La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

SKARBEK Krystyna alias Christine Granville, Pauline Armand

Krystyna SKARBEK (alias Christine Granville), née le 1er mai 1908 à Varsovie (Pologne), morte assassinée le 15 juin 1952 à Londres (Royaume-Uni).

Krystyna Skarbek naît dans une famille aristocratique polonaise : son père, le comte Jerzy Skarbek, appartient à la noblesse terrienne, tandis que sa mère, Stefania Goldfeder, est issue d’une riche famille juive banquière.

Elle grandit dans un milieu cultivé et mondain, développant très tôt une aisance physique et sociale, pratiquant l’équitation, le ski et le tir.

En 1930, après la mort de son père et la perte d’une grande partie de la fortune familiale, elle travaille brièvement dans une concession automobile à Varsovie. En raison de problèmes pulmonaires, elle séjourne un temps à Zakopane, station montagnarde où elle devient skieuse de haut niveau.

Elle se marie d’abord en avril 1930 avec Karol Gettlich, puis, en 1938, avec le diplomate Jerzy Giżycki, qu’elle accompagne brièvement en Afrique orientale britannique.

L’invasion de la Pologne par l’Allemagne en septembre 1939 pousse le couple à se réfugier à Londres. Dès son arrivée, Krystyna offre ses services aux autorités britanniques. D’abord approchée par le MI6, elle est intégrée au Special Operations Executive (SOE) dès sa fondation, devenant en 1940 la première femme engagée comme agent de terrain. Elle choisit le nom de guerre Christine Granville, qu’elle conservera jusqu’à la fin de sa vie.

Krystyna Skarbek travaille d’abord en Europe centrale (notamment en Hongrie et en Pologne), avant d’être affectée en 1944 à la section F du SOE, chargée des opérations en France occupée.

Elle est parachutée en août 1944 dans le sud-est de la France et intégrée au réseau FREELANCE, dirigé par Francis Cammaerts, l’un des chefs d’opérations les plus expérimentés du SOE.

Sa mission consiste à servir d’agent de liaison et de renseignement entre les maquis et les forces alliées, sous identité française et à l’aide de faux papiers (notamment sous le nom de “Pauline Armand“).

Christine Granville joue un rôle déterminant dans la coordination des actions du réseau FREELANCE. Elle assure les transmissions de consignes, livre du matériel, recueille du renseignement et facilite la coopération entre résistants locaux. Elle mène également des opérations transfrontalières, notamment entre les maquis français et les résistants italiens dans les Alpes, en persuadant des conscrits polonais enrôlés dans l’armée allemande de rallier la Résistance.

Son action la plus célèbre reste la libération spectaculaire, le 16 août 1944, de Francis Cammaerts, Xan Fielding et Christian Sorensen, capturés par la Gestapo à Digne-les-Bains.

En menaçant un officier collaborateur de représailles alliées et en négociant une rançon via un parachutage, elle parvient à faire libérer les trois agents, quelques jours avant l’arrivée des Alliés.

Arrestation / évasion / déportation

Aucune arrestation n’est signalée lors de ses missions en France. En revanche, lors d’une précédente opération en Hongrie, elle et son compagnon Andrzej Kowerski sont brièvement arrêtés par la Gestapo.

Elle simule alors une tuberculose avancée en se mordant la langue pour cracher du sang, ce qui contribue à leur libération.

Camarades de combat

Elle travaille étroitement avec Francis Cammaerts, chef du réseau FREELANCE, Xan Fielding, Christian Sorensen, et surtout Andrzej Kowerski (alias Andrew Kennedy), agent du SOE et son compagnon de longue date, rencontré en Pologne.

Retour à la vie civile

Après la guerre, Krystyna Skarbek obtient la citoyenneté britannique en décembre 1946 et adopte légalement le nom de Christine Granville. Divorcée, elle vit modestement, enchaînant divers emplois précaires : hôtesse sur des navires de croisière, standardiste, vendeuse.

Le 15 juin 1952, elle est poignardée dans un hôtel londonien par Dennis Muldowney, un ancien steward éconduit, obsédé par elle.

Elle meurt à 44 ans et repose au cimetière de Kensal Green, à Londres.

Décorations

  • George Medal (GM) – Royaume-Uni, pour son intervention décisive à Digne-les-Bains.
  • Officier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) – Royaume-Uni, attribué en mai 1947 pour l’ensemble de ses services.
  • Croix de guerre 1939–1945 avec étoile d’argent – France, citation à l’ordre de la division par le général Zeller, le 30 novembre 1945.

Lieux de mémoire

  • Une plaque commémorative a été posée en 2020 par English Heritage au 1 Lexham Gardens à Londres, à son dernier domicile.
  • Une statue de bronze lui est dédiée au Polish Hearth Club à Londres.
  • Son poignard du SOE, ses médailles et effets personnels sont conservés et exposés au Polish Institute and Sikorski Museum, à Kensington.

Références bibliographiques

  • Christine: a Search for Christine Granville, OBE, GM, Croix de Guerre, Madeleine Masson, Virago, 2005.Biographie vivante et fondatrice retraçant les étapes de sa vie et son implication dans les réseaux clandestins, avec témoignages de ses compagnons, dont Francis Cammaerts.
  • The Spy Who Loved: The Secrets and Lives of Christine Granville, Clare Mulley, Macmillan, 2012. Ouvrage richement documenté, croisant les sources polonaises et britanniques, retraçant en détail ses missions, ses motivations, et sa trajectoire post-guerre.

Références Internet

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