René CASSIN, né le 5 octobre 1887 à Bayonne (Basses-Pyrénées, aujourd’hui Pyrénées-Atlantiques), mort le 20 février 1976 à Paris, français, juriste, professeur de droit, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, membre du Conseil de défense de l’Empire, responsable juridique de la France libre, Compagnon de la Libération, vice-président du Conseil d’État, président de la Cour européenne des droits de l’homme, prix Nobel de la paix 1968.
Jeunesse et formation
René Cassin naît le 5 octobre 1887 à Bayonne, dans une famille française de confession juive.
Son père exerce la profession de négociant en vins.
Il grandit dans une période marquée par l’affirmation de la République, les débats relatifs aux libertés publiques et les conséquences politiques de l’affaire Dreyfus.
Cette dernière exercera une influence importante sur ses réflexions relatives à la justice, aux droits individuels et aux responsabilités de l’État.
René Cassin effectue ses études secondaires au lycée Masséna de Nice.
Il se distingue par ses capacités intellectuelles et obtient d’excellents résultats scolaires.
Il s’oriente ensuite vers des études de droit à la faculté d’Aix-en-Provence.
Il poursuit parallèlement une formation littéraire.
En 1906, il accomplit son service militaire comme simple soldat, puis reprend ses études universitaires.
Licencié ès lettres, il remporte également le premier prix au concours général des facultés de droit.
Il choisit de se consacrer à l’enseignement supérieur et à l’étude des institutions juridiques.
Ses premiers travaux portent notamment sur les questions de droit civil, de droit privé et d’organisation juridique des rapports sociaux.
En 1914, il possède le titre de docteur ès sciences juridiques, économiques et politiques.
Il semble alors destiné à une carrière universitaire.
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale va cependant profondément modifier son existence.
La Première Guerre mondiale
1914 — Mobilisation
Lorsque la guerre éclate en août 1914, René Cassin est mobilisé avec le grade de caporal-chef.
Il rejoint les unités françaises engagées sur le front.
Cette expérience constitue une rupture avec sa vie universitaire.
Il découvre les conditions de la guerre moderne, les combats d’infanterie et les conséquences des opérations militaires sur les hommes.
12 octobre 1914 — Grave blessure à Saint-Mihiel
Le 12 octobre 1914, René Cassin commande un corps franc engagé dans le secteur de Saint-Mihiel, dans la Meuse.
Il est grièvement blessé par des balles de mitrailleuse.
Ses blessures mettent sa vie en danger.
Il est évacué puis soigné à Antibes.
Cette blessure entraîne finalement sa réforme et son retour à la vie civile.
Son comportement au combat lui vaut la Médaille militaire et la Croix de guerre 1914-1918 avec palme.
L’expérience de la guerre et les conséquences de sa blessure vont durablement orienter sa réflexion.
Il prend conscience des difficultés matérielles, sociales et juridiques rencontrées par les anciens combattants, les mutilés de guerre, les veuves et les orphelins.
Il estime que les sacrifices consentis pendant la guerre doivent entraîner des obligations précises pour la collectivité nationale.
Cette conviction devient l’un des fondements de son engagement public.
1917 — Défense des victimes de guerre
Dès 1917, René Cassin participe à la constitution de l’une des premières associations départementales de victimes de guerre.
Il se consacre notamment à la défense des droits des anciens combattants et de leurs familles.
Son action repose sur une conception juridique de la solidarité nationale.
L’État doit reconnaître les services rendus et garantir aux victimes des conflits une protection effective.
Cette orientation annonce plusieurs aspects de son engagement ultérieur en faveur des droits fondamentaux.
Carrière universitaire et engagement pour la paix
1919 — Agrégation de droit
En 1919, René Cassin obtient l’agrégation de droit.
Il poursuit sa carrière dans l’enseignement supérieur.
Il enseigne notamment à Aix-en-Provence, à Marseille et à Lille.
Ses travaux universitaires portent sur les institutions juridiques, les obligations civiles et les rapports entre droit et société.
Parallèlement, il développe une activité importante dans le mouvement des anciens combattants.
1922 — Présidence de l’Union fédérale
À partir de 1922, René Cassin préside l’Union fédérale des associations françaises de mutilés, réformés, anciens combattants et victimes de guerre.
Cette organisation rassemble des associations représentant les anciens combattants et leurs familles.
Il participe à l’élaboration de mesures législatives destinées à améliorer leur situation.
Il défend particulièrement leur accès à l’emploi et leur protection sociale.
Son action contribue également à la reconnaissance du droit à la retraite du combattant, dont il obtient une traduction législative en 1930.
L’engagement de René Cassin ne se limite cependant pas à la défense des intérêts matériels des anciens combattants.
Il considère que ceux-ci doivent également jouer un rôle dans la préservation de la paix.
1924-1938 — Société des Nations
En 1924, René Cassin devient membre de la délégation française à la Société des Nations.
Il participe à ses travaux jusqu’en 1938.
La Société des Nations, créée après la Première Guerre mondiale, doit favoriser la coopération internationale et prévenir de nouveaux conflits.
René Cassin y défend une conception juridique des relations internationales.
Il estime que la paix ne peut être durablement garantie sans institutions capables de faire respecter les engagements des États.
Il participe notamment aux réflexions sur le désarmement, la coopération internationale et la protection des personnes.
Son expérience d’ancien combattant nourrit son engagement pacifiste.
Ce pacifisme ne signifie toutefois pas une acceptation inconditionnelle de la politique des puissances totalitaires.
1929 — Professeur à Paris
En 1929, René Cassin est nommé professeur à la faculté de droit de Paris.
Il devient également vice-président du Conseil supérieur des pupilles de la Nation.
Cette dernière responsabilité prolonge son action en faveur des enfants victimes de la guerre.
Les années 1930 — Opposition au nazisme
La montée du national-socialisme en Allemagne modifie profondément les perspectives de paix européenne.
René Cassin prend rapidement conscience des dangers représentés par le régime hitlérien.
Après un voyage au Moyen-Orient en 1930, au cours duquel il rencontre en Palestine des Juifs allemands, il développe une action particulièrement active contre le nazisme.
Il dénonce les persécutions, les discriminations et les atteintes aux libertés.
À la fin des années 1930, il multiplie les mises en garde contre le danger que représente le IIIe Reich.
Son opposition au nazisme s’inscrit dans la continuité de ses convictions républicaines et de sa conception du droit.
Il considère que la politique hitlérienne menace non seulement les États européens, mais également les principes fondamentaux de la civilisation juridique.
