Piémont et représentant de celles-ci au comité militaire régional. Benedetto Dalmastro commande la IIe Division alpine Giustizia e Libertà du Cuneese. Luigi Ventre commande une brigade de la Valle Maira puis la IIe Division alpine Giustizia e Libertà.

Les archives de l’Istituto piemontese per la storia della Resistenza e della società contemporanea conservent notamment des fonds relatifs à la brigade Valle Maira de la IIe Division Giustizia e Libertà et aux autres formations du Piémont.

Actions menées pendant la Résistance

Les formations alpines italiennes mènent une guerre de guérilla contre les forces allemandes et fascistes : attaques de postes militaires, sabotages, embuscades, récupération d’armes, contrôle temporaire de secteurs montagneux, renseignement et protection des liaisons clandestines. Les actions varient selon les vallées et les unités.

Les groupes de Giustizia e Libertà de la province de Cuneo opèrent notamment dans les vallées de Gesso, Grana, Maira et Varaita. Les sources de l’ANPI signalent des combats répétés, des opérations contre des garnisons fascistes et des réactions à d’importantes opérations de ratissage allemandes et fascistes.

Un aspect particulièrement documenté est la coopération transfrontalière avec la Résistance française. Des rencontres ont lieu au printemps 1944 dans les cols alpins puis à Barcelonnette et à Saretto afin d’établir une coopération militaire et politique entre résistants français et italiens.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

Les formations partisanes alpines sont intégrées au système politique et militaire plus large de la Résistance italienne, organisé autour des comités de libération nationale. Les formations Giustizia e Libertà sont liées au Partito d’Azione.

Les relations avec la Résistance française prennent une importance particulière au printemps 1944. Un premier contact est documenté au col de Sautron le 12 mai 1944. Des représentants italiens issus notamment des formations Giustizia e Libertà rencontrent des résistants français du secteur de l’Ubaye.

Le 22 mai 1944, Duccio Galimberti conclut à Barcelonnette, Basses-Alpes à l’époque, aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence, France, un accord de collaboration avec les représentants français. L’ANPI atteste explicitement ce pacte entre Galimberti et les maquisards français.

Les rencontres aboutissent ensuite aux accords généralement désignés sous le nom d’« accords de Saretto » ou « Patti di Saretto ». La date précise varie légèrement dans la documentation : certaines sources françaises retiennent le 30 mai 1944, tandis que plusieurs sources italiennes situent la rédaction ou la signature finale le 31 mai 1944 à Saretto, hameau d’Acceglio, Italie. Cette divergence de datation doit être conservée dans toute notice rigoureuse.

Ces accords affirment une coopération militaire contre les forces allemandes et fascistes ainsi qu’une volonté politique de rapprochement entre les résistances française et italienne.

Chefs et figures marquantes

Duccio GALIMBERTI, de son nom complet Tancredi Achille Giuseppe Olimpio Galimberti, avocat de Cuneo et militant antifasciste, participe à la fondation des premiers noyaux « Italia Libera » après le 8 septembre 1943. Il devient commandant des formations Giustizia e Libertà du Piémont. Il prend part aux négociations avec la Résistance française et conclut le 22 mai 1944 un pacte de collaboration à Barcelonnette. Arrêté par les forces fascistes le 28 novembre 1944, il est torturé puis tué près de Centallo, Piémont, Italie, le 4 décembre 1944. Il reçoit à titre posthume la médaille d’or de la valeur militaire italienne.

Benedetto DALMASTRO, dit « Detto », officier de réserve et résistant du Piémont, participe à la création des premières formations Giustizia e Libertà après le 8 septembre 1943. Il devient commandant de la IIe Division alpine GL du Cuneese et joue un rôle important dans la mise en place des relations avec les maquisards français. Il survit à la guerre et meurt à Cuneo, Italie, le 21 novembre 1975.

Luigi VENTRE, dit « Gigi », officier des Alpini, participe à la constitution d’une bande « Italia Libera » dans la Valle Grana après l’armistice. Il commande ensuite la brigade « Bianchi di Roascio », intégrée à la IIe Division alpine Giustizia e Libertà, puis la division elle-même. Il participe aux relations avec les maquis français et compte parmi les acteurs des accords franco-italiens de 1944. Il survit à la guerre et meurt à Turin, Italie, le 27 décembre 2003.

Giorgio BOCCA participe aux premières formations de Giustizia e Libertà du Cuneese et commande une brigade opérant notamment dans la Valle Varaita. Il participe à la dynamique de contacts transalpins en 1944 et survit à la guerre. Son rôle historique est également documenté par ses travaux ultérieurs sur la Résistance italienne.

