La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Ville ferroviaire stratégique (triage, nœud des lignes de la basse vallée du Rhône et vers les Cévennes), Nîmes devient dès 1943 un espace d’action et de répression intenses.

La Gestapo et la Sipo-SD opérant depuis Montpellier encadrent la répression régionale, tandis que la Résistance locale structure des filières de renseignements, de maquis et des groupes francs.

Les bombardements alliés du 27 mai et du 12 juillet 1944, visant les infrastructures ferroviaires, marquent lourdement la population nîmoise et précipitent l’effondrement logistique allemand à l’été 1944.

Organisations et chefs locaux

À Nîmes et dans le Gard, les Mouvements unis de Résistance (MUR) et l’Armée secrète (AS) s’implantent au début de 1943 autour de réseaux de soutien et de premiers groupes armés, avec des figures comme René RASCALON, artisan-plombier socialiste qui initie un noyau AS dès mars 1943 dans l’agglomération nîmoise.

Parallèlement, les Francs-tireurs et partisans (FTPF) se structurent entre Basse-Lozère et Gard sous l’impulsion du duo Antonin COMBARMOND dit « Mistral » et Roger TORREILLES dit « Marcel », épaulés par le commissaire aux opérations régionales Paul TAGNARD dit « Philippe » (région R2).

À l’été 1944, les maquis AS d’Aigoual-Cévennes et les formations FTP s’agrègent dans les FFI pour la libération du département.

Evénements marquants

L’attentat de la « maison Carré » à Nîmes, le 20 février 1943, vise la Gestapo et fait sept morts (cinq soldats allemands et deux femmes). La répression qui s’ensuit touche les réseaux FTP nîmois, dont le groupe de Jean ROBERT et Vincent FAÏTA.

Le 22 avril 1943, Jean ROBERT et Vincent FAÏTA sont guillotinés dans la cour de la maison d’arrêt de Nîmes après condamnation par la section spéciale de la cour d’appel ; leur mémoire est aujourd’hui matérialisée par une plaque au palais de justice.

Ces exécutions illustrent la judiciarisation répressive de Vichy contre la Résistance locale.

Dans la nuit du 4 au 5 février 1944 survient l’attaque du Fort (dit) Vauban, maison centrale de Nîmes : un groupe FTP mené par Roger TORREILLES « Marcel », organisé avec Antonin COMBARMOND « Mistral » et des guérilleros espagnols (dont Cristino GARCIA), libère des détenus politiques.

Les sources varient sur le nombre exact d’évadés : la synthèse mémorielle locale (MVR) donne 23 évadés (dont 3 de droit commun), l’Université de Nîmes évoque 17 patriotes libérés, tandis qu’une chronologie de l’association d’Eysses parle de « 42 ».

Liste des principaux évadés identifiés

  • Roger TORREILLES dit Marcel, FTP, chef du commando (n’était pas prisonnier mais organisateur extérieur).
  • Antonin COMBARMOND dit Mistral, FTP, organisateur régional, également à l’extérieur.
  • Cristino GARCIA, guérillero espagnol FTP, encadrement extérieur.

Parmi les évadés du Fort :

  • Juliano (Giuliano) PAGETTA militant Communiste Italien il deviendra député.
  • Édouard ALEXANDER, membre de Franc-Tireur et du MUR (souvent cité dans les sources comme un des évadés emblématiques. Il deviendra Bâtonnier de Marseille).
  • Abundio SANCHIS
  • Ange-Marie SALICETTI
  • Jean-Adolphe ROSSI
  • Joseph-Élie-Marius MARIN
  • Roger-Alfred-Marius CORNILLE
  • Antonio LIRIO GALERA
  • Michel FERNANDEZ
  • Gabriel ASCENSIO
  • Pierre MAURY
  • Henri DZIENIATKOWOSKI
  • Jérôme-Stéphan MANGIAVILLANA
  • Baldoricio DIAZ
  • Juliano (Giuliano) PAJETTA
  • Stéphane SCHIAPPARELLI
  • Marcel-Marius CANAL
  • Édouard ALEXANDER
  • Jovani BERINA
  • Pierre BESSON
  • Aristodeno MANIERA
  • Giuseppe BASSOTO
  • Thomas CASES
  • Pierre DUPUIS
  • Joseph MAURIN

Compte tenu de la convergence des sources locales spécialisées, le chiffre de 23 évadés, dont une vingtaine de politiques, est le plus constant ; la mention « 42 » est traitée ici comme divergente.

Le 2 mars 1944, treize résistants capturés sont pendus publiquement à Nîmes par des éléments de la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen, épisode traumatique désormais connu comme « les pendus de Nîmes ».

Au cours de 1943-1944, la Résistance-Fer et les groupes francs multiplient sabotages et coupures sur le réseau gardois, avec près de 300 actions recensées à l’échelle du département, contribuant à désorganiser les circulations allemandes à l’approche des débarquements.

Fin août 1944, après les bombardements et les replis allemands consécutifs au débarquement de Provence, le Gard est entièrement libéré le 28 août (fêtes de Libération à Alès le 3 septembre et à Nîmes le 4 septembre), dans un cadre où l’action FFI et la pression alliée se conjuguent.

Répression, pertes et survivances

La répression associe justice d’exception de Vichy (sections spéciales), exécutions sommaires, tortures dans les prisons régionales et transferts vers d’autres lieux de détention.

Les figures d’avocats résistants comme Charles BEDOS, arrêté pour avoir défendu FAÏTA et ROBERT, illustrent l’ampleur locale de cette répression.

Nombre d’acteurs des maquis gardois survivront à la guerre et témoigneront, à l’image d’Antonin COMBARMOND et de Roger TORREILLES, dont les parcours sont documentés par les fonds d’archives régionaux et les notices du Musée de la Résistance en ligne.