Cette analyse explique la rapidité de sa décision de rejoindre le général de Gaulle en juin 1940.
Engagement dans la France libre
1939-1940 — Commissariat à l’Information
Lors de la déclaration de guerre, René Cassin reçoit des responsabilités à la direction de la documentation du Commissariat à l’Information.
Cette fonction lui permet de suivre étroitement l’évolution de la situation internationale et militaire.
Lorsque l’offensive allemande provoque l’effondrement de l’armée française en mai-juin 1940, il comprend rapidement que la défaite risque d’entraîner une transformation politique profonde.
Il pressent notamment la remise en cause des institutions républicaines.
17 juin 1940 — Refus de l’armistice
Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain annonce son intention de demander l’armistice.
René Cassin rejette cette orientation.
Il considère que la guerre doit se poursuivre aux côtés de la Grande-Bretagne.
Il décide de quitter la France.
Contrairement à de nombreux militaires qui rejoignent individuellement les forces britanniques, René Cassin est un universitaire et un juriste reconnu.
Son engagement va donc apporter à la France libre des compétences essentielles pour construire ses institutions.
24 juin 1940 — Départ de Saint-Jean-de-Luz
Le 24 juin 1940, René Cassin embarque avec son épouse à Saint-Jean-de-Luz.
Ils prennent place à bord du navire britannique Ettrick, qui transporte des troupes vers la Grande-Bretagne.
Le bâtiment gagne Plymouth.
René Cassin rejoint Londres quelques jours après l’appel du général de Gaulle.
Il figure parmi les premiers civils français à se rallier à la France libre.
Ce départ constitue une décision politique et personnelle majeure.
Il abandonne sa carrière universitaire, sa situation professionnelle et ses responsabilités publiques pour participer à une organisation dont l’avenir demeure alors extrêmement incertain.
29 juin 1940 — Rencontre avec le général de Gaulle
Le 29 juin, René Cassin se présente au général de Gaulle, à Londres.
Le chef de la France libre comprend immédiatement l’intérêt de disposer d’un juriste expérimenté.
La situation juridique du mouvement est alors particulièrement complexe.
La France libre ne possède ni territoire métropolitain, ni gouvernement reconnu par l’ensemble des Alliés, ni administration complète.
Elle doit cependant affirmer sa légitimité et organiser des forces militaires françaises capables de poursuivre les combats.
René Cassin reçoit une mission fondamentale : préparer les bases juridiques des relations entre la France libre et le gouvernement britannique.
Son rôle va devenir déterminant dans la transformation du mouvement gaulliste en une organisation politique et militaire structurée.
Appartenance à une organisation ou à un mouvement
France libre
René Cassin rejoint la France libre en juin 1940.
Il participe à la construction de ses institutions et exerce des responsabilités juridiques et gouvernementales.
Service juridique de la France libre
Il est chargé de préparer les textes définissant les compétences, les statuts et les relations institutionnelles de la France libre.
Conseil de défense de l’Empire
René Cassin devient membre du Conseil de défense de l’Empire lors de sa création en octobre 1940.
Cet organisme constitue une étape importante dans l’organisation politique de la France libre.
Comité national français
À partir de septembre 1941, René Cassin exerce les fonctions de commissaire national à la Justice et à l’Instruction publique.
Comité juridique de la France combattante
En août 1943, il prend la présidence de ce comité, dont les fonctions se rapprochent de celles du Conseil d’État.
Gouvernement provisoire de la République française
Il poursuit ses responsabilités juridiques pendant la période de préparation puis de rétablissement de la légalité républicaine.
Assemblée consultative provisoire
Il siège à l’Assemblée consultative d’Alger à partir de novembre 1943.
Son activité relève de la Résistance extérieure, de la France libre et de la Résistance politique et institutionnelle.
Aucune appartenance à un réseau clandestin de renseignement ou de sabotage n’est établie.
Missions et actions
1940 — Construction juridique de la France libre
7 août 1940 — Accords Churchill-de Gaulle
La première grande mission de René Cassin consiste à préparer l’accord organisant les relations entre le gouvernement britannique et les Forces françaises libres.
Les négociations aboutissent à la signature du 7 août 1940.
Cet accord reconnaît l’organisation de forces françaises combattant aux côtés du Royaume-Uni.
Il constitue une étape essentielle de l’affirmation politique de la France libre.
La question centrale porte sur le maintien du caractère français des forces placées sous l’autorité du général de Gaulle.
René Cassin veille particulièrement à ce que leur engagement aux côtés des Britanniques ne soit pas interprété comme une disparition de leur autonomie nationale.
Cette préoccupation est déterminante.
La France libre entend poursuivre la guerre en tant que force française, et non comme une simple formation auxiliaire de l’armée britannique.
L’accord du 7 août 1940 contribue à établir les relations militaires, administratives et financières nécessaires à son fonctionnement.
Il représente l’un des premiers succès institutionnels du général de Gaulle.
René Cassin joue un rôle majeur dans sa préparation et sa rédaction.
Octobre 1940 — Conseil de défense de l’Empire
À l’automne 1940, plusieurs territoires français d’Afrique ont rallié le général de Gaulle.
Cette évolution rend nécessaire la création d’institutions capables d’exercer des responsabilités politiques et administratives.
Le Conseil de défense de l’Empire est constitué en octobre 1940.
René Cassin en devient membre.
Il participe à la définition de ses règles de fonctionnement et à la préparation des textes nécessaires à l’organisation des territoires ralliés.
La France libre ne doit plus seulement coordonner des militaires engagés dans les forces alliées.
Elle doit également administrer des territoires, organiser des services publics, assurer le fonctionnement de la justice et préparer la restauration de l’autorité de l’État français.
René Cassin contribue à cette transformation institutionnelle.
16 novembre 1940 — Création de l’Ordre de la Libération
Le 16 novembre 1940, le général de Gaulle signe l’ordonnance créant l’Ordre de la Libération.
René Cassin participe directement à la rédaction des statuts de cette nouvelle institution.
L’Ordre doit distinguer les personnes, les unités militaires et les collectivités qui se signalent exceptionnellement dans l’œuvre de libération de la France et de son empire.
La création de cette distinction présente une portée symbolique considérable.
Le général de Gaulle souhaite reconnaître les engagements individuels et collectifs sans attendre le rétablissement d’un gouvernement français sur le territoire métropolitain.
René Cassin contribue à donner à cette décision une forme juridique.
L’institution constitue également un moyen d’affirmer la continuité de l’autorité nationale française.
