La forme principale retenue est « Régiment de Bourgogne ». Les sources utilisent également « 1er Régiment de Bourgogne » et « 2e Régiment du Morvan ». Ces appellations concernent la formation constituée à Dijon, Côte-d’Or, France, à partir des volontaires FFI après la Libération. Elle ne doit pas être confondue avec le réseau d’évasion Bourgogne du BCRA, avec le maquis Henri-Bourgogne ni avec les autres unités portant ultérieurement une dénomination bourguignonne.
Sa classification correcte est celle d’une formation militaire issue des FFI, puis intégrée à l’armée régulière. Il ne s’agit donc plus, à compter du 1er octobre 1944, d’une organisation clandestine de Résistance au sens strict. Son étude relève néanmoins directement de l’histoire de la Résistance parce que ses effectifs proviennent en grande partie des maquis et groupes FFI de Côte-d’Or.
Création du réseau
Dijon est libérée le 11 septembre 1944. Le Régiment de Bourgogne est officiellement constitué à Dijon, Côte-d’Or, France, le 1er octobre 1944 sous le commandement du commandant René ALIZON, alias « Guy », chef des FFI de Côte-d’Or.
Au 11 octobre 1944, l’unité compte 2 145 hommes selon le Musée de la Résistance en ligne. Sa fonction initiale est de regrouper, organiser et entraîner les volontaires issus des FFI du département avant leur engagement dans les opérations de la 1re Armée française.
Organisation interne
Dans sa première organisation, le régiment comprend un état-major et quatre bataillons. Le Musée de la Résistance en ligne donne l’effectif global de 2 145 hommes au 11 octobre 1944.
Les archives étudiées ultérieurement montrent une réorganisation avant l’engagement au front. Parmi les cadres attestés figurent René ALIZON à la tête du régiment, Jean NASICA à la tête de la 1re compagnie et Jean FORÊT à la tête d’une compagnie du 2e bataillon. Les numérotations de compagnies évoluent lors des réorganisations successives ; elles doivent donc être rattachées à une date précise lorsqu’elles sont utilisées.
Jean NASICA, ancien chef de la compagnie René-Laforge, est nommé capitaine et commande la 1re compagnie du Régiment de Bourgogne. Cette continuité illustre directement le passage du maquis à l’armée régulière.
Actions menées pendant la Résistance
Le régiment étant créé après la Libération de Dijon, aucune action clandestine antérieure au 1er octobre 1944 ne doit lui être attribuée en propre. Les sabotages, embuscades et combats menés avant cette date relèvent des maquis et groupes FFI dont ses hommes sont issus.
Son activité propre est militaire. Le régiment quitte Dijon le 22 octobre 1944 et rejoint la 2e division d’infanterie marocaine de la 1re Armée française dans la région de Rougemont, Doubs, France. Il participe ensuite aux combats de la trouée de Belfort puis à ceux de Haute-Alsace.
Le 15 novembre 1944, la 6e compagnie du capitaine Jean FORÊT attaque dans le secteur de Bretigney, de la cote 336, du bois du Chênois et de Sainte-Marie, Doubs, France. L’unité se heurte à des positions allemandes fortifiées et subit vingt tués et trente-six blessés selon les notices individuelles recoupées par le Musée de la Résistance en ligne et le Maitron.
À la fin de novembre et au début de décembre 1944, le régiment est engagé dans le secteur de Bourbach-le-Bas, Haut-Rhin, France. Le 30 novembre, Jean NASICA est notamment tué par éclats d’obus au cours des combats.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le régiment constitue l’un des résultats de l’intégration des FFI dans l’armée régulière. Ses hommes proviennent de plusieurs maquis de Côte-d’Or, notamment les maquis Liberté, René-Laforge, Bayard, Frac et d’autres formations départementales.
Après son départ de Dijon, il est rattaché opérationnellement à la 2e division d’infanterie marocaine de la 1re Armée française. Les compagnies bourguignonnes combattent ainsi aux côtés des unités de tirailleurs marocains et d’autres formations régulières ou issues des FFI.
Chefs et figures marquantes
René ALIZON, alias « commandant Guy », commande les FFI de Côte-d’Or puis constitue le Régiment de Bourgogne à Dijon le 1er octobre 1944. Il commande son état-major pendant la phase de formation et d’intégration à la 1re Armée. Il survit à la guerre ; aucune arrestation ou déportation le concernant n’a été relevée dans les sources consultées.
Jean NASICA, dit Jean ou « Scipion Toussaint », ancien chef de la compagnie René-Laforge, devient capitaine commandant la 1re compagnie. Il est tué au combat le 30 novembre 1944 à Bourbach-le-Bas, Haut-Rhin, France.
