Réseau Johnny (Bretagne, 1941-1942)
Le réseau « Johnny » est une formation de résistance gaulliste créée en Bretagne au printemps 1941 par Robert Alaterre, revenu de Londres, avec Jean Le Roux pour adjoint et opérateur radio, dans le but d’organiser un réseau de renseignement et de liaisons vers le BCRA.
Ses premières implantations se fixent dans le Finistère (Quimper et littoral bigouden), puis l’activité s’étend rapidement entre Nantes, Rouen et Paris.
Les liaisons maritimes clandestines avec la Royal Navy et des pêcheurs bretons sont mises à profit pour le passage d’agents, de matériels radio et de fonds, tandis que les postes émetteurs changent fréquemment de planques pour déjouer la surveillance.
À l’été 1942, une série d’arrestations, commencée dès l’automne 1941 contre des radios, provoque l’anéantissement de l’organisation et l’exécution ou la déportation de plusieurs de ses membres. Les sources mémorielles et archivistiques retiennent l’homologation du réseau comme unité combattante du 18 mars 1941 au 15 juillet 1942.
Dans la phase précoce de la lutte clandestine, la Bretagne occupe une place stratégique par la présence de la base navale allemande de Brest et des trafics ferroviaires et maritimes qu’elle concentre.
Le réseau « Johnny » naît comme l’un des pionniers de l’action de renseignement et des liaisons mer-terre, avant la montée en puissance ultérieure des réseaux BCRA et SOE.
Il s’appuie sur des relais locaux, sur l’exfiltration ou l’infiltration par mer en coordination avec la Royal Navy, et sur des transmissions radio à destination de Londres.
La répression, accrue dès 1941 contre les radios et les filières, se traduit en 1942 par des coups de filet qui touchent le Finistère puis Rennes et contribuent à la destruction de l’organisation.
Héros et figures marquantes
- Robert ALATERRE est identifié comme chef du réseau lors de sa mise en place en 1941, chargé de son développement après son retour de Londres.
- Jean LE ROUX, très jeune opérateur formé à la radio, assure les émissions au profit du BCRA et devient l’adjoint d’ALATERRE.
Parmi les agents figurent notamment
- Joseph BORGNE, radio arrêté le 9 septembre 1941, jugé et fusillé à Suresnes le 24 juillet 1942, dont la dernière lettre est conservée ;
- Adolphe LE GOAZIOU, libraire-éditeur de Morlaix, agent P1 du réseau entre mars 1941 et avril 1942 ;
- Raymond LE CORRE, indicatif « Johnny 24 », engagés dans les liaisons maritimes.
Ces parcours sont attestés par des notices nominatives et documents conservés en ligne.
Victimes
Les pertes du réseau sont lourdes en 1941-1942, en particulier parmi les radios et agents de liaison. Le cas de Joseph BORGNE, radio du réseau arrêté à Angers puis exécuté à Suresnes le 24 juillet 1942, est documenté par sa dernière lettre et par l’enregistrement nominatif « Mort pour la France » dans la base Mémoire des Hommes, qui attribue explicitement son appartenance au réseau Johnny.
D’autres agents, notamment des femmes comme Marie et Simone ALIZON, sont arrêtées en 1942 et déportées, certaines jusqu’à la mort, selon les notices biographiques de la Fondation de la Résistance.
Survivants
Plusieurs membres du réseau survivent à la vague répressive de 1942, parfois après détention ou déportation, et témoignent après-guerre.
Les témoignages et dossiers d’homologation, cités dans les notices et plaques commémoratives en ligne, indiquent des parcours ultérieurs d’engagement au sein d’autres réseaux de la France combattante ou dans l’entretien de la mémoire locale en Finistère et à Rennes.
Conséquences
La destruction du réseau en 1942 prive temporairement la Bretagne d’une structure pionnière de renseignement et de liaisons, mais l’expérience accumulée, les contacts et certaines filières seront réinvestis par d’autres formations liées au BCRA à partir de 1942-1943.
Sur le plan symbolique, l’action de « Johnny » atteste la précocité de l’engagement gaulliste en Bretagne, et l’ampleur des pertes subies contribue à la reconnaissance postérieure du rôle de ses membres, dont plusieurs reçoivent des décorations à titre posthume.
Mémoire et lieux commémoratifs
La mémoire du réseau « Johnny » est entretenue par des plaques commémoratives, notamment à Quimper, par des odonymes à Rennes qui rappellent les acteurs des débuts de l’organisation, et par des espaces muséographiques qui exposent les pièces relatives aux agents du réseau.
Des institutions mémorielles bretonnes soulignent son rôle de précurseur et la spécificité des liaisons maritimes mises en œuvre en 1941-1942.
Avertissement sur les risques d’homonymie et divergences Les sources signalent parfois la graphie « Johny » dans certains inventaires du Service historique de la Défense ; par ailleurs, les dates de création varient entre « fin 1940 » et « printemps 1941 » selon les sites, mais la période d’homologation retenue par les dossiers d’homologation et reprises prosopographiques va du 18 mars 1941 au 15 juillet 1942. Cette fiche retient le cadre 1941-1942, tout en signalant cette légère divergence de datation initiale dans les synthèses.
