Dès l’été 1940, à peine la défaite consommée, des tracts manuscrits, papillons, et graffitis anti‑allemands apparaissent sur les murs des villes et villages de France. Ces actes sont provocateurs : « Mort aux traîtres », croix de Lorraine, slogans incitant à la Résistance, et dénonciation de Vichy, comme un contre‑discours clandestin à la propagande officielle .
Visibles ou discrets, faits de nuit, ces messages expriment une rébellion populaire, incitant le moral des Français, alertant sur la collaboration et maintenant la flamme du gaullisme . La diffusion s’accélère avec des papillons parachutés par la BBC, puis tirés localement, et utilisés par des groupes comme Valmy, Jeune République et la Dernière Colonne .
Les tracts et graffitis anti‑allemands sont les premières armes visibles de la Résistance : fragile, simple, symbolique. Ils annoncent la lutte clandestine organisée, et sont aujourd’hui commémorés dans les lycées, les musées, sur les murs – et dans les mémoires – comme l’âme même de l’insoumission française.
Héros, victimes et répression
- Raymond Burgard, enseignant fondateur du réseau Valmy, utilise ses élèves pour colporter tracts et actes de graffiti, ce qui conduit à son arrestation et à l’exécution de certains camarades .
- Jean Cavaillès et Emmanuel d’Astier, membres de la Dernière Colonne, organisent des collages massifs en 1941 .
- Marcel Weinum, adolescent à Strasbourg, lance des slogans, gravant “croix de Lorraine” puis pousse au sabotage : guillotiné en 1942 .
- Ces actions valident des peines de prison, de torture et parfois d’exécutions sommaires.
Conséquences
- Moral rehaussé : les slogans publics brisent l’omerta.
- Solidarité naissante : groupes de citoyens prennent conscience qu’ils ne sont pas seuls.
- Escalade : ces petits actes ouvrent la voie à une quatrième dimension de la Résistance – prise de parole, sabotage et engagement armé.
Lieux de mémoire
- Place Burgard, au Lycée Buffon de Paris, en hommage à Raymond Burgard, permet de rappeler son action dès 1940.
- Plaque au Lycée Clémence Royer de Fonsorbes (31), créée par des élèves du CNRD, y rappelle la défense par l’art et la lettre .
- Musée de la Résistance de Lyon, section « tracts, graffitis et papillons », expose graffitis sur statue Jacquard (1940) .
- Fort de Romainville (Île-de-France) : graffiti gravés par résistants avant leur déportation, marquant la détermination face à la mort .
- Un bas‑relief à La Rochelle évoque les résistants-graveurs de mur sur fond de croix de Lorraine, rappelant comment les murs devinrent supports silencieux de dissidence.
Références bibliographiques
- Graffiti de résistants. Sur les murs du fort de Romainville, 1940‑1944, Collectif, Éditions Libel, Lyon, 2012. Ce recueil reproduit les graffitis originaux du fort, expliqués par les circonstances de leur gravure, leurs auteurs anonymes ou identifiés, souvent fusillés ou déportés.
- Signes de la collaboration et de la Résistance, Philippe Delangle, Autrement, Paris, 2002. Catalogue d’exposition analysant l’usage des symboles graphiques – croix de Lorraine, faucille/mascule – comparés aux graffiti collaboratifs, couvrant l’analyse visuelle et politique.
- La Dernière colonne – Journal clandestin et graffiti 1940‑1942, in Jean Cavaillès, philosophe, résistant, actes colloque Amiens, CDRP, 1985. Étudie le passage de la critique écrite à la résistance active, franchissant le seuil des collages aux slogans violemment dirigés contre l’occupant.
Références internet
- Musée de la Résistance en ligne – Tracts, graffitis et papillons Exploration historique et iconographique de ces formes d’expression clandestine, soulignant leur rôle dès l’été 1940 resister-art-litterature.jimdofree.comicwa.org+3fondationresistance.org+3fondationresistance.org+3.
- Wikipedia – Raymond Burgard Biographie décrivant la mission de ses écrits, arrestation, exécution, et son engagement pédagogique lié à Valmy .https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Burgard
- Wikipedia – Marcel Weinum et la Main Noire Récit du plus jeune réseau, expliquant son combat visuel à Strasbourg et sa fin tragique https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Weinum