L’Union des Travailleurs de la Main-d’Œuvre Immigrée est la structure clandestine issue du syndicalisme immigré de l’entre-deux-guerres. Après la dissolution des organisations liées à la mouvance communiste en septembre 1939, le mouvement se reconstitue dans la clandestinité dès le mois de juillet 1940 à Paris, France.
Ses principaux fondateurs sont Louis Gronowski et Simon Cukier. L’objectif initial est de maintenir un lien entre les travailleurs étrangers, d’organiser la solidarité matérielle face aux premières mesures d’exclusion et de structurer la lutte contre l’occupant au sein de la main-d’œuvre immigrée.
L’organisation est structurée de manière pyramidale et cloisonnée pour répondre aux impératifs de la clandestinité. Elle se divise en sections nationales ou linguistiques, reflétant la composition de l’immigration en France.
Les sections les plus actives sont la section juive, la section italienne, la section polonaise et la section espagnole. Chaque section possède sa propre direction clandestine qui rend compte à un triangle de direction centrale basé à Paris, France. Des délégués régionaux assurent la liaison avec les bassins industriels et miniers de province.
Actions menées pendant la Résistance
L’UTMI concentre initialement ses efforts sur la propagande et l’agitation sociale. Elle édite et distribue des tracts et des journaux clandestins rédigés dans les langues maternelles des immigrés pour contrer la propagande nazie et de Vichy. L’organisation joue un rôle déterminant dans le déclenchement de grèves patriotiques, particulièrement lors de la grande grève des mineurs de mai 1941 et juin 1941 dans le Nord, France et le Pas-de-Calais.
Elle organise des services de solidarité pour les familles d’internés. À partir de 1942, l’UTMI sert de vivier de recrutement pour les groupes de combat des Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI), fournissant logistique, planques et faux papiers aux combattants armés.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
L’organisation est organiquement liée au Parti communiste français et dépend politiquement de la Main-d’œuvre immigrée (MOI). Elle collabore étroitement avec le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France. Sur le plan syndical, elle maintient des contacts avec les structures clandestines de la CGT réunies autour des accords du Perreux.
Louis Gronowski est le dirigeant politique principal de l’UTMI et de la MOI clandestine ; il survit à la guerre.
Simon Cukier assure la responsabilité de l’organisation et de la presse clandestine ; il survit à la guerre.
Arthur London occupe des fonctions de direction politique avant d’être arrêté en 1942 et déporté à Mauthausen, Autriche, dont il revient.
Jacques Kaminski est un cadre de la section juive de l’UTMI, arrêté et déporté vers les centres de mise à mort.
Victimes et morts
Le mouvement paie un lourd tribut à la répression. De nombreux militants de l’UTMI, passés à l’action armée au sein des FTP-MOI, sont fusillés au Mont-Valérien, Suresnes, France, ou exécutés après les grands procès de 1943 et 1944. Plusieurs centaines d’adhérents sont victimes des rafles et meurent en déportation dans les camps de concentration nazis comme Auschwitz, Pologne ou Buchenwald, Allemagne.
Survivants identifiés Louis Gronowski, Simon Cukier, Adam Rayski.
Fin du réseau
À la suite de la Libération de Paris en août 1944, l’UTMI sort de la clandestinité. Elle participe à la reconstruction du paysage syndical français avant que ses différentes sections ne soient intégrées plus formellement dans les structures de la CGT ou ne se transforment en organisations culturelles et d’entraide spécifiques à chaque nationalité à la fin de l’année 1945.
Conséquences et mémoire
L’UTMI a permis l’implication massive et structurée des travailleurs étrangers dans la Résistance française, transformant une population précaire en un acteur politique et militaire majeur. Sa mémoire est aujourd’hui indissociable de celle de la MOI et de l’Affiche rouge. Plusieurs plaques commémoratives à Paris, France et dans les anciens bassins miniers rappellent l’engagement de ces travailleurs immigrés.
Références bibliographiques
Les FTP-MOI dans la Résistance Stéphane Courtois, Denis Peschanski et Adam Rayski, éditions Fayard, Paris, 1989.
L’Affiche rouge Adam Rayski, éditions de la Mairie de Paris, Paris, 2004.
Le PCF dans la guerre Stéphane Courtois, éditions Ramsay, Paris, 1980.
Dictionnaire historique de la Résistance sous la direction de François Marcot, éditions Robert Laffont, Paris, 2006.
Références internet
Le Maitron Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social proposant des notices sur les cadres de la MOI et de l’UTMI. https://maitron.fr/
Musée de la Résistance en ligne Site de documentation historique proposant des ressources sur la Main-d’œuvre immigrée. http://www.museedelaresistanceenligne.org/
Fondation de la Résistance Portail de ressources sur les structures clandestines et les mouvements de zone Nord. https://www.fondationresistance.org/
Précautions obligatoires Il existe un risque majeur de confusion entre l’UTMI (organisation de Résistance) et l’Union des Travailleurs de la Main-d’œuvre (UTM). Cette dernière était une organisation collaborationniste lancée en 1941 par Gabriel Lafaye et René Belin, visant à rallier les ouvriers étrangers à la politique du Rassemblement national populaire (RNP). Ces deux entités n’ont aucun lien historique autre que la similarité de leur acronyme.
Sources consultées Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, Gallica (BnF), Service Historique de la Défense (SHD), Mémoire Vive de la Résistance. Date de vérification : 9 mars 2026.