1er août 1941 — Compagnon de la Libération
René Cassin est nommé Compagnon de la Libération par décret du 1er août 1941.
Cette attribution intervient un peu plus d’un an après son arrivée à Londres.
Elle reconnaît son rôle dans la construction juridique et institutionnelle de la France libre.
Contrairement à la majorité des Compagnons dont les services sont principalement militaires, René Cassin est distingué pour une action essentiellement politique et juridique.
Sa participation à l’organisation de la France libre contribue directement à rendre possible la poursuite de la guerre.
Le dossier individuel de l’Ordre de la Libération est conservé sous la cote 1 A 182.
L’inventaire officiel confirme la présence du décret du 1er août 1941.
Septembre 1941 — Commissaire national à la Justice et à l’Instruction publique
En septembre 1941, René Cassin devient commissaire national à la Justice et à l’Instruction publique du Comité national français.
Cette nomination correspond à une nouvelle étape de l’organisation politique de la France libre.
Il doit désormais participer à l’administration de secteurs relevant traditionnellement des compétences gouvernementales.
Ses responsabilités concernent notamment les questions judiciaires, l’enseignement et les institutions publiques.
La France libre doit affirmer son opposition au gouvernement de Vichy tout en préparant les mesures qui pourront être appliquées après la Libération.
René Cassin se consacre particulièrement à cette continuité républicaine.
Il considère que le régime de Vichy ne peut prétendre représenter durablement la légitimité nationale.
Il contribue à préparer le rétablissement des institutions républicaines.
1941-1942 — Missions au Proche-Orient et en Afrique équatoriale
À la fin de 1941, René Cassin entreprend une tournée d’environ trois mois au Proche-Orient et en Afrique équatoriale française.
Cette mission lui permet de rencontrer les responsables administratifs et militaires des territoires ralliés.
Elle contribue à renforcer les relations entre les institutions centrales de la France libre et leurs représentants sur place.
Les questions abordées concernent notamment le fonctionnement de la justice, l’administration et la continuité des services publics.
Ces déplacements témoignent de la dimension concrète de ses responsabilités.
Son action ne se limite pas à la rédaction de textes depuis Londres.
Elle comprend également une connaissance directe des problèmes rencontrés par les territoires engagés dans la France libre.
1942 — Alliance israélite universelle
En 1942, René Cassin prend la présidence de l’Alliance israélite universelle.
Cette organisation, créée en 1860, œuvre notamment dans le domaine de l’éducation et de la défense des droits des populations juives.
Son engagement prend une signification particulière dans le contexte des persécutions antisémites conduites par l’Allemagne nazie et le régime de Vichy.
René Cassin défend le principe de l’égalité juridique des personnes, indépendamment de leur origine ou de leur religion.
Son action au sein de l’Alliance israélite universelle se prolongera après la guerre.
Elle constitue une dimension importante de son engagement en faveur des droits fondamentaux.
1942-1945 — Éducation et crimes de guerre
Entre 1942 et 1944, René Cassin représente la France au Comité des ministres alliés de l’Éducation.
Cette institution participe aux réflexions sur la reconstruction des systèmes éducatifs après la guerre.
Les Alliés envisagent notamment les moyens de rétablir l’enseignement dans les territoires libérés et de favoriser la coopération internationale.
De 1943 à 1945, il représente également la France à la commission d’enquête sur les crimes de guerre.
Cette activité constitue une étape importante dans son évolution vers le droit international des droits de l’homme.
Elle le conduit à participer aux réflexions sur la responsabilité pénale des auteurs de crimes commis pendant la guerre.
Elle contribue également à affirmer la nécessité de règles internationales destinées à protéger les personnes contre les violations les plus graves de leurs droits.
Août 1943 — Présidence du Comité juridique
En août 1943, René Cassin devient président du Comité juridique de la France combattante.
Cet organisme exerce des fonctions comparables à celles d’un Conseil d’État.
Il participe à l’examen des textes destinés à organiser l’action des autorités françaises combattantes.
René Cassin joue un rôle essentiel dans la préparation juridique du retour à la légalité républicaine.
Les questions soulevées sont nombreuses.
Il faut déterminer la valeur des actes pris depuis juin 1940, organiser le fonctionnement des administrations et préparer le rétablissement des libertés publiques.
La question des mesures antisémites du régime de Vichy présente une importance particulière.
Le rétablissement de l’égalité juridique doit s’accompagner de l’abrogation des dispositions discriminatoires.
René Cassin intervient également dans les débats concernant les droits civiques des populations des territoires français d’outre-mer.
Le Conseil d’État souligne notamment son action en faveur de la citoyenneté des Juifs et des musulmans algériens.
Novembre 1943 — Assemblée consultative d’Alger
À partir de novembre 1943, René Cassin siège à l’Assemblée consultative provisoire d’Alger.
Cette institution réunit des représentants de la Résistance, des mouvements politiques et des territoires français engagés dans la guerre.
Elle constitue une étape importante dans le rétablissement d’une représentation politique française.
Les débats portent notamment sur l’organisation des pouvoirs publics, les institutions de la future République et les mesures à appliquer après la Libération.
René Cassin apporte à ces travaux son expérience de juriste.
Il défend la nécessité de reconstruire l’État sur des bases républicaines et de garantir juridiquement les libertés fondamentales.
1944 — Rétablissement de la légalité républicaine
En 1944, les autorités françaises préparent leur retour sur le territoire métropolitain.
Les questions juridiques deviennent essentielles.
Il faut rétablir les institutions républicaines et déterminer le statut des actes adoptés sous le régime de Vichy.
René Cassin participe à ces travaux.
Il défend le principe de la continuité de la République.
Cette conception s’oppose à l’idée selon laquelle le gouvernement de Vichy aurait constitué une transformation légitime et définitive des institutions françaises.
L’action de René Cassin contribue ainsi à préparer la transition juridique entre la période de l’Occupation et le rétablissement de la République.
Novembre 1944 — Vice-président du Conseil d’État
En novembre 1944, René Cassin est nommé vice-président du Conseil d’État.
Cette fonction constitue l’une des plus importantes responsabilités administratives et juridictionnelles de la République française.
Elle confirme la reconnaissance de son rôle pendant la guerre.
Il conserve cette fonction jusqu’en 1960.
Son expérience acquise dans les institutions de la France libre contribue directement à la reconstruction de l’État après la Libération.
Arrestation, évasion et déportation
René Cassin n’a pas été identifié comme prisonnier de guerre, interné ou déporté pendant la Seconde Guerre mondiale.
