La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

VIANNAY Philippe Marie Victor alias « Philippe » et « Indomitus »,

Philippe Marie Victor VIANNAY, alias « Philippe » et « Indomitus », né le 15 août 1917 à Saint-Jean-de-Bournay (Isère), mort le 27 novembre 1986 à Paris, français.

Philippe Viannay naquit dans une famille nombreuse de la bourgeoisie catholique conservatrice. Son père, ingénieur des mines, était proche des milieux nationalistes et du Parti social français du colonel de La Rocque. Le jeune Philippe envisagea un temps la vie religieuse, étudia la théologie, puis s’orienta vers la philosophie à la Sorbonne. Il y rencontra Hélène Mordkovitch, étudiante en géographie, qu’il épousa et qui devint l’une de ses principales collaboratrices dans la Résistance.

Mobilisé en 1939, Philippe Viannay participa à la campagne de France. L’effondrement militaire de 1940, l’occupation allemande et l’acceptation de l’armistice par le gouvernement du maréchal Pétain provoquèrent chez lui une rupture progressive avec son milieu politique et idéologique d’origine. Son hostilité initiale à la République céda la place à une réflexion sur la liberté, la responsabilité civique et la nécessité de résister.

Engagement dans la Résistance

À Paris, Philippe Viannay constitua avec Robert Salmon, Hélène Mordkovitch et plusieurs étudiants un noyau clandestin qui donna naissance au mouvement Défense de la France. Le premier numéro du journal homonyme parut le 14 juillet 1941. Son objectif était de combattre la propagande allemande et vichyste, de diffuser des informations censurées et de convaincre les lecteurs que la poursuite de la lutte était possible.

Philippe Viannay assura la direction politique du mouvement et rédigea de nombreux articles, notamment sous la signature « Indomitus ». Défense de la France se développa rapidement autour d’équipes de rédaction, d’impression et de diffusion. Le mouvement recruta principalement parmi les étudiants, enseignants, employés, ouvriers et militants chrétiens, tout en conservant une relative indépendance à l’égard des partis politiques traditionnels.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Philippe Viannay fut le fondateur et le chef national de Défense de la France. Le mouvement associait presse clandestine, fabrication de faux papiers, renseignement, soutien aux réfractaires et préparation de l’action armée.

Au début de 1944, Défense de la France participa à la constitution du nouveau Mouvement de libération nationale, formé par le rapprochement des Mouvements unis de la Résistance et de plusieurs mouvements de zone nord. Philippe Viannay entra dans ses instances dirigeantes, où il représenta Défense de la France et défendit une conception autonome, rénovatrice et non communiste de la Résistance.

Missions et actions

Sous la direction de Philippe Viannay, Défense de la France devint l’un des journaux clandestins les plus diffusés de l’Occupation. Son tirage atteignit plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en 1944. Le mouvement mit en place des ateliers clandestins, des circuits de transport des clichés et du papier ainsi que des chaînes de diffusion couvrant Paris et de nombreuses régions.

Défense de la France produisit également plusieurs dizaines de milliers de faux documents destinés aux réfractaires au Service du travail obligatoire, aux résistants clandestins et aux personnes menacées d’arrestation. Le mouvement disposa progressivement de services de renseignement, de protection et d’action armée.

Au printemps 1944, Philippe Viannay organisa un maquis dans le nord de la Seine-et-Oise. Installé notamment dans le secteur de Ronquerolles, celui-ci participa au sabotage des routes, des voies ferrées et des communications. Le 19 juin 1944, le camp fut attaqué par d’importantes forces allemandes. Viannay, blessé, parvint à échapper à l’encerclement avec une partie de ses hommes. Plusieurs résistants furent capturés puis exécutés.

Revenu à Paris, il poursuivit son activité au sein du Mouvement de libération nationale. Le 21 août 1944, pendant l’insurrection parisienne, Défense de la France reparut ouvertement et contribua à informer la population sur les combats et l’effondrement de l’occupation allemande.

Arrestation / évasion / déportation

Philippe Viannay échappa à la vague d’arrestations qui frappa Défense de la France le 20 juillet 1943. Plusieurs responsables du mouvement, dont Jacques Lusseyran, furent alors arrêtés et déportés.

Il échappa également à l’encerclement du maquis de Ronquerolles en juin 1944, malgré une blessure. Il ne fut ni emprisonné ni déporté.

Camarades de combat

Ses principaux collaborateurs furent Hélène Viannay, Robert Salmon, Geneviève de Gaulle, Jacques Lusseyran, Charlotte Nadel, Suzanne Guyotat, Jean-Marie Heyrend, David Régnier et Marcel Degliame-Fouché.

Au sein du Mouvement de libération nationale, il travailla avec des représentants de Combat, Libération-Sud, Franc-Tireur et des autres formations réunies dans la nouvelle structure, notamment Claude Bourdet, Pascal Copeau et Marcel Degliame.

Retour à la vie civile

À la Libération, le journal Défense de la France devint progressivement France-Soir. Philippe Viannay participa aux premières étapes de cette transformation, mais s’éloigna ensuite du quotidien, en désaccord avec son évolution éditoriale et commerciale.

En 1946, il fonda avec Jacques Richet le Centre de formation des journalistes, dont il voulut faire une école fondée sur la pratique professionnelle, la responsabilité et l’indépendance de l’information.

Avec Hélène Viannay, il créa en 1947 le Centre nautique des Glénans. Conçu initialement pour aider d’anciens résistants et déportés à retrouver un équilibre après la guerre, ce centre devint l’une des principales écoles de voile européennes.

