L’existence du terrain clandestin de parachutage « Agonie », situé sur la commune d’Eymeux, au nord de la Drôme, est formellement attestée par la Fondation de la Résistance via le Musée de la Résistance en ligne, qui documente plusieurs opérations, et par les ressources patrimoniales du département de la Drôme.
Les notices précisent qu’« Agonie » se trouve dans la plaine de l’Isère, au sud-ouest de Saint-Nazaire-en-Royans et à une dizaine de kilomètres au nord-est de Romans-sur-Isère.
La première réception majeure a lieu début janvier 1944 : selon la Fondation de la Résistance, dans la nuit du 6 au 7 janvier 1944, un Halifax du Squadron 138 largue la mission interalliée « Union » (capitaine Henri Thackthwaite, SOE ; opérateur radio Camille Monnier, BCRA ; Peter J. Ortiz, OSS).
La ressource patrimoniale de la Drôme, fondée sur relevés d’archives, situe le même parachutage dans la nuit du 5 au 6 janvier 1944, dans le cadre de l’opération « John 38 ». La divergence porte uniquement sur la datation précise de la nuit de largage.
La DZ « Agonie » est de nouveau utilisée le 10 avril 1944. La Fondation de la Résistance indique le largage à Eymeux d’une équipe « Union 1 » comprenant les radios Jean Paris (« Égyptien ») et Henri Benhamou (« Andalou »), ainsi que Roger Olive (« Hache ») et le commandant Henri Guillermin (« Pacha »).
Le dossier patrimonial de la Drôme, de son côté, cite Jean-François Paris, Henri Benhamou, Roger Olive et Jacques David (« Jacques Renaud » dit « Tombereau »), et mentionne un Halifax du 138 Squadron piloté par F/Sgt Hayman. Cette divergence de composition d’équipe est signalée comme telle.
Un troisième emploi d’« Agonie » est attesté dans la nuit du 21 avril 1944, lorsque l’instructeur du BCRA Raymond Hénaff (« Versoir ») est parachuté dans le cadre de la mission « Musc ». La réception est assurée par la COPA/SAP locale.
Au plan logistique et financier, les documents départementaux précisent que la nuit du 10–11 avril voit non seulement la mise à terre de quatre agents, mais aussi de 15 containers et de paquets contenant 81 millions de francs et 25 000 dollars destinés au responsable régional de la SAP ; les agents transportent en outre 2,5 millions de francs. Ces éléments chiffrés sont fournis par la synthèse patrimoniale établie à partir de fonds d’archives.
Circonstances
Le terrain « Agonie » fonctionne dans le cadre de la SAP (Section atterrissages et parachutages) de la Drôme et de l’Ardèche, sous l’autorité opérationnelle d’Henri Faure, pour des réceptions d’avions envoyés depuis Londres au profit des réseaux et des missions alliées.
La Fondation de la Résistance situe explicitement Eymeux/« Agonie » dans le dispositif SAP et rappelle que, courant juin 1944, les comités de réception et de parachutages sont unifiés sous contrôle SAP, conformément aux instructions du général Koenig.
L’intérêt tactique d’« Agonie » tient à sa position de plaine, praticable pour les repérages, et à sa proximité du Vercors, alors en montée en puissance. Les cartes et croquis du Musée de la Résistance en ligne confirment la densité des terrains drômois et le rôle nodal d’« Agonie » parmi d’autres DZ (Temple, Ajusteur, etc.), supportant à la fois passagers, armes et fonds.
Acteurs et figures marquantes
Henri Thackthwaite, officier du SOE (Section F), chef de détachement « Union » lors du parachutage de janvier 1944 ;
Peter J. Ortiz, OSS américain,
Camille Monnier, opérateur radio du BCRA, constituent avec lui le noyau initial posé sur « Agonie ».
La SAP/COPA locale, sous la houlette d’Henri Faure, tient le terrain et assure la réception.
Pour la séquence d’avril 1944, sont cités selon les sources :
- Jean (Jean-François) Paris,
- Henri Benhamou,
- Roger Olive,
- Henri Guillermin et/ou Jacques David, ainsi que l’instructeur
- Raymond Hénaff parachuté le 21 avril.
Victimes
Aucune perte n’est mentionnée lors des réceptions elles-mêmes sur la DZ d’Eymeux dans les sources consultées. En revanche, l’un des acteurs parachutés via « Agonie », l’opérateur radio Camille Monnier, est exécuté sommairement par la Gestapo à Saint-Marcellin (Isère) le 22 mai 1944, fait dûment établi par la littérature mémorielle et prosopographique. Cet épisode ultérieur n’affecte pas le bilan immédiat des opérations de la DZ.
Survivants
Les autres membres identifiés des détachements posés sur « Agonie » en janvier et en avril 1944 poursuivent leurs missions dans la région R1/R2 après leur mise à terre.
Thackthwaite et Ortiz, notamment, opèrent ensuite dans les Alpes et le Vercors avant de quitter la zone, conformément aux itinéraires décrits par les bases mémorielles et les synthèses alliées.
Conséquences
Les parachutages sur « Agonie » assurent, au tout début de 1944, la projection d’une mission interalliée de liaison et d’évaluation au contact des maquis, puis, en avril, le renforcement en personnels spécialisés et la remise de fonds considérables destinés à la SAP et à l’organisation des FFI.
Par son emploi répété, le terrain contribue à structurer les liaisons entre Londres et les forces locales avant l’été 1944. Les données agrégées du Musée de la Résistance en ligne indiquent d’ailleurs l’ampleur des remises d’armes et de fonds dans la Drôme sur la période janvier-mai 1944, où « Agonie » apparaît aux côtés d’autres terrains majeurs.