Son départ de Saint-Jean-de-Luz, le 24 juin 1940, constitue un ralliement volontaire à la France libre.
Il ne correspond pas à une évasion d’un établissement de détention.
Son opposition au gouvernement de Vichy entraîne des mesures de répression politique et administrative.
Il est notamment révoqué de ses fonctions par les autorités de Vichy.
Des sources biographiques mentionnent également une condamnation à mort par contumace.
Toutefois, la juridiction, la date et le texte de cette condamnation n’ont pas été directement établis dans les documents institutionnels examinés.
Cette information doit donc être conservée avec prudence jusqu’à l’identification de la décision judiciaire originale.
Camarades de combat et compagnons d’engagement
Charles de GAULLE — Chef de la France libre, il confie à René Cassin dès juin 1940 la préparation des accords avec le gouvernement britannique. Leur collaboration se poursuit pendant la guerre dans le cadre du Conseil de défense de l’Empire, du Comité national français et des institutions de la France combattante.
Winston CHURCHILL — Premier ministre britannique, il signe avec le général de Gaulle les accords du 7 août 1940. René Cassin joue un rôle important dans leur préparation juridique, notamment pour préserver l’autonomie des Forces françaises libres.
Pierre BROSSOLETTE — Résistant, journaliste et responsable de la France combattante, il participe aux activités politiques et de propagande de la France libre à Londres. Il appartient au même environnement d’engagement, sans qu’une collaboration opérationnelle directe avec René Cassin ait été établie.
Maurice SCHUMANN — Porte-parole de la France libre à la BBC, il participe à la diffusion des messages destinés aux Français pendant l’Occupation. René Cassin intervient également à la radio de Londres pour défendre la légitimité de la France libre et expliquer ses objectifs.
Geoffroy CHODRON de COURCEL — Diplomate et membre de la première équipe du général de Gaulle à Londres. Il participe aux relations entre la France libre et les autorités britanniques pendant la période où René Cassin prépare les accords juridiques franco-britanniques.
René PLEVEN — Responsable politique de la France libre, il exerce des fonctions importantes dans les institutions gaullistes de Londres puis d’Alger. Il appartient au cercle des collaborateurs du général de Gaulle auquel participe René Cassin.
André DIETHELM — Haut fonctionnaire et responsable de la France libre, il participe à l’organisation administrative et politique du mouvement gaulliste. Ses responsabilités s’exercent dans les mêmes institutions que celles de René Cassin.
Georges CATROUX — Général et responsable de la France libre, il joue un rôle important dans le ralliement des territoires français d’outre-mer et dans les opérations du Levant. Son action s’inscrit dans le cadre institutionnel auquel René Cassin contribue juridiquement.
Pierre KOENIG — Général des Forces françaises libres, il commande notamment la 1re brigade française libre pendant la bataille de Bir Hakeim. Son engagement militaire relève des forces dont René Cassin contribue à définir le statut juridique et l’organisation institutionnelle.
Ces personnalités appartiennent à l’environnement politique, diplomatique et militaire de la France libre. Les relations directement documentées doivent être distinguées des simples appartenances communes aux institutions gaullistes.
Retour à la vie civile et carrière institutionnelle
1944-1960 — Vice-président du Conseil d’État
René Cassin poursuit après la guerre une carrière institutionnelle particulièrement importante.
De novembre 1944 à juin 1960, il exerce les fonctions de vice-président du Conseil d’État.
Il participe à la reconstruction du droit administratif français.
Son action contribue à renforcer le rôle du Conseil d’État dans la préparation des textes législatifs et réglementaires.
Il intervient également dans la modernisation de la juridiction administrative.
Le Conseil d’État souligne notamment sa contribution à la création des tribunaux administratifs en 1953, qui remplacent les anciens conseils de préfecture.
Cette réforme constitue une étape importante dans l’organisation de la justice administrative française.
1946 — École nationale d’administration
À partir de 1946, René Cassin préside le conseil d’administration de l’École nationale d’administration.
Il conserve cette responsabilité pendant seize ans.
L’ENA vient alors d’être créée afin de renouveler la formation des hauts fonctionnaires.
René Cassin considère que le service public doit reposer sur des principes exigeants de compétence, d’intégrité et de respect de la légalité.
Son action s’inscrit dans la volonté de moderniser l’administration française après la guerre.
1946-1948 — Déclaration universelle des droits de l’homme
La participation de René Cassin à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme constitue l’un des épisodes les plus importants de sa carrière.
Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale cherche à établir des principes destinés à empêcher le renouvellement des persécutions et des crimes de masse.
L’Organisation des Nations unies, fondée en 1945, engage des travaux visant à définir les droits fondamentaux que tous les êtres humains doivent pouvoir exercer.
René Cassin devient l’un des principaux représentants français dans ces travaux.
Il participe à la Commission des droits de l’homme et à son comité de rédaction.
Le processus est collectif.
Il associe notamment Eleanor Roosevelt, John Peters Humphrey, Charles Malik, Peng Chung Chang et Hernán Santa Cruz.
La contribution de René Cassin consiste particulièrement à donner une structure juridique cohérente aux principes proposés.
Il travaille sur les formulations et l’organisation du texte.
Les Nations unies reconnaissent son rôle essentiel dans l’élaboration de la Déclaration.
Il convient toutefois de ne pas le présenter comme son auteur unique.
John Humphrey prépare notamment un premier projet de travail, tandis que les autres membres du comité apportent des contributions philosophiques, juridiques et politiques majeures.
La Déclaration résulte de négociations internationales entre des représentants de traditions culturelles et juridiques différentes.
10 décembre 1948 — Adoption de la Déclaration
Le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations unies adopte à Paris la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Elle proclame notamment les principes d’égalité, de liberté et de dignité de tous les êtres humains.
Elle reconnaît les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.
La Déclaration ne constitue pas, à elle seule, un traité international directement contraignant.
Elle représente cependant une référence fondamentale du droit international contemporain.
Elle inspire ensuite de nombreux instruments internationaux de protection des droits de l’homme.
René Cassin demeure l’une des principales personnalités associées à cette réalisation.
1947 — Académie des sciences morales et politiques
En 1947, René Cassin est élu à l’Académie des sciences morales et politiques.
Cette élection reconnaît l’importance de ses travaux universitaires et juridiques.
Il poursuivra ses activités intellectuelles et ses interventions publiques pendant plusieurs décennies.
