La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Le Faux Soir, Bruxelles, Belgique, 9 novembre 1943.

Le Faux Soir est un numéro pirate du journal Le Soir, diffusé à Bruxelles le 9 novembre 1943 par la Résistance belge. Les sources institutionnelles belges consultées le rattachent au Front de l’Indépendance et le classent comme un titre de presse clandestine de la Seconde Guerre mondiale. Le choix du Soir s’explique par sa très large diffusion dans la Belgique occupée, nettement supérieure à celle d’autres journaux collaborationnistes, ce qui donnait à l’opération une portée de propagande bien plus forte.

L’idée prend forme à l’automne 1943, dans la perspective du vingt-cinquième anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Le projet est validé dans les instances du Front de l’Indépendance. L

Le faux numéro est rédigé par Fernand DEMANY, Adrien van den Branden de Reeth et Pierre ANSIAUX. Le financement est obtenu grâce à Andrée GRANDJEAN, qui obtient 50 000 francs belges d’Alfred FOURCROY pour couvrir les frais d’impression. Louis MULLER fournit des informations pratiques sur l’en-tête du journal, les kiosques servis, les horaires de livraison et les quantités habituelles.

L’impression clandestine a lieu dans la nuit du 6 au 7 novembre 1943 à Bruxelles, au 35 rue de Ruysbroeck, chez l’imprimeur Ferdinand WELLENS. Le tirage est fixé à 50 000 exemplaires. Le 9 novembre 1943, des jeunes volontaires distribuent rapidement une partie des exemplaires dans plusieurs kiosques très fréquentés de Bruxelles, notamment autour des gares du Nord et du Midi, de la Porte de Namur, de la chaussée de Charleroi et de la Bourse. L’objectif est de mêler le faux numéro au vrai, de ridiculiser l’occupant et de frapper l’opinion par un acte de dérision politique à grande visibilité.

Le bilan immédiat est un succès de propagande. Les sources belges indiquent que le pastiche est jugé très réussi, que son écho parvient jusqu’à Londres et qu’il inspire ensuite à Lyon l’opération du faux Nouvelliste du 31 décembre 1943.

Circonstances

L’opération s’inscrit dans le contexte de la presse censurée et collaborationniste de la Belgique occupée. Le Soir choisi comme cible est alors surnommé par une partie de la population « Le Soir volé ». Le Front de l’Indépendance cherche à commémorer l’armistice de 1918 en tournant l’occupant allemand et ses relais en dérision. Le recours à l’humour, au pastiche journalistique et à la diffusion clandestine donne à cette action une portée à la fois symbolique et politique.

Cette opération n’est pas liée à un service allié de type SOE ou BCRA dans les sources consultées. Elle relève d’une initiative de Résistance intérieure belge, organisée autour du Front de l’Indépendance, dans le champ de la presse clandestine et de la guerre psychologique contre l’occupant.

Héros et figures marquantes

Marc AUBRION est présenté par les sources consultées comme l’initiateur du projet au sein du Front de l’Indépendance. Il propose de parodier Le Soir pour la date anniversaire de novembre 1918. Il est arrêté en mars 1944.

René NOËL, responsable du Front de l’Indépendance pour le Brabant et le Hainaut, donne son aval au projet et participe à son organisation. Les sources consultées le présentent comme l’un des principaux coordinateurs politiques de l’opération.

Fernand DEMANY, secrétaire national du Front de l’Indépendance et ancien rédacteur du Soir, fait partie du trio de rédacteurs du faux numéro. Il survit à la guerre.

Adrien van den Branden de Reeth, substitut du procureur du roi, participe à la rédaction. Les sources consultées le rattachent à la rédaction clandestine du projet.

Pierre ANSIAUX, avocat libéral, participe lui aussi à la rédaction du faux numéro.

Andrée GRANDJEAN joue un rôle essentiel dans le financement. Elle obtient les fonds nécessaires auprès d’Alfred FOURCROY, lui-même présenté comme responsable d’un réseau d’évasion de pilotes alliés.

