La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

HAGUENAU Marc alias Colombe, Sixième,

Marc HAGUENAU, également écrit HAGUENEAU, alias « Colombe, Sixième, né le 23 novembre 1904 à Paris (Seine), mort le 20 février 1944 à La Tronche (Isère), français.

Marc Haguenau naquit dans une famille juive française. Il était le fils de David Haguenau, grand rabbin de la synagogue Nazareth à Paris, et de Régine Trénel. Dernier enfant d’une fratrie de six, il grandit dans un milieu religieux et intellectuel fortement engagé dans la vie du judaïsme français.

Ami d’enfance de Robert Gamzon, il participa au développement des Éclaireurs israélites de France, organisation fondée par celui-ci en 1923. Marc Haguenau en devint le secrétaire général et l’un des principaux organisateurs. Les sources consultées ne donnent pas de renseignements suffisamment précis sur ses études ou sa profession civile avant-guerre.

Le 26 décembre 1943, il épousa à Valence Renée Hess, elle-même engagée dans la Résistance et liée au réseau Plutus.

Engagement dans la Résistance

Dès l’été 1940, Robert Gamzon chargea Marc Haguenau de rechercher des exploitations agricoles susceptibles d’accueillir les groupes ruraux formés par les Éclaireurs israélites de France. Il trouva notamment la ferme de Lautrec, dans le Tarn, qui devint jusqu’en 1944 un centre essentiel de l’organisation.

Bras droit de Gamzon, il organisa les camps, rechercha des équipements et assura le ravitaillement des jeunes dispersés dans les structures rurales. Ces activités, d’abord présentées comme éducatives et sociales, acquirent rapidement une fonction de protection face aux mesures antisémites et aux arrestations.

En 1942, il participa à la création du Service social des jeunes, dont il prit la direction. Ce service officiel, rattaché à la direction Jeunesse de l’Union générale des Israélites de France, servit à partir de l’été 1942 de couverture à la Sixième, organisation clandestine issue des Éclaireurs israélites de France.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Marc Haguenau appartenait aux Éclaireurs israélites de France, dont il était le secrétaire général. Il fut également l’un des responsables de la Sixième, branche clandestine de cette organisation, parfois désignée sous le nom de Sixième-Éclaireurs israélites de France.

Il dirigeait officiellement le Service social des jeunes de l’Union générale des Israélites de France. Sa position était singulière : il était le seul responsable à participer simultanément au service légal et à l’organisation clandestine qui s’abritait derrière celui-ci.

Les actions de la Sixième s’inscrivirent progressivement dans l’ensemble plus large de la Résistance juive, puis dans les structures armées qui contribuèrent à former l’Organisation juive de combat. Marc Haguenau mourut cependant avant l’achèvement de cette évolution organisationnelle.

Missions et actions

À partir de 1940, Marc Haguenau rechercha des fermes, organisa les camps ruraux et procura du ravitaillement et du matériel aux jeunes des Éclaireurs israélites de France. La ferme de Lautrec, qu’il contribua à trouver, devint un centre important de refuge, de formation et de préparation à la clandestinité.

À la tête du Service social des jeunes, il utilisait l’appareil officiel de l’Union générale des Israélites de France pour obtenir des renseignements et soutenir les opérations clandestines de la Sixième. Cette dernière confectionnait de fausses identités, recherchait des lieux de refuge pour les jeunes Juifs menacés et organisait, lorsque cela était nécessaire, des passages clandestins vers la Suisse ou l’Espagne.

Contrairement à d’autres responsables clandestins, tels Ninon Haït et Henri Wahl, qui évitaient les bureaux officiels afin de réduire les risques d’identification, Marc Haguenau continuait à fréquenter ces services. Cette présence lui permettait de recueillir des informations utiles, mais l’exposait davantage à la surveillance et aux arrestations.

Il était assisté d’Édith Pulver, avec laquelle il répartissait les documents compromettants afin de limiter les conséquences d’une arrestation. Au début de 1944, il reçut en outre la mission de constituer à Cazaubon, dans le Gers, un maquis composé d’une trentaine de jeunes.

