La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Massacre de la clairière du bois de la Reulle (Castelmaurou/Gragnague, 27 juin 1944)

Le 27 juin 1944, seize prisonniers extraits de la prison Saint-Michel de Toulouse par la Sipo-SD sont conduits au bois de la Reulle, à la limite des communes de Castelmaurou et de Gragnague.

Sur place, un détachement du 2e bataillon de réserve de la division SS « Das Reich », commandé par le lieutenant Anton Philipp, forme un peloton d’exécution.

Les captifs sont contraints de creuser leur fosse avant d’être abattus.

L’un d’eux, Jaume (Jaïme) Soldevila, parvient à s’évader pendant la préparation de l’exécution ; quinze résistants sont fusillés et ensevelis sur place.

Les corps sont exhumés en septembre 1944, puis, pour ceux non restitués aux familles, transférés au cimetière de Castelmaurou en 1990.

Quatorze victimes ont été identifiées (dix dès 1944, quatre après 2010) ; une demeure inconnue à ce jour.

Circonstances

Au printemps-été 1944, la division « Das Reich » repose et se réorganise dans la région toulousaine tout en menant des opérations de répression contre maquis et réseaux.

À Castelmaurou, une compagnie de réserve est mise en place pour protéger l’état-major du groupe d’armées G, et le lieutenant SS Anton Philipp, bientôt subordonné au commandant Hans Bissinger, prend la tête du détachement local.

La décision d’exécuter des détenus de Saint-Michel est prise le 27 juin par des responsables de la Sipo-SD de Toulouse ; l’unité de Philipp est désignée pour procéder au massacre dans la clairière du bois de la Reulle.

Acteurs et figures marquantes

Côté répressif, l’exécution est conduite par le lieutenant SS Anton Philipp, agissant sur ordre du commandant Hans Bissinger et en lien avec les responsables de la Sipo-SD de Toulouse.

Côté résistant, parmi les fusillés figurent des cadres et agents de réseaux et mouvements opérant dans la région toulousaine et pyrénéenne, notamment,

  • Joseph Guillaut, chef régional ORA,
  • Noël Pruneta, son adjoint pour les Pyrénées-Orientales,
  • le passeur Pierre Cartelet,
  • Claude Charvet,
  • Marcel Joyeux,
  • Charles de Hepcée,
  • Jean-Baptiste Giorgetti,
  • Robert Toubiana,
  • Jean Pagès,
  • Raoul Sarda,
  • Henri Cazenave
  • Louis Ducasse. Soldevila, évadé sur le lieu même, témoignera après-guerre et contribuera à localiser la fosse. c

Les quinze fusillés appartiennent à divers mouvements (MUR/AS, ORA, FN/FTPF) et, pour beaucoup, à des réseaux de renseignement et d’évasion vers l’Espagne.

Un profil collectif fait apparaître le poids des départements pyrénéens (Haute-Garonne, Pyrénées-Orientales, Hautes-Pyrénées) dans les itinéraires militants des victimes.

L’identification progressive des corps, relancée à partir de 2010 par des travaux d’archives, d’archéologie et d’analyses ADN conduits par le Groupe de recherches des fusillés du bois de la Reulle, a permis de nommer quatre victimes supplémentaires entre 2010 et 2014 ; un seul corps reste non identifié.

Survivants

Jaume (Jaïme) Soldevila échappe à l’exécution. Son témoignage éclaire les modalités du transfert depuis la prison Saint-Michel, la présence d’officiers de la Sipo-SD sur le trajet et la mise en place du peloton au bois de la Reulle.

Conséquences

Sur le plan immédiat, l’exécution s’inscrit dans la séquence répressive menée en Haute-Garonne au début de l’été 1944, en parallèle des opérations de la « Das Reich ».

 Après la Libération, l’affaire du bois de la Reulle devient un enjeu mémoriel local majeur ; les identifications tardives par analyses génétiques, conduites avec l’appui du parquet de Toulouse et de laboratoires spécialisés, réactivent l’enquête historique et familiale et nourrissent la toponymie et les commémorations des communes concernées.

Mémoire et lieux commémoratifs

La clairière du bois de la Reulle est aujourd’hui un lieu de mémoire doté d’une stèle et d’un monument.

Des cérémonies annuelles s’y déroulent, souvent en présence d’associations (Mémorial François-Verdier, groupe de recherches local) et d’autorités civiles et militaires.

Les communes de Castelmaurou et Gragnague entretiennent ce site ; plusieurs odonymes dans l’aire toulousaine et en Pyrénées-Orientales rappellent certaines victimes, notamment Joseph Guillaut et Noël Pruneta.

Références bibliographiques

  • Les Fusillés 1940-1944. Dictionnaire biographique, Claude Pennetier (dir.), Éditions de l’Atelier, 2015. Ouvrage de référence issu du Maitron, présentant les exécutions et massacres, les circonstances locales et les notices individuelles. Il offre une synthèse fiable sur la fusillade du bois de la Reulle et renvoie aux dossiers de victimes identifiées.
  • La « Das Reich », 2e SS-Panzerdivision, Guy Penaud, La Lauze, 2e éd., 2005. Étude détaillée des parcours, structures et exactions de la division depuis le front de l’Est jusqu’à la France en 1944. Les pages consacrées à Toulouse et sa périphérie contextualisent la présence de l’unité et la chaîne de commandement impliquée dans les exécutions.
  • Les Hautes-Pyrénées dans la guerre, José Cubero, Cairn, 2e éd., 2013.
    Synthèse régionale qui restitue l’implantation des réseaux de passage et de renseignement et l’articulation avec les maquis pyrénéens, utile pour comprendre les trajectoires militantes de plusieurs fusillés.
  • La bataille des Pyrénées. Réseaux d’information et d’évasion alliés transpyrénéens 1942-1944, Josep Calvet Bellera, Annie Rieu-Mias, Noemí Riudor Garcia, Le Pas d’Oiseau, 2013.
    Étude sur les filières d’évasion et de renseignement entre France et Espagne ; elle éclaire le rôle des réseaux auxquels appartenaient plusieurs victimes du bois de la Reulle.
  • La mémoire en bandoulière. Les fusillés du bois de la Reulle, Groupe de recherches des fusillés du bois de la Reulle, 2017.
    Publication locale synthétisant les enquêtes, les identifications et la construction mémorielle du site ; apporte une documentation de première main sur les démarches d’exhumation, d’analyses et de restitution.

Références internet

Remarques sur les divergences : certaines ressources locales indiquent « seize résistants amenés » au bois de la Reulle, mais s’accordent avec les sources scientifiques sur le bilan de quinze fusillés en raison de l’évasion de Soldevila ; une victime demeure non identifiée malgré les identifications opérées depuis 2010.

Avertissement sur les homonymies : plusieurs victimes portent des patronymes fréquents (ex. Pagès, Joyeux) ; les identifications sont à rapporter aux notices personnelles du Maitron et aux relevés locaux pour éviter toute confusion.

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