Le Fort de Romainville (Les Lilas, Seine‑Saint‑Denis) a été utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale comme camp d’internement, site d’exécutions et lieu de transit vers les camps de concentration.
Camp d’internement et de transit
Réquisition en 1940 par l’occupant allemand, il devient camp de détention administratif dès novembre 1940, sous commandement du SS Bickenbach et Trappe.
Jusqu’à 6 000 personnes y passent : environ 3 900 femmes et 3 100 hommes.
Plus de 209 détenus y sont fusillés entre août 1942 et octobre 1943, souvent comme otages ou en représailles, notamment après l’attentat du groupe Manouchian en 1943.
Le fort constitue un centre de rétention avant déportation vers Auschwitz, Ravensbrück, Buchenwald ou Dachau. Il sert d’antichambre, en liaison avec Compiègne, grâce à sa proximité des gares de Pantin et de Bercy.
Le “convoi des 31 000”
Entre le 23 et 24 janvier 1943, environ 230 femmes y sont rassemblées pour former ce convoi unique composé uniquement de résistantes, principalement communistes Elles transitent par Romainville, puis Compiègne, avant d’être déportées vers Auschwitz/Birkenau, où seulement 49 reviendront.
Survivantes célèbres
– Hélène SOLOMON‑LANGEVIN (née Langevin)
– Danielle CASANOVA
– Marie‑Claude VAILLANT‑COUTURIER
– Charlotte DELBO
– Christiane CHARUA
– Simone ALIZON
– Antoinette BESSEYRE
– Félicienne BIERGE
– Claudine BLATEAU
– Hélène ALLAIRE
– Marie‑Jeanne BAUER
– Alida DELASSALE
– Madeleine DISSOUBRAY
– Madeleine DOIRET
– Aimée DORIDAT
– Germaine DRAPRON
– Charlotte DUDACH
– Marie-Jeanne DUPONT
– Christiane CHARUA (déjà listée)
– Thérèse LAMBOY
– Yolande GILI
– Raymonde SERGENT
– Jeanne SERRE (dite Carmen)
– Julia SLUSARCZYK
– Lucienne MANSUY
– Marie-Élisa NORDMANN‑COHEN
– Marcelle LEMASSON
– Paulette MOUROT
– Marie-Jeanne PENNEC
– Geneviève PAKULA
– Lucienne THEVENIN
– … et d’autres encore ….
La liste complète des 49 noms est disponible dans les travaux de Charlotte Delbo (Le Convoi du 24 janvier) et sur des bases spécialisées (archives d’Auschwitz, mémorial GenWeb). Wikipédia mentionne expressément que 21 % des 230 femmes ont survécu (≈49 personnes) .
Évasions et exécutions finales
Le Colonel Fabien (Pierre Georges) s’échappe du fort en mai 1943.
En août 1944, lors de la retraite allemande, des unités géorgiennes (armée Vlassov) exécutent 21 résistants, dont au moins une femme, dans la cour du fort le 20 août 1944. Des charniers sont découverts le 21 août lors de la libération.
Conséquences et mémoire
Ce lieu symbolise la répression occupationnelle : internement, fusillades d’otages, déportation massive de résistants, notamment de femmes.
Chaque année des cérémonies commémorent les fusillés et déportés, et des plaques rappellent ces événements, notamment le carré des fusillés et la plaque du convoi des 31 000.
Des graffitis des prisonnières subsistent dans la casemate 17, restaurés en 2023.
Le lieu est en cours de transformation en mémorial/musée avec ouverture prévue en 2028.
Références bibliographiques
- Le fort de Romainville, un camp allemand en France (1940‑1944), Claudine Cardon‑Hamet, Fondation de la Résistance, 2025. Analyse du rôle central du fort dans la répression et la déportation, recensement de 209 fusillés.
- Le Convoi du 24 janvier, Charlotte Delbo, Éditions de Minuit, 1978 (rééd. 1985). Témoignage détaillé du convoi des 31 000, basé sur les récits des survivantes.
- Auschwitz et après, Charlotte Delbo, Éditions de Minuit, 1965 – Poursuite du récit, plongée dans la mémoire de la déportation, suite au même convoi.
Références internet
- Fondation de la Résistance (PDF cité ci‑dessus) : détails sur les internements, fusillés, rôle nazi.
- Musée de la Résistance en ligne : photo et récit du massacre du 20‑21 août, plaques mémoire Sortir à Paris+15Musée de la Résistance en Ligne+15memoires-en-reseau.org+15.
- Mémoires‑en‑réseau : historique du fort, chiffres, contextes memoires-en-reseau.org
- Wikipédia FR, Convoi des 31000 : liste partielle des survivantes, contexte historique, taux de retour.
- Wikipédia EN, même article : indique le nombre de survivantes et la mention “last survivor Christiane Charua”.