Mémoire et lieux

La mémoire nîmoise de la Résistance s’est structurée très tôt : décision dès septembre 1944 d’élever un monument aux martyrs de la Résistance à Nîmes ; plaques et stèles (palais de justice pour ROBERT et FAÏTA, itinéraires de mémoire en ville), expositions et dossiers pédagogiques portés par les Archives départementales du Gard et la Fondation de la Résistance.

Des synthèses locales récentes proposent une cartographie des hauts lieux et une mise au point factuelle sur les événements, dont l’attaque du Fort Vauban.

Bibliographie

Gérard Bouladou, Les maquis du Massif central méridional, 1943-1944 (Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn), Lacour-Ollé, rééd. 2001.
Étude de référence issue d’une thèse, qui reconstitue l’implantation, l’organisation et les opérations des maquis dans tout le versant cévenol et gardois. Apports utiles pour situer les maquis FTP et AS reliés à Nîmes, leurs chefs, leurs déplacements et leur rôle dans la Libération d’août 1944. archives-pierresvives.herault.frLibrairie Mollat Bordeaux

Henri Cordesse, Histoire de la Résistance en Lozère, 1940-1944, Presses du Languedoc, 1987. Ouvrage centré sur la Lozère mais indispensable pour comprendre l’ensemble Gard-Lozère : interactions des maquis Aigoual-Cévennes/FTP, liaisons avec Nîmes, temporalité des attaques et des replis au printemps-été 1944. Base précieuse pour les liaisons logistiques et la structuration FFI.

Aimé Vielzeuf, On les appelait « les bandits », (plusieurs éd., Peladan 1967 ; Lacour 2002). Témoignage majeur d’un acteur-historien cévenol, très riche en matériaux locaux sur les maquis, dont le chapitre consacré au lien « Bouzèdes – Fort Vauban ». À manier avec l’esprit critique dû aux sources testimoniales, mais utilement croisé avec les fonds A.D. et le Musée de la Résistance en ligne.

François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006. Outil de cadrage national (organisations, mouvements, acteurs, typologie des actions) permettant de replacer le cas nîmois dans les dynamiques nationales (MUR, FFI, Résistance-Fer).

Références internet

Musée de la Résistance en ligne – Notice « Roger TORREILLES » Biographie détaillée du chef FTP « Marcel », avec le rôle d’Antonin COMBARMOND « Mistral » et de Paul TAGNARD « Philippe », la création des camps, l’arrestation à Nîmes, et sa participation à la Libération.
https://www.museedelaresistanceenligne.org/personnedetail.php?id=26486

Mémoire Vive de la Résistance (MVR) – « Attaque du Fort Vauban (4 février 1944) » Récit précis, contexte, organigrammes, déroulement heure par heure de l’opération, et liste nominative des évadés. Source locale structurée, souvent citée par d’autres travaux.

https://mvr.asso.fr/attaque-du-fort-vauban-a-nimes-le-4-fevrier-1944

Université de Nîmes – « La prison (1790–1991) » (site du Fort)
Repères historiques de la maison centrale, dont la note sur « l’évasion du 4 février 1944 » et les documents de travail attribués à « Marcel ».
[Ouvrir la page] — URL : https://vauban.unimes.fr/la-prison-1790-a-1991/ Du fort Vauban à l’université de Nîmes

Maitron – Notices « Jean ROBERT » et « Vincent FAÏTA »
Contextes militants et judiciaires, exécution par guillotine à Nîmes le 22 avril 1943 ; éléments croisés avec les dossiers judiciaires.
[Ouvrir ROBERT] — URL : https://fusilles-40-44.maitron.fr/robert-jean-auguste/ — [Ouvrir FAÏTA] — URL : https://fusilles-40-44.maitron.fr/faita-vincent-faita-selon-letat-civil-dit-couramment-faida/ Fusillés 40-44+1

Musée de la Résistance en ligne – « Plaque à la mémoire de Jean ROBERT et Vincent FAÏTA » Notice illustrée et contextualisée sur le lieu de mémoire au palais de justice de Nîmes.
https://museedelaresistanceenligne.org/media8081-Plaque-la-mmoire-de-Jean-Robert-et-Vincent-Fata-Nmes-Gard Musée de la Résistance en Ligne

Archives départementales du Gard – « La Libération dans le Gard » (brochure)
Synthèse institutionnelle : chronologie, cartes, forces FFI, étapes de la libération (dont Nîmes) et réseaux locaux.: Archives départementales

Archives départementales du Gard – « Les pendus de Nîmes »
Présentation historique et mémorielle de l’épisode des pendaisons publiques du 2 mars 1944. https://archives.gard.fr/transmettre/pour-memoire/chroniques-passees/les-pendus-de-nimes.html Archives départementales
Musée de la Résistance en ligne – « Localisation des sabotages ferroviaires (1943-1944) » (Gard) Données chiffrées et cartes des sabotages dans le département, utiles pour mesurer l’intensité de la Résistance-Fer.
 https://museedelaresistanceenligne.org/media234-Localisation-des-sabotages-ferroviaires-en-1943-et-1944 Musée de la Résistance en Ligne
Wikipédia (contrôlé et recoupé) – « Attentat de la maison Carré »
Fiche de synthèse sur l’attentat du 20 février 1943 à Nîmes, recoupée avec MVR et sources pédagogiques.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_de_la_maison_Carro Wikipédia

Nemausensis – Bombardements de Nîmes (27 mai et 12 juillet 1944)
Travail local rassemblant sources et iconographie sur les bombardements alliés et leurs effets urbains.: https://www.nemausensis.com/Nimes/Nimes1944.htm Nemausensis+1

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