Arrestation / évasion / déportation

Le 18 février 1944, Marc Haguenau et Édith Pulver se rendirent à Grenoble afin, notamment, de relever du courrier destiné à la Sixième. La Gestapo avait installé une souricière au bureau central des Postes, télégraphes et téléphones. Tous deux furent arrêtés et conduits à l’hôtel Suisse et Bordeaux, utilisé comme siège grenoblois de la Gestapo.

Marc Haguenau fut torturé. Pour échapper aux interrogatoires, il tenta de s’évader du cinquième étage à l’aide de draps noués. La corde improvisée se rompit et il tomba sur la véranda de l’hôtel. Atteint d’une fracture du crâne, il fut transporté à l’hôpital civil de La Tronche, où il mourut le 20 février 1944 à 10 h 30.

Il fut inhumé le 22 février 1944. Édith Pulver fut transférée à Drancy, puis déportée le 7 mars 1944 vers Auschwitz, dont elle ne revint pas.

Marc Haguenau ne fut donc pas déporté. Sa mort résulta des blessures subies lors de sa tentative d’évasion après les tortures de la Gestapo.

Camarades de combat

Robert Gamzon, alias « Castor » ou « Lagnès », fut son ami d’enfance, son principal compagnon d’engagement et le fondateur des Éclaireurs israélites de France. Marc Haguenau fut son bras droit dans l’organisation, puis dans la mise en place des structures clandestines.

Parmi ses proches collaborateurs figurent Édith Pulver, sa secrétaire et compagne d’arrestation, Ninon Haït et Henri Wahl, responsables clandestins de la Sixième, ainsi que les cadres des Éclaireurs israélites de France. Samy Klein, Edmond Fleg et Robert Gamzon apparaissent avec lui sur une photographie prise lors d’un camp de cadres à Beauvallon en avril 1941.

Renée Hess, qu’il épousa en décembre 1943, était elle-même résistante et membre du réseau Plutus.

Retour à la vie civile

Marc Haguenau ne survécut pas à l’Occupation. Sa mémoire fut immédiatement intégrée à celle de la Résistance juive.

Lorsque Robert Gamzon prit le commandement de la deuxième compagnie des maquis des Éclaireurs israélites de France à Vabre, dans le Tarn, il lui donna le nom de « Compagnie Marc-Haguenau ». Cette unité, intégrée aux Corps francs de la Libération du Tarn, participa aux combats de l’été 1944 et à la libération du département.

La dénomination de la compagnie assura la transmission de son nom parmi les jeunes résistants juifs dont il avait organisé la protection et la préparation clandestine.

Décorations

  • Médaille de la résistance Française à titre posthume par décret du 24 Avril 1946 JO 17 Mai 1946 Côte du dossier : 1O29904 source ordre de la Libération.
  • Chevalier de la Légion d’honneur — à titre posthume — nomination du 14 janvier 1948 — Source : Musée de la Résistance en ligne, d’après le dossier archivistique et les sources institutionnelles citées.
  • Croix de guerre 1939-1945 avec palme — attribuée le 14 janvier 1948 avec la nomination dans la Légion d’honneur — Source : Musée de la Résistance en ligne.

Aucune décoration étrangère n’a été confirmée lors des présentes recherches.

Lieux de mémoire

La Compagnie Marc-Haguenau, unité des maquis de Vabre, constitue le principal mémorial collectif portant son nom. Formée en grande partie de jeunes résistants juifs, elle combattit dans le Tarn sous le commandement de Robert Gamzon et participa aux opérations de la Libération.

Sa mémoire est également associée à l’hôtel Suisse et Bordeaux de Grenoble, lieu de son arrestation, de sa torture et de sa tentative d’évasion, ainsi qu’à l’hôpital de La Tronche où il mourut.

Le Musée de la Résistance en ligne conserve une photographie de Marc Haguenau avec Samy Klein, Edmond Fleg et Robert Gamzon, prise à Beauvallon en avril 1941.

Références bibliographiques

Lucien Lazare, La Résistance juive en France, Stock, Paris, 1987. Cet ouvrage de référence retrace l’histoire des organisations juives clandestines, le rôle des Éclaireurs israélites de France et de la Sixième, l’arrestation de Marc Haguenau et la constitution de la compagnie qui porta son nom.