Mémoire et lieux commémoratifs
Aucun monument spécifique strictement dédié au terrain « Agonie » n’a été identifié dans les bases consultées.
Le site s’inscrit toutefois dans l’ensemble mémoriel Vercors-Drôme, comprenant la nécropole nationale et le Mémorial de la Résistance à Vassieux-en-Vercors, ainsi que de multiples stèles et plaques communales rappelant l’activité clandestine et les combats de 1944.
Ces lieux de mémoire encadrent l’histoire opérationnelle des terrains drômois, dont « Agonie ».
Références bibliographiques
- SOE in France, M. R. D. Foot, HMSO (1re éd.), rééd. 2006 (Taylor & Francis). Ouvrage de référence fondé sur les archives britanniques du SOE ; il restitue l’organisation, les procédures de parachutage et l’engagement des missions en France. Permet de situer « Union » et les infrastructures comme « Agonie » dans l’ensemble des opérations de 1944.
- Les services secrets du général de Gaulle. Le BCRA 1940-1944, Sébastien Albertelli, Perrin, 2009. Analyse détaillée du BCRA, de son articulation avec le SOE et des flux d’armes, d’agents et de fonds. Donne le contexte d’emploi des DZ par la SAP/COPA et le rôle des opérateurs radio.
- Vercors, citadelle de liberté, Paul Dreyfus, Éditions de Borée (rééd.), 1997. Récit documenté des maquis du Vercors, des liaisons aériennes et des missions alliées, utile pour comprendre l’environnement stratégique d’« Agonie » au début de 1944.
- Les maquis de Rhône-Alpes, Jean-Pierre Bernet, Lavauzelle, 1987. Panorama régional des réseaux et terrains, précisant la montée en puissance des FFI, les circuits de réception et l’insertion des DZ drômoises dans les opérations de printemps 1944.
- Etais-je un terroriste ? Souvenirs d’un agent secret, Henri Faure, (témoignage cité par les corpus documentaires). Témoignage du responsable SAP/COPA Drôme-Ardèche, fréquemment mobilisé par les synthèses mémorielles pour éclairer l’organisation des terrains et les messages-codes de réception.
Références internet
- Musée de la Résistance en ligne – « Avion britannique Halifax B Mark II » (contexte : largage de la mission « Union » sur Agonie) Notice illustrée situant la nuit du 6/7 janvier 1944, la composition du détachement et la localisation d’« Agonie ». https://museedelaresistanceenligne.org/media7626-Avion-britannique-Halifax-B-Mark-II
- Musée de la Résistance en ligne – « Parachutiste sautant d’un Dakota » (encadré chronologique des opérations dont Eymeux/Agonie)
Entrée récapitulative mentionnant le 6 janvier 1944 (Union), le 10 avril 1944 (Union 1) et le 21 avril 1944 (Musc/Versoir) sur « Agonie ».
https://museedelaresistanceenligne.org/media637-Parachutiste-sautant-partir-dun-Douglas-C47-Dakota - Carte du patrimoine – Département de la Drôme : « Parachutages à la Résistance dans la Drôme » (PDF) Synthèse locale avec relevés d’opérations ; précise la DZ « Agonie », les messages-codes (lettre de repérage G, message « Le pain est moisi »), la datation 5/6 janvier 1944 pour Union et les compositions/flux des parachutages d’avril.
https://cartepatrimoine.ladrome.fr/data/documents_notices/6798_1738689060_1998154724.pdf - Musée de la Résistance en ligne – « Terrains de parachutage dans la Drôme » Croquis et données agrégées sur les terrains drômois, dont Agonie, et les volumes d’armes et de fonds réceptionnés au premier semestre 1944.
https://museedelaresistanceenligne.org/media3267-Terrains-de-parachutage-dans-la-Drme - Maitron (Résistance) – Notice « Camille Monnier »
Biographie de l’opérateur du BCRA parachuté sur « Agonie » en janvier 1944, exécuté le 22 mai 1944 ; confirme l’affectation à la mission « Union ».https://maitron.fr/monnier-camille-fernand-alias-maggyar-nom-de-code-radio-leon/ - Chemins de mémoire (Ministère des Armées) – « Mémorial de la Résistance du Vercors » Présentation du haut lieu national qui contextualise les opérations aériennes au profit des maquis du Vercors et de la Drôme en 1944.
https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/memorial-de-la-resistance-du-vercors - Wikipédia – « Eymeux » Entrée communale mentionnant explicitement les parachutages de 1944 sur le terrain « Agonie ». Utilisé en appoint et recoupé avec les bases officielles.https://fr.wikipedia.org/wiki/Eymeux
- Archives départementales de la Drôme – Fonds « Parachutages » (Vincent-Beaume) Fiche d’inventaire d’un fonds majeur sur les terrains et opérations de parachutage dans la Drôme, utilisé par les synthèses locales. https://archives.ladrome.fr/ark%3A/24626/bmn7x8w9vrg0
Remarques de vérification et divergences signalées La datation du parachutage « Union » oscille entre les nuits du 5/6 et du 6/7 janvier 1944 selon les corpus (Drôme Patrimoine vs Fondation de la Résistance). La composition détaillée de l’équipe du 10 avril 1944 diffère également entre la Fondation de la Résistance (Paris, Benhamou, Olive, Guillermin) et la synthèse départementale (Paris, Benhamou, Olive, Jacques David). Ces écarts sont conservés comme divergences documentaires, sans arbitrage spéculatif.
Avertissement homonymie Ne pas confondre Jean Paris (radio BCRA cité pour Eymeux) avec d’autres homonymes portant le même patronyme dans les bases prosopographiques ; les ressources citées le relient explicitement aux opérations d’« Agonie ».