Charles Milne SKEPPER, alias « Bernard » et Henri Édouard Truchot, né le 26 février 1905 à Richmond (Surrey, Royaume-Uni), présumé mort le 4 avril 1944 en un lieu indéterminé, probablement en captivité allemande, britannique.
Fils d’Henry et Mary Skepper, Charles Milne Skepper passa une partie de sa jeunesse en France. Il fut élève de la Queen Elizabeth’s School de Cranbrook entre 1914 et 1920, puis étudia à la London School of Economics de 1926 à 1929. Il y obtint un Bachelor of Science en économie avec mention de première classe, avec une spécialisation en sociologie.
Il poursuivit quelque temps ses recherches et enseigna comme assistant en sociologie entre 1930 et 1932. Il maîtrisait le français et possédait également des connaissances en allemand, espagnol, russe et chinois. La London School of Economics a retracé cette première partie de son parcours.
Il travailla ensuite dans le commerce des antiquités et voyagea fréquemment entre la France, l’Europe, les États-Unis et l’Extrême-Orient. Au début de la guerre, il se trouvait à Shanghai, où il participa à l’activité d’information britannique. Après l’occupation japonaise, il fut arrêté et maltraité, puis rapatrié dans le cadre d’un échange de ressortissants. Il revint au Royaume-Uni en 1942.
Engagement dans la Résistance
À son retour, Charles Skepper fut recruté par la section F du Special Operations Executive, service britannique chargé de soutenir les mouvements de résistance, d’organiser les parachutages et de conduire des actions de sabotage en territoire occupé. Son dossier personnel est conservé aux National Archives sous la cote HS 9/1370/1.
Il suivit une formation comprenant clandestinité, parachutisme, armement, explosifs, sabotage et sécurité opérationnelle. Affecté à la General List de l’armée britannique sous le matricule 270156, il fut finalement promu capitaine. Aucun document consulté ne permet de lui attribuer le grade de colonel.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Charles Skepper fut chargé de créer et de diriger le circuit MONK de la section F du Special Operations Executive dans la région de Marseille. Son nom de guerre était « Bernard », son nom de code opérationnel MONK et sa fausse identité française Henri Édouard Truchot.
Il fut transporté clandestinement en France par un avion Lysander dans la nuit du 16 au 17 juin 1943. Son opérateur radio, Arthur Steele, le rejoignit quelques jours plus tard. Éliane Plewman fut ensuite affectée au réseau comme courrier.
Missions et actions
Le réseau MONK avait pour mission de constituer des groupes de sabotage, de recevoir les armes et explosifs parachutés par les Britanniques et de désorganiser les infrastructures utilisées par les forces allemandes.
Les opérations attribuées au réseau comprennent des sabotages ferroviaires, la destruction ou l’endommagement de locomotives, des attaques contre des lignes électriques et des installations industrielles. Les récits consacrés au réseau lui attribuent notamment le sabotage des réservoirs pétroliers de L’Estaque, une action contre la cimenterie de Fos-sur-Mer et le déraillement d’un train destiné à obstruer le tunnel ferroviaire entre Cassis et Aubagne.
Au début de 1944, le réseau intensifia son activité. Les sources secondaires fondées sur les archives britanniques lui attribuent l’endommagement de trente et une locomotives pendant les premières semaines de janvier, l’organisation de plusieurs parachutages en février et une opération contre plus de trente locomotives le 15 mars 1944. Ces chiffres proviennent principalement du dossier du Special Operations Executive et des travaux de Marcus Binney et de M. R. D. Foot.
Arrestation / évasion / déportation
Charles Skepper fut arrêté à Marseille vers les 23-25 mars 1944, au 8, rue Mérentié, dans l’appartement utilisé par des membres du réseau. Les dates diffèrent selon les récits. Henri Schwab et Julien Villevieille furent arrêtés au cours de la même opération. Les policiers allemands laissèrent ensuite des hommes dans l’appartement afin d’appréhender les agents qui s’y présenteraient.