Jean FORÊT commande la 6e compagnie lors de l’offensive du 15 novembre 1944 en direction de Sainte-Marie, Doubs, France. La compagnie subit de lourdes pertes face aux positions allemandes.
Victimes et morts
Les pertes sont particulièrement importantes pendant les engagements de novembre et décembre 1944. Le 15 novembre 1944, vingt hommes sont indiqués comme tués et trente-six blessés dans l’action de la 6e compagnie vers Sainte-Marie. Marcel GAUDRY fait partie des morts identifiés.
Hubert BAUDSON, ancien résistant du maquis Liberté et caporal du régiment, est tué le 19 novembre 1944 au fort du Mont-Vaudois à Héricourt, Haute-Saône, France. Gabriel MILLOT, soldat de la 5e compagnie, est également tué dans le secteur du Mont-Vaudois en novembre 1944.
Jean NASICA tombe le 30 novembre 1944 à Bourbach-le-Bas. D’autres combattants du Régiment de Bourgogne meurent dans les affrontements de Haute-Alsace durant les semaines suivantes. Les bases accessibles permettent d’identifier individuellement de nombreuses victimes mais pas de fixer avec certitude, pour la seule période d’existence autonome du Régiment de Bourgogne, un bilan définitif sans dépouillement intégral du fonds militaire.
Survivants identifiés
René ALIZON survit aux combats. De très nombreux anciens maquisards intégrés au régiment survivent également aux campagnes de 1944-1945 et sont ultérieurement démobilisés. Les listes complètes existent notamment dans les travaux consacrés au régiment, mais elles ne sont pas intégralement disponibles dans les bases publiques consultées.
Fin du réseau
Le Régiment de Bourgogne ne disparaît pas par démantèlement : il est progressivement absorbé par le processus d’amalgame de la 1re Armée. L’inventaire officiel du Service historique de la Défense indique qu’une formation FFI dénommée « Bourgogne-Yonne » existe à partir du 24 janvier 1945.
Cette formation rassemble des éléments du Régiment de Bourgogne et des volontaires issus d’autres unités bourguignonnes et icaunaises. Elle devient ensuite le 35e régiment d’infanterie. L’inventaire du SHD donne comme date officielle de création du 35e RI le 15 mars 1945.
Cette donnée impose de corriger deux dates souvent reproduites. La mention « 24 janvier 1944 » du Musée de la Résistance en ligne est une erreur manifeste. La date du 1er mars 1945, également rencontrée dans certaines synthèses, ne correspond pas à la date de création donnée par l’inventaire officiel du SHD, qui retient le 15 mars 1945.
Conséquences et mémoire
Le Régiment de Bourgogne constitue un exemple particulièrement net de l’amalgame des FFI avec l’armée régulière. Il transforme des volontaires issus de formations clandestines et de maquis en une unité organisée destinée aux opérations conventionnelles de la 1re Armée française. Son engagement contribue aux opérations de Franche-Comté et de Haute-Alsace à l’automne et à l’hiver 1944-1945.
Sa mémoire est conservée par des brassards, plaques, stèles, sépultures et monuments individuels ou collectifs en Côte-d’Or, dans le Doubs, en Haute-Saône et dans le Haut-Rhin. Le Musée de la Résistance en ligne conserve notamment la notice d’un brassard du régiment daté d’octobre 1944. Les Archives départementales de la Côte-d’Or documentent également l’engagement d’anciens FFI dans le régiment et leur participation aux combats de l’Est.
Divergences et risques de confusion
Trois points doivent être particulièrement signalés. « Régiment de Bourgogne », « 1er Régiment de Bourgogne » et « 2e Régiment du Morvan » apparaissent comme des désignations de la formation dijonnaise de l’automne 1944.
Le terme ne doit pas être confondu avec le réseau d’évasion Bourgogne ni avec le maquis Henri-Bourgogne.
Enfin, la date de transformation en Bourgogne-Yonne doit être située en janvier 1945 et non en janvier 1944.
Fiabilité A. La constitution, les effectifs, le commandement et l’itinéraire opérationnel sont croisés entre le Musée de la Résistance en ligne, le Maitron, les Archives départementales de la Côte-d’Or et le Service historique de la Défense. Pour la transformation finale de l’unité, l’inventaire officiel du SHD est retenu comme source prioritaire.
Références bibliographiques
Le Régiment de Bourgogne et ses 2 150 FFI côte-d’oriens volontaires, septembre 1944-8 mai 1945. Le régiment oublié, Gilles HENNEQUIN, Dijon-Quetigny, 2006, étude spécifiquement consacrée à la formation, à son ordre de bataille et à ses combattants.