Ferdinand WELLENS imprime le journal clandestin dans son atelier de Bruxelles. Il est arrêté après l’enquête allemande et meurt en déportation le 28 février 1945 selon les sources consultées.

Théo MULLIER est cité parmi les participants arrêtés après l’identification de la rotative utilisée. Les sources belges consultées indiquent qu’il ne revient pas des camps nazis.

Victimes

Les sources consultées ne signalent pas de mort au moment même de la diffusion du 9 novembre 1943.

En revanche, la répression qui suit l’opération conduit à l’arrestation de plusieurs participants. Ferdinand WELLENS et Théo MULLIER meurent en déportation.

Les mêmes sources signalent aussi l’arrestation de Julien Oorlynk, Henri VANDEVELDE, Marc AUBRION, Pierre BALENCOURT, Jean HELLA et Alfred FOURCROY, avec des sorts judiciaires ou concentrationnaires variables selon les cas.

Survivants

Parmi les survivants explicitement identifiables dans les sources consultées figurent Fernand DEMANY, René NOËL, Adrien van den Branden de Reeth, Pierre ANSIAUX, Andrée GRANDJEAN, Alfred FOURCROY et Jean HELLA. Marc AUBRION est arrêté et condamné, mais sa peine est commuée et les sources consultées ne le donnent pas comme mort en déportation.

Conséquences

Le Faux Soir est devenu l’un des actes les plus emblématiques de la Résistance belge dans le domaine de la presse clandestine. Son retentissement dépasse Bruxelles et atteint Londres. Les sources consultées soulignent sa force de dérision, sa capacité à discréditer symboliquement la presse de collaboration et son influence sur le faux Nouvelliste lyonnais de décembre 1943.

La réaction allemande est rapide et sévère. L’enquête de la Sipo-SD finit par remonter jusqu’au matériel d’impression, puis aux participants. Plusieurs arrestations ont lieu à partir de février 1944. L’événement illustre donc à la fois l’audace de la Résistance clandestine et le prix humain de ce type d’action de propagande.

Mémoire et lieux commémoratifs

Le premier lieu de mémoire est l’ancien atelier de photogravure et d’impression de la rue de Ruysbroeck à Bruxelles, associé à la fabrication du Faux Soir. L’inventaire du patrimoine architectural de Bruxelles rappelle que Pierre Lauwers y conçut les clichés destinés à l’impression du Faux Soir du 9 novembre 1943 et que l’ensemble a ensuite accueilli le Musée national de la Résistance.

Le Musée de la Résistance de Belgique conserve également un exemplaire du journal du Faux Soir dans ses collections exposées. La Belgian War Press de CEGESOMA conserve et signale le titre comme presse clandestine publiée à Bruxelles le 9 novembre 1943.

Références bibliographiques

Marie ISTAS, Le « faux » Soir. 9 novembre 1943, Bruxelles, Collet, 1987. Cet ouvrage est l’une des références les plus directement liées à l’événement. Il porte spécifiquement sur la préparation, la fabrication, la diffusion et la répression du Faux Soir. Il permet d’approcher l’opération comme un acte de presse clandestine et comme un fait majeur de la Résistance belge.

Histoire du faux « Soir » du 9 novembre 1943 publiée à l’occasion du 50ème anniversaire du faux Soir, Bruxelles, Louis Hamelrijck. Cette publication commémorative est explicitement signalée dans la bibliographie institutionnelle de Belgium WWII. Elle est utile pour l’histoire interne de l’opération, la mémoire de ses participants et la postérité de l’événement dans la culture historique belge.

Catherine WIOT, Dossier : L’histoire vraie du faux « Soir », s.l., s.n., 1981. Cette étude, mentionnée dans la bibliographie institutionnelle de Belgium WWII, apporte un cadre documentaire centré sur les protagonistes, la logistique clandestine et la répression. Elle constitue une ressource directement reliée à l’événement demandé.