1958 — Préparation de la Constitution de la Ve République
En 1958, René Cassin préside le comité consultatif constitutionnel chargé d’examiner le projet de Constitution de la Ve République.
Cette fonction lui permet de participer à une nouvelle transformation des institutions françaises.
Son parcours présente ainsi une continuité remarquable.
Après avoir contribué à préserver la légitimité républicaine pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe à l’organisation constitutionnelle de la France contemporaine.
En janvier 1959, il reçoit à l’Élysée le serment du général de Gaulle, devenu président de la République.
1960-1971 — Conseil constitutionnel
En juin 1960, René Cassin est nommé membre du Conseil constitutionnel.
Il conserve cette fonction jusqu’en février 1971.
Le Conseil constitutionnel veille notamment à la conformité des lois à la Constitution.
Cette nomination prolonge son engagement au service des institutions françaises.
1959-1968 — Cour européenne des droits de l’homme
René Cassin participe également au développement du système européen de protection des droits fondamentaux.
Il devient vice-président de la Cour européenne des droits de l’homme en 1959.
Il exerce ensuite sa présidence de 1965 à 1968.
La Cour européenne des droits de l’homme constitue l’un des principaux instruments de protection juridique des libertés individuelles en Europe.
Elle permet de contrôler le respect des engagements pris par les États parties à la Convention européenne des droits de l’homme.
René Cassin voit dans cette institution la traduction concrète de ses convictions.
Les droits fondamentaux ne doivent pas seulement être proclamés.
Ils doivent également bénéficier de garanties juridiques effectives.
1968 — Prix Nobel de la paix
En octobre 1968, René Cassin reçoit le prix Nobel de la paix.
Cette distinction récompense son engagement de longue durée en faveur de la paix et de la protection internationale des droits de l’homme.
Elle reconnaît particulièrement son rôle dans l’élaboration de la Déclaration universelle de 1948.
Le 11 décembre 1968, il prononce à Oslo sa conférence Nobel consacrée à la charte des droits de l’homme.
Il y développe ses conceptions concernant les rapports entre la paix, la dignité humaine et la protection juridique des libertés.
Le prix Nobel consacre internationalement une carrière commencée avant la Première Guerre mondiale et poursuivie dans les institutions nationales et internationales.
1969 — Institut international des droits de l’homme
En 1969, René Cassin fonde à Strasbourg l’Institut international des droits de l’homme.
Cette institution a pour objectif de favoriser l’enseignement, la recherche et la diffusion des connaissances relatives aux droits fondamentaux.
Elle contribue à la formation de juristes, de magistrats, d’enseignants et de responsables publics.
Cette création prolonge directement l’action conduite par René Cassin depuis les années 1940.
Il considère en effet que l’éducation constitue un moyen indispensable de faire progresser le respect des droits de l’homme.
1972 — Conseil de l’Ordre de la Libération
En juin 1972, René Cassin devient membre du Conseil de l’Ordre de la Libération.
Cette responsabilité témoigne de la continuité de ses liens avec l’institution dont il avait contribué à rédiger les statuts en novembre 1940.
20 février 1976 — Décès
René Cassin meurt le 20 février 1976, à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris.
Il est âgé de quatre-vingt-huit ans.
Ses obsèques sont célébrées à la chancellerie de l’Ordre de la Libération.
Sa disparition donne lieu à plusieurs hommages nationaux.
Le dossier de l’Ordre de la Libération conserve notamment ses dispositions testamentaires, un testament spirituel et une allocution prononcée par Claude Hettier de Boislambert.
5 octobre 1987 — Transfert au Panthéon
Le 5 octobre 1987, à l’occasion du centenaire de sa naissance, les cendres de René Cassin sont transférées au Panthéon.
Cet hommage national reconnaît l’importance de son engagement dans la France libre et de son action pour les droits de l’homme.
Il associe la mémoire du résistant de 1940 à celle du juriste international ayant contribué à la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Décorations
Grand-croix de la Légion d’honneur — Plus haute dignité de l’ordre national de la Légion d’honneur — Attribution confirmée par l’Ordre de la Libération. Le décret de promotion et sa publication au Journal officiel n’ont pas été directement identifiés dans les sources examinées.
Compagnon de la Libération — Décret du 1er août 1941 — Attribution du vivant de l’intéressé — Dossier individuel 1 A 182 — Source : Ordre de la Libération. La date précise de publication du décret au Journal officiel reste à établir.
Médaille militaire — Distinction attribuée pour son comportement pendant la Première Guerre mondiale — Source : Ordre de la Libération. Décret et publication officielle non retrouvés.
Croix de guerre 1914-1918 avec palme — Distinction attribuée après sa grave blessure du 12 octobre 1914 à Saint-Mihiel — Source : Ordre de la Libération. Texte intégral de la citation non directement examiné.
Médaille de la Résistance française avec rosette — Distinction confirmée par l’Ordre de la Libération — Attribution du vivant de l’intéressé. Le décret, sa publication au Journal officiel et la cote du dossier individuel de médaille n’ont pas été confirmés par une fiche nominative directement exploitable.
Commandeur des Palmes académiques — Distinction confirmée par l’Ordre de la Libération. Arrêté ou décret de nomination et publication officielle non retrouvés.
Prix Nobel de la paix 1968 — Distinction internationale attribuée pour son action en faveur de la protection des droits de l’homme — Source : Comité Nobel norvégien et Fondation Nobel. Il ne s’agit pas d’une décoration militaire ou d’un ordre national.
Lieux de mémoire
Bayonne — Pyrénées-Atlantiques. Ville natale de René Cassin, le 5 octobre 1887. Un lycée porte son nom.
Nice — Alpes-Maritimes. Ville de ses études secondaires au lycée Masséna.
Aix-en-Provence — Bouches-du-Rhône. Ville de sa formation universitaire en droit et de ses premières activités d’enseignement.
Marseille — Bouches-du-Rhône. Ville dans laquelle il exerce également des fonctions d’enseignement après la Première Guerre mondiale.
Saint-Mihiel — Meuse. Secteur de sa grave blessure du 12 octobre 1914.
Saint-Jean-de-Luz — Pyrénées-Atlantiques. Port d’où il quitte la France le 24 juin 1940 pour rejoindre la Grande-Bretagne.
Londres — Royaume-Uni. Ville de son ralliement au général de Gaulle et de ses premières responsabilités dans la France libre.
Alger — Algérie. Siège de plusieurs institutions de la France combattante auxquelles il participe.
Paris — Conseil d’État. Institution dont il exerce la vice-présidence de 1944 à 1960.
