Dans la nuit, plus de 94 000 hommes et 11 000 véhicules du VIᵉ Corps US ont achevé leur mise à terre.
Le front allié forme alors un arc de près de 30 km, de Cavalaire à Saint-Raphaël, et s’appuie sur la 1ʳᵉ Airborne Task Force qui contrôle toujours les hauteurs du Muy et les principaux carrefours de l’Argens
Secteur Alpha (3ᵉ DI – Cavalaire/Sainte-Maxime)
Le 3ᵉ Régiment d’infanterie poursuit sa poussée côtière : Sainte-Maxime est nettoyée dans la nuit, puis les avant-gardes atteignent Saint-Aygulf en fin de matinée.
À l’intérieur, des détachements franchissent le massif des Maures pour déboucher sur la RN 7 et couper la route Toulon-Cannes.
Les mines et les ponts détruits sur les ruisseaux torrentiels ralentissent pourtant l’engagement des blindés de soutien.
Secteur Delta (45ᵉ DI – Saint-Tropez/Le Muy)
Les régiments 157ᵉ et 180ᵉ poussent vers Le Luc et établissent dans l’Argens une tête de pont qui entre en contact avec les parachutistes.
Vers 7 h 30, un Kampfgruppe allemand (quatre bataillons réunis par le général von Schwerin) attaque depuis Les Arcs ; la 45ᵉ Division contre-manœuvre, encercle le bourg et, après de durs combats d’infanterie et de M10 tank-destroyers, contraint l’ennemi à la retraite dans la nuit.
Le Muy, que les Britanniques n’ont pu enlever faute d’artillerie, tombe enfin dans l’après-midi quand le 550ᵉ Glider Infantry et le 509ᵉ Parachute Battalion, appuyés par des chars du 191ᵉ TB, percent depuis le nord. La liaison mer-airborne est complète peu avant 20 h.
Secteur Camel (36ᵉ DI – Fréjus/Saint-Raphaël)
Au centre-droit, la 36ᵉ Division avance le long de la corniche de l’Estérel. Fréjus est investi dans la matinée ; Saint-Raphaël, verrouillée par les batteries côtières du secteur Camel Red, n’est rendue qu’au prix d’assauts urbains et de bombardements navals et aériens ; la ville est déclarée libérée en soirée.
Arrivée des unités françaises
À partir de 14 h, les premiers éléments de l’Armée B (1ʳᵉ DB, 9ᵉ DIC) débouchent sur les plages à gauche du dispositif américain.
Leur objectif prioritaire est d’encercler Toulon par le sud-ouest dès le 17 août.
Contre-mesures et contre-attaques allemandes
- Kampfgruppe Schwerin : quatre bataillons montés à la hâte attaquent Le Muy et Les Arcs mais sont repoussés avec des pertes estimées à 50 %
- À l’est, des détachements de la 148ᵉ DI tentent de briser l’avance américaine sur Saint-Raphaël, sans succès.
- L’artillerie allemande continue de tenir les crêtes autour du Dramont ; plusieurs ponts sautés dans la vallée de l’Argens empêchent toute exploitation mécanisée alliée vers l’intérieur.
Difficultés rencontrées par les Alliés le 16 août
- Terrain cloisonné : massifs des Maures et de l’Estérel offrent peu de routes carrossables ; les convois s’entassent et les pontonniers manquent de matériel pour franchir immédiatement l’Argens.
- Mines et nids de résistance : le secteur Camel Red reste truffé de mines antichar et couvert par des canons de 75 et 88 mm, obligeant l’infanterie du 142ᵉ IR à contourner la plage et retardant la prise complète de Saint-Raphaël.
- Aérolargages dispersés : la 1ʳᵉ Airborne Task Force doit reconstituer ses groupements après des sauts parfois à plus de 15 km des DZ, ce qui retarde la chute de Le Muy et limite les armes lourdes disponibles jusqu’à la fin de journée
- Réactions aériennes et navales ennemies : dans la nuit du 15 au 16, des Do-217 attaquent la rade de Saint-Raphaël avec bombes guidées ; la menace oblige la flotte de soutien à se dégager plusieurs heures, ralentissant le déchargement du fret lourd.
Bilan à la tombée du jour
- L’ensemble des plages est sécurisé et le « Blue Line » (objectif D+2 prévu) est pratiquement atteint vingt-quatre heures en avance.
- Les têtes de pont américaines sont reliées entre elles et avec les parachutistes ; plus de 120 000 hommes sont désormais à terre.
- Les contre-attaques allemandes ont échoué ; le commandement du Groupe d’armées G décide, dans la nuit du 16 au 17, le repli général vers la vallée du Rhône
Lieu de mémoire conseillé : le Musée de la Libération de Provence au Mont Faron (Toulon) retrace jour par jour l’avancée du 16 août et expose cartes tactiques et témoignages de la 45ᵉ DI et de la Résistance varoise.