Références bibliographiques
- Des agents ordinaires. Le réseau « Johnny , 1940-1943 Emmanuel Couanault, Locus Solus, 2016 Monographie issue d’un large dépouillement d’archives et de témoignages retraçant la genèse, les modes d’action (radios, liaisons maritimes) et le démantèlement du réseau en 1942, ainsi que ses prolongements locaux.
- Histoire de la Résistance en Bretagne Christian Bougeard, Gisserot, 2002
Synthèse régionale qui contextualise le rôle pionnier du réseau Johnny, sa chronologie, et les mécanismes de la répression en 1941-1942 dans le Finistère et l’Ille-et-Vilaine. - Les réseaux de la France combattante, dictionnaire historique
Sous la dir. de Stéphane Longuet et Nathalie Genet-Rouffiac, Service historique de la Défense / Économica, 2013
Répertoire analytique de référence permettant d’identifier les réseaux BCRA actifs en Bretagne, les périodes d’homologation et les interactions entre les formations de renseignement. - SOE in France M. R. D. Foot, HMSO, 1966 (rééd.)
Ouvrage classique sur l’appui britannique aux réseaux français, utile pour comprendre les pratiques des liaisons maritimes et radio que le réseau Johnny a mises en œuvre dans sa phase pionnière.
Références internet
- Musée de la Résistance en ligne – Plaque en hommage au réseau Johnny (Quimper) Notice de synthèse sur la création du réseau au printemps 1941 par Robert Alaterre et Jean Le Roux, ses objectifs de renseignement vers le BCRA, et la période d’homologation 18 mars 1941 – 15 juillet 1942 ; sources d’archives citées.
https://museedelaresistanceenligne.org/media8401-Plaque-en-hommage-au-rseau-Johnny-Quimper - Le réseau Johnny, précurseur de l’action clandestine Bécédia –
Article de synthèse par Emmanuel Couanault expliquant la naissance du réseau en mars 1941, l’extension géographique rapide, les liaisons maritimes avec la Royal Navy et l’anéantissement au printemps 1942.
https://bcd.bzh/becedia/fr/le-reseau-johnny-precurseur-de-l-action-clandestine Bretagne Culture Diversité - Dernière lettre de Joseph BORGNE, radio du réseau Johnny Musée de la Résistance en ligne –Document d’archives présentant la lettre écrite depuis Fresnes, avec notice biographique détaillant l’arrestation en septembre 1941 et l’exécution le 24 juillet 1942.
https://museedelaresistanceenligne.org/media9324-Dernire-lettre-sa-famille-de-Joseph-Borgne-radio-du-rseau-Johnny - Mémoire des Hommes – Fiche « BORGNE Joseph Jean » Enregistrement nominatif « Mort pour la France » indiquant l’appartenance au réseau Johnny, la date et le lieu d’exécution, et la cote de référence au SHD.
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:40699/m00523c941b6f64a memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr - Musée de la Résistance en ligne – Adolphe LE GOAZIOU Notice biographique précisant l’engagement comme agent P1 au réseau Johnny du 19 mars 1941 au 16 avril 1942, puis passage à Jade-Amicol.
https://museedelaresistanceenligne.org/media8511-Adolphe-Le-Goaziou - Musée de la Résistance en ligne – Plaque en hommage à Raymond LE CORRE (Guilvinec) Notice rappelant l’engagement comme agent P2 « Johnny 24 », l’arraisonnement au large de Plouha en avril 1941, les détentions et la déportation avant libération en 1945.
https://museedelaresistanceenligne.org/media6942-Plaque-en-hommage-Raymond-Le-Corre-Guilvinec-Finistre - Fondation de la France Libre – Le réseau « Johnny » Récit circonstancié d’une liaison en novembre 1941 avec identification des acteurs (chef de réseau, radio, jeunes agents), éclairant les méthodes et contraintes du réseau. https://francelibre.net/reseau-johnny/
- Maitron – Notice biographique (ex. Max LEBAN)
Plusieurs notices du Maitron indiquent la période d’homologation du réseau Johnny et des appartenances individuelles, permettant de recouper la chronologie 1941-1942.
https://maitron.fr/leban-max-jacques-lucien-emile/ maitron.fr - Musée de la Résistance en ligne – Rue Jean Milon, Rennes
Notice d’odonymie rappelant les débuts de Johnny en mars 1941 et des épisodes rennais liés aux missions et liaisons.
https://museedelaresistanceenligne.org/media11326-Rue-Jean-Milon-Rennes-Ille-et-Vilaine Musée de la Résistance en Ligne - Wikipédia – Réseau Johnny
Article de synthèse à utiliser en appui, rappelant l’orthographe alternative « Johny » dans certains inventaires du SHD et la chronologie générale, à recouper systématiquement avec les bases institutionnelles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9seau_Johnny Wikipédia