Paris — Palais de Chaillot. Lieu historique de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 10 décembre 1948.
Strasbourg — Bas-Rhin. Ville associée à la Cour européenne des droits de l’homme et à la création de l’Institut international des droits de l’homme en 1969.
Oslo — Norvège. Ville de la remise du prix Nobel de la paix en 1968.
Paris — Hôpital de la Salpêtrière. Lieu de son décès le 20 février 1976.
Panthéon — Paris. Lieu de sa sépulture depuis le 5 octobre 1987.
Musée de l’Ordre de la Libération — Paris. Institution conservant les dossiers individuels et mémoriels de René Cassin sous les cotes 1 A 182 à 1 A 184.
Références bibliographiques
La Pensée et l’Action, René Cassin, F. Lalou, Boulogne-sur-Seine, 1972, pagination non vérifiée. — Publication réunissant des réflexions de René Cassin sur les questions politiques, juridiques et internationales.
Les Hommes partis de rien : le réveil de la France abattue, 1940-1941, René Cassin, Plon, Paris, 1974, pagination non vérifiée. — Témoignage de première importance sur les débuts de la France libre et la constitution de ses institutions.
René Cassin, une vie au service de l’homme et de la paix, Marc Agi, publication biographique, données éditoriales et pagination à confirmer. — Étude consacrée à la carrière du juriste et à son engagement international.
De l’idée d’universalité comme fondatrice du concept des droits de l’homme, d’après la vie et l’œuvre de René Cassin, Marc Agi, Alp’Azur, Antibes, 1980, pagination non vérifiée. — Étude consacrée à la pensée juridique et philosophique de René Cassin.
René Cassin (1887-1976), actes du colloque organisé par l’Association René-Cassin et le Collège de France, 22 octobre 1998, données éditoriales et pagination non vérifiées. — Contributions scientifiques consacrées à la carrière et à l’œuvre de René Cassin.
1061 Compagnons. Histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Perrin, Paris, 2000, 822 p. — Ouvrage général consacré aux parcours des Compagnons de la Libération.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Elytis, 2023, 1 600 p. — Dictionnaire biographique de référence consacré aux titulaires de la croix de la Libération.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Textuel, Paris, 2014, 442 p. — Étude historique consacrée aux engagements des premiers Compagnons de la Libération.
Références internet
Ordre de la Libération — René CASSIN — Notice biographique institutionnelle présentant son engagement dans la France libre, ses responsabilités juridiques, ses activités internationales et ses décorations — https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/rene-cassin
Ordre de la Libération — Inventaire des dossiers des Compagnons, lettre C — Répertoire numérique établi par Roxane Ritter, version du 24 septembre 2025, identifiant les dossiers 1 A 182 à 1 A 184 et la cote SHD GR 16 P 110514 — https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_C_20250924_0.pdf
Conseil d’État — René Cassin — Notice institutionnelle présentant ses activités pendant la France libre, sa vice-présidence du Conseil d’État et ses contributions à la modernisation de la justice administrative — https://www.conseil-etat.fr/qui-sommes-nous/le-conseil-d-etat/organisation/le-vice-president-du-conseil-d-etat/rene-cassin
Nations unies — Les rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme — Présentation des contributions de René Cassin, Eleanor Roosevelt, John Humphrey, Charles Malik et des autres membres du comité de rédaction — https://www.un.org/fr/about-us/udhr/drafters-of-the-declaration
Nations unies — Histoire de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme — Documentation institutionnelle sur les travaux préparatoires et l’adoption du 10 décembre 1948 — https://www.un.org/fr/about-us/udhr/history-of-the-declaration
Bibliothèque nationale de France — René Cassin, notice d’autorité — Confirmation de l’état civil, de la carrière universitaire, des responsabilités institutionnelles et des principales publications — https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb102343289
Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg — René Cassin, un combattant pour la paix — Présentation historique de son engagement dans la France libre et de son action internationale — https://www.bnu.fr/fr/evenements-culturels/nos-expositions/rene-cassin-un-combattant-pour-la-paix-passe
Comité Nobel norvégien — René Cassin, prix Nobel de la paix 1968 — Présentation officielle de la distinction et des motifs de son attribution — https://www.nobelpeaceprize.org/laureates/1968
Fondation Nobel — René Cassin, conférence Nobel du 11 décembre 1968 — Texte de la conférence consacrée à la protection internationale des droits de l’homme — https://www.nobelprize.org/prizes/peace/1968/cassin/26132-rene-cassin-conference-nobel/
UNESCO — Entretien du professeur René Cassin — Témoignage audiovisuel de 1970 consacré notamment à la Déclaration universelle et à la création de l’UNESCO — https://www.unesco.org/archives/multimedia/document-3846
Archives diplomatiques — Fonds des jurisconsultes René Cassin et André Gros — Répertoire d’archives concernant notamment les activités juridiques et diplomatiques de René Cassin — https://archivesdiplomatiques.diplomatie.gouv.fr/ark:/14366/3ltjmkqr819z
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense — GR 16 P 110514 — CASSIN René
L’inventaire officiel des dossiers des Compagnons de la Libération, lettre C, identifie un dossier individuel du bureau Résistance sous la cote :
GR 16 P 110514 — CASSIN René.
Cette référence est expressément mentionnée dans la liste des dossiers individuels du Service historique de la Défense.
Elle permet d’orienter une demande de consultation vers le dossier nominatif correspondant.
Le contenu intégral du dossier n’a cependant pas été directement examiné.
La nature précise des décisions d’homologation, les éventuelles attestations et les pièces administratives individuelles qu’il contient ne peuvent donc pas être décrites avec certitude.
Ordre de la Libération — Dossiers individuels 1 A 182 à 1 A 184
L’inventaire officiel distingue trois ensembles documentaires consacrés à René Cassin.
Dossier 1 A 182 — Attributions et documents personnels
Ce dossier contient notamment les pièces suivantes.
Attribution de la croix de la Libération
Trois courriers datés de 1940.
Décret d’attribution du 1er août 1941.
Reçu du diplôme de la croix de la Libération du 5 mai 1965.
Renseignements administratifs
Deux bulletins d’adhésion à la Société d’entraide des Compagnons de la Libération, couvrant la période 1949-1962.
Fiche de renseignements de la chancellerie datée de février 1963.
Fiche annuaire non datée.
Questionnaire destiné aux Compagnons et à leurs familles.
Correspondances
Quarante-cinq pièces échangées avec l’Ordre de la Libération entre 1976 et 2017.