José Gotovitch et Jules Gérard-Libois, L’An 40. La Belgique occupée, Bruxelles, CRISP. Cet ouvrage élargit la perspective au contexte politique et social de l’occupation allemande en Belgique. Il permet de comprendre la place de la presse clandestine, la nature de la collaboration et le rôle du Front de l’Indépendance. Cette référence est élargie au contexte général, conformément à votre consigne.

Fabrice Maerten, La presse clandestine en Belgique occupée, référence thématique élargie issue des travaux signalés par CEGESOMA. Ces travaux sont utiles pour situer le Faux Soir dans l’ensemble plus vaste des publications clandestines belges, de leurs usages politiques et des risques encourus par leurs producteurs et diffuseurs. Cette référence est ici retenue au titre du contexte historique général faute d’ouvrage monographique supplémentaire directement identifié dans les résultats ouverts consultés.

Références internet

Belgium WWII – CegeSoma / Archives de l’État. Cette page institutionnelle constitue la source la plus complète consultée pour l’événement. Elle fournit la date, le contexte, les organisateurs, les rédacteurs, le financement, le lieu d’impression, le tirage, les modalités de diffusion, l’écho de l’opération et la répression qui suit. Elle sert de base principale à la présente fiche. https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/le-faux-soir.html

The Belgian War Press – CEGESOMA. Cette base patrimoniale identifie Le “faux” Soir comme un titre de presse clandestine de la Seconde Guerre mondiale, publié à Bruxelles le 9 novembre 1943. Elle est particulièrement utile pour la validation archivistique du titre, de sa date et de son lieu de publication. https://warpress.cegesoma.be/fr/node/44166

Musée de la Résistance de Belgique. La page de collection du musée mentionne explicitement le journal du Faux Soir du 9 novembre 1943 comme un objet conservé et l’attribue à la presse clandestine du Front de l’Indépendance. Elle constitue une source muséale utile pour la mémoire matérielle de l’événement. https://www.museumresistance.be/en/collections/

Inventaire du patrimoine architectural de la Région de Bruxelles-Capitale. Cette notice patrimoniale localise un lieu important de la mémoire du Faux Soir en rappelant que les clichés destinés à son impression furent conçus dans l’ancien atelier de Pierre Lauwers, rue de Ruysbroeck à Bruxelles. Elle documente donc le lien entre l’événement et un site conservé dans le tissu urbain bruxellois. https://monument.heritage.brussels/fr/buildings/37264

Archives de la Ville de Bruxelles. Le résultat consulté signale un article dédié à la publication du Faux Soir, mentionnant notamment l’arrestation de Ferdinand WELLENS et sa mort en déportation. Bien que l’ouverture complète de la page ait échoué dans cette session, le résultat confirme l’existence d’un traitement archivistique municipal de l’événement. https://archives.bruxelles.be/un-acte-de-resistance-la-publication-du-faux-soir-le-9-novembre-1943

Sources consultées : Mémoire Vive de la Résistance, pour la vérification préalable et pour la fiche existante sur Saint-Didier-de-Formans ; Fondation de la Résistance, sans résultat pertinent directement exploitable sur le Faux Soir dans les résultats ouverts consultés ; Musée de la Résistance en ligne, sans résultat pertinent directement exploitable sur le Faux Soir dans les résultats ouverts consultés ; Mémoire des Hommes, sans résultat pertinent directement exploitable sur le Faux Soir dans les résultats ouverts consultés ; Ordre de la Libération, sans résultat pertinent directement exploitable sur le Faux Soir dans les résultats ouverts consultés ; Gallica BnF, sans résultat directement exploité ici ; Service historique de la Défense, sans résultat directement exploité ici ; sites institutionnels et mémoriels belges, notamment Belgium WWII / CegeSoma, The Belgian War Press, Musée de la Résistance de Belgique, Archives de la Ville de Bruxelles et Inventaire du patrimoine architectural de Bruxelles ; Wikipédia repérée comme source complémentaire mais non retenue comme source principale dans cette fiche. Date de vérification : 14 mars 2026.

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