Victimes et morts

Aucun bilan unique ne peut être attribué aux « partisans italiens dans les Alpes », car cette expression recouvre de très nombreuses brigades et zones de combat. Produire un nombre global sans définir précisément le périmètre géographique et les formations concernées serait historiquement incorrect.

Les sources permettent toutefois d’identifier des victimes précises parmi les formations alpines.

Duccio Galimberti est arrêté, torturé et assassiné par les fascistes en décembre 1944.

Donato Bottero, membre des formations partisanes liées à Galimberti dans le secteur de Limone Piemonte, est arrêté, torturé puis fusillé à Caluso, Piémont, Italie, le 7 avril 1944 avec d’autres résistants.

Les opérations de ratissage allemandes et fascistes provoquent de lourdes pertes dans différentes vallées alpines, mais les effectifs et bilans doivent être établis brigade par brigade à partir des bases nominatives italiennes et des archives locales. Aucun total général n’est donc retenu dans cette fiche.

Survivants identifiés

Benedetto DALMASTRO survit à la guerre et poursuit une vie civile après la Libération.

Luigi VENTRE survit à la guerre et devient l’un des derniers survivants directement associés aux accords franco-italiens de Saretto ; il meurt en 2003.

Giuseppe PONZIO, dit « Pinot », combattant de la bande « Italia Libera » de Duccio Galimberti en Val di Gesso, survit à la guerre et devient par la suite secrétaire de l’ANPI de la province de Cuneo. Il meurt à Cuneo, Italie, le 29 juin 2007.

Fin du mouvement

Les formations partisanes alpines ne connaissent pas de « fin » unique. Elles poursuivent la lutte pendant l’hiver 1944-1945 malgré les opérations de répression, les pertes et les réorganisations. Elles sont progressivement intégrées aux structures militaires de la Résistance italienne et participent aux opérations et insurrections conduisant à la Libération du nord de l’Italie en avril 1945.

Les formations Giustizia e Libertà participent notamment à l’insurrection générale d’avril 1945, particulièrement dans le Piémont. Leur fonction militaire cesse avec la libération et le rétablissement progressif de l’autorité de l’État italien.

Conséquences et mémoire

La Résistance alpine italienne contribue à maintenir une guérilla permanente sur les arrières des forces allemandes et fascistes, à contrôler temporairement des espaces montagneux et à faciliter les communications avec les Alliés et les mouvements de Résistance voisins. Il n’est cependant pas possible d’attribuer à l’ensemble de ces formations un résultat stratégique unique sans distinguer leurs secteurs et leurs périodes d’activité.

Les accords de Saretto constituent l’un des éléments mémoriels les plus importants de cette coopération transfrontalière. Ils sont aujourd’hui présentés comme un épisode majeur du rapprochement entre résistants français et italiens et ont fait l’objet de commémorations, de publications et de travaux historiques spécifiques. La Bibliothèque nationale de France recense en 2024 un ouvrage collectif consacré au 80e anniversaire des accords.

La mémoire des formations de Giustizia e Libertà est également entretenue par l’ANPI, l’Istituto nazionale Ferruccio Parri, les instituts historiques régionaux du Piémont et différents musées et fondations locales.

Divergences et précautions

Le principal risque de confusion consiste à présenter les « partisans italiens dans les Alpes » comme une organisation homogène. Les sources établissent au contraire l’existence de plusieurs courants : Giustizia e Libertà, Garibaldi, formations autonomes et autres groupes locaux.

La date des accords de Saretto présente également une divergence documentaire : 30 mai 1944 dans plusieurs sources françaises et 31 mai 1944 dans plusieurs sources italiennes relatives à la réunion finale de Saretto. La chronologie la plus sûre consiste à distinguer les différentes rencontres : 12 mai au col de Sautron, 22 mai à Barcelonnette, puis réunion finale de Saretto à la fin du mois de mai.

Enfin, les accords franco-italiens ne doivent pas être attribués à l’ensemble de la Résistance italienne : les interlocuteurs italiens identifiés proviennent principalement des formations Giustizia e Libertà du Piémont occidental.

Fiabilité A : pour l’organisation générale des formations Giustizia e Libertà du Piémont, les biographies de leurs principaux responsables et les relations franco-italiennes de mai 1944, ces éléments étant documentés par l’ANPI, des instituts historiques italiens, des sources françaises et la Bibliothèque nationale de France.

Fiabilité B pour toute tentative de synthèse portant indistinctement sur « les partisans italiens dans les Alpes », car cette expression couvre plusieurs organisations, plusieurs régions alpines et des réalités politiques et militaires différentes. Aucun effectif ni bilan global n’est retenu sans définition plus restrictive du périmètre.