La Libération de Dijon – 11 septembre 1944, Jean-François BAZIN, Saint-Seine-l’Abbaye, 1984, ouvrage consacré au contexte immédiat dans lequel s’effectue le regroupement des FFI et la formation du régiment.
Dijon 1940-1944 : du désespoir à l’espoir, Pierre GOUNAND, Éditions de l’Armançon, 2004, étude de l’Occupation, de la Résistance et de la Libération de Dijon.
Les grandes unités françaises. Historiques succincts, tome VI, ministère de la Défense, 1980, ouvrage institutionnel utilisé par le Musée de la Résistance en ligne pour restituer la transformation du régiment et son intégration à l’armée régulière.
Références internet
Service historique de la Défense Inventaire des petites unités, 35e régiment d’infanterie : création officielle le 15 mars 1945 et existence préalable, à partir du 24 janvier 1945, du régiment FFI Bourgogne-Yonne.
Musée de la Résistance en ligne « Brassard du régiment FFI Bourgogne », notice décrivant la création, le commandement, les effectifs et l’itinéraire du régiment. https://museedelaresistanceenligne.org/media7812-Brassard-du-rgiment-FFI-Bourgogne
Archives départementales de la Côte-d’Or Dossier « L’École et la Résistance », contenant notamment le parcours de Jean Cerveau, FFI engagé dans le Régiment de Bourgogne.
Musée de la Résistance en ligne « Stèle à la mémoire de Jean Nasica, Arnay-le-Duc », retraçant le passage du maquis René-Laforge à la 1re compagnie du Régiment de Bourgogne et les combats de Haute-Alsace. https://museedelaresistanceenligne.org/media9515-Stle-la-mmoire-de-Jean-Nasica-Arnay-le-Duc-Cte-dOr
Mémoire Vive de la Résistance Notice thématique « Régiment de Bourgogne (2e régiment du Morvan) ». https://mvr.asso.fr/regiment-de-bourgogne-2e-regiment-du-morvan/
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance : notice « Régiment de Bourgogne (2e régiment du Morvan) », notices René ALIZON, Jean NASICA et maquis d’origine. https://mvr.asso.fr/
Maitron Résistance : recherches « Régiment de Bourgogne », « Jean Nasica », « Jean Forêt », « Sainte-Marie », « Bourbach-le-Bas » et nombreux combattants du régiment. https://maitron.fr/ ; https://fusilles-40-44.maitron.fr/
Fondation de la Résistance : recherches sur les FFI de Côte-d’Or, l’amalgame et les campagnes de 1944-1945 ; aucune notice autonome plus détaillée que les sources SHD et AERI n’a été identifiée. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne : brassard du Régiment de Bourgogne, plaques de Dijon, stèle Jean Nasica et dossiers individuels. https://museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes : recherches nominatives sur les combattants morts sous l’uniforme du régiment ; utilisé en recoupement avec les cotes et mentions reprises par le Maitron et le Musée de la Résistance en ligne. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération : recherches « Régiment de Bourgogne », « René Alizon », « Jean Nasica » et combattants bourguignons ; aucune notice institutionnelle autonome consacrée au régiment identifiée. https://www.ordredelaliberation.fr/
Service historique de la Défense : inventaire GR 12 P relatif au 35e RI et à la filiation Bourgogne-Yonne ; source prioritaire pour la chronologie administrative. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Archives départementales de la Côte-d’Or : dossiers pédagogiques et exposition « Côte-d’Or libérée ! », parcours de résistants devenus combattants du Régiment de Bourgogne. https://archives.cotedor.fr/
Gallica-BnF : recherches « Régiment de Bourgogne », « 1er Régiment de Bourgogne », « Bourgogne-Yonne » et « 35e RI » ; aucun document directement exploitable n’a permis de compléter les fonds militaires du SHD. https://gallica.bnf.fr/
ImagesDéfense / ECPAD : reportages sur la Libération de Dijon, les FFI et les prises d’armes de septembre 1944, utiles pour le contexte de passage des FFI aux formations militaires régulières. https://imagesdefense.gouv.fr/
Sites mémoriels locaux, notamment Bourbach-le-Bas et ressources consacrées aux anciens maquis de Côte-d’Or : consultés pour vérifier les lieux de mémoire et les combats. https://bourbach-le-bas.fr/
Wikipédia : recherches complémentaires sur Jean Nasica, la Libération de Dijon et les unités concernées ; aucune information décisive retenue sans recoupement avec le SHD, le Maitron ou les collections de la Fondation de la Résistance.