Skepper fut interrogé et torturé. Son parcours ultérieur demeure incertain. Son dossier britannique évoque un transfert vers Fresnes puis Compiègne, mais aucune preuve définitive de son arrivée à Buchenwald n’a été retrouvée.
Le War Office le déclara présumé mort alors qu’il se trouvait aux mains de l’ennemi, le 4 avril 1944 étant retenu comme date officielle. La Commonwealth War Graves Commission le commémore comme disparu et indique cette date de décès.
Camarades de combat
Ses principaux collaborateurs britanniques furent Arthur Steele, opérateur radio, et Éliane Plewman, courrier du réseau MONK. Le réseau s’appuyait également sur des résistants français, parmi lesquels Henri Schwab, Julien Villevieille et les personnes qui assurèrent les hébergements, liaisons, réceptions de parachutages et opérations de sabotage.
Retour à la vie civile
Charles Skepper ne revint pas de captivité. Après la guerre, sa disparition fit l’objet de recherches conduites par le Special Operations Executive et les autorités britanniques. Son décès fut officiellement reconnu en 1946.
Décorations
- Membre de l’Ordre de l’Empire britannique, division militaire — attribution publiée dans la London Gazette en décembre 1945 — dossier de recommandation conservé aux National Archives sous la cote WO 373/101/165.
- Croix de guerre 1939-1945 avec palme — citation française datée du 16 janvier 1946 — document conservé aux National Archives sous la cote WO 373/185/1089.
Lieux de mémoire
Charles Skepper est commémoré au Brookwood 1939-1945 Memorial, panneau 21, colonne 3, ainsi qu’au mémorial de Valençay consacré aux agents de la section F morts au service de la France.
Son nom figure sur le monument aux morts de la London School of Economics. Une plaque apposée au 8, rue Mérentié à Marseille rappelle l’arrestation des membres du réseau MONK.
Références bibliographiques
SOE in France: An Account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, M. R. D. Foot, Her Majesty’s Stationery Office, 1966 ; nouvelle édition, Frank Cass, 2004. Étude officielle fondamentale consacrée à la section française du Special Operations Executive et à ses réseaux.
Secret War Heroes: Men of the Special Operations Executive, Marcus Binney, Hodder & Stoughton, 2005. L’ouvrage consacre un développement important à Charles Skepper, à la constitution du réseau MONK et aux circonstances de sa disparition.
8, rue Mérentié. À la mémoire d’Éliane Sophie Plewman, Jean Contrucci, avec la collaboration de Jacques Virbel, mairie de Marseille, 2011. Étude locale consacrée au réseau MONK, à ses membres et aux arrestations de mars 1944.
Des Anglais dans la Résistance. Le Service secret britannique d’action en France, 1940-1944, M. R. D. Foot, traduction de Rachel Bouyssou, annotations de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008. Édition française de l’étude historique de référence sur le Special Operations Executive.
Références internet
Commonwealth War Graves Commission. La fiche de Charles Milne Skepper confirme son grade de capitaine, la date officielle du 4 avril 1944 et sa commémoration au Brookwood Memorial. https://www.cwgc.org/find-records/find-war-dead/casualty-details/2148099/charles-milne-skepper/
London School of Economics. L’article consacré à Charles Skepper documente ses études, son activité universitaire, ses voyages et son engagement dans le Special Operations Executive. https://blogs.lse.ac.uk/lsehistory/2014/12/04/the-extraordinary-career-of-charles-milne-skepper-1905/
The National Archives. Le catalogue britannique conserve son dossier personnel HS 9/1370/1 ainsi que les dossiers de recommandations et de décorations WO 373/101/165 et WO 373/185/1089. https://discovery.nationalarchives.gov.uk/
Jean Contrucci et Jacques Virbel. La version numérisée de l’étude sur le 8, rue Mérentié apporte des renseignements sur le réseau MONK et les arrestations de mars 1944. https://jeancontrucci.free.fr/html/merentie.pdf
Dossier d’homologation consulté
Le dossier personnel britannique HS 9/1370/1 a été identifié dans le catalogue des National Archives. Les dossiers de décorations WO 373/101/165 et WO 373/185/1089 ont également été retrouvés. Aucune cote française GR 16 P n’a pu être confirmée avec suffisamment de certitude lors des présentes recherches.