Publications et travaux de recherche
Document intitulé René Cassin 1887-1976, Compagnon de la Libération, prix Nobel de la paix, publié en 1976.
Document intitulé Les Évadés de guerre à leur camarade, sans date.
Documents biographiques
Repères biographiques non datés.
Décès et dispositions testamentaires
Testament de René Cassin, daté de 1974.
Testament spirituel, daté de 1976.
Allocution de Claude Hettier de Boislambert, prononcée en 1976.
L’ensemble documentaire couvre la période 1940-2017.
Dossier 1 A 183 — Hommages et commémorations
Ce dossier rassemble principalement des documents relatifs aux hommages rendus à René Cassin après la guerre.
Il contient notamment des pièces consacrées à une médaille commémorative éditée en 1966, aux cérémonies nationales de 1976, au lycée René Cassin de Bayonne, à diverses places et établissements portant son nom, ainsi qu’au transfert de ses cendres au Panthéon en 1987.
Les documents relatifs au Panthéon comprennent un dossier préparatoire, des correspondances, des éléments concernant l’organisation de la cérémonie et des publications commémoratives.
Le dossier conserve également des éléments relatifs à plusieurs colloques historiques consacrés à son œuvre.
Dossier 1 A 184 — Presse
Cet ensemble comprend vingt-sept articles de presse couvrant la période 1942-2020.
Il contient également seize revues publiées entre 1961 et 1998.
Ces documents témoignent de l’évolution de la place occupée par René Cassin dans la mémoire nationale et internationale.
L’identification et la description de ces trois dossiers sont directement confirmées par l’inventaire officiel. Les pièces originales n’ont pas été dépouillées individuellement.
Observations
René Cassin occupe une place singulière parmi les Compagnons de la Libération.
Son engagement ne repose pas principalement sur des opérations militaires conduites pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il appartient aux personnalités dont l’action permet à la France libre de se constituer progressivement en une autorité politique et institutionnelle.
Son parcours présente plusieurs caractéristiques essentielles.
La première concerne son expérience de la Première Guerre mondiale.
Grièvement blessé en octobre 1914, il consacre une part importante de sa carrière à la défense des anciens combattants et des victimes de guerre.
Cet engagement constitue l’une des origines de sa réflexion sur les obligations de l’État et sur la nécessité de protéger les individus par le droit.
La deuxième caractéristique concerne son opposition précoce au nazisme.
Dans les années 1930, il dénonce les dangers de la politique hitlérienne et les persécutions.
Son engagement dans la France libre en juin 1940 s’inscrit dans la continuité de cette opposition.
La troisième caractéristique est son rôle fondateur auprès du général de Gaulle.
Il participe aux accords du 7 août 1940 avec le gouvernement britannique et contribue à la définition des institutions de la France libre.
Sa connaissance du droit lui permet d’apporter une réponse aux questions de légitimité, de compétence et de continuité de l’État.
La quatrième caractéristique concerne sa participation au rétablissement de la République.
De 1943 à 1944, il joue un rôle important dans la préparation des textes juridiques destinés à accompagner la Libération.
Ses responsabilités annoncent sa nomination à la vice-présidence du Conseil d’État.
La cinquième caractéristique est sa contribution au développement du droit international des droits de l’homme.
Après 1945, René Cassin participe activement à la rédaction de la Déclaration universelle de 1948.
Il poursuit ensuite son action dans les institutions européennes et internationales.
Son parcours permet ainsi de relier l’expérience de la guerre, la Résistance et la construction des mécanismes internationaux de protection des libertés.
Une précision historiographique importante concerne la Déclaration universelle des droits de l’homme.
René Cassin doit être considéré comme l’un de ses principaux rédacteurs et artisans, mais non comme son auteur unique.
La documentation des Nations unies établit le caractère collectif de son élaboration et les contributions déterminantes de plusieurs représentants internationaux.
Enfin, les dossiers individuels de l’Ordre de la Libération présentent une richesse particulière.
Les cotes 1 A 182 à 1 A 184 permettent d’accéder à des documents concernant son engagement, ses activités institutionnelles, ses publications et les nombreux hommages rendus après sa disparition.
L’ensemble constitue une documentation importante pour étudier la continuité entre le juriste de la France libre et le défenseur international des droits de l’homme.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité, les dates et lieux de naissance et de décès, les blessures de la Première Guerre mondiale, la carrière universitaire, les activités en faveur des anciens combattants, le départ du 24 juin 1940, la rencontre avec le général de Gaulle, les accords du 7 août 1940, les responsabilités au sein de la France libre, l’attribution de la croix de la Libération, la vice-présidence du Conseil d’État, la participation à la Déclaration universelle des droits de l’homme, la présidence de la Cour européenne des droits de l’homme et le prix Nobel de la paix sont établis par plusieurs sources institutionnelles concordantes. Le décret du 1er août 1941 et les cotes 1 A 182 à 1 A 184 sont confirmés par l’inventaire officiel de l’Ordre de la Libération. La référence SHD GR 16 P 110514 est également identifiée dans cet instrument de recherche. Des réserves subsistent sur la date exacte de certaines décorations, les références administratives de la Médaille de la Résistance française et les circonstances judiciaires précises des mesures prises contre René Cassin par le gouvernement de Vichy.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 5 octobre 1887 | Naissance à Bayonne. |
| Avant 1906 | Études secondaires au lycée Masséna de Nice. |
| 1906 | Service militaire comme simple soldat. |
| Avant 1914 | Études de droit à Aix-en-Provence et formation littéraire. |
| 1914 | Doctorat ès sciences juridiques, économiques et politiques. |
| Août 1914 | Mobilisation comme caporal-chef. |
| 12 octobre 1914 | Grièvement blessé par balles de mitrailleuse à Saint-Mihiel. |
| 1917 | Participation à la constitution d’une association de victimes de guerre. |
| 1919 | Obtention de l’agrégation de droit. |
| 1922 | Présidence de l’Union fédérale des associations d’anciens combattants et victimes de guerre. |
| 1924 | Début de sa participation à la délégation française à la Société des Nations. |
| 1929 | Nomination comme professeur de droit à Paris. |
| 1930 | Action pour la retraite du combattant ; opposition croissante au nazisme. |