Références bibliographiques

Les accords de Saretto : mai 1944 : recueil de témoignages et autres récits, Association des Piémontais du Pays d’Aix et de leurs amis, Aix-en-Provence, 2024, 258 p., ISBN 978-2-9593828-0-2. Publication consacrée aux accords entre résistants français et italiens.

Storia dell’Italia partigiana. Settembre 1943-maggio 1945, Giorgio Bocca, première édition Laterza, 1966 ; réédition Milan, Feltrinelli, 2012, 594 p. Synthèse historique écrite par un ancien combattant de Giustizia e Libertà devenu journaliste et historien de la Résistance.

Journal de marche de la Résistance en Ubaye, Amicale des maquisards et résistants du secteur Ubaye, Digne-les-Bains, Imprimerie départementale administrative, 1979. Source régionale française utilisée dans les travaux relatifs aux accords franco-italiens.

Le front oublié des Alpes-Maritimes, 15 août 1944-2 mai 1945, Pierre-Emmanuel Klingbeil, Nice, Serre éditeur, 2005. Étude du contexte militaire frontalier franco-italien de la dernière phase de la guerre.

Références internet

ANPI – Associazione Nazionale Partigiani d’Italia notice biographique de Duccio Galimberti, fondateur des premières formations Giustizia e Libertà du Cuneese et acteur du pacte avec les maquisards français. ANPI – Duccio Galimberti

ANPI – Associazione Nazionale Partigiani d’Italia notice de Benedetto Dalmastro, commandant de la IIe Division alpine Giustizia e Libertà. ANPI – Benedetto Dalmastro

ANPI – Associazione Nazionale Partigiani d’Italia notice de Luigi Ventre, commandant de brigade puis de division et acteur des contacts avec la Résistance française. ANPI – Luigi Ventre

Fondazione Acceglio dossier historique sur les Patti di Saretto et les rencontres franco-italiennes de mai 1944. Fondazione Acceglio – I Patti di Saretto

Bibliothèque nationale de France notice bibliographique de l’ouvrage Les accords de Saretto : mai 1944. BnF – Les accords de Saretto

Sources consultées

Mémoire Vive de la Résistance : « La Résistance au Régime Fasciste Italien » et « L’ORA dans la région R2 ». Mémoire Vive – Résistance au régime fasciste italien Mémoire Vive – L’ORA dans la région R2

Maitron Résistance : recherches effectuées sur les relations franco-italiennes et les noms des principaux acteurs ; aucune fiche collective correspondant exactement à « Partisans italiens dans les Alpes » retrouvée.

Fondation de la Résistance : recherches sur Saretto, la Résistance alpine et les relations franco-italiennes ; aucune fiche collective spécifique sous l’intitulé demandé retrouvée.

Musée de la Résistance en ligne : recherches sur Saretto, Galimberti et les relations transfrontalières ; résultats limités pour l’objet collectif exact.

Mémoire des Hommes : recherches françaises complémentaires ; aucun dossier collectif relatif aux formations partisanes italiennes alpines retrouvé.

Ordre de la Libération : recherche complémentaire sur les relations avec les maquis français ; aucune notice collective correspondant à l’objet demandé.

Gallica / Bibliothèque nationale de France : recherches bibliographiques sur les accords de Saretto et la Résistance italienne. Bibliothèque nationale de France

Service historique de la Défense : recherches dans les inventaires relatifs à la Résistance française et aux FFI ; aucune formation italienne collective homologuée sous l’intitulé demandé.

ANPI – Associazione Nazionale Partigiani d’Italia : notices Duccio Galimberti, Benedetto Dalmastro, Luigi Ventre, Giuseppe Ponzio, Donato Bottero et documentation sur Giustizia e Libertà. ANPI

Istoreto – Istituto piemontese per la storia della Resistenza e della società contemporanea : fonds relatifs aux formations Giustizia e Libertà du Piémont, notamment à la brigade Valle Maira et à la IIe Division. Istoreto

Fondazione Acceglio : dossier consacré aux accords de Saretto et aux représentants italiens des formations de la Valle Maira et de la Valle Varaita. Fondazione Acceglio – Patti di Saretto

Persée : étude historique consacrée aux accords de Saretto et aux rapports entre Résistance française et partisans italiens le long des Alpes. Persée – Les accords de Saretto

Wikipédia : consultation complémentaire sur la Résistance italienne et les accords de Saretto ; aucune information n’a été retenue sur cette seule base.

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