Au cours du printemps 1944, l’état-major allemand déploie la division Brehmer en Dordogne, Corrèze et Haute-Vienne afin d’anéantir les structures de la Résistance intérieure, d’intimider les populations rurales et de pourchasser les familles juives réfugiées.
Dans le secteur de l’est du Périgord et de la vallée de la Vézère, les maquis des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) et de l’Armée secrète (AS) exercent un contrôle croissant sur les grands axes de circulation.
Pour riposter à la suite de plusieurs accrochages et sabotages ferroviaires, la colonne allemande du général Brehmer organise une vaste opération de nettoyage systématique ciblant La Bachellerie et les communes environnantes comme Terrasson, Thenon et Condat-sur-Vézère.
Déroulement de l’opération
Le 30 mars 1944, les convois motorisés allemands investissent le bourg de La Bachellerie, encerclent les hameaux environnants et procèdent au pillage immédiat des commerces et habitations.
Les troupes rassemblent la population, fusillent sur place plusieurs habitants et résistants capturés, puis incendient une grande partie du village, détruisant plus de quarante édifices.
Dans les jours qui suivent, du 31 mars au 2 avril 1944, les colonnes répressives étendent leurs exactions aux communes voisines, multipliant les arrestations, les exécutions sommaires le long des routes et l’incendie de fermes isolées suspectées d’abriter des maquisards.
Figures marquantes
Édouard VALÉRY, chef militaire départemental des FTPF en Dordogne, coordonnateur des maquis de la zone, survit aux opérations d’encerclement de la division Brehmer.
Émile LOBATO, cadre de la Résistance locale intervenant dans le secteur de l’est du Périgord, combattant impliqué dans le harcèlement des colonnes allemandes, survivant.
Joseph PISTON, résistant du secteur de La Bachellerie, arrêté lors du passage des troupes répressives, mort fusillé le 30 mars 1944.
Pierre PEYROU, habitant et patriote local suspecté de complicité avec le maquis, exécuté au cours de l’assaut contre le village, mort fusillé le 30 mars 1944.
Victimes
Les massacres perpétrés à La Bachellerie et dans les communes limitrophes entraînent la mort de plusieurs dizaines de civils et de maquisards exécutés sur place ou décédés à la suite de leur arrestation.
Parmi les victimes recensées à La Bachellerie figurent Joseph PISTON, Pierre PEYROU, Jean-Baptiste FAURE, ainsi que plusieurs membres de familles juives raflées durant la même opération et déportées vers les camps d’extermination nazis.
Survivants
Édouard VALÉRY et Émile LOBATO échappent aux mailles du filet tendu par la division Brehmer et poursuivent leurs responsabilités au sein des Forces françaises de l’intérieur jusqu’à la libération définitive du département. De nombreux habitants sinistrés de La Bachellerie survivent à l’incendie de leurs foyers et reçoivent l’aide d’urgence des communes voisines non détruites.
Conséquences
Le massacre et l’incendie partiel de La Bachellerie figurent parmi les épisodes les plus sombres de l’action répressive de la division Brehmer en Dordogne.
Ces atrocités accentuent le rejet de l’occupant au sein de la population rurale et poussent de nombreux jeunes à rejoindre les maquis.
La commune de La Bachellerie recevra ultérieurement des distinctions honorifiques pour le courage de ses habitants et les sacrifices subis sous l’Occupation.
Mémoire et lieux commémoratifs
Monument aux Martyrs du 30 Mars 1944, monument élevé à la mémoire des fusillés et des victimes du massacre, commune de La Bachellerie (Dordogne).
Plaque commémorative des Victimes du Nazisme, plaque apposée dans le bourg reconstruit, commune de La Bachellerie (Dordogne).
Stèle commémorative des Fusillés de la Vézère, stèle dédiée aux martyrs exécutés lors des rafles d’avril 1944, commune de Condat-sur-Vézère (Dordogne).
Références bibliographiques
La Division Brehmer : Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944), Guy Penaud, Éditions Fanlac, 2004. Cet ouvrage de référence retrace avec précision la progression des unités allemandes dans le grand Sud-Ouest durant le printemps 1944. L’auteur analyse en détail les opérations menées à La Bachellerie et dans les cantons voisins, appuyant sa démonstration sur des archives militaires et administratives. Il fournit un bilan méthodique des exécutions sommaires, des arrestations et des destructions matérielles subies par les populations locales.
Histoire de la Résistance en Périgord, Jacques Lagrange, Éditions Charles Corlet, 1993. Ce livre retrace l’implantation des mouvements clandestins et l’action des maquis dans l’ensemble du département de la Dordogne. Un chapitre entier traite des vagues de répression exercées contre les communes du Périgord noir et de la vallée de la Vézère. L’auteur y décrit les conditions dans lesquelles les habitants ont fait face aux destructions et au démantèlement temporaire de leurs structures de subsistance.
Le Châtiment suprême : Les fusillés de la Seconde Guerre mondiale en Dordogne, Bernard Reviriego, Éditions Périgord Patrimoine, 2015. Cet ouvrage constitue une étude prosopographique et archivistique de référence sur l’ensemble des victimes d’exécutions en Dordogne entre 1940 et 1944. L’auteur établit la liste nominative des fusillés de La Bachellerie et des communes environnantes, croisant les données d’état civil avec les registres de gendarmerie et les témoignages recueillis à la Libération.
Maquis de Dordogne, Périgord Mémoire Scientifique, Éditions Périgord Patrimoine, 2011. Ce travail collectif rassemble des études universitaires et des monographies locales sur la dynamique des maquis en Dordogne. Il aborde la répression allemande du printemps 1944 sous l’angle stratégique et mémoriel, en consacrant des pages instructives au drame subi par La Bachellerie et au soutien de la population civile aux combattants de l’ombre.
Références internet
Maitron Résistance – Dictionnaire biographique des fusillés, exécutés, massacrés et victimes d’actes délictueux sous l’Occupation. Ce site rassemble des notices individuelles extrêmement documentées sur les victimes du massacre de La Bachellerie et des exactions commises dans les communes voisines du Périgord. Il permet de consulter les détails biographiques et l’état civil contrôlé de chaque martyrisé. https://fusilles-40-44.maitron.fr/
Musée de la Résistance en ligne. Cette plateforme spécialisée propose une vaste base de données documentaire comprenant des photographies, des cartes et des fiches historiques sur les maquis et la répression en Dordogne. Elle consacre plusieurs notices aux opérations de la division Brehmer dans la vallée de la Vézère et aux conséquences de la destruction de La Bachellerie. http://www.museedelaresistanceonline.org/
Mémoire des Hommes. Dépendante du ministère des Armées, cette base de données officielle donne accès aux dossiers individuels des résistants, fusillés et déportés de la Seconde Guerre mondiale. Elle offre la possibilité de vérifier l’attribution des mentions « Mort pour la France » et la reconnaissance officielle du statut de combattant pour les victimes de La Bachellerie. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Fiabilité A : Sources universitaires, dictionnaire biographique de référence et bases de données publiques officielles garantissant une parfaite vérification des faits et des données nominatives.
Sources consultées
Maitron Résistance https://fusilles-40-44.maitron.fr/
Musée de la Résistance en ligne http://www.museedelaresistanceonline.org/
Mémoire des Hommes https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Fondation de la Résistance https://www.fondationresistance.org/