Isaac Pougatch, Un bâtisseur : Robert Gamzon, Service technique pour l’éducation, Paris, 1972. Cette biographie de Robert Gamzon éclaire la formation des Éclaireurs israélites de France, les camps ruraux, les relations entre Gamzon et Haguenau et le contexte dans lequel se développa la clandestinité.

Renée Poznanski, Être juif en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Hachette, Paris, 1994. L’ouvrage restitue le cadre social, politique et administratif dans lequel les organisations juives légales et clandestines durent agir sous l’Occupation.

André Kaspi, Les Juifs pendant l’Occupation, Éditions du Seuil, Paris, 1991. Cette synthèse permet de replacer le Service social des jeunes, les Éclaireurs israélites de France et les persécutions dans l’histoire générale des Juifs de France entre 1940 et 1944.

Guy de Rouville, Les Maquis de Vabre, Privat, Toulouse, 1984. Le témoignage du chef du secteur de Vabre documente l’organisation des maquis du Tarn et la compagnie Marc-Haguenau, baptisée en mémoire du dirigeant assassiné.

Références internet

Musée de la Résistance en ligne. La notice « Marc Haguenau » constitue la source biographique la plus complète consultée. Elle fournit son état civil, son rôle au sein des Éclaireurs israélites de France, la création du Service social des jeunes, ses activités dans la Sixième, son arrestation, sa tentative d’évasion, sa mort, ses décorations et la cote de son dossier au Service historique de la Défense.
https://museedelaresistanceenligne.org/media11126-Marc-Haguenau

Le Maitron – Fusillés 1940-1944. La notice « HAGUENAU Marc, écrit aussi HAGUENEAU, pseudonyme Colombe » confirme son identité résistante, son appartenance à la Sixième des Éclaireurs israélites de France, les circonstances de sa mort et son inhumation.
https://fusilles-40-44.maitron.fr/haguenau-marc-ecrit-aussi-hagueneau-pseudonyme-colombe/

Mémorial de la Shoah – Juifs en résistance. La page consacrée à la compagnie Marc Haguenau décrit la formation dans le Tarn de l’unité qui porta son nom, sous le parrainage de l’Organisation juive de combat et de l’Armée secrète.
https://www.juifs-en-resistance.memorialdelashoah.org/la-resistance-juive/les-maquis/la-compagnie-marc-haguenau.htm

Mémoire Vive de la Résistance. La notice thématique « Services sociaux de l’UGIF » cite Marc Haguenau comme responsable officiel du Service social des jeunes, sixième section de la direction Jeunesse de l’Union générale des Israélites de France, servant de couverture à la Sixième clandestine.
https://mvr.asso.fr/services-sociaux-de-lugif/

Mémoire Vive de la Résistance. La page « La compagnie Marc Haguenau » est une notice consacrée à l’unité militaire qui porta son nom et non une notice individuelle de Marc Haguenau.
https://mvr.asso.fr/la-compagnie-marc-haguenau/

Wikipédia. La notice développée « Marc Haguenau » a été consultée afin d’identifier les références bibliographiques, son mariage avec Renée Hess et les variantes relatives aux circonstances de son arrestation. Les informations retenues ont été recoupées avec le Musée de la Résistance en ligne et le Maitron.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Haguenau

Dossier d’homologation consulté

Service historique de la Défense, Vincennes : dossier individuel coté GR 16 P 283407. Cette cote est expressément indiquée par le Musée de la Résistance en ligne parmi les sources de la notice de Marc Haguenau. Le dossier physique n’a pas été directement consulté lors des présentes recherches.

Archives départementales du Rhône : cote 3808 W 406, également signalée dans les sources de la notice du Musée de la Résistance en ligne.

Archives de Yad Vashem : fonds documentaires relatifs à Marc Haguenau et à la Sixième, cités par le Musée de la Résistance en ligne. La cote détaillée n’est pas indiquée sur la page consultée.

Observations

Le nom est écrit « Haguenau » dans la majorité des sources, mais la variante « Hagueneau » apparaît dans le titre de la notice du Maitron. Le pseudonyme « Colombe » est également attesté par cette notice.

Une source secondaire peu fiable indique à tort une naissance en 1916 et une survie après-guerre. Cette indication est incompatible avec la notice institutionnelle du Musée de la Résistance en ligne, le dossier du Service historique de la Défense et le Maitron ; elle n’a donc pas été retenue.