Philippe Viannay soutint ensuite France Observateur puis participa à l’aventure du Nouvel Observateur. Engagé dans les courants de la nouvelle gauche, il fut proche de Pierre Mendès France, du Club Jean-Moulin et de plusieurs initiatives de rénovation démocratique. Il joua également un rôle dans la création du Conservatoire du littoral.

Décorations

  • Médaille de la Résistance française avec rosette  par décret du 16 juin 1946 JO 11 juillet 1946 source Ordre de la Libération.
  • Côte du dossier : 1O62726

Les autres décorations parfois attribuées à Philippe Viannay n’ont pas été reproduites, faute de vérification dans une source institutionnelle suffisamment précise.

Lieux de mémoire

Le prix Philippe-Viannay–Défense-de-la-France, créé en 1991, récompense des travaux historiques consacrés à la Résistance au nazisme en France ou en Europe. Il est aujourd’hui attribué par la Fondation de la Résistance.

Une plaque rappelle l’impression clandestine de Défense de la France au 5 rue Garancière, à Paris.

Sa mémoire demeure également attachée au Centre de formation des journalistes, aux Glénans, au maquis de Ronquerolles et aux collections conservant les exemplaires du journal clandestin.

Références bibliographiques

Philippe Viannay, Du bon usage de la France. Résistance, journalisme, Glénans, Paris, Ramsay, 1988. Cet ouvrage autobiographique permet de suivre l’évolution intellectuelle de Philippe Viannay, la fondation de Défense de la France et ses engagements civiques après la guerre.

Olivier Wieviorka, Une certaine idée de la Résistance. Défense de la France, 1940-1949, Paris, Seuil, 1995. Fondée sur de nombreuses archives et des témoignages, cette étude analyse la sociologie du mouvement, sa presse, ses structures clandestines, son engagement armé et son évolution après la Libération.

Philippe Viannay, Défense de la France. Histoire d’un mouvement de Résistance, Paris, Stock, 1991. L’ouvrage rassemble le témoignage de Viannay et une histoire du mouvement, de la création du journal aux combats de la Libération.

Références internet

Musée de la Résistance en ligne. La notice « Philippe Viannay » fournit son état civil, son milieu familial, sa formation et les principales étapes de son activité dans Défense de la France. https://museedelaresistanceenligne.org/media1701-Philippe-Viannay

Chemins de mémoire. La biographie publiée par le ministère des Armées retrace son évolution idéologique, son rôle à la tête de Défense de la France et ses activités après la guerre. https://www.defense.gouv.fr/chemins-memoire/histoire-memoires/personnalites/personnalites-lettre-n-lettre-w/philippe-viannay

Le Maitron. La notice « Viannay Philippe » confirme ses dates et lieux de naissance et de décès. https://maitron.fr/viannay-philippe/

Fondation de la Résistance. La page du prix Philippe-Viannay–Défense-de-la-France documente la postérité historiographique de son engagement.
https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/la-recherche/prix-philippe-viannay-defense-de-la-france/

Dossier d’homologation consulté

Le Musée de la Résistance en ligne mentionne des documents provenant de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre et d’un dossier de combattant volontaire de la Résistance.

Aucune cote complète de dossier individuel du Service historique de la Défense n’a été retrouvée avec une certitude suffisante.

Observations

Le nom de guerre « Philippe » est fréquemment employé dans les récits du maquis de Seine-et-Oise. La signature « Indomitus » fut utilisée dans la presse clandestine.

Le lieu précis du décès survenu le 27 novembre 1986 est donné à Paris par le Maitron.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’état civil, la création et la direction de Défense de la France, les activités éditoriales et militaires, la participation au Mouvement de libération nationale et le parcours après-guerre de Philippe Viannay sont établis par plusieurs sources institutionnelles et historiographiques concordantes.

Chronologie

DateÉvénement
15 août 1917Naissance à Saint-Jean-de-Bournay (Isère).
1939-1940Mobilisation et participation à la campagne de France.
1940-1941Constitution du noyau de Défense de la France.
14 juillet 1941Parution du premier numéro de Défense de la France.
1942-1943Développement national du mouvement, des faux papiers et de la diffusion.
20 juillet 1943Vague d’arrestations au sein du mouvement ; Viannay échappe à la répression.
Début de 1944Entrée de Défense de la France dans le Mouvement de libération nationale.
19 juin 1944Attaque allemande contre le maquis de Ronquerolles ; Viannay est blessé mais s’échappe.
21 août 1944Parution publique de Défense de la France pendant l’insurrection parisienne.
1946Fondation du Centre de formation des journalistes.
1947Création du Centre nautique des Glénans.
27 novembre 1986Mort à Paris.

Sources consultées

Le Musée de la Résistance en ligne, notice « Philippe Viannay », a fourni les éléments d’état civil, de formation et d’engagement ainsi que des indications sur les archives administratives relatives à son parcours. https://museedelaresistanceenligne.org/media1701-Philippe-Viannay

Le ministère des Armées, site Chemins de mémoire, page « Philippe Viannay, 1917-1986 », a documenté son évolution politique, la fondation de Défense de la France et son rôle de dirigeant national. https://www.defense.gouv.fr/chemins-memoire/histoire-memoires/personnalites/personnalites-lettre-n-lettre-w/philippe-viannay

Le Maitron, notice « Viannay Philippe », a confirmé la naissance le 15 août 1917 à Saint-Jean-de-Bournay et la mort le 27 novembre 1986 à Paris. https://maitron.fr/viannay-philippe/

La Mémoire Vive de la Résistance, pages consacrées à Défense de la France et au Mouvement de libération nationale, a documenté la place du mouvement dans la presse clandestine et la participation de Viannay à la nouvelle structure unifiée. https://mvr.asso.fr/mouvement-defense-de-la-france/
https://mvr.asso.fr/mouvement-de-liberation-nationale-mln/

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