Groupe D de Paul RUFF
Le groupe D fut constitué au sein de la résistance à Alger à l’été 1942 avant le débarquement allié, sous l’impulsion de Paul RUFF, agrégé de mathématiques et syndicaliste juif d’origine algéroise (né le 7 janvier 1913 à Sidi Bel Abbès, mort le 16 octobre 2000 à Maisons-Laffitte).
Il s’agissait d’une cellule clandestine façonnée dans le cadre de l’opération Torch afin de neutraliser les forces loyalistes à Vichy en Afrique du Nord, assurant la paralysie des communications et favorisant l’arrivée alliée .
Le réseau était organisé en cinq secteurs (A à E), le groupe D étant directement dirigé par Paul RUFF, assisté de Hugues FANFANI. Ce groupe comptait des militants juifs et de gauche, dont Bernard AMIOT, Yves DECHEZELLES, Stacha CVIKLINSKI, Laurent PREZIOSI, les frères Brudno, le Dr Becache…
Le groupe fonctionnait comme cellule opérationnelle autonome mais coordonnée avec les autres groupes via des directives centralisées pour le plan « M.O. » visant à neutraliser l’administration vichyste en cas d’alerte .
Actions menées pendant la Résistance
La nuit du 7 au 8 novembre 1942, le groupe D occupa le central téléphonique interrégional de Belcourt à proximité du Champ-de-Manœuvre, coupant les communications interurbaines et avec Vichy.
Ils firent usage de faux ordres de mission signés Mast ou Jousse pour légitimer leur action et bloquèrent le système sans effusion de sang majeure. L’objectif était de paralyser l’administration locale à l’arrivée imminente des forces alliées pendant l’opération Torch
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le groupe D opérait en coordination informelle mais efficace avec des personnalités de Combat Outre-mer et le réseau de renseignement initié par le colonel Germain JOUSSE. Certains membres comme Yves DECHEZELLES étaient liés au mouvement Combat, tandis que José ABOULKER et René CAPITANT œuvraient dans les cellules de soutien logistique .
Chefs et figures marquantes
Paul RUFF fut le chef opérationnel chargé de la coordination et de l’assurance du succès stratégique ; Hugues FANFANI fut son adjoint chargé des liaisons. Bernard AMIOT assurait les contacts avec d’autres groupes et fut l’un des premiers à alerter les membres du groupe. Yves DECHEZELLES organisa également des campagnes de tracts après le débarquement . Laurent PREZIOSI participa activement à la logistique et à la diffusion des tracts, avec des liens à Marseille et Oran .
Victimes / morts
Le groupe fut majoritairement actif sans effusion de sang durant l’opération Torch.
Aucun décès documenté n’est directement associé à leurs actions nocturnes.
Des arrestations eurent lieu en décembre 1942 lors de campagnes d’affichage clandestin contre Darlan, mais aucun membre du groupe D ne semble avoir été exécuté à la suite de ces actions .
Survivants identifiés
Nombre de membres comme Paul RUFF, Hugues FANFANI, Yves DECHEZELLES ou Bernard AMIOT survécurent, poursuivant après-guerre leur trajectoire civile ou politique.
L’archivage de Témoignages de Fanfani et Ruff permirent de conserver la mémoire de leurs actions, notamment dans l’article « La première Libération : la nuit du 7 au 8 novembre 1942 à Alger » .
Fin du réseau
Le groupe D poursuivit des actions de propagande après novembre 1942, notamment collages de tracts en décembre, mais son activité de sabotage direct cessa avec l’avancée alliée.
Il fut ensuite absorbé ou intégré dans des structures plus larges de la Résistance algérienne ou de l’Armée Secrète locale après l’installation du Comité français de libération nationale .
Conséquences et mémoire
Le groupe D fut crucial dans le succès initial de l’opération Torch en assurant la neutralisation rapide des communications civiles en vigueur, permettant l’entrée des forces alliées à Alger avec peu de résistance.
Il incarne l’un des rares épisodes où la résistance civile, largement juive, permit un basculement stratégique majeur. Un certain nombre de témoignages et publications (notamment dans Matériaux pour l’histoire de notre temps) soulignent l’impact symbolique et politique de ce succès, surnommé la « première libération » d’Alger.
Malgré cela, peu d’hommages publics nationaux ont été rendus aux membres de ce réseau après-guerre, la mémoire étant plus internalisée au sein des milieux algérois ou communautaires .
Références bibliographiques
- La première Libération : la nuit du 7 au 8 novembre 1942 à Alger, Claudie Weill, Hugues Fanfani, Paul Ruff, in Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 39‑40, 1995, pp. 57‑61, reproduit les témoignages directs des acteurs clés sur l’organisation du putsch et le rôle de chacun dans le groupe D.
- Les Juifs dans la Résistance en Afrique du Nord : le débarquement du 8 novembre 1942, collectif sous l’égide du Mémorial de la Shoah, présente les forces juives mobilisées dans l’opération Torch, mentionne le groupe D et souligne sa composition majoritairement juive ainsi que sa participation centrale à la réussite locale.
Références internet
- Wikipédia : article « Paul Ruff » mentionne la direction du groupe D par Paul Ruff et Hugues Fanfani, ses origines, ses études, ses actions pendant la guerre. Adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ruff
- Wikipédia : article « Bernard Amiot » décrit sa participation au groupe D comme agent de liaison lors du putsch d’Alger. Adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Amiot
- Résistance‑Corse.asso.fr : article sur Laurent Preziosi évoquant Paul Ruff comme chef du groupe D, les réunions préparatoires et actions du groupe Wikipédia+5resistance-corse.asso.fr+5Wikipédia+5Wikipédia