Une autre source secondaire comporte des incohérences manifestes sur les dates et le lieu de décès. Elle n’a pas été utilisée pour établir la présente notice.

Indice de fiabilité Niveau A — L’identité, l’appartenance aux Éclaireurs israélites de France et à la Sixième, les fonctions exercées, les missions de sauvetage, l’arrestation, la tentative d’évasion, la mort et les décorations sont établies par plusieurs sources concordantes, dont le Musée de la Résistance en ligne, le Maitron, le Mémorial de la Shoah et un dossier nominatif identifié au Service historique de la Défense.

Chronologie

DateÉvénement
23 novembre 1904Naissance à Paris (Seine).
1923Développement des Éclaireurs israélites de France autour de Robert Gamzon ; Marc Haguenau en devient ultérieurement secrétaire général.
Été 1940Recherche de fermes destinées aux groupes ruraux des Éclaireurs israélites de France.
28 avril-14 mai 1941Participation au camp de cadres de Beauvallon (Var).
1942Participation à la création et prise de direction du Service social des jeunes.
Été 1942Le Service social des jeunes sert de couverture à la Sixième clandestine.
1942-1944Organisation de faux papiers, de refuges et de passages clandestins pour les jeunes Juifs menacés.
26 décembre 1943Mariage avec Renée Hess à Valence (Drôme).
Début de 1944Mission de constitution d’un maquis à Cazaubon (Gers).
18 février 1944Arrestation avec Édith Pulver à Grenoble.
18-20 février 1944Torture et tentative d’évasion de l’hôtel Suisse et Bordeaux.
20 février 1944Mort à l’hôpital civil de La Tronche (Isère).
22 février 1944Inhumation.
1944La compagnie des maquis des Éclaireurs israélites de France de Vabre reçoit le nom de Compagnie Marc-Haguenau.
24 avril 1946Attribution posthume de la Médaille de la Résistance française.

Sources consultées

Le Musée de la Résistance en ligne. La notice « Marc Haguenau » a fourni l’état civil, la filiation, le rôle auprès de Robert Gamzon, les activités au sein des Éclaireurs israélites de France, la création du Service social des jeunes, le fonctionnement de la Sixième, l’arrestation, la torture, la tentative d’évasion, le décès, les décorations et la cote SHD GR 16 P 283407.
https://museedelaresistanceenligne.org/media11126-Marc-Haguenau

Le Maitron, base Fusillés 1940-1944. La notice « HAGUENAU Marc, écrit aussi HAGUENEAU, pseudonyme Colombe » a confirmé la variante orthographique, le pseudonyme, l’appartenance à la Sixième et l’inhumation du 22 février 1944.
https://fusilles-40-44.maitron.fr/haguenau-marc-ecrit-aussi-hagueneau-pseudonyme-colombe/

Le Mémorial de la Shoah, exposition « Juifs en résistance ». La page « La compagnie Marc Haguenau » a documenté l’unité résistante formée dans le Tarn et baptisée en son honneur.
https://www.juifs-en-resistance.memorialdelashoah.org/la-resistance-juive/les-maquis/la-compagnie-marc-haguenau.htm

Mémoire Vive de la Résistance. La notice thématique « Services sociaux de l’UGIF » a confirmé sa fonction officielle à la tête du Service social des jeunes et la couverture offerte à la Sixième clandestine. Il ne s’agit pas d’une notice individuelle.
https://mvr.asso.fr/services-sociaux-de-lugif/

Mémoire Vive de la Résistance. La page « La compagnie Marc Haguenau » a confirmé l’existence d’une unité de la Résistance juive portant son nom. Cette page est consacrée à la compagnie, non à la biographie individuelle de Marc Haguenau.
https://mvr.asso.fr/la-compagnie-marc-haguenau/

Wikipédia. La notice « Marc Haguenau » a été utilisée pour identifier son mariage avec Renée Hess et plusieurs références historiographiques. Ces renseignements ont été recoupés avec les sources institutionnelles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Haguenau

Le Service historique de la Défense. La cote GR 16 P 283407, indiquée par le Musée de la Résistance en ligne, correspond au dossier nominatif de Marc Haguenau. Le dossier physique n’a pas été directement ouvert lors des présentes recherches.

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