| 1938 | Fin de sa participation régulière à la délégation française à la Société des Nations. |
| Septembre 1939 | Responsabilités au Commissariat à l’Information. |
| 17 juin 1940 | Refus de l’armistice et décision de rejoindre l’Angleterre. |
| 24 juin 1940 | Embarquement à Saint-Jean-de-Luz sur l’Ettrick. |
| 29 juin 1940 | Rencontre avec le général de Gaulle à Londres. |
| 7 août 1940 | Signature des accords Churchill-de Gaulle préparés avec sa participation. |
| Octobre 1940 | Membre du Conseil de défense de l’Empire. |
| 16 novembre 1940 | Création de l’Ordre de la Libération ; participation à la rédaction de ses statuts. |
| 1er août 1941 | Attribution de la croix de la Libération. |
| Septembre 1941 | Commissaire national à la Justice et à l’Instruction publique. |
| Fin 1941 – début 1942 | Tournée au Proche-Orient et en Afrique équatoriale française. |
| 1942 | Prend la présidence de l’Alliance israélite universelle. |
| 1942-1944 | Représentation française au Comité des ministres alliés de l’Éducation. |
| Août 1943 | Présidence du Comité juridique de la France combattante. |
| Novembre 1943 | Participation à l’Assemblée consultative provisoire d’Alger. |
| 1943-1945 | Représentant français à la commission d’enquête sur les crimes de guerre. |
| Novembre 1944 | Nomination comme vice-président du Conseil d’État. |
| 1946 | Présidence du conseil d’administration de l’ENA. |
| 1947 | Élection à l’Académie des sciences morales et politiques. |
| 1947-1948 | Participation aux travaux de rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme. |
| 10 décembre 1948 | Adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris. |
| 1953 | Contribution à la réforme instituant les tribunaux administratifs. |
| 1958 | Présidence du Comité consultatif constitutionnel. |
| Janvier 1959 | Réception du serment du général de Gaulle, président de la République. |
| 1959 | Vice-présidence de la Cour européenne des droits de l’homme. |
| Juin 1960 | Fin de sa vice-présidence du Conseil d’État ; entrée au Conseil constitutionnel. |
| 1965 | Devient président de la Cour européenne des droits de l’homme. |
| Octobre 1968 | Attribution du prix Nobel de la paix. |
| 11 décembre 1968 | Conférence Nobel à Oslo. |
| 1969 | Fondation de l’Institut international des droits de l’homme à Strasbourg. |
| Février 1971 | Fin de son mandat au Conseil constitutionnel. |
| Juin 1972 | Entrée au Conseil de l’Ordre de la Libération. |
| 20 février 1976 | Décès à Paris. |
| 5 octobre 1987 | Transfert de ses cendres au Panthéon. |
Tableau des divergences entre sources
| Point examiné | Sources | Appréciation |
|---|---|---|
| Année de l’agrégation | Ordre de la Libération : 1919. Certaines notices secondaires : 1920. | L’année 1919 est retenue conformément à la source institutionnelle. |
| Départ de France | Ordre de la Libération : embarquement le 24 juin 1940 à Saint-Jean-de-Luz. | La date correspond au départ de France, non à la première rencontre avec le général de Gaulle. |
| Première rencontre avec de Gaulle | Ordre de la Libération : 29 juin 1940. | Date retenue. |
| Nature de l’accord du 7 août 1940 | Ordre de la Libération et BNU de Strasbourg : accord définissant les relations entre la France libre et le gouvernement britannique. | Il convient de distinguer la reconnaissance et l’organisation des Forces françaises libres d’une reconnaissance diplomatique complète comme gouvernement français. |
| Participation à la Déclaration universelle | Ordre de la Libération : rôle majeur de René Cassin. Nations unies : travail collectif de plusieurs rédacteurs. | René Cassin est l’un des principaux artisans du texte, non son auteur unique. |
| Conseil d’État | Ordre de la Libération : vice-président jusqu’en juin 1960. Conseil d’État : exercice de la fonction de 1944 à 1960. | Concordance générale. |
| Cour européenne des droits de l’homme | Ordre de la Libération et Nations unies : vice-présidence à partir de 1959, présidence de 1965 à 1968. | Concordance. |
| Médaille de la Résistance française | Ordre de la Libération : médaille avec rosette. Décret, Journal officiel et cote non établis. | Distinction confirmée, références administratives incomplètes. |
| Dossiers individuels | Ordre de la Libération : 1 A 182, 1 A 183 et 1 A 184. | Trois ensembles archivistiques distincts concernant la même personnalité. |
| Dossier d’homologation | Inventaire officiel : GR 16 P 110514. | Cote identifiée ; contenu intégral non examiné. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — René CASSIN — Notice biographique institutionnelle consacrée à son engagement dans la France libre, à ses responsabilités gouvernementales, à ses activités internationales et à ses décorations — https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/rene-cassin ; Ordre de la Libération — Inventaire des dossiers des Compagnons, lettre C, version du 24 septembre 2025, cotes 1 A 182 à 1 A 184 et référence SHD GR 16 P 110514 — https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_C_20250924_0.pdf ; Conseil d’État — René Cassin, notice institutionnelle consacrée à ses responsabilités juridiques et à ses réformes administratives — https://www.conseil-etat.fr/qui-sommes-nous/le-conseil-d-etat/organisation/le-vice-president-du-conseil-d-etat/rene-cassin ; Nations unies — Les rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, documentation consacrée au comité de rédaction — https://www.un.org/fr/about-us/udhr/drafters-of-the-declaration ; Nations unies — Histoire de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, présentation des travaux et de l’adoption du 10 décembre 1948 — https://www.un.org/fr/about-us/udhr/history-of-the-declaration ; Bibliothèque nationale de France — René Cassin, notice d’autorité, état civil et références biographiques — https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb102343289 ; Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg — René Cassin, un combattant pour la paix, exposition historique — https://www.bnu.fr/fr/evenements-culturels/nos-expositions/rene-cassin-un-combattant-pour-la-paix-passe ; Comité Nobel norvégien — René Cassin, prix Nobel de la paix 1968, présentation officielle — https://www.nobelpeaceprize.org/laureates/1968 ; Fondation Nobel — René Cassin, conférence Nobel du 11 décembre 1968 — https://www.nobelprize.org/prizes/peace/1968/cassin/26132-rene-cassin-conference-nobel/ ; UNESCO — Entretien du professeur René Cassin, témoignage audiovisuel de 1970 — https://www.unesco.org/archives/multimedia/document-3846 ; Archives diplomatiques — Fonds des jurisconsultes René Cassin et André Gros, instrument de recherche archivistique — https://archivesdiplomatiques.diplomatie.gouv.fr/ark:/14366/3ltjmkqr819z