Observations
Le nom exact est Charles Milne Skepper. Henri Édouard Truchot est une fausse identité française et « Bernard » son nom de guerre. Son grade attesté est celui de capitaine, non celui de colonel.
Son lieu et les circonstances exactes de sa mort demeurent inconnus. Buchenwald est régulièrement cité, mais son passage dans ce camp n’est pas définitivement établi. La date du 4 avril 1944 est une date officielle de présomption de décès.
La référence bibliographique intitulée Agent Monk – Charles Skepper et le réseau SOE en Provence, attribuée à Jean Contrucci et Jacques Virbel et aux éditions Perrin, n’a pas été retrouvée. L’ouvrage effectivement identifié est 8, rue Mérentié, publié par la mairie de Marseille en 2011.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité, le service militaire, l’appartenance au Special Operations Executive, le commandement du réseau MONK et les décorations sont établis par des dossiers institutionnels britanniques et plusieurs travaux concordants. L’incertitude sur la fin de sa captivité est explicitement conservée.
Chronologie
| Date | Événement |
| 26 février 1905 | Naissance à Richmond (Surrey). |
| 1926-1929 | Études à la London School of Economics. |
| 1930-1932 | Assistant en sociologie à la London School of Economics. |
| 1942 | Retour au Royaume-Uni et recrutement par le Special Operations Executive. |
| 16-17 juin 1943 | Infiltration clandestine en France. |
| Été 1943 | Création du réseau MONK dans la région de Marseille. |
| 23-25 mars 1944 | Arrestation au 8, rue Mérentié à Marseille. |
| 4 avril 1944 | Date officielle de présomption de décès. |
| 1945-1946 | Attribution des décorations britannique et française. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément biographique | Source 1 | Source 2 | Décision retenue |
| Grade | Dossiers britanniques et CWGC : capitaine | Certaines formulations familiales ou secondaires : colonel | Capitaine. |
| Date d’arrestation | 23 ou 24 mars 1944 | 25 mars 1944 | Arrestation située entre les 23 et 25 mars 1944. |
| Décès | CWGC : 4 avril 1944 | Sources secondaires : Buchenwald, Compiègne ou autre lieu | Date officielle conservée ; lieu déclaré indéterminé. |
| Âge au décès | Naissance en février 1905 : 39 ans | CWGC : 40 ans | 39 ans d’après les dates établies. |
Sources consultées
The National Archives. Les références HS 9/1370/1, WO 373/101/165 et WO 373/185/1089 ont permis d’identifier le dossier personnel de Charles Skepper et les pièces relatives à ses décorations. https://discovery.nationalarchives.gov.uk/
Commonwealth War Graves Commission. La fiche « Captain Charles Milne Skepper » a confirmé le grade, la date officielle de décès, le matricule et le lieu de commémoration. https://www.cwgc.org/find-records/find-war-dead/casualty-details/2148099/charles-milne-skepper/
London School of Economics. L’article « The extraordinary career of Charles Milne Skepper » a fourni les éléments concernant ses études, son activité universitaire et sa carrière avant le Special Operations Executive. https://blogs.lse.ac.uk/lsehistory/2014/12/04/the-extraordinary-career-of-charles-milne-skepper-1905/
Jean Contrucci et Jacques Virbel. Le document 8, rue Mérentié a apporté des renseignements sur les membres français du réseau, les opérations en Provence et les circonstances des arrestations. https://jeancontrucci.free.fr/html/merentie.pdf
Wikipédia anglophone. La notice développée « Charles Skepper » a été consultée conformément au protocole ; ses informations ont été retenues seulement lorsqu’elles étaient rattachées à des archives ou recoupées. https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Skepper